Marie-Anne de Bourbon (1666-1739)

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Marie-Anne de Bourbon, princesse de Conti

Marie-Anne de Bourbon, dite « (la première) Mademoiselle de Blois », princesse de Conti (1680), est une aristocrate française née à Vincennes le 2 octobre 1666 et morte à Paris le 3 mai 1739 à 73 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mademoiselle de Blois, sa mère, la duchesse de La Vallière et son frère le comte de Vermandois (vers 1674)

Fille naturelle de Louis XIV et de Louise de La Vallière, confiée à l'épouse du ministre Jean-Baptiste Colbert, légitimée par lettres-patentes dès le mois de mai 1667 et dès lors nommée Mademoiselle de Blois.

En 1674, elle est présentée à la cour, qui loue déjà sa grâce et sa beauté. Pour Marie-Anne, cette présentation est un succès. Pour le roi et sa nouvelle favorite la marquise de Montespan, elle n'est pas sans arrière-pensée : les deux amants pensent alors faire revenir la duchesse de La Vallière - qui sert de paravent à leur liaison illégitime - sur ses projets d'entrer aux carmélites de la rue Saint-Jacques à Paris.

La duchesse de La Vallière, dégoutée de la cour et tout à son repentir, prend le voile sous le mon de Sœur Louise de la Miséricorde après avoir confié ses enfants à la duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi.

Marie-Anne devient duchesse de la Vallière et de Vaujours en 1675 mais continue à être connue sous le nom de Mademoiselle de Blois.

La princesse sera la fille préférée du roi. Toute sa vie, elle sera également très proche de sa mère qu'elle visitera fréquemment en son couvent et de son frère le comte de Vermandois qui, débauché à l'âge de 14 ans par le Chevalier de Lorraine, amant de son oncle « Monsieur, frère unique du roi », sera disgracié par Louis XIV.

Sur les instances de sa belle-sœur, la duchesse d'Orléans, le roi permettra au jeune prince de se racheter en participant au siège de Courtrai. Le jeune garçon y trouvera la mort à l'âge de 16 ans en 1683. Son corps sera inhumé en la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast d'Arras. Marie-Anne pleura amèrement ce frère cadet qu'elle chérissait sincèrement.

Entre-temps, le roi aime suffisamment sa fille légitimée (ses filles légitimes sont mortes au berceau ou très jeune) pour la vouloir marier à un prince souverain et songe ouvertement à son cousin Victor-Amédée II, duc de Savoie alors mineur. Mais la Maison de Savoie, malgré sa faiblesse politique et sa proche parenté avec le roi, refuse de s'allier à une princesse légitimée, fût-elle de sang royal.

Le sang de France[modifier | modifier le code]

La signature de la princesse de Conti, Marie-Anne de Bourbon, Légitimée de France

Le Grand Condé, soucieux de rentrer en grâce, ne se retient pas de proposer au roi l'aîné de ses neveux, princes du sang, orphelins dont il a la charge.

Marie-Anne épouse à 13 ans et trois mois, le 16 janvier 1680 à Saint-Germain-en-Laye, Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, 18 ans. C'est le premier mariage entre un prince du sang et un enfant naturel du Roi. À cette occasion, le Roi consent à sa fille une dot d'un million de livres. Il sait également qu'en mariant sa fille légitimée à un prince du sang, il déshonore pour longtemps les membres des branches cadettes de la famille royale qui s'étaient révoltées pendant sa minorité...

La jeune princesse de Conti détient néanmoins un avantage sur ses demi-sœurs nées de la marquise de Montespan. Sa mère, étant célibataire, a pu être nommée officiellement sur son acte de baptême (il n'y a pas alors d'état civil). La marquise de Montespan, étant mariée, n'a pas été mentionnée sur les actes de baptême de ses enfants pour éviter d'une part le scandale du double adultère royal et d'autre part, que le marquis de Montespan, pour nuire, ne puisse faire reconnaître les enfants du roi comme étant les siens.

Pour cacher cette honte, les filles de la marquise signeront toujours de leur seul prénom comme les princesse légitimes sans pour autant faire illusion. Marie-Anne ajoutera après son paraphe les mots « légitimée de France » pour bien marquer sa différence (et son avantage).

Un ménage disharmonieux[modifier | modifier le code]

Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti
Les armes de la princesse.

Après une nuit de noces catastrophique, le mariage reste stérile. D'aucuns prétendent même que la princesse a été déflorée par son beau-frère le galant François-Louis, comte de la Roche-sur-Yon. En tout cas, le mariage entre cette jeune fille pleine de charme et un prince renfermé et pieux est un cuisant échec.

Le prince de Conti, amoureux éconduit par sa propre épouse, est la risée de la cour. Il quitte alors la dévotion et se réfugie dans la débauche puis part combattre les Turcs en Hongrie. La jeune princesse, dont la beauté et la grâce font les beaux jours de la cour, mène une vie joyeuse et galante.

En 1685, la princesse de Conti est atteinte d'une violente attaque de petite vérole. Son mari rentre de Hongrie au triple galop et soigne lui-même sa femme. Le couple se réconcilie. La princesse réchappe de la maladie mais son mari la contracte et meurt en quelques jours.

Les déboires de l'amour[modifier | modifier le code]

Veuve à vingt ans et très riche, la désormais princesse douairière de Conti est une femme libre mais convoitée tant par les hommes que par les femmes. La duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi, l'en taquine ouvertement, ce qui lui vaut les foudres royales par marquise de Maintenon interposée.

La beauté de la princesse est si renommée que le sultan du Maroc, Moulay Ismail, en tombe amoureux sur la simple description de son ambassadeur et la fait demander en mariage, ce que Louis XIV refuse poliment.

La princesse est proche de son demi-frère le Grand Dauphin, qui réside au château de Meudon. Là, la compagnie parle ouvertement de la succession de Louis XIV et du règne à venir. La cour nomme cette assemblée le « parvulo » ou la « clique de Meudon ».

Marie-Anne de Bourbon-Conti, duchesse de Bourbon, avait l'âme poète dans une cour aux mœurs fort relâchées et ne craignait pas une certaine gauloiserie. Elle avait envoyé pour sa fête à son cousin M. le Prince, Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, fils du Grand Condé, une chanson dont voici le texte :

Dans ce grand jour de votre fête,
Chacun vous offre son présent ;
Le mien quoique le moins honnête,
Peut-être aura votre agrément.

Ce n’est qu’une chanson badine
Que je prétends vous présenter ;
La matière en est noble et fine,
Préparez-vous à la goûter.

Cette noble et fine matière,
Sur quoi cette chanson s’étend,
C’est celle qui sort du derrière
Et qui d’abord au nez vous prend…
Mais ne faites point de mystère…

Si le mot étron est farouche
Pour ceux qui l’entendront chanter,
Quand il vous viendra dans la bouche
Vous n’aurez plus qu’à l’avaler.

Mais ne faites point de mystère,
C’est un mets des plus succulents.
La merde ne doit pas déplaire,
Chacun la fait avec ses dents…

(Roger Peyrefitte, Voltaire, sa jeunesse et son temps, Albin Michel, 1985, p. 104)

À Meudon, la frivole princesse s'éprend d'un capitaine des gardes, le chevalier de Clermont-Chaste[1], qui veut profiter de la situation et devenir un courtisan influent. Il est dans le même temps l'amant d'une suivante de la princesse, qui elle-même est la maîtresse du dauphin. Les deux amants s'imaginent qu'en contrôlant ainsi le frère et la sœur, ils pourraient jouer un rôle important et lucratif lorsque le dauphin montera sur le trône. Cependant, la supercherie est découverte par le roi et l'idylle brisée. La dame d'honneur, Marie-Émilie de Joly de Choin, est renvoyée discrètement pour ne pas indisposer le dauphin, qui finira par l'épouser secrètement en 1695.

Les relations si chaleureuses entre le frère et la sœur se refroidissent à jamais. Nonobstant, Marie-Anne reste la fille préférée du roi et elle visite fréquemment sa mère dans son couvent, mais cette mésaventure fait d'elle la risée de ses demi-sœurs, (filles de la marquise de Montespan) qui la brocardent ouvertement devant toute la cour, ce qui donne lieu à des échanges peu amènes et peu dignes entre princesses du sang... La marquise de Maintenon, aux ordres du roi, tente de maintenir une certaine dignité au sein de cette famille royale dont elle ne fait pas officiellement partie.

La fin du règne[modifier | modifier le code]

Pavillon de Blois à Bougival en Yvelines appartenant à Mademoiselle de Blois
La princesse douairière de Conti (vers 1706)

En 1697, le duc de Bourgogne, fils aîné du dauphin, épouse Marie-Adélaïde de Savoie. La jeune fille fait rapidement la conquête d'un Louis XIV vieillissant et de son épouse secrète, suscitant la jalousie de Marie-Anne et de ses sœurs.

En 1698, elle transmet le duché de la Vallière à son cousin. Elle prétend un moment, mais en vain, épouser son petit neveu, le duc d'Anjou devenu le roi Philippe V d'Espagne (1700).

Devenue princesse de Conti première douairière en 1709, elle perd l'année suivante sa mère et en porte le deuil au grand dam des filles de la marquise de Montespan qui, n'étant pas « officiellement » les enfants de leur mère, n'avaient pu en faire autant lors du décès de la marquise trois ans auparavant.

En 1711, le dauphin meurt, ruinant les espoirs de ses partisans. Les partisans du duc de Bourgogne, fils du dauphin devenu dauphin à son tour, jubilent mais déchantent très vite puisque, quelques mois plus tard, le jeune homme décède à son tour, ne laissant qu'un fils de deux ans, le futur Louis XV.

En 1713, la princesse douairière de Conti achète l'hôtel de Lorge, rue Saint-Augustin à Paris, où elle s'installe en 1715 après la mort de son père.

En 1716, elle fait l'acquisition du château de Choisy. Elle conserve ses deux propriétés jusqu'à sa mort.

En 1718, elle achète le château de Champs-sur-Marne et en cède aussitôt la nue-propriété à son cousin, Charles François de la Baume Le Blanc, marquis de La Vallière.

Les déboires de la politique[modifier | modifier le code]

Connue pour sa droiture et son élégance, elle est chargée par son cousin et beau-frère, le régent, de l'éducation de l'infante d'Espagne Marie-Anne-Victoire d'Espagne, fiancée de Louis XV (1721). Lorsque les fiançailles du petit roi sont rompues, quatre ans plus tard, elle se retire dans ses châteaux, où elle mène une vie de plus en plus recluse.

Beauté du corps, beauté de l'âme[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la princesse de Conti en l'Église Saint Roch de Paris

La princesse fut longtemps une très belle femme, très proche de son père et de son demi-frère le Dauphin mais souvent en désaccord avec ses demi-sœurs, Mademoiselle de Nantes et Mademoiselle de Blois, filles de Madame de Montespan. Malgré cela, avant de mourir, elle obtint que ses sœurs, qui étaient fâchées, se réconciliassent.

Morte en 1739, elle est enterrée à Paris dans la chapelle de la Vierge de l'église Saint-Roch.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Saint-Simon, cité par JP Maget (thèse, 2010, note 5 page 317) : http://scd-theses.u-strasbg.fr/2145/01/MAGET_Jaen_Pierre_2010_v1.pdf

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Anne, fille du Roi, Anne-Marie Desplat-Duc, une série de romans qui conte des aventures inspirées de la jeunesse de Marie-Anne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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