Clément-Chrysogone de Guer

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Clément-Chrysogone de Guer, marquis de Pontcallec, est né le à Rennes et est mort exécuté à Nantes le . Il fut l'un des principaux chefs de la Conspiration de Pontcallec.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bois gravé représentant l'exécution du marquis de Pontcallec (par Jeanne Malivel, 1923).
L'exécution du marquis de Pontcallec (livre de Raoul de Navery, 1899)

Clément-Chrysogone de Guer servit d'abord comme mousquetaire du Roi, avant d'être capitaine d'un régiment de dragons en Bretagne vers 1715. Il resta célibataire.

Article détaillé : Marquisat de Pontcallec.

Le , lors d'une réunion de gentilhommes bretons qui se tint dans les Landes de Lanvaux à l'initiative de Pierre Joseph de Lambilly, la Conspiration de Pontcallec prit forme : trois "commissaires" furent nommés dont Clément-Chrysogone de Guer pour la Cornouaille. En septembre 1719, le marquis de Pontcallec, aidé de Lambilly, Bonamour et Talhouet, transforme le château de Pontcallec[1] en camp retranché ( « Le domaine de Pontcallec est un vrai camp retranché,le manoir une redoutable forteresse dont les remparts sont occupés par des gars alertes »[2]) censé être apte à tenir un siège ; mais, lorsque le , une compagnie du Royal-Marine se dirige vers le château, Pontcallec et les autres conjurés partent se cacher dans les bois. Les secours espagnols promis n'arrivent qu'au compte-goutte[3] ; découragé, Lambilly s'enfuit en bateau vers l'Espagne et le marquis de Pontcallec se retrouve promu chef de la conjuration, mais il ne parvint pas à organiser sérieusement la révolte.

Article détaillé : Conspiration de Pontcallec.

Le il est arrêté au presbytère de Lignol où il était caché ; il est enfermé d'abord au château de Guémené-sur-Scorff, puis emprisonné dans le château de Nantes.

Une « commission de juges » venus de Paris va le juger, ainsi que ses acolytes et c'est ce tribunal d'exception (sans que le Parlement de Bretagne ait été consulté, ce qui est illégal) qui le condamna le à avoir la tête tranchée, ainsi que trois autres gentilhommes bretons (Couédic[4], Montlouis[5] et Talhouët[6]) ; seize autres conjurés, en fuite, écopent de peines par contumace. Les quatre condamnés à mort sont exécutés à la hache sur la Place du Bouffay à Nantes le soir même[7].

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Le château de Pontcallec fut confisqué en 1720 ; détruit par un incendie en 1796, il fut reconstruit par la famille Cossé-Brissac en 1882. Il est désormais occupé par les Dominicaines du Saint-Esprit.

Le château actuel de Pontcallec

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Le Pontcallec de la légende et le Pontcallec de l'histoire[modifier | modifier le code]

Une "gwerz", "Marv Pontkalleg" (reprise notamment par le groupe Tri Yann[8]), recueillie dans la première moitié du XIXe siècle par Théodore Hersart de La Villemarqué a nourri la légende du marquis de Pontcallec. La Villemarqué a écrit un véritable panégyrique du marquis de Pontcallec, présentant cet homme jeune (41 ans lors de son exécution) comme une figure entièrement dévouée à son pays, la Bretagne, et aimée du peuple, offert en holocauste à la raison d'État ; selon cet auteur la foule pleurait et se signait lorsqu'il allait à la mort.

Barthélemy Pocquet du Haut-Jussé a dressé, dans le dernier tome de l'"Histoire de la Bretagne" d'Arthur Le Moyne de La Borderie[9] qu'il a rédigé, un portrait beaucoup moins flatteur du marquis bas-breton, ce célibataire qui vivait avec sa sœur dans le château familial, qu'il présente comme grande gueule, fraudeur, contrebandier (ce qu'a illustré Jean-Pierre Marielle qui tient le rôle du marquis de Pontcallec dans le film de Bertrand Tavernier "Que la fête commence"), écrivant notamment : « Le marquis de Pontcallec [était] dur, violent avec les petits ; il était détesté de ses vassaux, et son nom a laissé dans la région un très mauvais souvenir ». Arthur Le Moyne de La Borderie affirme à son propos : « Doué de plus de fougue que de jugement, il vivait en gentilhomme chasseur dans son grand château, dans ses vastes domaines du Pontcallec, et pratiquait une large hospitalité vis-à-vis des gentilshommes et des paysans des environs ; il passait même pour faire ou favoriser sur une grande échelle la contrebande du tabac, ce qui contribuait encore à lui donner de la popularité »[10].

Selon Joël Cornette, il n'aurait été qu'un « seigneur ombrageux et fier » et « notre nobliau, aussi irascible qu'endetté, tyranneau local toujours prêt à frapper, tentait de faire face, par tous les moyens, aux créanciers et aux huissiers »[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le château de Pontcallec, pris pendant les Guerres de la Ligue par les Ligueurs en 1591 et repris par les Royaux en 1594, avait conservé l'aspect d'une forteresse ; avec ses remparts intacts et solides, une fois la porte fermée et le pont levé, il paraissait encore redoutable.
  2. Raoul de Navery, "Les drames de l'histoire.... Le marquis de Pontcallec", 1889, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64499287/f135.image.r=pontcallec
  3. Un seul bateau sur les six promis par Philippe V accoste dans la rivière d'Auray, chez François de Coué de Salarun.
  4. François du Couédic, né le au manoir de Kerbleizec en Gourin, seigneur de Kerbeizec ; membre d'une branche cadette de la famille du Couédic de Kergoulaer, originaire de Scaër, voir http://www.infobretagne.com/famille-couedic-kergoualer.htm.
  5. Thomas Simon de Montlouis, né le à Priziac, mort décapité le à Nantes, seigneur de Kerfandol, capitaine au régiment de Dragons-Cambout, habitant au manoir de Plascaër en Priziac.
  6. Laurent Le Moyne, né en 1668 à Kerourin en Ploërdut, seigneur de Talhouët, capitaine au régiment de Senneterre, mort décapité le à Nantes.
  7. Thierry Jigourel, "Grands rebelles et révoltés de Bretagne" (chapitre "Pontcallec, un marquis pour une république bretonne") , éditions Ouest-France, (ISBN 978-2-7373-6004-6)
  8. https://www.paroles-musique.com/paroles-Tri_Yann-Marv_pontkallek-lyrics,p0432949
  9. http://bibnum.univ-rennes2.fr/items/show/354?image=8
  10. Arthur Le Moyne de La Borderie, "La Bretagne aux temps modernes, 1491-1789", 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5784070s/f193.image.r=pontcallec?rk=171674;4
  11. Joël Cornette, "Le Marquis et le Régent", éditions Taillandier, 2008, (ISBN 9782847344820) et « Un lieu, une histoire. Pontcallec, la révolte de la petite noblesse », sur Le Télégramme, .
  12. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64499287.r=Pontcallec?rk=21459;2