Histoire de Château-Gontier au Moyen Âge

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L'histoire de Château-Gontier au Moyen Âge couvre une période allant de la fin de l'Antiquité à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier le .

Origine[modifier | modifier le code]

Le comte d'Anjou Foulque Nerra donna le domaine de Bazouges aux bénédictins de l’abbaye Saint-Aubin d'Angers. La donation du domaine et de l'église se situerait entre 988 et 999[1]. Foulques Nerra laisse à l'abbaye tous les droits féodaux utiles, census et vendas.

Les bénédictins édifièrent le prieuré Saint-Jean-Baptiste.

Foulque Nerra, voulant renforcer ses frontières avec la Bretagne, décida de faire élever un château. C'est probablement pour s'opposer aux prétentions des Bretons que Foulque Nerra avait construit Château-Gontier à la pointe extrême de la conquête bretonne.

La fondation même du château et de la ville est en tête du Cartulaire de Saint-Aubin, qui raconte l'établissement du château par Foulque Nerra, l'année même de la naissance de Geoffroy Martel (1007[1]), dans le territoire de Bazouges, que le comte avait retiré sur les religieux de Saint-Aubin depuis plusieurs années en échange d'Hondainville ; la garde de ce château, confiée à l'un des officiers, villicus, du comte, nommé Gontier, un vassal de Foulques III Nerra.

Un fortin est d'abord élevé, puis un grand donjon qui est achevé par Renaud Ier de Château-Gontier, fils d'Yves[2]

En même temps que les Bénédictins de l'Abbaye Saint-Aubin d'Angers organisaient le service paroissial dans la nouvelle ville, le seigneur fondait pour son propre usage et près de son château la petite collégiale de Saint-Just.

Renaud Ier de Château-Gontier obtient de l'abbé le quart de sa cour de Bazouges pour la comprendre dans l'enceinte de la ville, lui promit de la tenir à foi et hommage de lui et de ses successeurs, in fidelitatem hommagii.

Foulques Nerra s'était seulement réservé le droit suzerain sur la tour. La vassalité de Château-Gontier envers les religieux n'est rachetée qu'en 1360, en vertu d'un échange des droits seigneuriaux que le baron de Château-Gontier possédait sur le territoire de Bazouges.

Conan II de Bretagne[modifier | modifier le code]

Conan II cherche en 1066 à profiter de l'affaiblissement temporaire des comtes d'Anjou et à renforcer sa frontière du côté de l'Anjou. Vers la fin de l'an 1066, le prince breton, après avoir occupé Pouancé qui appartenait à Sylvestre de la Guerche, pris Segré, il s'avance jusqu'à Château-Gontier qu'il assiège. La ville tombe, selon Guillaume de Jumièges.

Mais Conan meurt devant la cité, le [3] empoisonné, dit-on, par un traître sur l'ordre de Guillaume le Bâtard, soupçonné d'avoir commandité cet assassinat[4]. La campagne où Conan trouva la mort semble avoir eu pour but, en reprenant Pouancé, Segré et Château-Gontier, de rétablir l'autorité des Bretons dans ce territoire d'où les invasions normandes les avaient refoulés.

La cause de la guerre était probablement le désir de rétablir les limites de la Bretagne, portées par Erispoë jusqu'à la Mayenne, et que le prince breton avait fortifiées par des retranchements puissants, comprenant deux fossés et deux haies de terre, appuyés de distance en distance par des boulevards, et allant de la Mayenne au-dessus de Bazouges, à la Seiche en face des Availles. Il reste encore des traces sérieuses de ces travaux, sur une ligne jalonnée par des lieux nommés « les Miaules » et l'on distingue nettement que la défense était dirigée contre un ennemi venant du Nord. On sait aussi qu'au Xe siècle les Bretons maintenaient encore leur influence dans cette région qui englobait le Craonnais.

Baronnie[modifier | modifier le code]

Par la suite, Château-Gontier devient une baronnie au profit de Renaud. La baronnie de Château-Gontier offre cette particularité historiquement intéressante que sa limite nord était comme indécise entre le Comté du Maine, puis Comté de Laval et l'Anjou. L'autorité civile et féodale du comte d'Anjou avait empiété par droit de conquête sur le territoire manceau, avant le XIe siècle, mais à une époque où les paroisses étaient déjà constituées. Aussi l'évêque du Mans avait-il maintenu sa juridiction sur l'étendue de son diocèse[5][réf. non conforme].

Carte de l'Anjou au XVIIIe siècle.
La sénéchaussée de Château-Gontier sous l'Ancien Régime.

Querelle avec Laval[modifier | modifier le code]

En 1085, eut lieu entre les Castrogontériens et les Lavallois une querelle qui les mit aux mains, mais on a donné, selon Isidore Boullier et l'abbé Angot, à cet événement une gravité exagérée. Le seul texte qui la mentionne est celui de la Chronique de Saint-Aubin. Il est en cinq mots : LXXXV. — Prælium inter Castrogunterianos et Lavallenses, ce qui s'interprète mieux d'une bataille ou bagarre que d'une guerre, qui aurait eu lieu entre les habitants des deux baronnies[6]

XIIe siècle[modifier | modifier le code]

Dès que la ville commence à se constituer, on voit apparaitre une association de confrères desservant une aumônerie établie à proximité[7], sur Azé. Vers 1119, les frères veulent se donner avec leur maison à Vital de Mortain[8] et à ses moines.

Les religieux de l'Abbaye Saint-Nicolas d'Angers, patrons de la paroisse d'Azé, s'opposèrent à cette cession et obtinrent du pape Calixte II, qui se trouvait à Angers, et plus tard () de l'évêque Renaud de Martigné, qui partait pour la Terre-Sainte, qu'elle se fit en leur faveur[9]. Ce projet d'un prieuré conventuel qui eût été en même temps un hospice n'aboutit point.

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Château-Gontier a été mis au nombre des places prises et saccagées par Raoul de Chester, chef anglais au service de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, en 1230[10]. Il s'agissait pour Mathieu Paris, du château de Gonnor, et non du château de Gontier.

Château-Gontier se situe alors au centre de la province ecclésiastique de Tours et héberge plusieurs conciles:

  • Juhel de Mathefelon y réunit ses suffragants en 1231-1232 et y rédige 37 canons, dont le dernier confirme les statuts d'un concile précédent tenu à Laval.
  • Les conciles tenus à Saumur, 1253, à Nantes, 1264, à Langey, 1270, d'autres encore, rappelèrent, en les renouvelant, les règles disciplinaires édictées à Château-Gontier[11]
  • Le synode tenu sous Vincent de Pirmil, le , rédigea huit canons, dont plusieurs sont rappelés à Langey (1270) et à Château-Gontier (1320)[12]
  • Un concile, réuni en 1281, est rappelé à Saumur en 1315[13]
  • Du 17 au [14] eut lieu un synode auquel n'assistèrent pas les évêques du Mans et de Dol, en litige pour la préséance[15]

XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Début du XIVe siècle[modifier | modifier le code]

En 1320, une nouvelle assemblée édite douze canons très importants[16].

Le synode de 1336 est également rappelé par ceux d'Angers et de Nantes[17].

En 1343, le sel devient un monopole d'État par une ordonnance du roi Philippe VI, qui institue la gabelle, la taxe sur le sel. L'Anjou fait partie des pays « de grande gabelle » et comprend seize tribunaux spéciaux ou « greniers à sel », dont celui de Château-Gontier.

Au mois de , Philippe VI passe à Château-Gontier à l'occasion de la Guerre de Succession de Bretagne.

Les Anglais[modifier | modifier le code]

La guerre sévit autour de Château-Gontier à partir de 1362, où se font de nombreuses revues de gens d'armes.

Dès 1362, les Anglais nplusieurs fois[Quoi ?] à Château-Gontier avant le mois de [18]. Guillaume Chamaillard dit s'être emparé de Château-Gontier, sur les Anglais sans doute, avant 1364[19].

Après avoir placé sur le trône Henri de Trastamare, les grandes compagnies rentrent en France. Une des compagnies pille Vire en 1368[20], puis conduite par John Creswell et Folcquin Lallemant s'empare de Château-Gontier[21]. La ville est prise par ruse, le , jour de marché.

Le capitaine anglais reçoit à Château-Gontier, au mois de septembre, une compagnie de gendarmes français qui lui ramenait les otages livrés par lui comme caution de la reddition de Vire. Le , Robert Beverle est envoyé de Londres en mission à Château-Gontier. Un traité fut passé peu après en vertu duquel Cressewel évacuerait la place moyennant rançon, et Guillaume Becquet fut chargé d'en lever les deniers dans les diocèses du Mans et d'Angers.

Quand il vint en effectuer le paiement, au mois de , la somme n'était pas suffisante, il dut livrer jusqu'aux chevaux de la troupe qu'il amenait avec lui. Enfin les Anglais partirent avant le . Amaury IV de Craon avait levé une troupe nombreuse de chevaliers et d'écuyers pour les poursuivre.

La ville a grandement souffert de cette longue occupation. Les Anglais avaient partiellement démantelé le château de Château-Gontier ; on parle en 1414 du Chastel anxien à présent démoly.

On se plaint encore en 1411 de ce que Jean Ier d'Alençon, et ses alliés avaient laissé la ville grandement et fort ruinée[22].

XVe siècle[modifier | modifier le code]

En 1421, Thomas Montaigu, comte de Salisbury vient faire une course en Anjou et par une nuit chevaucha à grant puissance jusque devant Chasteaugontier pour cuider entrer dans la ville, laquelle avait été ouverte par aucuns ; mais l'entreprise fut découverte et se mirent ceux de la ville en garde et deffense, tellement que ne fut prise, mais les faubourgs furent pillés[23]

La ville fut quelque temps occupée par les Anglais en 1434 ; vers le milieu de l'année, Jean Allain qui s'y trouvait prisonnier demande un congé pour trouver la finance de sa rançon et la rapporter.

Charles VII de France, quand il voulut mettre de la discipline dans les bandes d'Écorcheurs qui dévastaient la France, assigne, en 1439, Château-Gontier comme résidence à l'un des chefs les plus redoutés, Jean Blanchefort. Ce dernier partit rapidement pour rejoindre le dauphin révolté.

C'est à Château-Gontier que se réunirent les capitaines: André de Lohéac, Louis et Jean V de Bueil, le sire de Varennes, qui, voulant secourir les Français au Siège de Pouancé, allèrent se faire battre au Bourgneuf de Saint-Quentin, au mois de , pour n'avoir pas attendu les renforts annoncés par le comte de Richemont qui était venu les rejoindre.

Louis XI[modifier | modifier le code]

La paix faite avec les Anglais, la guerre ne tarda pas à se renouveler entre Louis XI et François II de Bretagne, duc de Bretagne : en profitant d'une trêve jusqu'au , Charles le Téméraire proposait secrètement à François II de Bretagne d'attaquer le royaume de France[24]. En effet, sous prétexte d'un empoisonnement, le duc de Bretagne avait fait prisonnier le confesseur et l'écuyer de cuisine du duc de Guyenne.

Avec son armée puissante, Louis XI en conflit avec Jean II de Valois, passa par Laval; mais il ne s'y arrêta pas et il ne lui fut pas fait de réception solennelle[25]. Il passe aussi à Château-Gontier : deux de ses lettres, du 23 et du , sont datées de Château-Gontier.

Le roi, en quittant Laval, se réfugia par l'abbaye de la Roë au mois de pendant que son armée était devant la Guerche. Il occupa Ancenis le , puis le Pouancé à la frontière. Ensuite, le roi retourna aux Ponts-de-Cé pour contrôler le passage de la Loire. Enfin, le , une trêve pour un an fut conclue[26].

Guerre folle[modifier | modifier le code]

Lors de la Guerre folle, Charles VIII passe à Château-Gontier le mois d', il y était encore le , avant de venir à Laval. Au commencement de 1488, une partie des troupes convoquées sous les ordres de Louis II de la Trémoille se concentre dans ses murs.

Robert de Balzac et le capitaine de Silly y font, au mois de mars, la montre des nobles afin de choaisir ceux qui seroient gens pour servir. La ville devient au mois de juin l'un des magasins de l'armée au moment où le coup décisif va être porté contre le duc de Bretagne, à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Louis Halphen, Le Comté d'Anjou au XIe siècle
  2. Louis Halphen, Le Comté d'Anjou au XIe siècle p. 90, 93, 111, 143, 155, 158
  3. Annales de Vendôme citées par Jean-Christophe Cassard dans son article Houel de Cornouaille, Société archéologique du Finistère Quimper 1988, p. 102 note no 23
  4. Selon Arthur de la Borderie op. cit. p. 21-22
  5. Abbé Angot, Baronnie de Château-Gontier, 1915.
  6. Chronique des églises d'Anjou, éd. Marchegay, 1869, p. 27. Quant à ce qu'ajoute Charles Maucourt de Bourjolly (T. I, p. 129.) que Salomon de Sablé et Amaury de Craon se seraient interposés pour la paix, « après quelques pertes de part et d'autre », il faut le laisser à sa charge, comme beaucoup d'autres inexactitudes, d'autant plus qu'il n'y avait alors ni de Maurice de Craon ni d'Amaury de Craon. Quoi qu'il en soit, guerre ou simple combat sans intervention probablement des barons, eurent lieu du temps de Renaud III de Château-Gontier.
  7. Mais au-delà du pont.
  8. Pour l'abbé Angot, l'abbé ainsi désigné par son seul nom ne peut être que Vital de Mortain qui, après avoir habité et évangélisé le Craonnais, venait de fonder l'abbaye de Savigny. Il n'y a pas d'autre abbé Vital dans les monastères angevins à cette époque.
  9. Ils s'engageaient à envoyer à l'aumônerie douze religieux, huit prêtres et quatre laïques, qui chanteraient une messe quotidienne pour les confrères, vivants et défunts, qui leur administreraient les sacrements en cas de maladie, assisteraient à leur sépulture, et recueilleraient douze pauvres. Ces conventions furent confirmées, le 21 janvier 1121 (n. s.), dans l'église de Saint-Just, en présence d'Alard II de Château-Gontier, qui fit don à l'aumônerie ainsi constituée du lieu de la Rouillère. Guérin du Bignon, seigneur du fief, avait aussi donné son consentement.
  10. Sur ce sujet Dom Morice a réformé Dom Lobineau.
  11. L'assemblée présidée par Pierre de Lamballe, en 1253, décide que l'un de ses canons sera applicable à partir de la pâque prochaine, ce qui fait supposer qu'elle eut lieu dans les mois de janvier, février ou mars 1254. Le seul canon qu'on connaisse concerne l'abus des lettres apostoliques ; il fut renouvelé à Langey en 1270
  12. 'official d'Angers, en 1309, invoque aussi l'excommunication portée alors contre les envahisseurs des biens ecclésiastiques.
  13. Aucun historien n'y fait allusion ; les évêques réunis à Saumur ne mentionnent de ce concile qu'un canon sur les excommunications, dont ils semblent contester l'exactitude. Pour l'abbé Angot, ces circonstances permettraient de révoquer en doute l'existence même du concile, s'il était vraisemblable que les Pères de 1315 aient pu ignorer un fait passé en 1281.
  14. Lundi au mercredi avant la fête de la Chaire de saint Pierre à Antioche.
  15. Le Gallia Christiana (1656) fixe un concile à l'année 1295, mais il s'agit probablement de celui de 1299.
  16. Dom Piolin indique n'en connaître aucun, mais il trompé en cela selon l'abbé Angot par Maan qui les édite deux fois aux années 1300 et 1320 et les attribue à un prétendu concile tenu à Saumur. Mais les conciles d'Angers (1365) et de Nantes (1431) les donnent expressément comme des articles du concile de Château-Gontier.
  17. Jean de Bourdigné en fait aussi mention. Jean Gaultier de Bridon, doyen à la chambre des comptes de Bretagne, mort en 1596, en possédait les actes. Barthélemy Roger parle encore d'un concile, tenu par l'archevêque Jean Bernard (1412-1466), dans lequel il se fit de beaux règlements qui se trouvent aux cabinets des curieux, mais ces mots, empruntés en partie à Bourdigné, se rapportent au concile de 1336.
  18. D'après le procès d'un prisonnier qui avait été obligé de marchander avec eux de chevaux et d'armes, car il n'aurait pu autrement payer sa rançon. Un autre partisan ou routier raconte que pendant que les ennemis se tenaient au pays de Château-Gontier, le roi ayant ordonné à ceux du plat pays de se retirer dans la ville avec leurs biens et vivres pour qu'ils ne servissent pas à entretenir les Anglais, d'autres jeunes gens comme lui tenaient la campagne pour le roi, et que quand ils eurent épuisé leurs provisions, ils vivaient des biens trouvés dans les maisons et qu'on considérait comme abandonnés. Archives du Maine, t. V, p. 106, 176.
  19. Province du Maine, t. VIII, p. 388.
  20. Yves Buffetaut, « La prise de Vire par les Grandes Compagnies », Itinéraires de Normandie, no 15,‎ , p. 60-64 (ISSN 1950-9324, résumé)
  21. Étienne-Louis Couanier de Launay, Histoire de Laval 818-1855, Godbert, [détail des éditions], p. 105.
  22. Revue du Maine, t. XXI, p. 320.
  23. On accusa à cette occasion un nommé Cardinet des Plantes d'avoir organisé un guet-apens où tomba une troupe de Français, gens de communes peu aguerris, qui entraînèrent malgré lui Jean de Champagne leur chef.
  24. Favier 2001, p. 629
  25. Le comte Guy XIV de Laval était alors à Châteaubriant.
  26. Favier 2001, p. 637 et 642
  27. 88 volules reliés du même fonds furent livrés aux flammes en mars 1794, après en avoir sequestré les parchemins susceptibles d'être employés en gargousses