Panique de 1857

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Panique bancaire à la banque Seamen's Savings durant la panique de 1857.

La panique financière de 1857 aux États-Unis est l'un des premiers krachs de Wall Street (la Bourse de New York créée en 1792). Elle éclate à la suite de la faillite d'une banque de l'Ohio, à la suite d'une dépression générale de l'économie débutée en 1856 avec le ralentissement dans le développement du réseau de chemin de fer, la perte de confiance dans les compagnies de ferroviaire et la baisse de la demande métallurgique.

Tandis que le ralentissement de l'activité économique global fut court, le rétablissement fut inégal ; l'impact durable fut plus politique qu'économique.

Origines de la crise[modifier | modifier le code]

Alors qu'un boom mondial est observé depuis 1852 et que la découverte et l'exploitation de nouveaux gisements nés de la ruée vers l'or en Californie de 1848 et la ruée vers l'or de Victoria en 1851, en Australie, permettent d'accroître l'offre mondiale de monnaie, les premiers signes d'une crise émergent en 1857 avec la baisse soudaine de la rentabilité des mines d'or, causée par le vieillissement des gisements, et des compagnies ferroviaires, entrées dans la phase de valorisation des lignes secondaires. Une baisse de la consommation se répercute dans les principales industries, en particulier celles de la métallurgie.

Aux États-Unis, la baisse du taux d’escompte résultant de l’augmentation considérable de l’encaisse-or, permit une croissance économique, durant la période 1850-1857, de 7,48 % en moyenne par an. La crise de 1857 sera d'autant plus forte qu'un boom mondial[1] reposant sur le recours au crédit bancaire avait résulté de la conjonction de plusieurs expansions sectorielles très forte : l'équipement en voies ferrées, les grands travaux immobiliers du baron Georges Eugène Haussmann à Paris, le développement du télégraphe aux États-Unis et la création d'établissements bancaires agressifs, comme le Crédit mobilier des frères Péreire[1].

Aux États-Unis le comte de Sartiges, ambassadeur de France, témoigne le 21 juin 1857 de la spéculation : Chicago « tout entière est livrée à une fièvre d'agiotage qui dépasse comme folie ». « Tel terrain, acheté 4 000 dollars il y a trois années, a été revendu 100 000 il y a six mois et représente à ce moment une valeur de 150 000 dollars », raconte-t-il[2].

En France, alors que le système bancaire était à structure familiale, employant ses ressources en escompte commerciaux, l’essor économique a permis une réorientation vers des crédits de long terme, demandés par les compagnies de chemin de fer et les usines métallurgiques. En raison de ces demandes, à partir de 1837[3], se forment les “Caisses”, à structure non familiale et capitaux divisés en actions. La plus importante fut celle de Jacques Laffitte la Caisse générale du commerce et de l'industrie[4].

Le détonateur, un accident bancaire[modifier | modifier le code]

Wall Street, le 13 octobre à 14 h 30.

Les mois de juin, juillet et août se caractérisent aux États-Unis par des difficultés dans les affaires, qui se répercutent sur les banques du fait du montant toujours croissant de billets présentés au remboursement et des demandes d'escompte. En Europe, c'est une crise de surproduction: de bonnes récoltes ruinent soudainement la spéculation agricole. De juin à août le prix du blé chute d'autant plus que le stockage des produits agricoles s'était fortement développé. L'Europe devient autosuffisante, privant les exportateurs de débouchés et provoquant un déséquilibre de la balance commerciale, qui génère une demande d'or tandis qu'on cherche à maintenir des prix élevés en accroissant encore les stocks. Ainsi se trouve accrue la demande de crédit au moment où son offre diminue, faute de base métallique[2].

Un krach éclate le 22 août 1857 à la Bourse de New York car la banque Ohio Life and Insurance Company, confrontée à une forte demande de crédit, suspend ses paiements. L'établissement entraîne dans sa chute les banques de New York, du Maryland et de Pennsylvanie, puis d'autres banques importantes à Baltimore, Philadelphie et Boston. Le taux de l'escompte s'accroît fortement, ce qui casse la dynamique de croissance : courant septembre, les actions des chemins de fer chutent à leur tour. La panique financière se poursuit jusqu'en octobre 1857.

Le 13 octobre les banques, d'un commun accord, suspendent leurs paiements métalliques, qui ne reprennent que le 11 décembre. La crise monétaire et financière ne s'achève qu'à la fin de l'année 1857. Ses répercussions se révèlent cependant sévères sur l'économie. L'accroissement du réseau ferré se ralentit de 20 % à 30 %. La crise se propage au premier partenaire commercial et financier de Wall Street, l'Angleterre, frappée par une crise de change puis rapidement par sa conséquence directe, une crise de crédit. La Bourse de Paris connaît aussi une forte baisse. Une récession économique frappe alors tous les pays unis par des liens monétaires, financiers et commerciaux.

Conséquences de la crise[modifier | modifier le code]

En France, l'encaisse métallique de la Banque de France chute de 27 % entre juin et octobre, et touche son point le plus bas le 20 novembre 1857, à 14 % de moins qu'un mois avant. Les réserves d'or et d'argent ne représentent alors plus que le tiers du montant des billets en circulation, dans une économie qui n'accepte le papier-monnaie que depuis un demi-siècle.

Pour le second Empire français, c'est le début de la première crise économique. La construction des lignes de chemin de fer se ralentit mais ne cesse pas : le nombre de kilomètres construits passe de 1260 en 1857 à 1190 en 1858. La production d'acier chute de 6 % et le chômage s'accroît de 7 % dans les mines de charbon, mais la récession est moins forte que dans les pays plus financiarisés ou plus investis dans les chemins de fer.

Napoléon III avait cependant donné des coups de freins salutaires, qui limitèrent l'ampleur du cycle en France. Le 1er janvier 1857, il avait fait établir un droit d'entrée de un franc à la Bourse des valeurs et de cinquante centimes à la Bourse des marchandises au profit de la ville de Paris. Un peu plus tard fut refusée au Crédit mobilier l'émission d'obligations, au risque de se voir reprocher de « comprimer l'essor général ». L'interdiction du 9 mars 1856 avait ainsi été accusée de freiner les valeurs boursières et de contenir l'esprit d'entreprise[5]. La hausse du taux d'escompte à 6 % en janvier 1856 et l'abaissement de la durée de l'escompte de 90 à 75 jours, puis même 60 jours freina le montant des escomptes, qui était passé de 2,9 à 3,7 milliards de francs de 1854 à 1855. Par mesure de sécurité, le capital social de la Banque de France fut doublé, de 91 250 à 182 500 actions. Les cent millions de francs ainsi obtenus devaient être versés en 1859 à l'État, en atténuation des découverts du Trésor[5].

Aux États-Unis, le 26 octobre, l'ambassadeur de France témoigne à nouveau, cette fois des conséquences de la suspension des paiements en espèces, deux semaines auparavant : « Dans les États manufacturiers du Nord, les fabriques ont congédié les deux tiers de leurs ouvriers ou fermé, et on ne prévoit pas le jour où elles pourront reprendre leur activité. Au début de la crise, l'on s'était flatté qu'aux dépens de désastres individuels, les affaires générales pourraient reprendre dans un bref délai, mais depuis, et après avoir écarté les causes secondaires, l'on a été amené à reconnaître que le mal était profond, parce qu'il tenait au système même du crédit aux États-Unis ».

La crise monétaire s'atténuant, le gouvernement français en est immédiatement prévenu le 15 novembre : « l'or commence à reparaître sur la place de New York, encouragé par les arrivages d'Angleterre d'espèces monétaires. Les actions des compagnies de chemins de fer ont remonté. Les Anglais envoient des métaux précieux pour acheter des cotons du Sud et des actions des compagnies de chemins de fer ».

Effets collatéraux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Analyse économique et historique des sociétés contemporaines, par Marc Montoussé, page 167
  2. a et b Revue du Souvenir Napoléonien, octobre-novembre 1997, par Jacques Wolff
  3. Cycle de Minsky et Crises Financières au XIXe siècle : le cas français, par Christophe Schalck
  4. http://economix.u-paris10.fr/docs/9/schalck_RE.pdf
  5. a et b http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/Napoleon_III_face_crise1.asp

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Larry Schweikart, The Panic of 1857: Origins, Transmission, and Containment, Journal of Economic History,‎ 1991
  • (en) James L. Huston, The Panic of 1857 and The Coming of the Civil War, Baton Rouge, Louisiana State University Press,‎ 1987 (ISBN 0807113689)
  • (en) James M. McPherson, Battle Cry of Freedom: The Civil War Era, New York, Oxford University Press,‎ 2003 (ISBN 0195038630)
  • (en) Robert Sobel, Machines and Morality: The 1850s, New York, Crowell,‎ 1973 (ISBN 0690002661)
  • (en) Kenneth Stampp, America in 1857: A Nation on the Brink, New York, Oxford University Press,‎ 1990 (ISBN 0195039025)
  • Albert Broder, L'économie française au XIXe siècle L'économie française au XIXe siècle Par Albert Broder