Île-de-beauté
| Île-de-beauté | |
Vignoble dans la plaine à Poggio-d'Oletta. | |
| Type d'appellation(s) | IGP départementale |
|---|---|
| Reconnue depuis | 1974 (VDP) et 2009 (IGP) |
| Pays | |
| Région parente | vignoble de Corse |
| Localisation | Haute-Corse et Corse-du-Sud |
| Saison | chaud et sec en été, doux et pluvieux en hiver |
| Climat | méditerranéen |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
2 801 heures (à l'aéroport d'Ajaccio) |
| Sol | granitiques, calcaires, grès, sables, silico-argileux et argileux |
| Superficie plantée | 3 150 hectares |
| Nombre de domaines viticoles | 5 coopératives, une SICA et 36 caves particulières |
| Cépages dominants | nielluccio N, sciaccarello N, merlot N, grenache N, vermentino B, chardonnay B, etc. |
| Vins produits | 46 % rosés, 35 % rouges et 19 % blancs |
| Production | 227 019 hectolitres |
| Rendement moyen à l'hectare | maximum 120 hl/ha[1] |
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Un île-de-beauté[note 1] est un vin français d'indication géographique protégée (le nouveau nom depuis 2009 des vins de pays) de zone du vignoble de Corse, produit sur les départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud. Les vins portant ce label viticole, qui représentent les trois-quarts de la production du vignoble corse, peuvent être blancs, rosés ou rouges.
Histoire
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La production de vins dans l'île est attestée dès le VIe siècle avant notre ère à Aléria[2]. Une consommation grandissante, qui touche toute la population, est constatée pendant la colonisation romaine. Après la chute de l’Empire, des invasions successives déferlent sur la Corse jusqu’au XIe siècle, durant cette période la viticulture est délaissée. Elle reprendra durant l'administration de Pise. Jusqu'en 1285, le rôle de l’Église est primordial pour la reconstitution du vignoble. Le vin corse est à nouveau exporté vers le continent. La domination génoise qui suivra un siècle plus tard ne fit que renforcer les échanges avec l'Italie[3].
Une mutation radicale de la viticulture corse eut lieu lors de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle fut entamée par l'arrivée de quelque 17 000 rapatriés d'Afrique du Nord. Habitués à fournir des vins médecins au reste de la France (des vins utilisés pour améliorer ceux plus septentrionaux, moins colorés et moins alcoolisés), ils arrivèrent avec des techniques viticoles et œnologiques de masse. Les vignobles qu'ils plantent sont tous mécanisés (premier test des machines à vendanger) pour produire en quantité des vins de peu de qualité, vendu comme « vin de table » (VDT, les actuels VSIG). « La surproduction commence en 1960, s’accélère de 1964 à 1969 et atteint son sommet en 1976. Il s’ensuivra, dans les années 1980, une série d’arrachages sans précédent »[3]. Depuis des bases plus saines ont permis d'envisager un autre type de viticulture tourné vers plus de qualité.
Pour valoriser un peu ce type de production par une meilleure traçabilité, dans un contexte de mévente des vins de table, les pouvoirs publics ont créé en 1968 le label « vin de pays » (VDP)[4] complété du nom d'un département ou d'une zone, d'où la création en 1974 du « vin de pays de l'île de beauté », couvrant l'intégralité du département de Corse[5] (avant la scission en deux de 1976). Les critères de production sont fixés en 1982[6].
Dans le cadre de la réforme de la filière viti-vinicole et de l'harmonisation européenne, les vins de pays changent de nom en 2009 pour devenir des indications géographiques protégées (IGP)[7] et dépendent désormais pour leur contrôle de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)[8] ; le vin de pays de l'île de Beauté devient donc le l'IGP « Île de Beauté »[9]. Le cahier des charges est publié en [10], puis modifié en (ajout de cinq cépages locaux)[1].
Cette IGP du vignoble de Corse est très étendue, elle représente environ 50 % de la production totale[11]. Depuis la vendange 2002, les deux départements (Corse-du-Sud et Haute-Corse) peuvent aussi produire le « vin de pays des portes de Méditerranée » (devenu l'IGP méditerranée)[12].
Vignoble
[modifier | modifier le code]Aire de production
[modifier | modifier le code]| Image externe | |
| Carte des communes concernées | |
Cette IGP peut être produite sur toutes les communes des deux départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud[1]. Actuellement, une part importante de la production provient de la zone de production qui s'étend, sur la côte orientale, de Bastia à Sari-Solenzara. Ce fut sur ce vaste secteur viticole de l'île qu'avait été implanté un vignoble de masse par les rapatriés d’Algérie dans les années 1960. Pour assainir sa production, la Corse fut contrainte d'arracher, dans ce secteur, 25 000 hectares de vigne, plus des trois quarts des plantations qui y avaient été faites[3],[13]. Le vignoble pouvant produire des vins labellisés s'étend sur 3 150 hectares[2].
Orographie et géologie
[modifier | modifier le code]L'île est composé de sols granitiques, calcaires, grès, sables, silico-argileux et argileux[11]. Boisée et montagneuse, ses côtes méridionales sont formées par de hautes falaises sauf sur la moitié nord de la côte orientale[2].
Climat
[modifier | modifier le code]Ce terroir viticole bénéficie d'un climat méditerranéen avec des influences montagnardes[11]. De plus, l'île offre une biodiversité et des conditions idéales pour cultiver la vigne. Le plus grand problème concerne la canicule et les feux de maquis qu'elle peut provoquer. Reste en mémoire l'année 2003 et ses incendies qui ravagèrent plus de 20 000 hectares, mais les vignes ont pu être préservées[2].
Encépagement
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Le cahier des charges autorise 44 cépages différents : aléatico N[note 2], barbaroux Rs, biancu gentile B, brustianu B, cabernet franc N, cabernet-sauvignon N, carcajolo N, carcajolo blanc B, carignan blanc B; carignan N, chardonnay B, chenin B, cinsaut N, codivarta B, cualtacciu B, genovèse B, grenache blanc B, grenache gris G, grenache N, marsanne B, merlot N, morrastel N, mourvèdre N, muresconu N, muscat à petits grains B, muscat à petits grains rouges Rg, muscat d’Alexandrie B, nielluccio N, pagadebiti B, Pinot gris G, pinot N, riminèse B, rossula bianca B, roussanne B, sauvignon B, sauvignon gris G, sciaccarello N, syrah N, tempranillo N, ugni blanc B, uva biancona B, vermentino B, vintaghju N et viognier B[1].
Les cépages autorisés sont représentatifs des vignes cultivées en Corse. L'objectif des responsables de l'interprofession du vignoble a été de réhabiliter les cépages insulaires : le résultat a été d'élaborer « des vins de qualité, dotés d’une très forte identité locale ». L'encépagement comprend 21 variétés historiques dont le niellucciu (le sangiovese), le sciaccarellu, le vermentinu, le biancu gentile et le pagadebiti…, en français le « Paie tes dettes »[13], ainsi que l'aléatico, le barbarossa, le riminese, le carignan, le ganson, le gramon, le lledoner pelut, le mourvèdre, le portan, le tempranillo, l'ugni blanc, le vermentino, la codivarta et le morrastel[2],[14]. En 2023, sont autorisés cinq autres cépages locaux : brustianu, cualtacciu, rossula bianca, uva biancona et vintaghju.
Cet encépagement est complété avec des cépages que l'on trouve plus généralement dans les vignobles continentaux tels que le chardonnay, le merlot, le pinot noir, le cabernet-sauvignon ainsi que le cinsault, le grenache, le muscat à petits grains, le muscat d’Alexandrie et la syrah[12]. Pour les blancs, le chardonnay représente 60 % des cépages utilisés et le vermentino 10 %. Tandis que dans les rouges, le merlot intervient à hauteur de 20 % et le pinot noir à hauteur de 18 %[12].
Méthodes culturales et réglementaires
[modifier | modifier le code]Pour être labellisés, les vins IGP doivent correspondre à des critères très précis : rendement à l'hectare, encépagement, titre alcoométrique volumique, critères analytiques, examen organoleptique[12]. À titre d'exemple, les vins bénéficiant de l'indication géographique protégée île-de-beauté ont une limite de rendement maximum à l’hectare fixé à 120 hectolitres[3].
Vins
[modifier | modifier le code]Le cahier des charges de l'IGP autorise la production d'île-de-beauté rouges, rosés et blancs ; le nom du vin peut être complété par le nom d'un ou plusieurs cépages, ainsi que par la mention « primeur » ou « nouveau »[1]. Les vins de cépages ont représenté 38 % des volumes produits en IGP sur la campagne 2006[12]. Les vins à labelliser peuvent être élaborés en monocépage, bicépage ou en assemblage[11]. De plus, les vendanges doivent être parfaitement identifiées dès le niveau de la parcelle et séparées de celles des vins d'appellations. Comme il est de coutume en France, les vins primeurs île-de-beauté sont commercialisés dès le troisième jeudi du mois d'octobre[12].
Production
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« Sous l’effet d'une vague d'arrachage soutenue par les primes de l'OCM et des conditions météorologiques désastreuses, à partir de 2004, la production vinicole a reculé de 25 %, passant de 400 000 hl pour atteindre 327 955 hl en 2009. Le vin de pays a vu sa production chuter de 25 % durant ces 5 années. On passa de la surproduction au manque de disponibilités ». Cet état de fait contraignit les producteurs à délaisser les circuits hard-discount et cash and carry, pour privilégier la qualité à la quantité. L'année 2010 marqua le renouveau des stocks avec 370 000 hectolitres. Un niveau qui a été atteint grâce à des plantations de cépages de qualité[15].
C'est dans ce cadre qu'en vingt ans, le sciaccarellu est passé de 0 à 731 hectolitres, que le niellucciu a quasiment septuplé sa production en passant de 418 à 2 805 hectolitres, et que le vermentinu a vu sa production passer de 1 272 à 4 786 hectolitres. Le développement le plus spectaculaire reste celui du muscat à petits grains dont la présence était nulle dans les vins de pays des années 1980 et dont les plantations donnent actuellement 3 090 hectolitres d'une vin très aromatique. Ces cépages, en particulier, ont apporté caractère, originalité et élégance à l'IGP corse[12].
Les quelque 3 150 hectares du vignoble de l'IGP donnent une production annuelle qui peut varier entre 200 000 hectolitres[14] et 227 000 hectolitres (35 % de vins rouges, 46 % de vins rosés et 19 % de vins blancs), ces vins représentent les trois-quarts de la production du vignoble corse[12].
Gastronomie
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La variété des sols et du terroir permet une forte personnalisation des vins, qui cependant conservent un tronc commun avec des vins rouges fins et puissants, des vins rosés très aromatisés, et des blancs de haute qualité[2].
Le vin rouge se présente dans une robe grenat aux reflets violacés. Son nez dégage des notes de fruits rouges comme la groseille, des pointes d’épices douces, d’abricot et de violette. Sa bouche reste souple grâce à des tanins bien fondus. Généralement ces vins, qui sont élaborés sur la base de cuvaisons courtes, doivent être bu jeunes. Ils sont parfaits pour être consommés sur une tarte au brocciu et se servent à 14 °C[11].
Le vin rosé, à la robe rose saumon pâle, a un nez simple et fruité, il dégage à l'agitation des arômes floraux et épicés. La dégustation révèle une bouche fruitée et très fraîche. Très rafraîchissants, ces vins sont excellents en période estivale, servi très frais à 8 °C[11].
Le vin blanc revêtu d'une robe jaune pâle aux reflets verts, a un nez fortement marqué par des notes florales, (aubépine et camomille), avec des pointes fruités (abricot, pêche et poire). Il possède une bouche ronde, vive et très fraîche à la fois. Ces vins sont remarquables pour accompagner les fruits de mer ou les fromages, on les boit frais à 8 °C[11].
Commercialisation
[modifier | modifier le code]Les vins de l'IGP sont produits par cinq caves coopératives, une SICA et trente-six caves particulières[3].
L'organisation représentative des viticulteurs, le « Syndicat des vins de pays de l'Île de Beauté » a adhéré à la Fédération Inter-med, dont le siège social se trouve sur le site Agroparc à Avignon. Ce qui leur a permis d'utiliser pour leur commercialisation l'IGP méditerranée. Celui-ci avec le pays-d'oc identifient dans deux grands ensembles la production des IGP de la France. Ce regroupement a pour but de clarifier l'offre en particulier sur les marchés internationaux[12].
La commercialisation des vins joue un rôle important dans l'économie corse puisqu'une grande partie des volumes est absorbée par les marchés d’exportation. Dans ce secteur, les IGP île-de-beauté jouent la carte d'un excellent rapport qualité-prix[12].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Le nom du lieu devient ici le nom du produit, par antonomase : c'est un nom commun, il s'écrit donc avec des minuscules, cf. références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. Sauf que le cahier des charges rajoute des majuscules au nom du vin, pour le différencier d'un nom générique, principe repris sur les étiquettes et les déclarations.
- ↑ Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 « Cahier des charges de l'indication géographique protégée « ILE DE BEAUTE » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
- 1 2 3 4 5 6 IGP Île de Beauté sur le site vin.lefigaro.fr
- 1 2 3 4 5 Cahier des charges de l'IGP Île de Beauté
- ↑ « Décret modifié n° 68-807 du 13 septembre 1968 abrogeant des dispositions législatives relatives au vin », publié au JORF du .
- ↑ « Arrêté du 29 janvier 1974 portant délimitation de la zone de production de différents vins de pays », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 25 janvier 1982 définissant les conditions de production des vins de pays de l'île de Beauté », publié au JORF du .
- ↑ « Règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole », publié au Journal officiel de l'Union européenne du .
- ↑ INAO, « La réforme des vins de pays » [PDF], , p. 5.
- ↑ « Liste des noms d'unités géographiques plus petites que l'État membre visées à l'article 51 du règlement (CE) n° 1493/1999 (vins de table avec indication géographique) », publié au Journal officiel de l'Union européenne C 187 du .
- ↑ « Arrêté du 2 novembre 2011 relatif à l'indication géographique protégée « Ile de Beauté » », publié au JORF du .
- 1 2 3 4 5 6 7 IGP Île de Beauté sur le site vin-vigne.com
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 IGP Île de Beauté sur le site 1001degustations.com
- 1 2 La Corse se réapproprie ses cépages historiques sur le site lesechos.fr
- 1 2 IGP Île de Beauté sur le site 1jour1vin.com
- ↑ Les vins de Corse : Dossier économique