Carré musulman

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Tombes musulmanes du cimetière militaire de Navenne, à Vesoul.

Un carré musulman est la partie d'un cimetière destinée à accueillir des défunts musulmans.

Ils existent uniquement dans les pays non musulmans car dans l'islam les âmes des croyants doivent reposer ensemble dans un même cimetière. Les tombes suivent la Qibla, c'est-à-dire qu'elles sont orientées vers la ville de La Mecque en Arabie saoudite, lieu saint des musulmans.

France métropolitaine[modifier | modifier le code]

La création du premier carré musulman est décidée par le Conseil municipal de Paris le et il ouvre effectivement le comme 85e division du cimetière du Père-Lachaise[1]. Après 1918, les civils se voient affectés la 30e division du cimetière parisien de Pantin[1].

Depuis 1925, le maire a la possibilité de rassembler au sein du cimetière interconfessionnel les morts de même confession, d'où l'existence des « carrés »[2].

En France métropolitaine, il existe deux cimetières musulmans : le cimetière musulman de Bobigny, basé sur un décret présidentiel de 1934[2], inauguré en 1937, qui est privé, et le cimetière musulman de Strasbourg, inauguré en 2012[3], qui est le seul cimetière musulman public de France du fait du Concordat de 1801 resté en vigueur en Alsace-Moselle[2].

En 2010, environ 70 carrés musulmans sont inclus dans les cimetières communaux dont 23 en Île-de-France. Le plus important est celui du cimetière parisien de Thiais ouvert en 1957 à la demande de la mosquée de Paris[4].

En , avec la pandémie de Covid-19 qui a provoqué une hausse des décès ainsi que la fermeture des frontières, les musulmans qui avaient l'habitude pour une grande majorité de rapatrier les défunts dans leurs pays d'origine, se sont heurtés au manque de carrés musulmans en France. Ainsi, sur 35 000 cimetières, Mohammed Moussaoui du CFCM a évalué à environ 600 le nombre de cimetières proposant un carré confessionnel respectant le rite religieux musulman[5]. En , la plateforme L.E.S. Musulmans en a recensé 205[6].

Carrés musulmans de cimetières militaires[modifier | modifier le code]

Les instances militaires exigent des espaces dans les cimetières parisiens durant la Première Guerre mondiale. Sur les 7 909 soldats inhumés dans les cimetières parisiens, 307 sont musulmans[1] :

État des inhumations militaires au [1]
Cimetières parisiens Soldats musulmans alliés inhumés
Pantin 176
Ivry 101
Bagneux 047
Vaugirard 023
Total 307

Outre la partie militaire du cimetière musulman de Bobigny, quelques nécropoles possédant des carrés musulmans regroupant les soldats tués au cours des deux guerres mondiales[7] :

Nécropoles Guerre Nombre de tombes Stèles musulmanes
Douaumont (Meuse) Première Guerre mondiale 16 117 592
Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) Première Guerre mondiale 40 000 576
La Ferme de Suippes (Marne)[8] Première Guerre mondiale 9 256 1 959
Condé-Folie (Somme) Seconde Guerre mondiale 3 310 829
Rougemont (Doubs) Seconde Guerre mondiale 2 177 1 251
Sigolsheim (Haut-Rhin) Seconde Guerre mondiale 1 589 792
Rétaud (Charente-Maritime) Seconde Guerre mondiale 330 129
Nécropole nationale de la Doua (Rhône) Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale 6359 320
Besançon (Doubs)[9] Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale ? ~20
cimetière de Vichy (Allier)[10] Première Guerre mondiale 500 3

Profanations à caractère néonazi[modifier | modifier le code]

Depuis 2003, plusieurs carrés musulmans ont fait l'objet de profanations à caractère néonazi, donnant lieu à des poursuites et des condamnations :

  • 2003
    •  : Environ soixante tombes sont profanées à coups de batte de baseball dans le carré musulman du cimetière de Thiais (Val-de-Marne).
  • 2004
    •  : Quatre tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies au cimetière militaire de Cronenbourg, près de Strasbourg.
    •  : Plus de cinquante tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies à Strasbourg.
    •  : Une cinquantaine de sépultures musulmanes d'un cimetière militaire sont recouvertes d'inscriptions néonazies à Haguenau (Bas-Rhin).
    •  : Quinze tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies dans le cimetière militaire de Cronenbourg.

Le carré musulman du cimetière militaire Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire, dans le Nord-Pas-de-Calais, a été profané par des inscriptions néonazies à trois reprises, le (52 tombes), le (148 tombes, une tête de porc a été pendue à l'une d'elles) et le (presque totalité des 576 tombes)[11]. Ce cimetière héberge les tombes de 576 soldats musulmans de l'Armée française morts pour la France durant la Première Guerre mondiale.

Le , huit tombes de soldats marocains appartenant à la célèbre 2e division blindée du général Leclerc, morts pour la France au cours des combats qui ont suivi le débarquement de Normandie en , ont été profanées et recouvertes d'inscriptions néo-nazies au cimetière de Montjoie-Saint-Martin, un village situé en Basse-Normandie[12].

Autres profanations[modifier | modifier le code]

Le , sept stèles de soldats de confession musulmane, morts pour la France lors de la Première Guerre mondiale, ont été profanées dans le carré militaire du cimetière de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône.

Italie[modifier | modifier le code]

Carrés musulmans de cimetières militaires[7][modifier | modifier le code]

Deux cimetières militaires français en Italie possédant des carrés musulmans regroupant les soldats du corps expéditionnaire français tués au cours de la campagne d'Italie en 1943-1944 principalement lors de la bataille de Monte Cassino.

Nécropoles Guerre Nombre de tombes Stèles musulmanes
Venafro Seconde Guerre mondiale 4 578 3 130
Monte Mario (Rome) Seconde Guerre mondiale 1 709 1 142

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Juliette Nunez, « La gestion publique des espaces confessionnels des cimetières de la Ville de Paris : L'exemple du culte musulman (1857-1957) », Le Mouvement social, no 237,‎ , p. 13–32 (DOI 10.3917/lms.237.0013, lire en ligne, consulté le ).
  2. a b et c Stéphanie Le Bars, « Strasbourg ouvre le premier cimetière public musulman de France », Le Monde, (consulté le ).
  3. Chloé Woitier, « Le cimetière musulman de Strasbourg, un cas unique », Le Figaro, (consulté le ).
  4. Atmane Aggoun, « Les carrés musulmans : enjeu de l'intégration des musulmans de France », Le Monde, .
  5. « Les musulmans de France ne savent plus où enterrer leurs morts », sur LeMuslimPost, (consulté le ).
  6. « Urgence Janaza : Cartographie des Carrés Musulmans et des Pompes Funèbres », sur L.E.S. Musulmans (consulté le ).
  7. a et b Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre, Délégation à la mémoire et à l'information historique, Atlas des nécropoles nationales, Paris, La Documentation française, , 54 p. (ISBN 2-11-002737-1).
  8. « Nécropole nationale La Ferme de Suippes », relevé no 40881, sur MémorialGenWeb.
  9. Joseph Pinard, « Le député de Besançon et l'armée indigène en ... 1915 », Besançon votre ville, , p. 42–43.
  10. « Le cimetière de Vichy », Ville de Vichy.
  11. « De nouvelles tombes musulmanes profanées dans la région d'Arras », L'Obs, .
  12. « Montjoie-Saint-Martin. Les huit tombes du carré musulman profanées », Ouest-France, 21 octobre 2009.