Superprédateur

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En superprédateur, le lion régule les espèces en s'attaquant en priorité aux plus faibles des troupeaux, ici un buffle.
L'orque n'est la proie d'aucune autre espèce animale.
Si l'ours des cavernes (disparu à la préhistoire, de même que le lion des cavernes) était un vrai carnivore superprédateur, l'ours brun, omnivore et volontiers nécrophage, ne le remplace pas au sommet de la chaîne alimentaire.

Un superprédateur (également appelé prédateur alpha ou – en franglaisapex prédateur, alpha prédateur) est un prédateur, qui une fois à l'âge adulte se trouve au sommet de la chaîne alimentaire et n'est alors la proie d'aucune autre espèce animale. L'Homme a longtemps semblé pouvoir être considéré comme le superprédateur ultime, et le seul à avoir la capacité d'éliminer les espèces qu'il consomme, y compris en mer via la surpêche. Cette affirmation tend à être remise en cause par les recherches menées actuellement sur le niveau trophique des êtres vivants[1].

Les superprédateurs existent chez les poissons, les oiseaux et les mammifères (terrestres ou marins). En régulant les populations et éliminant d'abord les animaux malades ou blessés, ils jouent un rôle majeur pour la conservation de la biodiversité à long terme[2]. Chez les grands animaux, ils ont souvent des caractéristiques physiques particulières, griffes acérées, mâchoires puissantes[3], et denture adaptées à la prédation et au déchiquetage des proies[2].

En général, une espèce superprédatrice se trouve à l'extrémité d'une longue chaîne alimentaire où elle joue un rôle crucial dans la régulation des équilibres de l'écosystème. Plusieurs superprédateurs mammifères ont été éliminés par l'homme depuis la préhistoire (ours des cavernes en Europe ou Lion marsupial en Australie) et quelques-uns semblent avoir disparu spontanément (smilodons). Aujourd’hui, ils sont victimes de la destruction et fragmentation de leurs habitats naturel, de la chasse, du trafic d'animaux mais aussi de la bioconcentration des nombreux polluants bioaccumulés par la chaine alimentaire.

Exemples de superprédateurs[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

Cette définition d'un animal carnivore, piscivore ou omnivore qui, à l'état adulte et en temps normal, n'est la proie d'aucune autre espèce animale, est pour partie théorique car aucun animal n'est à l'abri de « prédation » par des bactéries ou des parasites. Mais ce concept a son utilité pour l’explicitation et l'évaluation des systèmes écologiques, ainsi qu'en termes de biologie de la conservation et de gestion restauratoire de la faune et des écopaysages, voire dans le domaine de l'éco-tourisme et les pays qui l'encouragent, pour lesquels l’observation douce des grands animaux, dont prédateurs et superprédateurs, est devenue une importante source de revenus.

Dans ces contextes, la notion de superprédateur a été définie en termes de niveau trophique ; les niveaux trophiques étant les "strates hiérarchisées d'un réseau trophique (pyramide alimentaire) constitué par des organismes qui peuvent être classés comme situés à la même distance trophique (le nombre de lignes de brique de la pyramide, en quelque sorte) de la base constituée par les producteurs primaires."[4]

De manière simplifiée, on peut dire que les niveaux des consommateurs primaire, secondaire et tertiaire de la pyramide alimentaire sont eux-mêmes surmontés d’un niveau qui est celui des superprédateurs.

Une étude de la chaîne alimentaire marine définit en tant que prédateurs les espèces situées au-dessus du 4ème niveau trophique[5].

Les chaînes alimentaires sont généralement plus courtes sur terre qu’en mer, avec seulement trois grands niveaux trophiques. De grands prédateurs tels que le lynx, la hyène, le loup, ou l’anaconda occupent ce 3ème niveau.
Certains sont des carnivores exclusifs, d’autres comme l’ours consomment parfois peu de viande, ou se montrent volontiers nécrophages. Mais ils ne sont pas eux-mêmes des proies dans leur aire naturelle de répartition (sauf pour l’homme, qui bénéficie des artifices technologiques de la chasse).

Rôle écologique et interactions durables[modifier | modifier le code]

Régulation des populations[modifier | modifier le code]

Les superprédateurs jouent au sein des écosystèmes un rôle fondamental en termes de dynamique des populations.

Ils contribuent à réguler les populations de leurs espèces-proies, à limiter les pullulations et à stabiliser les populations de leurs proies. Leur propre dynamique de population est directement influencée par celle des populations de leurs proies (boucle de rétroaction).

Des équilibres dynamiques s'installent naturellement au delà d'un certain seuil de surface (ex : sur une île trop petite, une population de superprédateurs ne peut survivre, ce qui explique que la fragmentation écologique et plus particulièrement l'insularisation écologique est une des causes de leur régression ou disparition). Par exemple, quand dans un même environnement, deux espèces sont en concurrence dans une relation instable du point de vue écologique, les prédateurs ont tendance à créer la stabilité si la prédation s’exerce sur les deux espèces à la fois[6].

Ils jouent un rôle sanitaire essentiel via la sélection naturelle, en éliminant en priorité les animaux plus faibles, malades, parasités, malformés, voire dans certains cas les cadavres.

Relations entre prédateurs[modifier | modifier le code]

Les relations inter-prédateurs sont également touchées par le statut de superprédateur. Par exemple un poisson prédateur (l’achigan à petite bouche, Micropterus dolomieu) introduit hors de son milieu dans un lac s’est montré capable d'y détrôner et supplanter l'omble du Canada, le prédateur qui « dominait » le réseau trophique du lac. Une étude a montré que l'omble a changé de régime alimentaire pour se rabattre vers les invertébrés. Mais quand l’espèce introduite a été supprimée, l'omble a diversifié ses proies et a réoccupé sa niche écologique, à son ancien niveau trophique[7].

Impact sur l'écosystème[modifier | modifier le code]

Le superprédateur, via le contrôle des herbivores, a aussi des effets importants, indirects et étendus sur les caractéristiques de l'écosystème, y compris sur le paysage végétal, les incendies. L’ampleur spatiotemporelle de ces impacts est encore discutée, mais des preuves d'un impact significatif ont pu être facilement collectées dans les cas où un prédateur était réintroduit après une longue période ou dans un milieu dont il était absent : l’introduction du renard arctique dans des îles subarctiques a par exemple suffi à rapidement transformer des paysages de prairies en toundra par le biais de la prédation d'oiseaux marins qui en régressant ont apporté moins de nutriments via leurs excréments sur l'île[8].

Inversement les ours, en Amérique du Nord, consomment une grande quantité de saumon quand ces derniers remontent vers les sources pour y pondre. Ce faisant, ces ours dispersent ensuite dans le bassin versant - également via leurs excréments - le phosphore, le potassium, l'iode rapportés de la mer par ces saumons. Dans ce cas, les saumons ont aussi rapporté des polluants peu dégradables (certains pesticides, pcb, dioxine, métaux lourds lessivés sur les sols pollués et emportés en mer où ils ont été reconcentrés par le plancton consommé par les saumons). Les effets écosystémiques positifs distants et indirects sur l’écologie du paysage et les processus de sélection naturelle, aux niveaux inférieurs d’un écosystème sont décrits par l’expression « cascade trophique » (on parle parfois d’ « effet-domino »).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

notes et autres références[modifier | modifier le code]

  1. Journal Libération du 4 décembre 2013, par exemple
  2. a et b Ray, J. L., K. H. Redford, R. S. Steneck, and J. Berger. 2005. Large carnivores and the conservation of biodiversity. Island, Washington, D.C., USA.
  3. Wroe S, McHenry C, Thomason, Bite club : comparative bite force in big biting mammals and the prediction of predatory behaviour in fossil taxa. J. Proc Biol Sci. 2005 Mar 22; 272(1563):619-25.
  4. [http:..www. Merriam-webster.com.dictionary.trophic niveau trophique] Merriam-Webster Dictionary (consulté : 2008-06-02)
  5. Timothy E Essington et al. Dec 2005 ; « Fishing through marine food » ; Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol 103 -9 ; pages=3171–3175 Résumé
  6. Cheon Tasku, Shigemi Ohta, |Aout 2004 « Suppression of ecological competition by an apex predator » ; Revue Physical Review, Volume 70, chap 2 ; doi :10.1103.PhysRevE.70.021913 ; [http:..adsabs.harvard.edu.abs.2004PhRvE..70b1913C Résumé] (consulté le 2007-11-24)
  7. Lepak, Jesse M., Kraft, Clifford E., and Weidel, Brian C. (March 2006). Rapid Food Web Recovery in Response to Removal of an Introduced Apex Predator" (PDF). Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences 63 (3): 569-575. ISSN: 0706-652X. Retrieved on 2008-06-03.
  8. D. A. Croll, J. L. Maron, J. A. Estes, E. M. Danner, G. V. Byrd Introduced Predators Transform Subarctic Islands from Grassland to Tundra ; Science 25 mars 2005: Vol. 307. no. 5717, pp. 1959 - 1961 DOI: 10.1126/science.1108485 Voir (consulté le 24 novembre 2007)