Troscart maritime

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Le Troscart maritime (Triglochin maritima) est une plante pérenne de la famille des Juncaginacées qui pousse dans les marais ou prés salés.

Description morphologique[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Triglochin maritimum

Cette plante herbacée de 20 à 80 cm de hauteur possède un court rhizome oblique, fibreux. Des feuilles longues et étroites, à disposition alterne, un peu charnues et demi-cylindriques partent toutes de la souche au niveau de gaines à ligule entière ou bilobée[1],[2],[3].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

La floraison survient de mai à septembre.

Chaque plant produit généralement deux hampes florales ou davantage, hampes plutôt robustes et généralement plus longues que les feuilles[4],[3]. Les fleurs hermaphrodites, de couleur verdâtre, sont disposées en longs épis, constituant ainsi un racème simple dont la longueur varie de 6 à 45 cm. Chacune des fleurs est portée par un court pédoncule de quelques millimètres de long et ne mesure que 2 ou 3 mm. La fleur est constituée de 6 tépales verts, en deux rangées, avec une teinte rougeâtre à l'extrémité, de 6 étamines et d'un pistil, qui contient six carpelles contenant chacun un ovule. Le gynecée est mature avant l'androcée, ce qui limite les risques d'autopollinisation.

La pollinisation est anémogame, c'est-à-dire assurée par le vent[1],[2],[5],[6].

Les fruits sont des akènes ovoïdes, de 3 ou 4 mm de long. S'ils tombent à l'eau, ils sont capables de flotter et de commencer à germer dans l'eau de mer. Mais la dissémination des fruits se fait essentiellement par épizoochorie, c'est-à-dire par le truchement des animaux[1],[5],[6].

Le nombre de chromosomes est variable chez cette espèce : il est normalement de 2n=12, mais il existe des individus polyploïdes à 24, 36, 48, 60, 96, 120, voire 144 chromosomes[5],[3].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Le Troscart maritime pousse dans les prés salés ou les marais saumâtres, au niveau de la schorre. On peut aussi le rencontrer à l'intérieur des terres, dans des marais ou des prairies humides sur sol alcalin, même en montagne, mais à une altitude généralement inférieure à 4 000 m[5].
La salinité optimale de cette plante est de 0,4 % ; elle supporte moins la concurrence des autres végétaux sur sol moins salé[1]. En Europe, cette espèce est considérée comme une associée caractéristique des prés salés atlantiques (c'est-à-dire des côtes de la Baltique, de la mer du nord, de la Manche et de l'Atlantique) et plus particulièrement des prés salés à Puccinellia et Spergularia marina (association Puccinellio-Spergularion salinae)[7].

Le Troscart maritime vit sur les terrains humides et/ou salés des zones froides et tempérées. On le trouve sur les trois continents de l'hémisphère nord (zone circumboréale) : Europe, nord de l'Asie et Amérique du Nord. En Europe, la limite sud de son aire de répartition passe par le Portugal, le centre de l'Italie et la Bulgarie, mais il est présent en Afrique du Nord. En France, on le trouve sur toutes les côtes, même méditerranéenne, et dans les marais salins d'Auvergne et de Lorraine. On peut aussi le trouver dans l'hémisphère sud, notamment dans le sud de l'Amérique du Sud[5],[6].

Rôle écologique[modifier | modifier le code]

Les feuilles du Troscart maritime contiennent des hétérosides cyanogénétiques, la taxiphylline et la triglochinine[8]. Il s'agit donc d'une plante toxique pour la plupart des herbivores, notamment pour les moutons élevés dans les prés salés[2].

Des études[9] ont montré que le Troscart maritime avait pour effet de surélever les terrains humides et de permettre l'installation de plante plus grandes, n'acceptant pas les sols trop humides. Il aurait ainsi un rôle dans la transformation des zones humides en des terrains exondés, ainsi qu'une action améliorant la biodiversité.

Systématique[modifier | modifier le code]

Triglochin maritima ou Triglochin maritimum ?[modifier | modifier le code]

Ces deux appellations scientifiques sont souvent employées dans les publications, avec cependant une préférence pour Triglochin maritima (voir le paragraphe "Références externes").

Triglochin maritima et Triglochin concinna[modifier | modifier le code]

L'espèce fut un temps séparée en deux espèces distinctes :

  • Triglochin maritima : plus grande et plus touffue, dont la ligule située sur la gaine des feuilles est entière ;
  • Triglochin concinna : plus petite et malingre, dont la ligule présente deux lobes.

Mais en fait, à l'échelle de l'Amérique du Nord, il s'est avéré qu'il existait une variation régulière d'un type à l'autre, voire des individus présentant toutes les combinaisons possibles de ces caractères, et la séparation a été déclarée non valide[5].

Appellations scientifiques[modifier | modifier le code]

Selon Catalogue of Life, il existerait de nombreuses appellations scientifiques pour cette espèce, synonymes mais considérées comme non valides[10]:

  • Hexaglochin maritima (L.) Nieuwl.
  • Hexaglochin sexlocularis (Stokes) Nieuwl.
  • Juncago maritima (L.) Bubani
  • Triglochin ani K.Koch
  • Triglochin asiatica (Kitag.) Á.Löve & D.Löve
  • Triglochin concinna Burtt Davy
  • Triglochin debilis (M.E.Jones) Á.Löve & D.Löve
  • Triglochin elata (ou elatum) Nutt.
  • Triglochin monanthos Speg.
  • Triglochin narbonensis Sennen
  • Triglochin roegneri K.Koch
  • Triglochin salina Wallr.
  • Triglochin sexlocularis Stokes
  • Triglochin transcaucasica Bordz

Existence de sous-espèces[modifier | modifier le code]

De même, les formes, sous-espèces et variétés suivantes sont considérées par Catalogue of Life comme synonymes de Triglochin maritima et non valides[10]:

  • Triglochin concinna var. debilis (M.E.Jones) J.T.Howell
  • Triglochin concinna var. deserticola (Phil.) J.T.Howell
  • Triglochin maritima var. asiatica (Kitag.) Ohwi
  • Triglochin maritima subsp. asiatica Kitag.
  • Triglochin maritima var. debilis M.E.Jones
  • Triglochin maritima var. deserticola Buchenau
  • Triglochin maritima var. deserticola Phil.
  • Triglochin maritima var. elata (Nutt.) A.Gray
  • Triglochin maritima forma multifissa Lepage

Le Troscart maritime et l'homme[modifier | modifier le code]

Utilisations du Troscart maritime[modifier | modifier le code]

Les feuilles fraîches étant toxiques, cette plante a peu été utilisée par l'homme. Les Amérindiens de la tribu des Klamath faisaient cependant griller les graines pour en faire une boisson, une sorte de succédané de café[11].

Statut et préservation[modifier | modifier le code]

L'Agence européenne pour l'environnement indique que cette espèce est considérée comme vulnérable en Lithuanie[12].

En France, le Troscart maritime est protégé au niveau régional en Auvergne et en Lorraine[4].

Aux États-Unis, il est considéré comme menacé dans les États de l'Illinois, de l'Iowa et de l'Ohio, et en danger dans l'État du New Jersey[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (fr) Lohmann M. (1995) Flore et faune du littoral p. 36, Chantecler, ISBN 2-8034-2778-8
  2. a, b et c (fr) R. Auger, J. Laporte-Cru (1982) Flore du domaine atlantique du Sud-ouest de la France et des régions des plaines p. 347, CNDP, ISBN 2 86617 225 6
  3. a, b et c (en) Jepson Flora Project, « T. maritima L., seaside arrow-grass », sur ucjeps.berkeley.edu, Regents of the University of California (consulté le 20 août 2009)
  4. a et b (fr) Tela Botanica, « Triglochin maritimum L. », sur www.tela-botanica.org (consulté le 19 août 2009)
  5. a, b, c, d, e et f (en) « 2. Triglochin maritima Linnaeus », Flora of North America, Vol. n°22, sur www.efloras.org (consulté le 19 août 2009)
  6. a, b et c (fr) Tela Botanica, « Triglochin maritimum L. », sur www.tela-botanica.org,‎ 15 juin 2009 (consulté le 19 août 2009)
  7. (fr) Corine biotope, « 15.3 Prés salés atlantiques, 15.34 Prés salés à Puccinellia et Spergularia marina », sur in2000.kaliop.net, Natura 2000 (consulté le 19 août 2009)
  8. (en) John Strikart Nielsen et Birger Lindberg Møller, « Cloning and Expression of Cytochrome P450 Enzymes Catalyzing the Conversion of Tyrosine to p-Hydroxyphenylacetaldoxime in the Biosynthesis of Cyanogenic Glucosides in Triglochin maritima », Plant Physiology, vol. 122,‎ avril 2000, p. 1311 à 1322 (lire en ligne)
  9. (en) B.N. Fogel, C.M. Crain et M.D. Bertness, « Community level engineering effects of Triglochin maritima (seaside arrowgrass) in a salt marsh in northern New England, USA », Journal of Ecology, vol. 92, no 4,‎ 27 avril 2004, p. 589 à 597 (ISSN 0022-0477, lire en ligne)
  10. a et b ITIS & Species 2000, « Triglochin maritima L. », sur Catalogue of Life (consulté le 19 août 2009)
  11. (en) Coville Frederick V. (1897) Notes On The Plants Used By The Klamath Indians Of Oregon, Contributions from the U.S. National Herbarium, 5(2):87-110 (p. 90)
  12. (en) EUNIS, « Triglochin maritima », sur eunis.eea.europa.eu, Agence européenne pour l'environnement (consulté le 19 août 2009)
  13. (en) PLANTS database, « Triglochin maritima L., seaside arrowgrass », sur plants.usda.gov, USDA (United States Department of Agriculture) et NRCS (Natural Resources Conservation Service) (consulté le 20 août 2009)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Galerie photo de l'espèce sous le nom Triglochin maritimum sur le site Calphotos, University of California, Berkeley.
  • Galerie photo de l'espèce sous le nom Triglochin maritima sur le site Calphotos, University of California, Berkeley.

Références externes[modifier | modifier le code]

Sous le nom Triglochin maritimum

Sous le nom Triglochin maritima