Paon du jour

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Aglais io

Le Paon-du-jour, (Aglais io), est un insecte lépidoptère de la famille des Nymphalidae, de la sous-famille des Nymphalinae, de la tribu des Nymphalini, du genre Aglais. (on dit aussi Nymphalis io, Vanessa io ou Inachis io).

Description[modifier | modifier le code]

Contrairement à bon nombre de lépidoptères, il ne présente pas de variations géographiques ou saisonnières, d'où une remarquable stabilité morphologique sur l'ensemble de son aire.

Le Paon-du-jour adulte (imago) est de taille moyenne (entre 5 et 6 cm du bout d'une aile à l'autre). Il est aisément identifiable par ses ocelles (yeux) vifs sur un fond vermeil qui rappellent ceux des plumes de paon (d'où son nom vernaculaire). Le revers brun de ses ailes lui permet de se glisser au sein des feuilles mortes sans qu'il soit visible. Les ocelles sont exposés rapidement lorsque le papillon est troublé par un prédateur tel qu'un oiseau. Cette démonstration brutale de l'éclat de ses ailes, accompagnée par l'effleurement des ailes ouvertes (qui crée un bruit de sifflement), effraie et repousse l'importun. En effet, certains pensent que les ailes ouvertes évoquent mimétiquement un regard de chat, ce qui peut surprendre ou décourager le prédateur, assez longtemps pour que le Paon-du-jour puisse prendre la fuite[1],[2].

Après l'accouplement, le Paon-du-jour pond ses œufs par séries, jusqu'à 500 à la fois amassés au revers des feuilles de la plante nourricière (majoritairement des Orties dioïques). Les œufs sont de couleur pâle, allant du jaune au vert[2]. L'œuf présente huit fines arêtes longitudinales et libère la chenille au bout de deux à trois semaine d'incubation[3]

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Chenille[modifier | modifier le code]

Les chenilles sont très variables suivant leurs différents stades. Tout juste nées, elles n'excèdent pas 3 mm. Leur grosse tête noire et luisante est disproportionnée par rapport à leur petit corps blanc-verdâtre. Petit à petit, les proportions s'équilibrent et leur coloration vire au vert/brun. Enfin, elles acquièrent leur morphe définitive à savoir une robe noire brillante ornée de rangées de soies épineuses agrémentées de séries de points blancs sur chaque segment. À ce stade, elles atteignent à peine le centimètre mais au bout de 4 semaines d'une voracité effrénée, elles pourront dépasser les 4 cm de long. Malgré leur aspect de « barbelé », elles sont d'une totale innocuité (non urticantes et non vulnérantes). À terme, la chenille, jusqu'alors grégaire et vorace, cesse de s'alimenter et part en errance à la recherche d'un endroit pour pratiquer la nymphose[2].

Les chenilles se rencontrent de mai à septembre en colonies groupées sur des massifs d'orties sur lesquelles elles se nourrissent.

Chrysalide[modifier | modifier le code]

Après avoir trouvé un support idéal, la chenille s'y amarre par sa dernière paire de pattes et se laisse pendre la tête en bas. En un peu moins de 2 jours, les organes internes de la chenille vont se métamorphoser en chrysalide. L'enveloppe corporelle va alors se fendre dorsalement et la laisser apparaître. Au contact de l'air, la chrysalide va se durcir et se pigmenter. Une métamorphose tout aussi complexe que la première va alors se dérouler durant environ 2 semaines, les organes de l'insecte adulte se substituant à ceux de la chenille. La dépouille que formera bientôt la chrysalide s'ouvre alors ventralement, laissant apparaître l'imago, stade terminal du papillon. Sous la pression de l'hémolymphe circulant dans les nervures, les ailes initialement « fripées » vont se déployer peu à peu (de l'ordre de 5 à 10 min) et gagner en rigidité. L'envol se fera après le durcissement des téguments, et l'élimination du méconium, déchet organique liquide plus ou moins rougeâtre[2].

Biologie[modifier | modifier le code]

Période de vol et hivernation[modifier | modifier le code]

Le Paon-du-jour est bivoltin, univoltin ou trivoltin. En majorité leur période de vol s'étale de juin à août. Puis il peut entrer en diapause, selon le temps, entre la fin octobre et le printemps. Ces dates sont totalement tributaires des conditions atmosphériques. "Inachis" io a la particularité d'hiverner à l'état adulte. Cette période terminée, il vole dès février/mars dans les zones où le climat lui permet 2 ou 3 générations (hormis en montagne où il n'en a qu'une). Suivra, dans ces zones, une première génération printanière, laquelle en donnera une seconde, à la fois estivale et hivernante, observable d'août à mai[4].

Plantes-hôtes[modifier | modifier le code]

Chenilles dévorant une Urtica dioica (ortie)

Sur le continent, la larve de Paon-du-jour affectionne tout particulièrement l'ortie dioïque et le houblon alors que dans les îles méditerranéennes comme Samos, elle se reporte sur la Pariétaire officinale, l'ortie étant absente. Les adultes, quant à eux, butinent une grande variété de nectars issus des chatons de saules, du buddleia de David, de pissenlits, de marjolaines, du sureau yèble, de l'eupatoire chanvrine, de violettes et de trèfles ; ils utilisent également la sève de certains arbres et des fruits putréfiés[4].

D'autres papillons ont également pour plante-hôte de leurs larves l'ortie dioïque ; ce sont le Vulcain (Vanessa atalanta), la Belle-Dame (Vanessa cardui), le Robert-le-Diable (Polygonia c-album), la Carte géographique (Araschnia levana)[4].

Parasitisme[modifier | modifier le code]

Des Hyménoptères (Ichneumonidés) et des Diptères (Tachinaires ou Sarcophages) peuvent parasiter les chenilles juste avant leur nymphose afin d'héberger et de nourrir leurs larves respectives.

Écologie et distribution[modifier | modifier le code]

Le Paon-du-jour est répandu et commun dans l'essentiel de l'Europe, du sud du 64° parallèle jusqu'à la moitié nord de la péninsule Ibérique, de 0 à 2 500 m d'altitude[4].

Plus précisément, il est présent en Europe occidentale de l'Écosse jusqu'au nord de l'Espagne et du Portugal, en Europe de l’Est, du centre de la Finlande jusqu'à la Turquie d'Europe et au nord de la Grèce et dans les îles méditerranéennes (généralement au-dessus de 400 m).

Le Paon-du-jour Aglais io pratique des migrations locales les années chaudes[5]. Les mentions aux nord de l'Écosse semblent être liées à des migrations. Le Paon-du-jour a été signalé une seule fois dans le nord-ouest de l'Afrique, à Alger en 1961[4]. Il a donc une tendance dispersive habituelle à l'intérieur de son aire de répartition et se transforme certaines années en migrateur, ce qui le place dans les migrateurs occasionnels.

Il est présent dans tous les départements de France métropolitaine[6]. Mais il devient rare dans beaucoup de secteurs (pour exemple, en 2008, trouvé dans 46 mailles sur 90 du département de la Charente[7]).

Biotope[modifier | modifier le code]

Le Paon du jour apprécie les parties découvertes ensoleillées des bois, berges boisées, prairies humides, jachères, terrains vagues, vallons abrités buissonneux, jusqu'à 2 500 m d'altitude. Les adultes hivernent dans des lieux sombres et frais, tels que des arbres creux, des végétations denses, tas de bûches, crevasses de rochers, granges, greniers[4]

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Aglais io a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio io[8].
Des recherches récentes de biologie moléculaire placeraient le Paon-du-jour dans le genre Aglais[4].

Autres combinaisons et Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Papilio io (Linné, 1758) protonyme
  • Papilio ioides (Ochsenheimer, 1807)[9]
  • Papilio sardoa (Staudinger, 1871)
  • Papilio exoculata (Weymer, 1878)
  • Papilio exoculata (Weymer, 1878)
  • Papilio dyophtalmica (Garbini, 1883)
  • Papilio veronensis (Garbini, 1883)
  • Papilio belisaria (Oberthür, 1889)
  • Papilio fischeri (Standfuss, 1892)
  • Papilio calorefacta (Urech, 1897)
  • Papilio jocaste (Urech, 1897)
  • Papilio narses (Schultz, 1899)
  • Papilio pavo (Stichel, 1902)
  • Papilio cyanosticta (Raynor, 1903)
  • Papilio fulva (Oudemans, 1905)
  • Nymphalis io
  • Vanessa io
  • Inachis io

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Le Paon-du-jour se nomme Peacock en anglais, Mariposa pavo real en espagnol, Tagpfauenauge en allemand, Occhio di pavone en italien, Dagpauwoog en néerlandais, Rusałka pawik en polonais et Павлиний глаз (l'Oeil de paon) en russe.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

C'était le seul représentant du genre Inachis mais il est maintenant placé dans le genre Aglais.

Liste des sous-espèces
  • Aglais io io (Linné, 1758)
  • Aglais io caucasica (Jachontov, 1912) en Azerbaïdjan.
  • Aglais io geisha (Stichel, 1908) au Japon[10].

Le Paon du jour et l'Homme[modifier | modifier le code]

Protection[modifier | modifier le code]

Ce taxon est protégé en Suisse (Cantons de Vaud et de Schaffhouse)[2].

En France il n'est pas protégé[11].

Philatélie[modifier | modifier le code]

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Ce papillon figure sur une émission de l'île de Jersey de 1991 (valeur faciale : 57 p.), ainsi que sur une émission de Hongrie et une autre d'Allemagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. * Stevens, Martin, The role of eyespots as anti-predator mechanisms, principally demonstrated in the Lepidoptera, 2005, Biol. Rev. 80(4): 573–588. DOI:10.1017/S1464793105006810 (Résumé HTML)
  2. a, b, c, d et e Inachis io sur Insectes.net, les pages entomologiques d'André Lequet.
  3. Heiko Bellmann, Quel est donc ce papillon ? Guide Nature - Quel est donc ?, Nathan, p. 170.
  4. a, b, c, d, e, f et g Tom Tolman (trad. Patrice Leraut), ill. Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, Paris, 1999 (ISBN 978-2-603-01649-7)
  5. Les insectes, August Johann Rösel von Rosenhof, Paris, Citadelles, coll. L'art et la nature, 1988 (ISBN 2-85088-035-3)
  6. INPN
  7. Poitou-Charente-Nature, Atlas des Lépidoptères Rhpalocères du Poitou-Charentes au 31/12/2008
  8. Linnaeus, 1758; Syst. Nat. (Edn 10) 1 : 472
  9. (Ochsenheimer, 1807); Schmett. Europa 1 (1): 109
  10. funet
  11. INPN protection

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tom Tolman (trad. Patrice Leraut), ill. Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-01649-7), Paris 1999.