Marie-Élisabeth Cons-Boutboul

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Marie-Élisabeth Cons-Boutboul (née à Orléans le 10 juin 1924 (90 ans)) est la mère de Darie Boutboul. Elle est principalement connue pour le meurtre de son gendre Jacques Perrot dans les années 1980.

Origines et études[modifier | modifier le code]

Née à Orléans le 10 juin 1924, dans une famille de la bourgeoisie, Marie-Élisabeth est la fille aînée d’un père premier clerc de notaire et d’une mère au foyer, catholique très pratiquante[1]. Elle est élevée très strictement. Son père veut qu'elle soit magistrate alors qu'elle préfère le piano et la composition musicale. Elle déclarera avoir échoué volontairement, par deux fois, au concours de la magistrature et qu'elle se voyait plutôt avocat pour, dit-elle « défendre la veuve et l’orphelin ». Néanmoins, son cursus universitaire est sans histoire : licence en droit et CAPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat) en 1947, DES de droit romain et d'histoire du droit, thèse et doctorat en droit en 1950… Entre-temps, elle a prêté serment d'avocat devant la cour d'appel de Paris le 29 janvier 1949. Les choses deviendront un peu plus complexes sur son exercice de la profession d’avocat : pas d’adresse professionnelle, pas d’inscription à la CARPA (Caisse de règlement professionnel des avocats), pas de traces non plus de dossiers dans lesquels elle serait intervenue[2].

Vie familiale[modifier | modifier le code]

Arrivée à Paris, Marie-Élisabeth Cons s'éprend, à la fin des années 1950, d'un dentiste juif tunisien, le docteur Robert Nessim Boutboul, avec lequel elle aura une fille, Darie Boutboul. Tous deux désireux de mener chacun leur vie propre, le couple se séparera peu après. Par souci de convenances sociales et d'un commun accord, la séparation est maquillée en décès du docteur Boutboul[3].

La rencontre avec Jacques Perrot[modifier | modifier le code]

En 1982, Darie Boutboul fait la connaissance sur les champs de course de Jacques Perrot, avocat et ami de Laurent Fabius (ils se sont connus sur les bancs du lycée Janson-de-Sailly ; Darie étant enceinte de leur fils, Adrien, le mariage a lieu rapidement en 1982, Laurent Fabius sera d'ailleurs le témoin du marié.

Concernant la radiation de sa belle-mère, Jacques Perrot découvre très rapidement, en se faisant recevoir par le bâtonnier de l'ordre des avocats à la Cour d'appel de Paris, que celle-ci, contrairement à ce qu'elle affirmait jusqu'alors, n'était plus avocate depuis plusieurs années, ayant été radiée de l'ordre en 1981, pour des faits de corruption et de détournements de fonds.

En effet, saisie en sa qualité d'avocate, à la fin des années 1960, par l'ordre des Missions Étrangères relatif à un contentieux opposant l'Ordre à des organismes africains, Marie-Élisabeth Cons-Boutboul fait durer la procédure de telle sorte que celle-ci, de report en report, dure une dizaine d'années. Elle n'omet cependant pas de facturer ses honoraires aux bons pères qui, en dix ans, lui verseront plus de dix millions de francs de l'époque, sur ses comptes numérotés en Suisse[3].

Ne s'apercevant de la supercherie qu'en 1980, l'ordre des Missions étrangères, soucieux de ne pas éventer l'affaire, se contente de demander la radiation de Maître Cons-Boutboul, obtenue en 1981.

Jacques Perrot souhaite se séparer de Darie et obtenir un divorce à l'amiable assorti de la garde alternée de son fils Adrien. Le 28 novembre 2005, après une audience de non-conciliation, le juge confie la garde d'Adrien à Darie, mais il obtient un droit de visite libre et l'interdiction de sortie du territoire pour son fils. Fort de toutes ces découvertes sur la mystérieuse vie de sa belle-mère, il prend rendez-vous avec elle, le 27 décembre 1985, pensant pouvoir faire pression, en menaçant de tout révéler à Darie s'il n'obtient pas de revoir Adrien[4].

Le meurtre de Jacques Perrot[modifier | modifier le code]

Le rendez-vous n'aura jamais lieu ; le 27 décembre au soir, Marie-Élisabeth Cons-Boutboul, après avoir « fixé » son gendre au 29, avenue Georges-Mandel où il réside dans le seizième arrondissement de Paris dans l'appartement de ses parents depuis qu'il est séparé de sa femme, décommande le dîner au dernier moment[3]. Un dîner-alibi est organisé le soir même à 20 h 15 avec Darie et sa mère Marie-Élisabeth chez son vieil ami et ancien patron, maître Pierre Delphy[1].

Quand, après avoir pris rendez-vous avec un ami pour dîner, Perrot sort de son appartement, il est abattu à 20 h 20 sur son palier, de trois balles de .22 Long Rifle dans la tête tirées à bout portant, une balle dans l'œil gauche, une autre dans la tempe et une troisième en plein cœur. L'un des pneus de sa voiture a été crevé et l'antivol de sa moto bloqué, ce qui suggère un guet-apens[5].

L'enquête[modifier | modifier le code]

La Police judiciaire, arrivée sur les lieux, suspecte dès les premiers jours de l'enquête Marie-Élisabeth Cons-Boutboul d'être le commanditaire du meurtre de son gendre, sans pour autant que cette dernière n'avoue quoi que ce soit et que des preuves tangibles puissent être apportées.

C'est dans ce contexte que, plus de deux ans après le meurtre, le 5 mai 1988, est retrouvé dans le port du Havre le corps d'une personne identifiée comme étant Bruno Dassac, un représentant de commerce en lingerie. Ce truand havrais est un familier du monde des courses et connaît bien Marie-Élisabeth Cons-Boutboul qui a acheté plusieurs chevaux de course grâce à la fortune qu'elle a acquise frauduleusement[5].

Les enquêteurs parviennent alors à faire le lien entre Bruno Dassac et Marie-Élisabeth Cons-Boutboul, un des comptes suisses de cette dernière ayant été débité de 140 000 francs, afin d'alimenter celui du premier[6].

Il apparaît à la police, bien que Marie-Élisabeth Cons-Boutboul l'ait toujours nié, que Bruno Dassac avait été mandaté par celle-ci pour assassiner Jacques Perrot, dont l'enquête personnelle et ses découvertes la menaçaient directement.

Dans un deuxième temps, le tueur, devenu gênant, aurait à son tour été exécuté.

La condamnation[modifier | modifier le code]

Placée en garde à vue, en détention provisoire à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis puis à la maison d'arrêt de Rouen, elle est inculpée pour « complicité d'homicide volontaire » dans l'affaire du meurtre de Bruno Dassac et « complicité d´assassinat » dans le meurtre de Jacques Perrot. L'instruction dure des années et plusieurs pistes sont évoquées (le milieu, la Loge P2, les affaires secrètes du Vatican, le SAC, Albert Spaggiari) pour expliquer l'assassinat de Jacques Perrot[7]. Le 24 mars 1994, la Cour d'Assises de Paris condamne Marie-Élisabeth Cons-Boutboul à 15 ans de prison ferme pour « complicité d´assassinat » dans le meurtre de son gendre[8]. Elle est libérée le 28 décembre 1998 pour raisons de santé et bonne conduite[9], n'ayant jamais avoué sa participation au crime. Marie-Élisabeth Cons-Boutboul, depuis sa libération, vivrait en Seine-et-Marne chez sa fille Darie.

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jacqueline Rémy, « L'incroyable Mme Cons-Boutboul », sur L'Express,‎ 24 février 1994
  2. Serge Raffy, op. cit., p. 27
  3. a, b et c Ondine Millot, « Le gendre qui en savait trop », sur Libération,‎ 21 décembre 2007
  4. Dominique Simonnot, « Madame Cons, accusée d'un meurtre sans assassin », sur Libération,‎ 13 juillet 2007
  5. a et b Raphaëlle Bacqué, « L'affaire Boutboul : le gendre était trop curieux », sur Le Monde,‎ 9 août 2006
  6. Michel Beaulier, « Peu après l'assassinat de Jacques Perrot Mme Cons-Boutboul a versé 140000 F à Bruno Dassac », sur Le Monde,‎ 11 août 1989
  7. « Mystères et secrets de Marie-Elisabeth Cons-Boutboul », sur la Dépêche,‎ 25 juillet 2002
  8. « Mme Cons-Boutboul recouvre la liberté », sur Le Parisien,‎ 29 décembre 1998
  9. http://www.liberation.fr/societe/1998/12/28/mme-cons-de-fleury-a-darie-apres-neuf-ans-de-prison-elle-est-liberee-et-vivra-chez-sa-fille_253462

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]