Jules de Rovère

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Ne doit pas être confondu avec Giulio della Rovere.

Jules de Rovère (Paris, novembre 1797 - après 1864) est un prestidigitateur (physicien) français qui vécut au XIXe siècle, actif entre 1819 et 1858, qui inventa le mot « prestidigitateur » et influença Robert-Houdin par l'emploi d'automates.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeton publicitaire (avers et revers) pour son spectacle : Phénoménologie de Jules de Rovère / Merveilles récréatives (vers 1849-1850, laiton)

Jules est le fils unique du conventionnel Rovère de Fontvielle, mort en Guyane le 11 septembre 1798 après y avoir été déporté pour ses positions royalistes durant le coup d'État du 18 fructidor. Sa mère, née Marie-Augustine Angélique de Belmont (1762-1818), avait déjà eu deux filles d'un précédent mariage avec François-Édouard, marquis d’Agoult ; elle éduque seule son fils, servie par une importante fortune constituée de biens immobiliers[1]. Elle l'encourage à s'intéresser aux exercices d'agilité. Au décès de sa mère puis de son oncle, émancipé bien plus tôt que la loi ne le permettait alors, Jules, après une obscure affaire d'héritage et de gestion de fortune, se laisse impressionné par les nombreux artistes illusionnistes, et donne bientôt des représentations à Lyon[2], Anvers et Gand en faisant des tours d'agilité, faisant apparaître et disparaître des objets, distrayant les spectateurs d'illusions. Il use d'un langage très recherché, composé de mots savants, et fait appel à des techniques nouvelles[3].

Vers 1819, il créa le mot prestidigitateur — composé à partir du latin presto digiti signifiant « agilité des doigts » —, parce qu'il ne voulait pas utiliser celui de physicien ni celui d'escamoteur, devenu péjoratif. Les magiciens de l'époque aimaient faire figurer des formules faisant penser à de grands titres prestigieux sur leurs affiches, n'ignorant point que le côté mystérieux de ces qualifications encourageait les spectateurs à payer, ces derniers croyant avoir affaire à un grand personnage et donc à un spectacle de qualité. Jules de Rovère désirait ainsi innover afin de se rendre unique[4].

En 1828, il donne une représentation d'escamoteur (en anglais : conjurer) sur la scène du Haymarket Theatre en ayant recours à des automates. Durant sa tournée dans la province anglaise et au cours d'une soirée à Oxford, le journal local, The Herald, décrivit un tour de Rovère, en ces mots : « Au moment où sur la scène un des clowns disparaît d'une boîte, une fillette, haute de 30 centimètres, surgît à l'autre bout de la salle, au milieu d'une mini-buvette, proposant au public des boissons et sans être apparemment aidée par l'artiste. »[5]

Vers la fin des années 1830, Rovère s'installe à Paris : c'est là que Robert-Houdin le rencontre, dans la boutique du Père Poujol, où venait se fournir la plupart des artistes du genre, et c'est dans ses mémoires (1868) qu'il rapporte que le mot prestidigitateur fut inventé par Rovère et adopté ensuite par la profession, puis approuvé par l'Académie[4].

En 1849, il publie un essai intitulé Correspondance sincère. Phénoménologie humaine avec certificats à l'appui soutenant qu'il a réussi à guérir des personnes grâce à son « fluide » : dès 1846, le baron du Potet l'avait défendu dans son Journal du magnétisme. Entre 1851 et 1855, il prend part à une polémique entre les magnétiseurs — ou les adeptes du mesmérisme — qui prétendent guérir les malades ou ceux qui, au contraire, condamnent cette pratique, et finit par publier à Paris un essai, Fiction ou réalité, nouvel examen théorique et pratique des erreurs du magnétisme et on apprend par ce livre qu'il habite au 27 rue du Faubourg-du-Temple, c'est-à-dire dans le quartier des théâtres. En 1856, il donne plusieurs spectacles d'« électromagnétisme animal et minéral » : vision à distance ou à travers des corps opaques, prédictions, plongée de spectateur en état de somnolence, etc. Il affirme qu'il n'existe aucun fluide mais une forme d'influence du magnétiseur sur le sujet et ce, grâce à l'électricité de l'air ambiant et il conclut que c'est le magnétisé qui, en fin de compte, se guérit lui-même.

Durant cette affaire, il exerce sous un autre nom, celui d'« Auguste le magnétiseur ». Affichant des opinions socialiste-démocrate, il effectue un séjour en prison[1].

On perd sa trace après le 24 avril 1864 : ce jour là, Jules serait venu à Sorgues donner une conférence sur les ballons : il appartenait en effet à la Société aérostatique et météorologique de France[1]...

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « L’émancipation et la formation du Conseil de Famille de Jules Rovère, fils du conventionnel, à Sorgues en 1814 » par Alain Maureau, sur etudessorguaises.fr, en ligne.
  2. Le Journal de Lyon, no 145, 21 mai 1819, p. 2.
  3. D'après Le Constitutionnel d'Anvers, dans Le Véridique de Gand : journal politique, littéraire et commercial, no 319, 11 septembre 1819, p. 2en ligne
  4. a et b Jean-Eugène Robert-Houdin, Confidences et révélations : comment on devient sorcier, Blois, Lecesne, p. 33, 151-152lire sur Gallica.
  5. (en) Harry Houdini, The Unmasking of Robert-Houdin, New York, The Publishers Printing Co., 1908, réédition Library of Alexandria, 2016 — extrait en ligne.

Lien externe[modifier | modifier le code]