Somalis

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Somalis
Soomaaliyeed
(الصوماليون)

Populations significatives par région
Drapeau de la Somalie Somalie 14 341 000
Population totale 15 438 000
Autres
Langues

Somali, arabe

Religions

Islam

Les Somalis (somali : Soomaaliyeed ; arabe : الصوماليون) sont des habitants de la Corne de l'Afrique. Ils vivent principalement en Somalie, mais également en Éthiopie, au Yémen, au Kenya et à Djibouti. Il existe par ailleurs une importante diaspora somalie.

Selon Lee Cassanelli[1] les éléments caractéristiques des Somalis seraient la communauté linguistique – avec des variations régionales – l’héritage islamique, un mode de vie pastoral et la revendication d’ancêtres communs.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire des Somalis est très mal connue[2]. La première mention écrite d'un groupe aujourd'hui rattaché aux Somalis (les «Hawiyya») remonte à un texte éthiopien du XIIe siècle. Le mot «somali» apparaît au XVe siècle parmi les groupes de l'Adal, et en arabe au XVIe siècle[3].

Selon des analyses linguistiques, des locuteurs d'une langue qui est ensuite devenue le somali se seraient constitué en groupe particulier il y a environ deux mille ans. Ils seraient partis du Sud de l'Éthiopie actuelle[4] et se seraient installés au Nord-Est de la péninsule. Les auteurs et l'histoire orale s'accordent en tout cas pour dire qu'ils sont descendus le long de la côte vers le Shebele durant le IIe millénaire[2]. Au cours de ces mouvements, ils agglutinent et assimilent les groupes qu'ils rencontrent. Ils se seraient convertis à l'Islam à partir du XVe siècle, et massivement au XIXe[5]. C'est de ce processus que seraient issus les actuels Somalis.

Ce mouvement se continue peut-être de nos jours, puisqu'on constate que des groupes bantu swahilophones passent encore au somali dans les années 1960[6]. Par ailleurs, la limite entre Somalis et Oromos évolue constamment, y compris par des passages entre les deux identités[7],[8].

Population[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste des clans somalis.
Composition clanique (CIA, 2002)

On divise habituellement les Somalis en cinq ou six grandes «confédérations» : Darod, Dir, Issak (ou Issaq), Hawiyé et Sab (cette dernière étant parfois divisée entre Rahanweyn et Digil)[9] auxquelles s'ajoutent des «groupes non somalis». Les Sab, composé de communautés d’agriculteurs-éleveurs sédentaires, sont établis dans les terres fertiles du sud du pays, entre les fleuves Shabeelle et Jubba. Pour Ioan M. Lewis, ce sont les Rahanweyn, divisés en Digil et Mirifle[10]. Des groupes d'artisans dans le Nord sont également appelés sab.

Selon des récits mythologiques et généalogiques, tous les Somalis seraient des descendants de Hill, père de Samaale et Sab qui seraient les ancêtres respectivement des éleveurs nomades (reer nugul) et des agro-pasteurs (reer godeed)[9]. Selon les récits recueillis par Ioan M. Lewis dans les années 1950, les Daarood formeraient une troisième branche, issue directement de l'ancêtre commun, ’Aqiil Abuu Taalib[11].

La diaspora somalie en 2006

Il existe également une importante diaspora somalie, notamment en Afrique du Sud, en Amérique du Nord et en Australie.

Le nombre des Somalis (différents des Somaliens qui ont la nationalité de la République de Somalie) est estimé à environ 15 millions de personnes.

Culture et société[modifier | modifier le code]

Pour l'anthropologue Ioan Myrddin Lewis, qui a lancé les «études somalies» dans les années 1950 à partir de recherches au Somaliland, les Somalis sont composés de groupes autonomes qui ne reconnaissent d'autre autorité que Dieu et ne se regroupent que provisoirement pour organiser la vie pastorale[12]. La base de la société serait le lignage segmentaire basé sur la descendance patrilinéaire. Cette diversité n'empêchait pas la constitution d'une «identité nationale» qui aurait échoué à devenir étatique[13]. Mais sous ce cadre rigide, la société somalie connaît des évolutions et de nombreuses variations.

À partir des années 1990, en partie sous la pression des guerres civiles en Somalie, ces analyses tendent à être remplacées par des conceptions insistant sur la division de la société en classes. La création d'un État somali en 1960 aurait figé les clivages d'une société égalitariste et en constante évolution[14].

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : somali.

Danses[modifier | modifier le code]

  • Saylici
  • niko

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cassanelli [1982], p. 3.
  2. a et b Lewis (Ioan M.) [1960].
  3. Cassanelli [1982], p. 16.
  4. Lewis (Herbert S.) [1966].
  5. Cassanelli [1982].
  6. Cassanelli (Lee), «Social Construction of the Somali Frontier : Bantu Former Slave Communities in the Nineteeth Century”, in Kopytoff (Igor), dir., The African Frontier : the Reproduction of Traditional African Society, Bloomington, Indiana University Press, 1987, pp. 216-238.
  7. Osmond (Thomas),« Jeux de pouvoir et référents identitaires. Quel statut institutionnel pour Dire Dawa ?», Politique africaine, n° 99, octobre, 2005, pp. 63-82.
  8. Lewis (IM) [1961], p. 21-23.
  9. a et b Piguet [1998].
  10. Lewis (IM) [1961], p. 7-8.
  11. Lewis (IM) [1961], p. 12.
  12. Hoehne & Luling [2010], p. 5.
  13. Laitin (David D.), Samatar (Said S.), Somalia: nation in search of a state. Boulder CO, Westview Press, London, Gower, 1987; Lewis (I.M.) [2002].
  14. Hoehne & Luling [2012], p. 7.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Bader (Christian), Le sang et le lait : brève histoire des clans somali, Maisonneuve & Larose, 1999
  • (fr) Beckwith (Carol), Fisher (Angela) et Nancock (Graham), Les peuples de la Corne d'Afrique, Chêne, 1990 (ISBN 9782851086464)
  • (en) Cassanelli (Lee V.), The shapping of Somali Society. Reconstructing the history of a pastoral people, 1600-1900, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1982, 312 p.
  • (en) Declich (Francesca), «Dynamics of Intermingling Gender and Slavery in Somalia at the Turn of the Twentieth Century», Northeast African Studies, vol. 10, n° 3, 2003, p. 45-69, voir en ligne
  • (fr) Fulbert-Dumonteil (Jean-Camille), Les Somalis. Jardin zoologique d'acclimatation de Paris, 17e exhibition ethnographique, août 1890, Dubuisson, 1890
  • (en) Hoehne (Markus), Luling (Virginia), éd., Milk and Peace, Drought and War. Somali culture, society and politics, London, Hurst and Company, 2010, 437 p.
  • (fr) Joint-Daguenet (Roger), Histoire moderne des Somalis : les Gaulois de la Corne de l'Afrique, L'Harmattan, 1994, 239 p. (ISBN 9782738427922)
  • (en) Kapteijns (Lidwien), «I. M. Lewis and Somali Clanship: A Critique», Northeast African Studies, vol. 11, n° 1, 2010, p. 1-23, voir en ligne
  • (en) Mohamed Diriye Abdullahi, Culture and Customs of Somalia, Westport CT, Greenwood Publishing Group., 2001, 226 p.
  • (en) Lewis (Herbert S.), «The Origins of the Galla and Somali», Journal of African History, vol. VII, n° 1, 1966, pp. 27-46
  • (en) Lewis, (Ioan M.), Peoples of the Horn of Africa : Somali, Afar and Saho, Londres, Haan Associates, 1994 (1re éd. 1955) (ISBN 1874209561)
  • (en) Lewis (Ioan M.), «The Somali Conquest of the Horn of Africa», Journal of African History, vol. I, n° 2, 1960, pp. 213-229.
  • (en) Lewis (Ioan M.), A Pastoral Democracy: A study of pastoralism and politics among the Northern Somali of the Horn of Africa, 1961, 370 p. (rééd. 1982, 1999)
  • (en) Lewis (Ioan M.). A Modern History of the Somali: nation and state in the Horn of Africa, Oxford, James Currey, 2002 (1re éd. 1965).
  • (fr) Piguet (François), Des nomades entre la ville et le sable. Sédentarisation dans la Corne de l’Afrique, Paris, Karthala/IUED, 1998, 444 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]