Morée ottomane

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Sandjak / Pachalik de Morée
(turc) Sancağı / Eyālet-i Mōrâ

14601829

Description de cette image, également commentée ci-après
Localisation du pachalik de Morée dans l'Empire ottoman en 1795
Informations générales
Statut Eyalet de l'Empire ottoman
Capitale Corinthe, Mistra, Tripoli

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La forteresse de Nauplie

La Morée ottomane est une province de l'Empire ottoman qui a existé du XVe siècle jusqu'à la guerre d'indépendance grecque (1821-1829). Elle correspond à la presqu'île du Péloponnèse et forme une partie de la Grèce ottomane. Elle a eu, selon les époques, le statut de sandjak (district) ou celui de pachalik ou eyalet (province de premier rang : ایالت موره, Eyālet-i Mōrâ en turc ottoman), avec une interruption de 1684 à 1715 où la presqu'île est occupée par les Vénitiens. Elle a eu pour capitales successives Corinthe, Leontari, Mistra, Patras, Nauplie et enfin Tripoli en Arcadie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue de Mistra par Coronelli, 1686
Lac Stymphale en Arcadie par Edward Dodwell, 1819
Soldats albanais de l'armée d'Ibrahim Pacha

La conquête ottomane[modifier | modifier le code]

Le despotat de Morée, État grec détaché de l'Empire byzantin, est conquis par les Ottomans entre 1458 et 1460. Il devient un sandjak (en turc : Mōrâ Sancağı) dépendant du pachalik de Roumélie. Les forteresses vénitiennes de Coron, Modon, Monemvasia et Nauplie sont prises entre 1500 et 1540[1]. En 1533, le sandjak de Morée, avec d'autres régions de la Grèce insulaire et péninsulaire, est rattaché à une nouvelle province, le pachalik de l'Archipel (en turc : Eyālet-i Cezāyir-i Baḥr-i Sefīd) dont le gouverneur est le capitan pacha, chef de la marine ottomane.

Article détaillé : Mistra.

En 1661, pendant la guerre de Candie (conquête de la Crète par les Ottomans), la Morée devient un pachalik séparé.

L'intermède vénitien[modifier | modifier le code]

En 1684, pendant la guerre de Morée, les Vénitiens, commandés par Francesco Morosini, débarquent et s'emparent du Péloponnèse, puis de l'Attique et de l'Eubée (sandjak d'Eğriboz). Au traité de Karlowitz, en 1699, Venise conserve la Morée.

Article détaillé : Guerre de Morée (1684-1699).

En 1715, pendant la guerre vénéto-ottomane de 1714-1718, les Ottomans reprennent la Morée.

Le temps des révoltes[modifier | modifier le code]

En 1770-1771, la Morée est le principal foyer de l'insurrection grecque contre les Ottomans appelée révolte d'Orlov (en grec moderne : Ορλωφικά) du nom de l'amiral russe Alexeï Orlov dont la flotte fournit un appui aux insurgés. Mais le retrait de la marine russe entraîne l'écrasement de la révolte.

Article détaillé : Révolution d'Orloff.

La Morée est un des principaux champs de bataille de la guerre d'indépendance grecque de 1821-1829. Un des principaux chefs de guerre indépendantistes est le Messénien Theódoros Kolokotrónis. L'Assemblée nationale d'Épidaure (décembre 1821-janvier 1822) est la première direction politique de l'insurrection. De 1825 à 1827, la province est reconquise par les troupes égyptiennes d'Ibrahim Pacha, les insurgés ne tenant plus que Nauplie et Hydra. La Grèce est libérée grâce à une intervention internationale anglo-franco-russe (bataille navale de Navarin, 1827, et expédition militaire française en Morée, 1828-1833). Après le traité de Constantinople (1832), elle est rattachée à la première République hellénique.

Article détaillé : Expédition de Morée.

Population[modifier | modifier le code]

Carte du Péloponnèse de 1890. Les zones en rose correspondent aux régions majoritairement ou en partie albanophones à cette époque

La population de la Morée est principalement grecque orthodoxe. Elle comprend aussi des Arvanites (Albanais chrétiens), notamment à Argos[2], et des juifs romaniotes. L'implantation musulmane est importante par endroits, surtout dans les villes. Mais certaines régions sont dépourvues de toute présence turque comme la presqu'île du Magne gouvernée par un bey grec.

Article détaillé : Liste des beys du Magne.

Le premier recensement ottoman, vers 1520-1530, attribue à la Morée une population de 50 941 foyers (en turc : hâne) dont 41 412 (97%) chrétiens, 1 065 (2,1%) musulmans et 464 (0,9%) juifs, soit un total de 200 000 habitants environ, un foyer comptant en moyenne 4 personnes[3],

Dans la période 1715-1770, en l’absence de recensement précis et compte tenu des fortes variations dues aux guerres, révoltes et épidémies, la population serait de l’ordre de 270 000 habitants dont 245 000 chrétiens et 25 000 musulmans[4].

Subdivisions[modifier | modifier le code]

Selon le voyageur turc Evliya Çelebi, au XVIIe siècle, le pachalik de Morée comprenait les sandjaks de Mistra, Patras et Magne dans le Péloponnèse, Naupacte (Lépante) et Karlieli en Grèce centrale, et l'île de Sainte-Maure (Leucade) en mer Ionienne.

Au début du XIXe siècle, il comprenait les sandjaks suivants :

  1. Sandjak du pacha (siège du gouverneur) à Tripoli
  2. Sandjak de Navarin (Pylos)
  3. Sandjak de Kyparissia (Arcadia)
  4. Sandjak de Patras
  5. Sandjak de Gastouni
  6. Sandjak de Missolonghi (en Étolie-Acarnanie)
  7. Sandjak de Corinthe (dont le siège avait été transféré à Nauplie)
  8. Sandjak de Coron
  9. Sandjak de Mistra
  10. Sandjak de Pyrgos

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bées, N.A.; Savvides, A. (1993). "Mora". The Encyclopedia of Islam, New Edition, Volume VII: Mif–Naz. Leiden and New York: BRILL. pp. 236–241
  2. H. K., Description géographique et historique de la Turquie d'Europe, Paris, 1828, p. 10
  3. Nikolaou, Georgios (1997), "Islamisations et Christianisations dans le Péloponnèse (1715 - ca. 1832)", p. 29
  4. Nikolaou, Georgios (1997), "Islamisations et Christianisations dans le Péloponnèse (1715 - ca. 1832)", p.145

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]