Psaume 139 (138)
Le psaume 139 (138 selon la numérotation grecque) est attribué à David. Il est caractérisé par des images poétiques très expressives de la relation du psalmiste à Dieu, qui lui donnent un ton unique dans tout le livre des psaumes. Les aramaïsmes et la théologie élaborée inclinent à le situer tardivement dans l'histoire d'Israël.
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Texte [modifier]
N.B. S’il y a conflit de numérotation des versets entre l’hébreu et le latin, c’est l’original hébreu qui prévaut et la traduction française le suit. Par contre, le latin ne se plie pas à la numérotation affichée. Les numéros de versets s'appliquent au texte latin, mais la traduction est décalée par endroits.
| verset | original hébreu[1] | traduction française de Louis Segond[2] | Vulgate[3] latine |
|---|---|---|---|
| 1 | לַמְנַצֵּחַ, לְדָוִד מִזְמוֹר:יְהוָה חֲקַרְתַּנִי, וַתֵּדָע | [Au chef des chantres. De David. Psaume.] Éternel ! tu me sondes et tu me connais, | [In finem David psalmus] |
| 2 | אַתָּה יָדַעְתָּ, שִׁבְתִּי וְקוּמִי; בַּנְתָּה לְרֵעִי, מֵרָחוֹק | Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu pénètres de loin ma pensée ; | Domine probasti me et cognovisti me tu cognovisti sessionem meam et surrectionem meam |
| 3 | אָרְחִי וְרִבְעִי זֵרִיתָ; וְכָל-דְּרָכַי הִסְכַּנְתָּה | tu sais quand je marche et quand je me couche, et tu pénètres toutes mes voies. | Intellexisti cogitationes meas de longe semitam meam et funiculum meum investigasti |
| 4 | כִּי אֵין מִלָּה, בִּלְשׁוֹנִי; הֵן יְהוָה, יָדַעְתָּ כֻלָּהּ | Car la parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel ! tu la connais entièrement. | Et omnes vias meas praevidisti quia non est sermo in lingua mea |
| 5 | אָחוֹר וָקֶדֶם צַרְתָּנִי; וַתָּשֶׁת עָלַי כַּפֶּכָה | Tu m’entoures par derrière et par devant, et tu mets ta main sur moi. | Ecce Domine tu cognovisti omnia novissima et antiqua tu formasti me et posuisti super me manum tuam |
| 6 | פלאיה (פְּלִיאָה) דַעַת מִמֶּנִּי; נִשְׂגְּבָה, לֹא-אוּכַל לָהּ | Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, elle est trop élevée pour que je puisse la saisir. | Mirabilis facta est scientia tua ex me confortata est non potero ad eam |
| 7 | אָנָה, אֵלֵךְ מֵרוּחֶךָ; וְאָנָה, מִפָּנֶיךָ אֶבְרָח | Où irais-je loin de ton esprit, et où fuirais-je loin de ta face ? | Quo ibo ab spiritu tuo et quo a facie tua fugiam |
| 8 | אִם אֶסַּק שָׁמַיִם, שָׁם אָתָּה; וְאַצִּיעָה שְּׁאוֹל הִנֶּךָּ | Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. | Si ascendero in caelum tu illic es si descendero ad infernum ades |
| 9 | אֶשָּׂא כַנְפֵי-שָׁחַר; אֶשְׁכְּנָה, בְּאַחֲרִית יָם | Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer, | Si sumpsero pinnas meas diluculo et habitavero in extremis maris |
| 10 | גַּם-שָׁם, יָדְךָ תַנְחֵנִי; וְתֹאחֲזֵנִי יְמִינֶךָ | Là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira. | Etenim illuc manus tua deducet me et tenebit me dextera tua |
| 11 | וָאֹמַר, אַךְ-חֹשֶׁךְ יְשׁוּפֵנִי; וְלַיְלָה, אוֹר בַּעֲדֵנִי | Si je dis : Au moins les ténèbres me couvriront, la nuit devient lumière autour de moi ; | Et dixi forsitan tenebrae conculcabunt me et nox inluminatio in deliciis meis |
| 12 | גַּם-חֹשֶׁךְ, לֹא-יַחְשִׁיךְ מִמֶּךָּ:וְלַיְלָה, כַּיּוֹם יָאִיר-- כַּחֲשֵׁיכָה, כָּאוֹרָה | Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière. | Quia tenebrae non obscurabuntur a te et nox sicut dies inluminabitur sicut tenebrae eius ita et lumen eius |
| 13 | כִּי-אַתָּה, קָנִיתָ כִלְיֹתָי; תְּסֻכֵּנִי, בְּבֶטֶן אִמִּי | C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. | Quia tu possedisti renes meos suscepisti me de utero matris meae |
| 14 | אוֹדְךָ-- עַל כִּי נוֹרָאוֹת, נִפְלֵיתִי:נִפְלָאִים מַעֲשֶׂיךָ; וְנַפְשִׁי, יֹדַעַת מְאֹד | Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et mon âme le reconnaît bien. | Confitebor tibi quia terribiliter magnificatus es mirabilia opera tua et anima mea cognoscit nimis |
| 15 | לֹא-נִכְחַד עָצְמִי, מִמֶּךָּ:אֲשֶׁר-עֻשֵּׂיתִי בַסֵּתֶר; רֻקַּמְתִּי, בְּתַחְתִּיּוֹת אָרֶץ | Mon corps n’était point caché devant toi, lorsque j’ai été fait dans un lieu secret, tissé dans les profondeurs de la terre. | Non est occultatum os meum a te quod fecisti in occulto et substantia mea in inferioribus terrae |
| 16 | גָּלְמִי, רָאוּ עֵינֶיךָ, וְעַל-סִפְרְךָ, כֻּלָּם יִכָּתֵבוּ:יָמִים יֻצָּרוּ; ולא (וְלוֹ) אֶחָד בָּהֶם | Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux existât. | Inperfectum meum viderunt oculi tui et in libro tuo omnes scribentur die formabuntur et nemo in eis |
| 17 | וְלִי--מַה-יָּקְרוּ רֵעֶיךָ אֵל; מֶה עָצְמוּ, רָאשֵׁיהֶם | Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables ! Que le nombre en est grand ! | Mihi autem nimis honorificati sunt amici tui Deus nimis confirmati sunt principatus eorum |
| 18 | אֶסְפְּרֵם, מֵחוֹל יִרְבּוּן; הֱקִיצֹתִי, וְעוֹדִי עִמָּךְ | Si je les compte, elles sont plus nombreuses que les grains de sable. Je m’éveille, et je suis encore avec toi. | Dinumerabo eos et super harenam multiplicabuntur exsurrexi et adhuc sum tecum |
| 19 | אִם-תִּקְטֹל אֱלוֹהַּ רָשָׁע; וְאַנְשֵׁי דָמִים, סוּרוּ מֶנִּי | Ô Dieu, puisses-tu faire mourir le méchant ! Hommes de sang, éloignez-vous de moi ! | Si occideris Deus peccatores et viri sanguinum declinate a me |
| 20 | אֲשֶׁר יֹמְרוּךָ, לִמְזִמָּה; נָשׂוּא לַשָּׁוְא עָרֶיךָ | Ils parlent de toi d’une manière criminelle, ils prennent ton nom pour mentir, eux, tes ennemis ! | Quia dices in cogitatione accipient in vanitate civitates tuas |
| 21 | הֲלוֹא-מְשַׂנְאֶיךָ יְהוָה אֶשְׂנָא; וּבִתְקוֹמְמֶיךָ, אֶתְקוֹטָט | Éternel, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre toi ? | Nonne qui oderunt te Domine oderam et super inimicos tuos tabescebam |
| 22 | תַּכְלִית שִׂנְאָה שְׂנֵאתִים; לְאוֹיְבִים, הָיוּ לִי | Je les hais d’une parfaite haine ; ils sont pour moi des ennemis. | Perfecto odio oderam illos inimici facti sunt mihi |
| 23 | חָקְרֵנִי אֵל, וְדַע לְבָבִי; בְּחָנֵנִי, וְדַע שַׂרְעַפָּי | Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! | Proba me Deus et scito cor meum interroga me et cognosce semitas meas |
| 24 | וּרְאֵה, אִם-דֶּרֶךְ-עֹצֶב בִּי; וּנְחֵנִי, בְּדֶרֶךְ עוֹלָם | Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! | Et vide si via iniquitatis in me est et deduc me in via aeterna |
Thème du psaume [modifier]
Le thème général est celui de l'émerveillement de l'homme face à Dieu, mêlé même d'une crainte révérente. Le psaume 139 est souvent classé parmi les psaumes de sagesse, mais les versets 19 à 24 peuvent conduire à le situer parmi les supplications individuelles, à cause du thème récurrent de l'extermination des impies. On retrouve quatre thèmes : l'omniscience de Dieu, son omniprésence, sa préscience, et le jugement de Dieu. Le psaume est constitué de deux parties inégales : versets 1 à 18 pour la relation du psalmiste à Dieu, et versets 19 à 24 où le psalmiste dénonce les impies.
Dans la première partie, les versets 17 et 18 répondent aux versets 1 à 3 : tandis que Dieu pénètre les pensées du psalmiste, celui-ci ne peut faire le compte des pensées de Dieu. De même entre les versets 4 - 5 et le verset 16, toute la vie du psalmiste est embrassée de son passé prénatal à son âge adulte. Les versets 6 à 10 et 13 à 15 mettent en balance la préconnaissance du psalmiste par Dieu avec sa connaissance limitée des œuvres de Dieu pour lui. Les versets 7 à 10 montrent qu'il n'y a pas de sensation d'infériorité du psalmiste, mais une douce familiarité. Les versets 11 et 12 constituent l'acmé du psaume : l'opposition s'accentue avec les ténèbres qui deviennent lumière. De même dans la seconde partie, le jugement du méchant par Dieu versets 19 et 20 a son pendant avec la justification du psalmiste après enquête approfondie, aux versets 23 et 24. Au milieu, le psalmiste clame sa haine des ennemis de Dieu.
Usages liturgiques [modifier]
Dans le judaïsme [modifier]
Le psaume 139 est récité pendant Bereshit[4].
Dans le christianisme [modifier]
Chez les catholiques [modifier]
Dans la liturgie des Heures, le psaume 139 est récité aux vêpres du mercredi de la quatrième semaine[5]. Dans la liturgie de la messe, il est lu ou chanté pour la fête de la saint Jean-Baptiste.
Mise en musique [modifier]
- La cantate am achten Sonntage nach Trinitatis, de Jean-Sébastien Bach, qui reprend le verset 23,
- Psaume 139, de Paul Blumenthal, avec les versets 23 et 24,
- Psaume 139, de Johann Nepomuk David, pour chœur mixte,
- Le 139e psaume, d'Ernst Pepping, pour chœur mixte à quatre voix et orchestre,
- 139e psaume, Franz Koglmann, pour mezzo-soprano, trompette, trombone et tuba,
- The Wings of the Morning, de David Evan Thomas, pour voix medium et piano,
- Psaume 139, de Rudi Spring, pour alto, chœur mixte et orgue,
- Psaume 139, Joseph Scrivener, pour voix medium et piano.
Notes et références [modifier]
- L’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France.
- La traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français.
- La traduction de la Vulgate est disponible sur le Wikisource latin.
- D’après le Complete Artscroll Siddur, compilation des prières juives.
- Le cycle principal des prières liturgiques se déroule sur quatre semaines.
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
Nombreux sont les auteurs qui ont commenté les psaumes. Voici quelques ouvrages parmi les plus connus, classés par ordre chronologique :
- Commentaires sur les psaumes, d’Hilaire de Poitiers, IVe siècle, Paris, Éditions du Cerf, 2008, collection sources chrétiennes n°515,
- Commentaires sur les psaumes, de saint Jean Chrysostome, IVe siècle,
- Discours sur les psaumes, de saint Augustin, IVe siècle, 2 vol., collection « Sagesses chrétiennes », Éditions du Cerf,
- Séfer Tehilim, de Rachi, XIe siècle,
- Commentaire sur les psaumes (jusqu’au psaume 54), de saint Thomas d’Aquin, 1273, Éditions du Cerf, 1996,
- Commentaire des psaumes, de Jean Calvin, 1557,
- Commentaire juif des psaumes, d’Emmanuel, Éditions Payot, 1963.
Liens externes [modifier]
- Le commentaire du psaume sur le site Spiritualité2000
- Le commentaire du psaume sur le site BibleEnLigne