Titanoboa cerrejonensis

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Titanoboa cerrejonensis est une espèce fossile de serpents de la famille des Boidae, la seule du genre Titanoboa. Découvert dans la mine de charbon de Cerrejón en Colombie, il aurait vécu lors de la période du Paléocène entre 60 et 58 millions d'années, évoluant dans des forêts humides ayant une moyenne annuelle de température comprise entre 30 et 34 °C.

En 2013, il est considéré comme étant la plus grande espèce de serpent fossile et actuelle identifiée jusqu'alors. Pouvant atteindre jusqu'à 15 m de long pour 2 000 kg, il serait proche des actuels boas constrictors selon les caractéristiques des os retrouvés.

Découverte[modifier | modifier le code]

Ce serpent fossile date du Paléocène entre 60 et 58 millions d'années[1],[2]. Il a été découvert dans la mine de charbon de Cerrejón qui est située dans le département de La Guajira en Colombie[1]. La taille du squelette aurait permis sa conservation, les squelettes des serpents étant habituellement très fins et donc très fragiles[3].

Il a été étudié par une équipe de paléontologues dirigée par Jason Head de l'Université de Toronto, avec Jonathan Bloch de l'Université de Floride et Carlos Jaramillo paléobotaniste du Smithsonian Tropical Research Institute du Panama. Sa découverte a été annoncée le 4 février 2009 par la revue Nature dans un article décrivant les vertèbres fossiles retrouvées par des paléontologues en Colombie[1],[4].

Description[modifier | modifier le code]

Les restes de vertèbres de 28 serpents permettent d'estimer sa taille de 10,64 m à 15 m pour une moyenne de 12,8 m de long, pour un poids estimé de 730 kg à 2 000 kg pour une moyenne de 1 135 kg[1]. Son corps massif pouvait atteindre 1 mètre de largeur[5]. Les caractéristiques des os retrouvés indiquent que les spécimens sont proches des actuels boas constrictors qui ne dépassent pas de nos jours les 4,5 m[1]. Suite à sa découverte, Titanoboa cerrejonensis devient la plus grande espèce de serpent fossile et actuelle identifiée à ce jour, dépassant en longueur Gigantophis qui pouvait mesurer jusqu'à 10 mètres et vivait en Égypte il y a environ 39 millions d'années[5] et le python réticulé qui peut également atteindre les 10 mètres[6]. Le paléontologue Jonathan Bloch compara dans l'ordre de grandeur ce serpent au Tyrannosaurus rex, tant en termes de longueur que de gigantisme[5]. Expert dans l'évolution des vertébrés, il estima également qu'« après l'extinction des dinosaures, ce Titanoboa était le plus gros prédateur de la Terre pendant au moins 10 millions d'années »[3].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

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Lieu de découverte de Titanoboa cerrejonensis.

Cette espèce éteinte a été découverte en 2009 dans la mine de charbon de Cerrejón dans la localité de La Puente Pit située dans la péninsule de Guajira en Colombie[1].

La taille et le poids estimés de Titanoboa cerrejonensis donnent des éléments sur son environnement. Ils indiquent que ce serpent, animal à sang froid dépendant des conditions climatiques pour son activité et ses caractéristiques physiques, devait pour survivre obligatoirement évoluer dans une forêt humide ayant une moyenne annuelle de température comprise entre 30 et 34 °C[1], ce qui est corroboré par les modèles climatiques basés sur les teneurs en CO2 de l'atmosphère de cette époque. Ainsi, les températures équatoriales étaient probablement sensiblement plus chaudes qu'actuellement[7]. Par ailleurs, en 2002, des scientifiques avaient déjà découvert sur ​​le site de la mine de charbon de Cerrejón les vestiges d'une forêt tropicale humide datant de l'époque du Paléocène[8].

Selon Jason Head, malgré le réchauffement climatique actuel de la Terre, les serpents géants ne devraient pas réapparaître « car nous détruisons l'essentiel de leurs habitats avec le développement et la déforestation »[2]. Mais, le Dr Carlos Jaramillo estime qu'il est probable que cela se produise, précisant cependant que « cela prend du temps géologique pour qu'une nouvelle espèce se développe. Cela pourrait prendre un million d'années »[8].

Comportement[modifier | modifier le code]

Selon Jason Head, bien que Titanoboa cerrejonensis soit rattaché aux boas, son comportement était certainement plus proche des anacondas, passant davantage de temps dans l'eau. Ainsi, il est probable qu'il sache aussi bien nager que ramper[7]. Une espèce éteinte de crocodile classée dans le groupe des Dyrosauridae, Cerrejonisuchus improcerus, également découverte dans la mine de charbon de Cerrejón et qui mesurait entre 1,83 m et 2,13 m, pourrait avoir été une proie facile pour le serpent géant. En effet, selon Jonathan Bloch, « Actuellement, les serpents géants se nourrissent de crocodiles et il n'est pas déraisonnable de dire que le Cerrejonisuchus était une nourriture fréquente pour Titanoboa », sachant que les fossiles de deux espèces ont été trouvés l'un à côté de l'autre[9]. Le professeur David Polly de l'université de l'Indiana, qui reconnaît ignorer ce que pouvait manger le serpent, suppose que son régime alimentaire était probablement composé en partie d'alligators, de gros poissons et de crocodiles[6].

Non venimeux, Titanoboa cerrejonensis tuait ses proies en les serrant dans ses anneaux[8]. Pouvant broyer ses proies avec ses mâchoires, il pouvait exercer avec ses anneaux une force supérieure de 400 livres par pouce carré (soit environ 281 228 kg / m2), ce qui équivaudrait à ce qu'un humain pourrait ressentir s'il se couchait sous le poids du pont de Brooklyn selon la BBC[8],[3].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Titanoboa cerrejonensis est une espèce fossile de serpents de la famille des Boidae, la seule du genre Titanoboa[1]. Titano signifie « titanesque » et boa fait référence à la sous-famille des Boinae à laquelle il appartient. Par ailleurs, son nom d'espèce, composé de cerrejon et du suffixe latin -ensis, « qui vit dans, qui habite », lui a été donné en référence au lieu de sa découverte, la mine de charbon de Cerrejón[1]. Son nom peut ainsi être traduit littéralement en français par « Boa titanesque de Cerrejón ».

Culture populaire[modifier | modifier le code]

En 2011, Charlie Brinson et son équipe ont créé une version électromécanique de Titanoboa cerrejonensis d'environ 10 mètres de long pour un poids d'une tonne[réf. nécessaire].

Le 22 mars 2012, une réplique grandeur nature d'un Titanoboa de 15 mètres de long pour un poids de 1 100 kg avalant un crocodile a été exposée dans le Grand Central Terminal à New York dans le cadre d'une promotion pour une émission de télévision sur la chaîne Smithsonian, « Titanoboa : Monster Snake ». Ce documentaire a ensuite été diffusé le 1er avril 2012[10]. Titanoboa cerrejonensis apparaît également dans l'épisode 2 de la saison 1 de Les Portes du temps : Un nouveau monde (en anglais : Primeval: New World) où il est décrit comme étant un Sisiutl[11], une créature mythologique ayant la forme d'un serpent à double-tête avec une tête à chaque extrémité[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Giant boid snake from the Palaeocene neotropics reveals hotter past equatorial temperatures par Jason J. Head, Jonathan I. Bloch, Alexander K. Hastings, Jason R. Bourque, Edwin A. Cadena, Fabiany A. Herrera, P. David Polly & Carlos A. Jaramillo dans Nature vol.457, p. 715-717 (texte intégral).
  2. a et b David Kleczewski, « Le fossile d'un boa géant découvert en Colombie », Le Figaro,‎ 5 février 2009 (lire en ligne)
  3. a, b et c « Le Titanoboa, ce serpent préhistorique de 14 mètres de long », RTBF,‎ 4 avril 2012 (lire en ligne)
  4. (en) Roberta Kwok, « Scientists find world's biggest snake », Nature,‎ 4 février 2009 (lire en ligne)
  5. a, b et c (en) Will Dunham, « Titanic ancient snake was as long as Tyrannosaurus », Reuters,‎ 4 février 2009 (lire en ligne)
  6. a et b (en) Paul Rincon, « Largest snake 'as long as a bus' », BBC News,‎ 4 février 2009 (lire en ligne)
  7. a et b (en) Malcom Ritter, « Titanoboa Cerrejonensis : 2,500-Pound Snake Could Eat A Cow », The Huffington Post,‎ 2 avril 2009 (lire en ligne)
  8. a, b, c et d (en) Jane O'Brien, « The giant snake that stalked the Earth », BBC News,‎ 2 avril 2012 (lire en ligne)
  9. (es) « Antecesor de los cocodrilos que vivió en Colombia fue un manjar para la mayor serpiente del mundo », El Tiempo,‎ 3 février 2010 (lire en ligne)
  10. (en) Jennifer Welsh, « At 48 feet, « It's a really, really, really long snake! » », NBC News,‎ 23 mars 2012 (lire en ligne)
  11. (en) Tyler Olson, « Primeval: New World - Sisiutl Review », Crimson Tear,‎ 7 novembre 2012 (lire en ligne)
  12. (en) Balaji Mundkur, The Cult of the Serpent : An Interdisciplinary Survey of Its Manifestation and Origins, SUNY Press,‎ 1983, 363 p. (ISBN 9781438413907), p. 166

Annexes[modifier | modifier le code]

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Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Jason J. Head, Jonathan I. Bloch, Alexander K. Hastings, Jason R. Bourque, Edwin A. Cadena, Fabiany A. Herrera, P. David Polly & Carlos A. Jaramillo : Giant Boid Snake from the Palaeocene Neotropics Reveals Hotter Past Equatorial temperatures. ; Nature, vol. 457, p. 715-717 (texte intégral).