Eldridge Cleaver

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Eldridge Cleaver
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Eldridge Cleaver en 1968
Nom de naissance Leroy Eldridge Cleaver
Naissance
Wabbaseka, Arkansas, États-Unis
Décès
Pomona, Californie, États-Unis
Nationalité Américaine
Profession
Activiste politique
Essayiste

Leroy Eldridge Cleaver, né le à Wabbaseka (Arkansas) et mort le à Pomona (Californie), est un militant des droits civiques américain, membre important du Black Panther Party. En 1968, il signe une autobiographie remarquée, Soul on Ice. Il se rallie aux conservateurs républicains dans les années 1980.

Biographie[modifier | modifier le code]

Leroy Eldridge Cleaver[1] est né à Wabbaseka, dans l'Arkansas, il est le fils de Leroy Cleaver (un voiturier) et de Thelma Hattie Robinson Cleaver[2] (une institutrice)[3].

En 1943, sa famille emménage à Phoenix dans l'Arizona puis à Los Angeles[2].

Il se convertit au catholicisme à l'âge de douze ans[4].

Adolescent délinquant, il passe du temps dans des centres pour mineurs[5].

À l'âge de 18 ans, il est condamné pour trafic de drogue et purge une peine à la prison d'État de Soledad (pour adultes)[6].

En , condamné cette fois pour viol, violences et tentative de meurtre, il est incarcéré à la prison d'état de Folsom et de San Quentin[7],[8].

Cleaver est libéré en et rejoint le Black Panther Party à Oakland, en Californie, et en devient le ministre de l'information (porte-parole).

Marié en à Kathleen Neal Cleaver, (divorcé en ), Elridge Cleaver a un fils, Ahmad Maceo Eldridge Cleaver, et deux filles, dont Joju Younghi.

Soul on Ice[modifier | modifier le code]

En , sort son essai nommé Soul on Ice (traduit en France sous le titre Un noir à l'ombre), qui influence le mouvement Black Power et est aujourd'hui considéré comme un classique. Il relate son expérience de la prison de Folsom, sa transformation de dealer de marijuana et de violeur en série « insurrectionnel » de femmes blanches[9] : « Quand je me suis retrouvé en prison, j’ai commencé par m’examiner attentivement et, pour la première fois de ma vie, j’ai reconnu que j’avais tort, que je m’étais perdu – non pas simplement éloigné de la loi de l’homme blanc, mais de la qualité d’être humain civilisé –, car je n’approuvais pas l’action de violer. Je connaissais plus ou moins mes motivations ; pourtant, je ne me sentais pas justifié. Je n’avais plus de respect pour moi-même. Ma fierté d’homme s’en allait en morceaux ; toute ma fragile structure morale semblait s’écrouler, complètement détraquée. Voilà pourquoi je me suis mis à écrire. Pour me sauver[10]. »

Se considérant toutefois comme un patriote américain, il reste déterminé à vivre aux États-Unis. Il exhorte les Américains à démanteler la « ligne Maginot raciale » qui les diviserait et se déclare convaincu que « le prix de la haine qu’on voue à d’autres hommes est que l’on s’aime moins soi-même »[4].

Black Panther Party[modifier | modifier le code]

Ce qui initialement attire Cleaver chez le Black Panther Party est son engagement en lutte armée, à la différence des autres groupes[11].

En , Eldridge Cleaver, Marvin X (en), Ed Bullins (en), et Ethna Wyatt, forment la Maison Noire (the Black House), centre politico-culturel à San Francisco[12].

Les membres réguliers en sont Amiri Baraka, Sonia Sanchez, Askia Toure (en), Sarah Webster Fabio (en), l'Art Ensemble of Chicago, Avotcja, Reginald Lockett, Emory Douglas (en), Samuel Napier, Bobby Hutton (en), Huey P. Newton, et Bobby Seale[13].

En , il est candidat du Parti paix et liberté[14] à la présidence des États-Unis, bien que n'ayant pas l'âge requis et que les tribunaux de deux États aient rejeté sa candidature. Cleaver et sa suppléante Judith Mage obtiennent 36 571 voix, soit 0,05 % des votes. Cette même année, il est blessé lorsque la police d'Oakland ouvrit le feu sur des militants noirs, tuant notamment Bobby Hutton (le trésorier du parti). Victime de manœuvres illégales du FBI qui visaient à le démolir politiquement mais également à ruiner son foyer[4], il se voit accusé de tentative de meurtre et s'exile en Algérie[15] où il est rejoint par Timothy Leary. Il place ce dernier aux arrêts révolutionnaires comme contre-révolutionnaire, Leary est peu de temps après relâché.

Depuis Alger, il reste la cible d’une campagne de harcèlement personnel conduite par les autorités américaines. Le FBI multiplia les écoutes illégales, les fausses lettres, les provocateurs payés. Abusé par l’avalanche de fausses nouvelles et de lettres anonymes que les agents fédéraux faisaient pleuvoir sur lui, Cleaver dénonça publiquement Huey Newton, entrainant une rupture au sein des Panthères noires[4].

Puis Cleaver quitte l'Algérie et passe du temps à Cuba et en France, convaincu qu’il serait assassiné s’il rentrait aux États-Unis[16].

En France[modifier | modifier le code]

Pendant son séjour en France, Cleaver tente de devenir créateur styliste. Sa création la plus connue est un pantalon avec « une pièce rapportée comme une chaussette détaillant les parties génitales du porteur », appelée aussi « penis pant ». Le magazine Newsweek le cite : « Je veux résoudre le problème de la mentalité de la feuille de vigne. S'habiller est une extension de la feuille de vigne — cela met notre sexe dans notre corps. Mes pantalons le ramènent là où il devrait être »[17].

Cleaver achète de l'espace publicitaire dans le journal The International Herald Tribune, espérant trouver investisseurs et fabricants[17],[18]. Il continue à promouvoir le pantalon après son retour aux États-Unis[19].

Ses convictions évoluent nettement et Cleaver, lors de discussion avec des militants d’extrême gauche, défend les États-Unis « avec une véhémence qui frisait l’hystérie », selon T. D. Allman[4].

Soul on Fire[modifier | modifier le code]

En , Cleaver publie un autre livre, Soul On Fire, et révèle plusieurs aspects surprenants de son exil en Algérie :

  • Cleaver recevait régulièrement des dons de la République du Nord Viêt Nam avec laquelle les États-Unis étaient en guerre.
  • Cleaver a été suivi par plusieurs ex-criminels devenus révolutionnaires. Plusieurs d'entre eux ont détourné des avions pour se rendre en Algérie. Les Algériens attendaient de Cleaver qu'il les surveille. Cleaver organisa un trafic de voitures volées pour les employer : les voitures étaient volées en Europe puis revendues en Afrique.
  • Cleaver a fui l'Algérie pour vivre clandestinement en France. Par l'entremise de la photographe Marie-Laure de Decker, il rencontre Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances, qui accepte d'intervenir auprès de Jacques Chirac, alors ministre de l'Intérieur, pour empêcher l'arrestation de Cleaver par la DST et son extradition. Ayant obtenu des permis de séjour pour lui et sa famille grâce à ces hautes protections, il s'établit quelque temps à Paris, où il se reconvertit dans la mode[20].
  • Cleaver a fait l'expérience d'une « renaissance à Dieu » pendant son année d'isolement alors qu'il vivait dans la clandestinité.

Retour aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Cleaver retourne aux États-Unis en , en ayant complètement changé[21], il renonce au Black Panther Party. Il est condamné à la probation pour agression et les poursuites judiciaires cessent. Il est soutenu financièrement par le millionnaire conservateur Arthur de Moss.

Devenu conservateur et anticommuniste, il proclame son soutien indéfectible à Israël, dénonce l'Union soviétique et Cuba, approuve les tractations entre les États-Unis et l’Afrique du Sud. Il se rapproche par ailleurs de personnalités controversées, telles que Daniel Patrick Moynihan, connu pour ses opinions conservatrices sur la question noire, ou encore du prédicateur évangéliste Billy Graham. Il refuse en revanche de collaborer avec la NAACP, organisation visant à défendre les droits civiques des Afro-américains[4].

Au milieu des années 1980, Cleaver devient dépendant à la cocaïne. En , il écope d'une condamnation pour détention de cocaïne et cambriolage. Après une agression liée à la drogue, en , il est laissé pour mort. Il réussit ensuite à se désintoxiquer.

En , il se présente, sans succès, à l'investiture du Parti républicain[22] en Californie pour le Sénat des États-Unis. Ensuite, il devient mooniste et s'implique dans l'organisation de Sun Myung Moon, puis avec les mormons.

Cleaver est mort d'un cancer de la prostate au Pomona Valley Hospital Medical Center de Californie en à l'âge de 62 ans[23], [24].

Il repose au cimetière de Mountain View d'Altadena en Californie[25].

Les archives d'Eldridge Cleaver sont disponibles sur les archives en ligne de l’État de Californie[26]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Eldridge Cleaver | American author and activist », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 19 juillet 2019)
  2. a et b (en-US) « Encyclopedia of Arkansas », sur Encyclopedia of Arkansas (consulté le 19 juillet 2019)
  3. (en-US) « Eldridge Cleaver | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 19 juillet 2019)
  4. a b c d e et f T. D. Allman, « Eldridge Cleaver : le retour de l'enfant prodigue », sur Le Monde diplomatique,
  5. (en-US) Victor Henry Jr, « Eldridge Cleaver (1935-1998) », sur BlackPast, (consulté le 19 juillet 2019)
  6. (en-US) « Leroy Eldridge Cleaver Facts », sur biography.yourdictionary.com (consulté le 19 juillet 2019)
  7. (en)Gates, Henry Louis; Higginbotham, Eveleyn B. (2004). African American Lives. New York: Oxford University Press. p. 173–175. (ISBN 019516024X). réédité le .
  8. (en)Kifner, John (2 May 1998). "Eldridge Cleaver, Black Panther Who Became G.O.P. Conservative, Is Dead at 62". The New York Times. réédité le .
  9. Steven Pinker, La Part d'ange en nous, Les Arènes, , 1042 p. (ISBN 978-2-35204-703-2, lire en ligne).
  10. « Eldridge Cleaver, le livre-culte d’une « panthère » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  11. (en)Cleaver, Eldridge (1969). POST-PRISON WRITINGS & SPEECHES. Vintage. (ISBN 978-0-394-42323-4).
  12. (en-US) « Who was Eldridge Cleaver? Everything You Need to Know », sur www.thefamouspeople.com (consulté le 19 juillet 2019)
  13. (en) Amiri Baraka, The Autobiography of Leroi Jones, Chicago (Ill.), Lawrence Hill Books, , 465 p. (ISBN 1-55652-231-2).
  14. (en) Jenifer Warren, « Former Black Panther Eldridge Cleaver Dies at 62 », The Los Angeles Times,‎ .
  15. (en) « Eldridge Cleaver », sur Spartacus Educational (consulté le 19 juillet 2019)
  16. Eldridge Cleaver, « Les États-Unis, une nation née dans la brutalité », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 8 avril 2018).
  17. a et b (en) Horacio Silva, « Radical Chic », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  18. (en) Michael Taylor, « Ex-Black Panther Eldridge Cleaver Dies », SF Gate,‎ (lire en ligne).
  19. (en) Floyd Webb, « Of Penises and Wieners : When the revolution was penisized », Open Salon,‎ (lire en ligne).
  20. « Quand Giscard protégeait un redoutable terroriste », dans Giscard : la monarchie contrariée, no 1 des Dossiers du Canard enchaîné, , p. 8.
  21. (en-US) « Eldridge Cleaver », sur National Archives, (consulté le 19 juillet 2019)
  22. (en) « Obituary: Eldridge Cleaver », sur The Independent, (consulté le 19 juillet 2019)
  23. (en-US) « Former Black Panther Eldridge Cleaver Dies at 62 », sur Los Angeles Times, (consulté le 19 juillet 2019)
  24. (en-US) Michael Taylor et Chronicle Staff Writer, « Ex-Black Panther Eldridge Cleaver Dies / `Soul on Ice' author, voice of black resistance was 62 », sur SFGate, (consulté le 19 juillet 2019)
  25. (en-US) « Eldridge Cleaver », sur Find a grave
  26. « Finding Aid to the Eldridge Cleaver Papers, 1963-1988 », sur oac.cdlib.org (consulté le 19 juillet 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Eldridge Cleaver, Soul on fire, Waco, Texas, Word Books, , 240 p. (ISBN 978-0-8499-0046-4)
  • Régis Dubois, Eldridge Cleaver, vies et morts d'une Panthère noire, éditions Afromundi, 2017.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]