Marv Pontkalleg

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Marv[1] Pontkalleg (La Mort de Pontcallec[2]) est une gwerz traditionnelle, présente notamment dans le Barzaz Breiz, recueil de chants traditionnels bretons collectés au XIXe siècle par Hersart de la Villemarqué, dans le pays de Cornouaille (chant XLVI).

La mort du marquis de Pontcallec, à la suite d'une conspiration visant le royaume, est un fait parfaitement authentique, déformé par de nombreux narrateurs dont La Villemarqué, qui en fait l'apologie de la noblesse militante et vaillante de son pays, qui s'oppose à la bourgeoisie[3].

Cette chanson fait partie des « classiques » de la musique bretonne avec nombre d'interprétations connues : Gilles Servat, Tri Yann, Alan Stivell

Contenu[modifier | modifier le code]

Supplice à Nantes de Pontcallec et ses compagnons par Jeanne Malivel.

Cette gwerz raconte l'histoire du marquis de Pontcallec (1680-1720), décapité sur la place du Bouffay à Nantes en 1720 en tant que chef d'une conjuration bretonne contre la France. Son exécution fait suite à l'échec d'une conspiration dont les revendications portaient à la fois sur l'indépendance de la Bretagne et sur des thèmes pré-révolutionnaires.

Dans la version du Barzaz Breiz, le motif revenant de manière récurrente « Traitour, ah ! Mallozh dit 'ta » fait référence à la trahison qui conduit le marquis sur l'échafaud de Nantes (Toi qui l'as trahi, sois donc maudit !), lui qui est mort pour son pays et qui était l'ami des Bretons mais non pas des bourgeois[4].

Le chant populaire présente le marquis comme le défenseur des pauvres opprimés : « il est mort, chers pauvres, celui qui vous nourrissait, qui vous vêtissait, qui vous soutenait... » En fait, les historiens le présentent comme un gentilhomme âpre au gain et franchement détesté par ses paysans qu’il exploite sans scrupule pour subvenir à ses besoins d’oisif. Alors que la légende lui donne 21 ans, l'Histoire lui donne quarante ans et situe le château de Pontcallec entre Guémené-sur-Scorff et Le Faouët (Morbihan)[5].

Le chant est divisé en quatre parties[6] :

  • la première partie introduit le récit et raconte l'attachement du peuple à son jeune marquis.
  • la seconde raconte la dénonciation dont fut l'objet Pontcallec.
  • la partie suivante narre l'arrestation du marquis, son voyage jusqu'à Nantes, son jugement.
  • la dernière partie décrit la tristesse de la population à l’annonce de la mort du héros via la réaction du recteur de la paroisse de Berné dont dépend le château de Pontcallec.

Cette gwerz a été reprise notamment par le groupe Tri Yann[7].

Interprétations[modifier | modifier le code]

La gwerz a servi de support au film Que la fête commence de Bertrand Tavernier en 1974. Elle a été interprétée par nombre de chanteurs bretons.

  • Éliane Pronost est la première à l'enregistrer sur disque chez Mouez Breiz.
  • Alan Stivell la joue à la harpe celtique sur son premier disque Telenn geltiek : Harpe celtique sorti chez Mouez Breiz, puis sur l'album Renaissance de la harpe celtique[8],[9].
  • Le groupe Tri Yann chante la complainte sur leur album Dix ans, dix filles en 1973.
  • Gweltaz Ar Fur l'a également reprise dans les années 1970 pour la faire connaitre à la jeunesse.
  • La chanteuse Andrea Ar Gouilh (qu'Alan Stivell accompagna à la harpe) l'enregistre sur l'album Gwerzioù ha sonioù ar bobl.
  • En 1992, le groupe Barzaz enregistre sur l'album An den kozh dall la version recueillie par Claudine Mazéas auprès de Mme Juget (originaire de Kermascléden, près du château de Pontcallec).
  • Gilles Servat l'a refait connaitre en 1994 sur son album A-raok mont kuit.
  • En 1999, le guitariste jazz Jacques Pellen et sa "Celtic procession" (Kristen Noguès, Gildas Boclé…) l'on enregistré en live au festival Tombées de la nuit à Rennes (Pont Kalek).
  • Le groupe Glaz intègre les paroles sur une musique pop celtique en 1996 sur l'album Holen ar Bed[10].
  • Le groupe nantais Daonet l'a reprise avec son énergie rock. Le groupe a conservé 4 strophes et en a ajouté 2 à la fin pour ancrer cette histoire dans le présent (ici fut assassiné un marquis à l'endroit où danse la jeunesse) et se projeter dans l'avenir (afin que son combat perdure)[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brice Evain, Deux héros de Bretagne. Le marquis de Pontcallec et Marion du Faouët – histoire et mémoires. 2009, p. 145-168 - lire en ligne
  • Joël Cornette, Le Marquis et le Régent. Une conspiration bretonne à l'aube des Lumières, avec la collaboration d'Éva Guillorel et de l'association Dastum, Tallandier, 2008. Ce livre est accompagné d'un CD comportant seize versions de la gwerz du marquis de Pontcallec (Gwerz Marv Pontkalleg) dont une partie est issue du collectage réalisé dans les années 1950 par Donatien Laurent[12]
  • Arthur de la Borderie, La Bretagne aux temps modernes (1491-1789), 1894, Rennes
  • Arthur de la Borderie, « Histoire de la conspiration de Pontcallec », 1859, Revue de Bretagne et de Vendée, 6, p. 457-473.
  • Henri Fréville, L’intendance de Bretagne (1689-1790), Rennes 1953
  • Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, Paris 2005
  • Pierre de La Condamine, « Pontcallec : une étrange conspiration au cœur de la Bretagne », Le bateau qui vire, Guérande, 1974
  • Joseph Loth, « La chanson du marquis de Pontcallec », dans Annales de Bretagne, no 8, , p. 480-187
  • Éva Guillorel, « La complainte du marquis de Pontcallec, les gwerzioù bretonnes et l’histoire», in Joël Cornette, 2008, dir.: Le Marquis et le Régent. Une conspiration à l’aube des Lumières. Paris: Tallandier, p. 297-313

Partitions musicales[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marv se prononce [maʁw].
  2. Orthographié « Mort de Pontcalec » dans l'édition Didier et Cie de 1883 du Barzaz Breiz.
  3. Robert Marot, La chanson populaire bretonne, Éditions Grassin, 1987, p. 93
  4. site d'Eric Dentinger
  5. Claude Devriès, bretagnenet.com, 1998.
  6. (fr) (en) Extraits du Barzhaz, traductions et explications historiques
  7. https://www.paroles-musique.com/paroles-Tri_Yann-Marv_pontkallek-lyrics,p0432949
  8. Jonathyne Briggs, Sounds French : Globalization, cultural communities, and pop music in France, 1958-1980, Oxford University Press, , 230 p. (ISBN 9780199377091), p. 128-129
  9. Vidéo version Alan Stivell, sur Renaissance de la harpe celtique
  10. « Glaz envoûte 250 auditeurs », sur Le Telegramme, (consulté le 13 décembre 2018)
  11. Site officiel de Daonet
  12. ABP, Le Marquis et le Régent. Une conspiration bretonne à l'aube des Lumières, CREDIB

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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