Fondation d'entreprise Louis-Vuitton

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Fondation d'entreprise Louis-Vuitton
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Logo de la fondation d'entreprise Louis-Vuitton.
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Vue de la fondation depuis le Jardin d'acclimatation de Paris.
Présentation
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Style
Architecte
Construction
Ouverture
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Localisation
Adresse
Coordonnées

La fondation d'entreprise Louis-Vuitton, anciennement fondation d'entreprise Louis-Vuitton pour la création[1] lancée en , a été créée par le groupe LVMH et ses maisons. Elle a pour objectif de pérenniser les actions de mécénat engagées depuis 1990 par le groupe.

Le bâtiment objet de la fondation est un musée, conçu par l'architecte américain Frank Gehry, situé au Jardin d'acclimatation, dans le bois de Boulogne à Paris. Il est notamment consacré à l'art moderne et l'art contemporain. Ce projet qui s'est voulu une réplique à la « fondation Pinault » installée à Venise, a été l'expression médiatique de la concurrence entre Bernard Arnault, le patron du numéro un mondial du luxe, et son rival François Pinault[2].

L'inauguration du bâtiment a eu lieu le en présence de François Hollande, président de la République[3].

Comme le coût initialement prévu du bâtiment (100 millions d'euros) a probablement été multiplié par huit in fine (800 millions d'euros) et que ce coût a fait l'objet de déductions fiscales (à hauteur des trois quarts du coût final de construction), une association porte plainte en contre la fondation Louis-Vuitton et le groupe LVMH pour escroquerie et recel de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. La plainte est classée sans suite en .

Histoire[modifier | modifier le code]

Projet[modifier | modifier le code]

En 2001, Bernard Arnault rencontre Frank Gehry, architecte récompensé par le prix Pritzker en 1989[4]. Il lui confie le projet de conception et de création d’un édifice pour la fondation Louis-Vuitton, au sud du Jardin d'acclimatation, à Paris.

Frank Gehry, francophile attaché à la culture française, visite le jardin et découvre un site exceptionnel chargé d’histoire[5]. Il imagine alors une architecture de verre inspirée par le Grand Palais, mais aussi par les structures de verre, telles que le palmarium, qui ornaient le Jardin d’acclimatation dès 1893[6]. Sous la main de l’architecte, l’édifice en verre prend l’allure d’un voilier aux voiles gonflées par le vent d'ouest, donnant ainsi l'illusion du mouvement. Douze voiles de verre translucides enveloppent l’« iceberg », une succession de formes blanches organiques habillés en béton ductal (décomposés en 19 000 panneaux tous différents et décalés pour créer, selon l'expression de Frank Gehry, un motif en « tremblement de terre ») et portant des terrasses arborées et flottant sur un bassin rempli d'eau. Ces volumes sont séparés par des ouvertures, des failles et des superpositions qui sont refermées par des parois vitrées se décomposant en quarante-six ouvrages de configurations très diverses, si bien qu'il est difficile de distinguer façades et toitures. Chacune de ces voiles, de forme et de courbure différentes, est soutenue par un jeu sophistiqué de poutres en acier et en bois, et est composée de 3 600 panneaux de verre sérigraphié de pastilles qui réfléchissent 50 % de l'énergie lumineuse[7].

Afin d’inscrire au mieux le bâtiment dans l’environnement du Jardin d'acclimatation dont LVMH a obtenu la concession pour une durée de vingt ans le [8] (le groupe ayant racheté en 1984 le conglomérat Boussac qui avait déjà obtenu en 1952 de la ville de Paris la concession en lieu et place du Jardin zoologique d’acclimatation et qui fut renouvelée en 1995), la fondation a réalisé un plan d’aménagement renouant avec les principes fondateurs des jardins paysagers du XIXe siècle. Il relie l’édifice avec le Jardin d’acclimatation au nord, et avec le bois de Boulogne au sud. L'implantation du bâtiment de la fondation se réalise dans le cadre d’une convention d’occupation en date du , d’une durée de cinquante-cinq ans, au terme de laquelle le bâtiment reviendra à la ville de Paris[9]. En contrepartie, la ville perçoit une redevance forfaitaire annuelle de 100 000  jusqu’au terme de la convention[10].

Construction[modifier | modifier le code]

Vue depuis la tour Eiffel de la fondation émergeant du bois de Boulogne.

« La construction d’une fondation au sein de laquelle pourrait se cristalliser une partie du mécénat s’imposait. Un espace nouveau qui ouvre le dialogue avec un large public et offre aux artistes et intellectuels une plateforme de débats et de réflexion », telle était l'ambition, selon les mots de Bernard Arnault lors de la présentation officielle du projet.

Le bâtiment, construit à la place d'un ancien bowling, d'une billetterie et d'un restaurant, a une surface de 11 779 m2 et dépasse les quarante mètres de haut : superposition du rez-de-chaussée de neuf mètres de haut, d’une zone technique de six mètres, d’un étage de neuf mètres surmonté des volumes des puits de lumière de neuf mètres, entourés des verrières qui lui permettent d'atteindre cette hauteur et de doubler son volume[11]. L'infrastructure est constituée d'une boîte étanche en sous-sol, formée d'un radier en béton étanche qui résiste aux surpressions hydrostatiques et, pour gagner encore du volume, d'un bassin aquatique alimenté par une cascade en pente douce et entouré d'une paroi moulée périphérique en console de sept mètres[12].

Au total, la construction du bâtiment aura nécessité le travail conjoint d'ingénieurs et de plus de sept cents ouvriers. Une trentaine de brevets ont également été créés, notamment pour les accroches des voiles de verre soumises à une forte prise au vent[13]. La géométrie complexe du bâtiment a requis de multiples études en soufflerie au CSTB de Nantes, dont les résultats ont permis aux ingénieurs de Setec Bâtiment et de RFR de concevoir et dimensionner la structure du bâtiment[14].

Opposée à cet édifice, une association de défense du parc, la « Coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne », a saisi la justice administrative, en attaquant, avec succès, à la fois l'autorisation foncière délivrée par une délibération du conseil de Paris et le permis de construire, finalement annulé le [15]. Pour sauvegarder le projet de musée, la ville de Paris a, sur le premier point, modifié son règlement d'urbanisme. Sur le permis de construire, la ville et la fondation Louis-Vuitton ont obtenu en de pouvoir continuer les travaux[16].

Par ailleurs, dans le cadre d'un projet de loi sur le prix du livre numérique le , a été glissé un cavalier législatif consolidant le permis de construire. L'association a alors saisi le Conseil constitutionnel en posant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Celle-ci visait ce « cavalier » législatif. Le , elle a été repoussée par le Conseil constitutionnel parce que la disposition visée « répond à un but d'intérêt général suffisant »[16].

En 2012, la construction de l’édifice aborde une étape déterminante avec l’installation des voiles de verre. Ces voiles sont constituées de 3 600 panneaux de verre, tous uniques et courbés spécifiquement pour épouser les formes dessinées par l’architecte. Les verrières, soutenues par des poutres de bois et de fer, recouvrent au total 13 500 mètres carrés[17],[18]. Les équipes participant à la construction du bâtiment de la fondation ont été récompensées par plusieurs prix d’architecture en France[19] et aux États-Unis[20]. Au total, les travaux auront duré huit ans[21].

Affaire judiciaire liée aux coûts de construction[modifier | modifier le code]

Le coût de la construction du bâtiment de la fondation Louis-Vuitton, initialement évalué à 100 millions d'euros, n'est pas rendu public[22]. Il est dans un second temps estimé qu'il pourrait avoir atteint 500 millions d'euros en raison de la mise au point de panneaux de verre innovants[23].

Le magazine Marianne avance même en que la construction aurait coûté près de 800 millions d'euros, soit près de huit fois la somme initialement envisagée, dont plus de 610 millions incomberaient finalement à l’État français en raison des avantages fiscaux accordés à LVMH[24].

En , l'association Fricc (Front républicain d'intervention contre la corruption) dépose une plainte devant le Parquet national financier pour des faits d'escroquerie et de recel, de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale contre la fondation Louis-Vuitton et le groupe LVMH en lien avec la construction du bâtiment[25],[26],[27], portant sur une « somme totale de décharge obtenue » de 603 millions d'euros[28].

En , la plainte est classée sans suite par le parquet de Paris en raison d’une « absence d’infraction »[29].

Une enquête du magazine Pièces à conviction révèle en 2018 que la fondation Louis-Vuitton permettait à Bernard Arnault une déduction d’impôt de 480 millions d’euros en France[30].

Le musée[modifier | modifier le code]

Rétrospective Cindy Sherman à la fondation Louis-Vuitton, Paris 2020.

Financé par LVMH, le musée est consacré à l'art contemporain. Il comporte onze galeries sur trois niveaux destinées à présenter différentes collections, expositions, interventions d'artistes ainsi qu'un auditorium aux configurations modulables[31]. L'inauguration est marquée par les concerts du pianiste chinois Lang Lang et du groupe électro allemand Kraftwerk.

La fondation n'est pas seulement un centre d'art contemporain. Elle est aussi un lieu de débats, de colloques, de séminaires, de master classes et une scène accueillant du spectacle vivant, du cinéma, de la vidéo... L'auditorium permet d'accueillir de trois cents places assises à mille places debout grâce aux diverses configurations des gradins. L'acoustique est assurée par Nagata Acoustics qui a déjà travaillé avec Frank Gehry pour le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. La scénographie de l'auditorium et des espaces annexes a été conçue par l'agence dUCKS scéno[32].

La fondation est aussi à l'origine de commandes auprès d'artistes. « Nombre de ces musées privés ouverts dans le monde ont souvent de beaux écrins architecturaux mais pas forcément conscience de ce que signifie avoir une institution, avec une vision spécifique, une programmation digne de ce nom, un rôle pédagogique réel. La fondation Louis-Vuitton va être un stimulant positif pour les autres », a précisé le commissaire d'expositions Jérôme Sans. Les premières commandes ont été réalisées auprès d'Ellsworth Kelly, Olafur Eliasson, Janet Cardiff et George Bures Miller (avec la participation de Scott Tixier et Tony Tixier), Sarah Morris, Taryn Simon, Cerith. Wyn. Evans et Adrian Villar Rojas.

La direction artistique de la fondation Louis-Vuitton est assurée par Suzanne Pagé, ancienne directrice du musée d'Art moderne de la ville de Paris.

La collection d'art de la fondation met en valeur des artistes contemporains, dont Gerhard Richter, Pierre Soulages, Bertrand Lavier, Christian Boltanski, Olafur Eliasson, Thomas Schütte, Pierre Huyghe, entre autres.

Plusieurs expositions temporaires ont été organisées par la fondation depuis sa création : collection Chtchoukine du au [33], œuvres du Moma du au ou encore Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat du au [34].

Œuvre in situ[modifier | modifier le code]

Une œuvre in situ, c'est-à-dire conçue sur place en tenant compte des spécificités du lieu, intitulée L'Observatoire de la lumière de l'artiste Daniel Buren a été inaugurée en 2016. Elle consiste à recouvrir les douze verrières du bâtiment de filtres colorés de treize couleurs distinctes et disposés en un motif régulier. Les filtres agissent en modifiant la lumière et l'apparence de l'édifice en fonction des conditions changeantes de la météo[35].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Recherche parmi les associations | sur la chaîne de caractères “ Fondation d'entreprise Louis-Vuitton “ | choisir le no 20130031 en date du  », sur journal-officiel.gouv.fr (consulté le 9 mai 2021).
  2. « Arnault défie Pinault dans l'art contemporain », sur lexpansion.lexpress.fr, (consulté le 10 mai 2021).
  3. « Soirée prestigieuse à la fondation Louis-Vuitton », sur lefigaro.fr, (consulté le 10 mai 2021).
  4. Encyclopædia Universalis, « PRIX PRITZKER », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 6 mai 2021)
  5. Paris Match, « Dans le bois de Boulogne - La Fondation Louis Vuitton déploie ses ailes », sur parismatch.com (consulté le 7 mai 2021)
  6. Histoire du Jardin d'acclimatation.
  7. Mathilde Doiezie, « Fondation Louis-Vuitton, un vaisseau de verre dédié à l'art », sur lefigaro.fr, .
  8. Matthieu Écoiffier, « Le groupe LVMH garde le Jardin d'Acclimatation », sur Libération (consulté le 7 mai 2021)
  9. « Projet délibération Mairie Paris », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant, paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  10. « Evaluation Inspection Générale », sur www.paris.fr (consulté le 6 mai 2021)
  11. « La fondation Louis-Vuitton sera inaugurée le 20 octobre », sur nouvelobs.com,
  12. JULIE NICOLAS, « Un chantier à ultra haute complexité », sur Le Moniteur,
  13. La fondation Louis-Vuitton déploie ses ailes Paris Match, 18 décembre 2013
  14. « Le vent et la soufflerie », sur Fondation Louis-Vuitton (consulté le 28 janvier 2015).
  15. « La Fondation LVMH arrêtée en pleins travaux » dans Le Parisien du 22 janvier 2011.
  16. a et b Le Point magazine, « Le permis de construire du musée LVMH validé par le Conseil constitutionnel », sur Le Point, (consulté le 7 mai 2021)
  17. « Les voiles de verre de la fondation Louis Vuitton »
  18. « Le bâtiment », sur Fondation Louis Vuitton (consulté le 6 mai 2021)
  19. Grand Prix national de l'ingénierie 2012.
  20. BIM Excellence Award for Contributions to Architecture décerné par l'American Institute of Architects.
  21. Hotel Alex et rine.fr, « Découverte de l'architecture de la Fondation Louis Vuitton », sur Hotel Alexandrine Paris (consulté le 6 mai 2021)
  22. « Fondation Louis-Vuitton. L'incroyable musée inauguré aujourd'hui », sur ouest-france.fr, (consulté le 10 mai 2021).
  23. Laure Buisson, « La fondation Vuitton, c'est maintenant qu'il faut la visiter ! », sur marianne.net, .
  24. Emmanuel Lévy, « Les comptes fantastiques de la fondation Louis-Vuitton », sur marianne.net, (consulté le 10 mai 2021).
  25. « La fondation Louis-Vuitton visée par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale », sur lefigaro.fr, (consulté le 19 mai 2021).
  26. « La fondation Louis-Vuitton soupçonnée de fraude fiscale », sur lexpress.fr, (consulté le 10 mai 2021).
  27. « La fondation Louis-Vuitton visée par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale », sur bfmtv.com, (consulté le 10 mai 2021).
  28. « La fondation Louis-Vuitton visée par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale », sur LeFigaro.fr, (consulté le 10 mai 2021).
  29. « Fondation Vuitton: une plainte classée, l'affaire se retourne contre une ONG anticorruption », sur bfmtv.com, (consulté le 10 mai 2021).
  30. « Comment les grandes fortunes redorent leur image grâce au coronavirus », sur reporterre.net, (consulté le 10 mai 2021)
  31. Fondation Louis-Vuitton : un nouveau temple de l’art à Paris, Le Parisien, 19 décembre 2013
  32. « Fondation Louis-Vuitton : Les bâtisseurs », sur fondationlouisvuitton.fr (consulté le 2 décembre 2015).
  33. « Fondation Louis-Vuitton - la collection Chtchoukine art moderne », sur fondationlouisvuitton.fr (consulté le 24 octobre 2018).
  34. Manon Baeza, « Basquiat à la fondation Louis-Vuitton, l’expo immanquable de cette année », sur konbini.com, Konbini France, (consulté le 24 octobre 2018).
  35. « Daniel Buren habille la fondation Louis-Vuitton jusqu'à 2017 », sur RivieraMagazine.fr, (consulté le 10 mai 2021).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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