Pierre Dupont (chansonnier)

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Pierre Dupont jeune.
Buste de Pierre Dupont, érigé en 1899, à Lyon

Pierre Dupont est un chansonnier, poète et goguettier français né le 23 avril 1821 et mort le 24 juillet 1870 à Lyon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Compte-rendu d'une fête dans une goguette de Lyon en 1870. On y parle de Pierre Dupont et Béranger[1].

Né à Lyon le 23 avril 1821, fils de forgeron, Pierre Dupont grandit à Rochetaillée-sur-Saône, au nord de Lyon. À neuf ans, il entre au petit séminaire de Sainte-Foy-l'Argentière, mais n'a pas la vocation de devenir prêtre. Il revient à Lyon dans sa famille,

... où bien tard, de vaillants rayons
Nous disaient qu'une sœur, l'ange de la famille,
Pour vivre s'épuisait à des travaux d'aiguille.

Il travaille d’abord comme ouvrier de filature textile et comme employé de banque. À 20 ans, il rejoint des parents à Provins, puis va à Paris, où il fréquente les goguettes[2].

Il fait la connaissance de Victor Hugo, à qui il écrit :

Ton foyer est plein d'étincelles
Ta vitre pleine de lueurs...

La rencontre d’un académicien lui ouvre des portes ; il peut publier un premier livre, est remarqué par Sainte-Beuve, et obtient un poste à la rédaction du Dictionnaire de l'Académie française de 1842 à 1847. Il se lie avec Nerval, Théophile Gautier, Baudelaire, et Charles Gounod, avec qui il écrit la chanson Les Bœufs, qui le rendra célèbre.

Plaque apposée sur la maison où mourut Pierre Dupont.

Républicain convaincu, il compose en 1846 le Chant des ouvriers. En 1849, il milite au comité central de résistance et, le 2 décembre, il participe à la barricade du Faubourg Saint-Antoine, ce qui, avec la parution la même année de son recueil Le Chant des paysans, hostile au futur Napoléon III, lui vaut d’être condamné à 7 ans de déportation.

Il s’enfuit à Provins, puis en Savoie. Il doit faire allégeance au régime pour être gracié. Si l'on en croit Auguste Fourès « De 1853 à 1860, Pierre Dupont fut assez heureux. Il chanta sans cesse avec sa chère et joyeuse Lise à la voix claire. Mais sa frêle femme qu'il appelle Jeanne dans ses chansons mourut, et lui, découragé et malade, revint dans sa ville natale où on l'aimait beaucoup. C'était vers 1860. À son retour à Lyon, ses amis organisèrent des fêtes, des banquets pour l'égayer, — mais, hélas ! sa misanthropie devint de plus en plus tenace, il eut contre elle un seul et unique remède : l'ivresse[3]. » Il mourra presque oublié le 24 juillet 1870. C'est pourtant la musique de sa chanson Les Carriers qui sera reprise dans La Commune, chanson communarde de 1871. Dans ses Mémoires, Savinien Lapointe rapporte le mot de Béranger prononcé devant Pierre Dupont lui-même : « ...il est poète, plus poète que moi ».

La rue dans laquelle il finit sa vie à Lyon, face au Clos Jouve, en bordure du plateau de la Croix-Rousse, porte son nom. On trouve également à Lyon plusieurs statues à sa mémoire (dans le jardin de la préfecture, dans le jardin des Chartreux, et sur sa tombe au cimetière de la Croix-Rousse).

Pierre Dupont vu par Charles Baudelaire[modifier | modifier le code]

Dans sa préface au recueil Chants et chansons de Dupont, Baudelaire écrit en 1851 un vibrant hommage à l'homme et au poète :

« Raconter les joies, les douleurs et les dangers de chaque métier, et éclairer tous ces aspects particuliers et tous ces horizons divers de la souffrance et du travail humain par une philosophie consolatrice, tel était le devoir qui lui incombait, et qu'il accomplit patiemment. Il viendra un temps où les accents de cette Marseillaise du travail circuleront comme un mot d'ordre maçonnique, et où l'exilé, l'abandonné, le voyageur perdu, soit sous le ciel dévorant des tropiques, soit dans les déserts de neige, quand il entendra cette forte mélodie parfumer l'air de sa senteur originelle,

Nous dont la lampe le matin
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu'un salaire incertain
Ramène avant l'aube à l'enclume…

pourra dire : je n'ai plus rien à craindre, je suis en France ! (…)

« Quand je parcours l'œuvre de Dupont, je sens toujours revenir dans ma mémoire, sans doute à cause de quelque secrète affinité, ce sublime mouvement de Proudhon, plein de tendresse et d'enthousiasme : il entend fredonner la chanson lyonnaise,

Allons, du courage,
Braves ouvriers !
Du cœur à l'ouvrage !
Soyons les premiers. »

et il s'écrie : « Allez donc au travail en chantant, race prédestinée, votre refrain est plus beau que celui de Rouget de Lisle. »

Voir La préface de Baudelaire sur Wikisource.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Chanson illustrée, 1870, numéro 66, page 2, début d'un article de Célestin Gauthier dit Jules Célès.
  2. Grand dictionnaire universel du XIXe siècle publié par Pierre Larousse, tome 8, page 1350, article goguette.
  3. Auguste Fourès, Pierre Dupont et l'Auvergnat, Le Feu Follet, 6e année, 1885-1886, page 286.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène de Mirecourt Pierre Dupont, Gustave Havard éditeur, Paris, 1855
  • Roger Bonniot, Pierre Dupont, poète et chansonnier du peuple, Paris, Librairie Nizet,‎ 1991
  • F. Lacroix, Rochetaillée à travers les âges, imp. ALP, Rochetaillée-sur-Saone, 1977, p. 20 à 56.
  • Karl Marx,Le Capital, 1867,Moscou, Éditions du Progrès, 1982 Vol.1, Chap.XXV, page 656 (note)

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