États unis de Grande Autriche

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Créer des États-unis de Grande-Autriche (en allemand Vereinigte Staaten von Groß-Österreich) était une idée conçue par Aurel Popovici en 1906, soutenue par un groupe d’intellectuels réunis autour de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche et son épouse Sophie Chotek d’origine tchèque, mais qui ne fut jamais réalisée. Cette proposition a été formulée dans l'espoir d'apaiser les tensions internes de l’Autriche-Hongrie, elles-mêmes dues à l’adoption en 1867 d’une structure dualiste qui n’accordait d’autonomie, au sein de l’Empire, qu’à la seule Hongrie[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte : les options fédérales et la formation de la Double Monarchie[modifier | modifier le code]

Les révolutions de 1848 avaient contraint le jeune empereur François-Joseph Ier, oncle de François-Ferdinand, au début de son règne, à réformer l’Empire d'Autriche. En effet, il fut alors proposé de fédéraliser le pays. Plusieurs options furent proposées[2] :

Après l'éviction de l’Empire d'Autriche de la Confédération germanique en 1866, à la suite de la défaite autrichienne lors de la guerre des Duchés, les options fédérales à six, à quatre et à trois furent abandonnées. Par le compromis austro-hongrois, l'Empire devient en 1867 une « double monarchie » impériale et royale, l’Autriche-Hongrie, rassemblant l’Empire autrichien (ou Cisleithanie) et le Royaume de Hongrie (ou Transleithanie), avec la rivière Leitha constituant symboliquement la limite entre les deux entités. Formellement, le royaume hongrois est à égalité avec l’Autriche, mais les deux entités restent cependant unies par la « double-couronne », celle de l’unique « empereur d’Autriche et roi de Hongrie ».

Lors de la négociation de ces options, les Croates revendiquaient la formation d’un royaume « triunitaire » regroupant le Royaume de Croatie-Slavonie et le Royaume de Dalmatie, mais le « compromis de 1867 » attribua le Royaume de Dalmatie à l’Autriche et le Royaume de Croatie-Slavonie à la Hongrie. L’administration croate refuse ce partage et tentera en vain d’obtenir l’unification des deux royaumes. Les Tchèques, les Polonais, les Ukrainiens et les Roumains, pour leur part, revendiquaient des institutions propres et autonomes pour respectivement le Royaume de Bohême-Moravie, le Royaume de Galicie-Lodomérie, le Grand-Duché de Bucovine et la Grande-Principauté de Transylvanie dont François-Joseph était le souverain : leurs attentes aussi furent déçues et dès lors, les Slaves et les Latins de l’Empire, sujets de second rang, commencèrent à être tentés par le nationalisme, voire le sécessionnisme (les Italiens l’étaient déjà par l’irrédentisme)[3].

Le début du XXe siècle et la nouvelle option fédérale[modifier | modifier le code]

Carte ethnique de l'Autriche-Hongrie en 1911.

Ainsi, au début du XXe siècle, au sein de la « Double Monarchie » regroupant onze différents groupes ethno-linguistiques, seuls les Allemands et les Hongrois, soit 44 % de la population totale, disposaient d’un gouvernement et d’un territoire. Les autres groupes : Italiens, Roumains et Slaves (Tchèques, Slovaques, Polonais, Ruthènes, Croates, Slovènes, Serbes et Ukrainiens) ne disposaient d’aucun pouvoir politique et leur influence sur la couronne des Habsbourg était très faible (seuls les Tchèques et les Polonais d’Autriche pouvaient parfois, au Parlement de Vienne, faire entendre leur voix en constituant des minorités de blocage). Côté hongrois, seuls les Croates avaient une autonomie limitée à l'intérieur du Royaume de Croatie-Slavonie. Les fréquentes manifestations, troubles, révoltes, répressions et procès débouchant parfois sur le terrorisme, démontrèrent que ce système où deux nations dominaient les neuf autres ne pourrait pas survivre in perpetuam.

L’Archiduc François-Ferdinand, trouvant séduisante l’idée d’Aurel Popovici, avait prévu de redessiner la carte de l’Autriche-Hongrie en créant quinze « États » semi-autonomes (plus des enclaves), qui formeraient une plus large confédération appelée « États-Unis de Grande-Autriche ». Selon ce plan, l’identité linguistique et culturelle était encouragée comme richesse d’un Empire multiculturel facteur d’apaisement des nationalismes[4], et les disparités de pouvoir au sein de chaque entité seraient rectifiées d’une manière ou d’une autre. Le plan allait plus loin que les revendications des différents peuples, car il ne se limitait pas à donner plus d’autonomie aux composantes existantes de l’Empire, mais redessinait leurs frontières de manière à regrouper au sein d’une même entité le maximum de locuteurs d’une même langue (voir cartes).

Opposition, guerre et dissolution de l’Empire[modifier | modifier le code]

L’idée rencontra une forte opposition en provenance du royaume de Hongrie au sein de la Double-Monarchie, car elle aurait entraîné une perte de territoires importante pour la Hongrie, et donc une perte de pouvoir significative pour la noblesse hongroise. De plus, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse Sophie Chotek furent assassinés à Sarajevo en 1914, ce qui a été directement à l’origine du déclenchement de la Première Guerre mondiale. L’Autriche-Hongrie fut vaincue et démantelée : de nombreux nouveaux États furent créés, alors que d’autres territoires furent cédés aux pays environnants à la suite des décisions des puissances de la Triple-Entente. Les nouvelles frontières suivaient en partie celles proposées par Aurel Popovici, mais il s’agissait cette fois de frontières internationales, et leur tracé était moins favorable aux Allemands et aux Hongrois.

États proposés par Aurel Popovici[modifier | modifier le code]

Carte de la proposition d'« États unis de Grande Autriche » et des principaux groupes linguistiques d'Autriche-Hongrie.
Carte de la proposition d'« États unis de Grande Autriche » par Popovici, 1906

Les territoires suivants devaient devenir des États après la réforme[5] :

De plus, d’autres enclaves germanophones, en particulier en Hongrie et Transylvanie, auraient eu un accès à une certaine autonomie. Il est à noter que le condominium austro-hongrois de Bosnie-Herzégovine n'était pas concerné par ce plan, formulé deux ans avant l’annexion de ce territoire par l’Empire.

Références[modifier | modifier le code]

  • (de) Erich Kowalski, Die Pläne zur Reichsreform der Militärkanzlei des Thronfolgers Franz Ferdinand im Spannungsfeld von Trialismus und Föderalismus, Universitätsbibliothek Wien, Vienne, 2005
  • (de) Aurel C. Popovici, Die Vereinigten Staaten von Groß- Österreich, Leipzig, Elischer,‎ , 424 p. (OCLC 252868480)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Léon Rousset : « Autriche-Hongrie » in : Fr. Schrader, F. Prudent, E. Anthoine : « Atlas de géographie moderne », Hachette, 1889, ch. 28.
  2. Jean Bérenger, L’Autriche-Hongrie 1815-1918, Armand Colin 2008.
  3. Bernard Michel, « Nations et nationalismes en Europe Centrale : XIXe-XXe siècle », Éditions Aubier, 1995, p. 63.
  4. Léon Rousset : « Autriche-Hongrie » in : Fr. Schrader, F. Prudent, E. Anthoine : « Atlas de géographie moderne », Hachette, 1889, ch. 28.
  5. Le terme allemand renvoie aux population de langue allemande, sans relation avec le Reich allemand proprement dit.

Liens externes[modifier | modifier le code]