Cyrille de Moscou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Cyrille Ier de Moscou)
Aller à : navigation, rechercher
Cyrille
Image illustrative de l'article Cyrille de Moscou

Titre Patriarche de Moscou et de Toute la Russie
(-)
Prédécesseur Alexis II
Biographie
Nom de naissance Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev
Naissance (69 ans)
Léningrad

Cyrille[1] (russe : Kирилл Kirill), né Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev (Влади́мир Миха́йлович Гундя́ев) le à Léningrad, est le seizième patriarche de l'Église orthodoxe russe. Élu le pour succéder au patriarche Alexis II, il a été intronisé patriarche de Moscou et de toute la Russie le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Le patriarche Cyrille est né le 20 novembre 1946 à Léningrad, d'un père prêtre. Son grand-père Vassili, qui est prêtre lui aussi, a été déporté au Goulag des îles Solovki par le régime communiste, pour activités religieuses[2] et terminera sa vie pourchassé en raison de sa défense de la foi chrétienne[3]. En 1965, le futur Patriarche entre au séminaire de Léningrad, dont il est diplômé, puis il est admis à l'Académie de Théologie où il obtient un doctorat avec mention cum laude[2]. Il est tonsuré moine le 3 avril 1969 par le métropolite Nicodème Rotov. Il est ensuite très vite ordonné hiérodiacre, puis hiéromoine le 1er juin 1969.

De 1970 à 1971, il enseigne la théologie dogmatique et cumule plusieurs charges parmi lesquelles celles d'inspecteur des écoles de théologie de Léningrad et secrétaire personnel du métropolite de Léningrad. En septembre 1971, il est fait Archimandrite. De 1971 à 1974, il est représentant du Patriarcat de Moscou au Conseil œcuménique des Églises[2].

Enfin, le 14 mars 1976, il est consacré évêque de Vyborg. Il devient archevêque de Smolensk et de Kaliningrad en 1988, et est élevé au rang de métropolite le 25 février 1991[2]. Il a également assuré plusieurs charges au cours de sa carrière épiscopale : il était, entre autres, membre de la commission pour la préparation et la célébration du Millénaire du baptême de la Russie (entre 1980 et 1988), Membre de la commission pour la préparation du Concile local de l’Église orthodoxe russe (1990), président de la Commission du Saint-Synode pour la renaissance de l’éducation religieuse et morale et des œuvres de bienfaisance (entre 1990 et 1993), membre de la Commission théologique synodale (depuis 1994)[2]. Il est également depuis 2007 président d'honneur de l'Académie de littérature russe[2].

Il était également depuis 1989 président du département des relations extérieures du Patriarcat, jusqu'à son élection en 2009. Son successeur à ce poste sera le métropolite Hilarion Alfeyev.

Il est l’un des principaux auteurs des Fondements de la doctrine sociale de l’Église orthodoxe russe.

Avant son élection comme Patriarche, il animait une émission télévisée hebdomadaire où il répondait en direct aux questions des téléspectateurs[3].

Jugé parmi les « plus ouverts sur le monde extérieur »[réf. nécessaire] au sein de la haute hiérarchie de l'Église orthodoxe russe, après la mort d'Alexis II, il a été nommé patriarche par intérim, chargé de diriger l'Église orthodoxe de Russie jusqu'à l'élection du successeur. Le 27 janvier 2009, il est officiellement élu patriarche de Moscou et de toute la Russie, prenant ainsi la tête de l'Église orthodoxe russe par 508 voix sur 700.

En plus de sa charge patriarcale, il est coprésident de la Conférence mondiale des religions pour la paix (depuis 2006) et membre de la commission russe des relations entre l'État et les Organisations religieuses (depuis 2006)[4].

Le patriarche Cyrille a reçu de nombreuses distinctions : il est notamment docteur honoris causa des universités de Pérouse[5], Dnipropetrovsk[6], Astrakhan[4], Petrozavodsk[7], de l'Académie théologique de Varsovie[8] ou encore de l'Académie de droit d'Odessa[9]. Il a été distingué par beaucoup d'Églises orthodoxes. Il est également récipiendaire de plusieurs ordres honorifiques russes, parmi lesquels l'Ordre du Mérite pour la Patrie et l'Ordre de l'Amitié. Il a de très bonnes relations avec l'ex-président Dmitri Medvedev[10] et le président Vladimir Poutine. Dmitri Medvedev a souligné l'apport considérable du patriarche Cyrille dans le développement de l'interaction entre l'État et l'Église russe[11].

Il a rencontré le président américain Barack Obama lors de la visite officielle de celui-ci en Russie, en 2009[12]. Obama a à cette occasion notamment évoqué les valeurs chrétiennes communes partagées par les deux pays[13].

Visites à l'étranger[modifier | modifier le code]

En tant qu'évêque et métropolite, Cyrille Ier avait fait de nombreuses visites à l'étranger. Il a donné des conférences dans plusieurs villes parmi lesquelles Rome, Münster, Udine, Varsovie[2].

Il a visité plusieurs pays en tant que patriarche. Il est notamment allé dans les pays d'Europe de l'Est rattachés canoniquement à l'Église russe comme l'Ukraine[14], la Biélorussie[15], la Moldavie[16], l'Azerbaïdjan[17] ou le Kazakhstan[18].

Il s'est rendu en 2010 en Égypte, où il a rencontré le patriarche d'Alexandrie Théodore II[19].

Le 12 novembre 2011, le patriarche Cyrille a entamé une visite de trois jours en Syrie et au Liban. Il a appelé à une résolution pacifique de la crise en Syrie, déclarant que « l’on peut résoudre tous les problèmes pacifiquement, par le dialogue. L’essentiel est que le sang humain ne coule pas[20]. » Cyrille Ier a concélébré une Liturgie le 13 novembre à Damas avec le patriarche d'Antioche Ignace IV[21].

Le 16 août 2012, Cyrille Ier a entamé une visite historique de trois jours en Pologne et signé avec l’épiscopat catholique polonais un appel à la réconciliation. Cet acte solennel est destiné aux peuples russe et polonais et en particulier aux fidèles catholiques et orthodoxes. Il en profita pour s'entretenir avec le président polonais Bronisław Komorowski et se rendit à Grabarka, le plus grand sanctuaire orthodoxe de Pologne, situé au nord-est du pays. Pour le million d'orthodoxes que compte la Pologne, Grabarka est ce que Częstochowa est pour les catholiques polonais, un haut lieu du culte orthodoxe et un site de pèlerinages[22].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Cyrille a été la cible des groupes Pussy Riot et Femen qui lui reprochent ses liens avec le gouvernement Poutine[23].

  • Il s'est opposé en 1984 à l'intervention soviétique en Afghanistan[3].
  • Il a déclaré à propos de la crise financière mondiale que « pour réussir à dépasser la crise mondiale, il faut transformer sérieusement le modèle socio-économique actuel pour mettre plus d'accent sur la justice de l'action politique et la rendre profitable à l'ensemble de la société[3]. »
  • Il a lancé en juin 2013 un appel aux fidèles pour recueillir de l'aide humanitaire pour venir en aide aux victimes du conflit en Syrie[24].
  • Il a appelé à prier « pour que personne ne puisse détruire la sainte Russie en lui enlevant l'Ukraine, dont la capitale, Kiev, est le berceau de l'orthodoxie russe » : « Nous devons aujourd'hui prier pour le peuple russe qui vit en Ukraine, pour que le Seigneur fasse la paix sur la terre ukrainienne (...), qu'il mette fin aux desseins de ceux qui veulent détruire la sainte Russie. »[25] et pour que cesse la guerre[26],[27]. Antoine Arjakovsky, Directeur de recherches au Collège des Bernardins, évoque par exemple « les discours délirants à Moscou sur l’appartenance de l’Ukraine au monde russe (« rousskij mir ») de personnalités comme Nikita Mikhalkov ou le patriarche "Kirill" »[28].

Cyrille défend une position traditionnelle sur les questions morales en s'opposant en particulier à toute reconnaissance légale de l'homosexualité en Russie. En juillet 2013, il a déclaré que la légalisation du mariage homosexuel en Europe était « un symptôme alarmant de l’approche de l’Apocalypse ». « Nous devons tout mettre en œuvre pour empêcher qu’en Sainte Russie, le péché soit approuvé par une loi », a-t-il poursuivi[29].

En novembre 2015, le journaliste Boris Toumanov note que le patriarcat de Moscou s'est associé à la campagne menée par les autorités russes pour réhabiliter Staline et le régime soviétique. Il relève ainsi que Cyrille lors de l'ouverture de l'exposition « Russie orthodoxe » a déclaré en rejetant les critiques de Staline « on ne doit pas douter des mérites d’un homme d’État qui a conduit son pays à la renaissance et à la modernisation même s’il a commis quelques crimes »[30].

Le patriarche Cyrille s'engage également pour l'œcuménisme et les relations entre Rome et Constantinople. Ainsi, en février 2016, il rencontre le Pape François à Cuba afin d'intensifier les relations œcuméniques entre les Églises Orthodoxe et Catholique[31]. L'une des premières conséquences de cette rencontre est l'ouverture des sanctuaires de l’Église orthodoxe russe aux pèlerins catholiques[32].

Controverses publiques[modifier | modifier le code]

Le patriarche Cyrille inspire la suspicion à de nombreux fidèles de l'Église orthodoxe russe pour son mode de vie ostentatoire, et les liens trop étroits qu'il entretient avec le régime du président Poutine : « Tout ce qu'il fait n'a rien à voir avec la foi et la vie des fidèles, et tout avec l'État et la politique », selon les mots d'une juriste de Ramenskoïe[33].

Liens avec le KGB[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Cyrille a été agent du KGB sous le nom de Mikhaïlov. Représentant du patriarcat à Genève, et alors qu'il roule à grande vitesse avec sa BMW avec comme passagers un colonel du KGB et son fils, il a un accident qui occasionne une blessure à ce dernier, et est rapatrié à Léningrad[34],[35],[36].

Importation de cigarettes[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, il a été accusé par certains d'avoir profité de retombées de la vente de tabac. Ces allégations ont été faites sans aucune preuve pour les étayer[37],[38].

En 2010, il intente aussi un procès à son voisin, l'ex-ministre de la Santé Iouri Chevtchenko, pour les conséquences de la poussière soulevée par les travaux de ce dernier sur le luxueux appartement (estimé à trois millions de dollars) qu'il occupe le long de la Moskova à Moscou, et obtient 700 000 dollars de dédommagements[34].

Montre Breguet[modifier | modifier le code]

Cyrille a été tourné en dérision sur Internet par certains internautes russes après la publication sur le site de l'Église orthodoxe d'une photo mal retouchée censée faire disparaître la montre de luxe (une Breguet valant 20 000 euros) qu'il portait au poignet : le retoucheur avait oublié le reflet de la montre sur la table. L'Église orthodoxe a dénoncé une campagne visant à le discréditer[39],[40].

Ouvrages (en français)[modifier | modifier le code]

  • Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad (auteur), Hyacinthe Destivelle (commentaires), Alexandre Siniakov (commentaires), L'Évangile et la liberté : les valeurs de la Tradition dans la société laïque, Cerf, 2006 (ISBN 2204081515).
  • Cyrille de Smolensk, Les Fondements de la doctrine sociale, Cerf, 2007 (ISBN 2204085677).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références[modifier | modifier le code]

Fiche auteur des éditions du Cerf

  1. Comme il est d'usage par exemple pour les papes de Rome, et par conséquent l'actuel pape François, le patriarche Cyrille ne sera appelé officiellement — et rétrospectivement — Cyrille Ier que le jour où l'un de ses successeurs choisira le nom de Cyrille II.
  2. a, b, c, d, e, f et g http://www.mospat.ru/fr/the_patriarch/
  3. a, b, c et d http://www.lefigaro.fr/international/2009/01/28/01003-20090128ARTFIG00039-cyrille-ier-le-nouveau-patriarche-de-moscou-.php
  4. a et b http://patriarh.in.ua/en/node/29
  5. http://orthodoxeurope.org/page/3/4.aspx
  6. http://www.kyivpost.com/news/nation/detail/73291/
  7. http://gov.karelia.ru/News/2010/06/0604_06_e.html
  8. http://www.mospat.ru/en/2011/11/20/news52915/
  9. http://www.interfax-religion.com/?act=news&div=7508
  10. http://fr.rian.ru/photolents/20110525/189602169.html
  11. http://french.ruvr.ru/2011/04/24/49385998.html
  12. http://www.interfax-religion.com/?act=news&div=6202
  13. http://www.orthodoxie.com/2009/07/le-pr%C3%A9sident-am%C3%A9ricain-barack-obama-a-rencontr%C3%A9-le-patriarche-cyrille-de-moscou.html
  14. http://www.mospat.ru/fr/2011/07/26/news45508/
  15. http://www.orshacity.vitebsk-region.gov.by/en/news/republic?id=2524
  16. http://eastbook.eu/en/2011/10/country-en/moldova-en/moldova-first-visit-of-patriarch-kirill/
  17. http://orthodoxeurope.org/page/19/2/965.aspx
  18. http://www.portaledellest.org/pde/news.asp?lang=EN&id=766&pg=85&title=Pastoral+Visitation+of+The+Patriarch+Kirill+in+Kazakhstan+
  19. http://www.mospat.ru/en/2010/04/10/news16338/
  20. http://www.mospat.ru/fr/2011/11/12/news52005/
  21. http://www.mospat.ru/fr/2011/11/13/news52076/
  22. http://www.mospat.ru/fr/2012/08/16/news68905/
  23. « Plight of punk rockers turns Russians against the Church », The Independent (consulté le 6 avril 2012)
  24. http://www.orthodoxie.com/actualites/le-patriarche-de-moscou-lance-un-appel-aux-fideles-de-leglise-orthodoxe-russe-destine-a-recueillir-de-laide-humanitaire-pour-le-peuple-syrien/
  25. Le Monde, 20 avril 2014
  26. http://orthodoxie.com/appel-du-patriarche-de-moscou-cyrille-au-sujet-des-negociations-de-paix-en-ukraine/
  27. http://www.zenit.org/fr/articles/moscou-le-patriarche-cyrille-appelle-a-prier-pour-la-paix
  28. Diploweb.com, 12 juillet 2014
  29. En Russie, la loi incite à l’homophobie, Le Temps, 8 août 2013
  30. L’Eglise orthodoxe noue une "Sainte-alliance" avec le Kremlin, Boris Toumanov, La Libre Belgique
  31. Rencontre entre le Pape François et le Patriarche Cyrille ( Cuba-12 février 2016)
  32. Les sanctuaires orthodoxes russes bientôt ouverts aux pélerins catholiques
  33. Kirill, le patriarche mal-aimé de l'Église orthodoxe russe, article du Figaro du 11 février 2016 (Voir l'article).
  34. a et b Le Point (29 novembre 2012) : Kirill, l'ange gardien de Poutine
  35. The politicking patriarch, Irina Filatova, The Guardian, 2 février 2009
  36. Putin Runs The Russian State--And The Russian Church Too, David Satter, Forbes, 20 février 2009
  37. http://www.theguardian.com/commentisfree/belief/2009/feb/02/russia-religion-patriarch-orthodox-kirill
  38. http://digitalcommons.georgefox.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1700&context=ree
  39. Libération, 5 avril 2012
  40. Paris Match, 13 avril 2012