Mardaïtes

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Les Mardaïtes sont un groupement confessionnel chrétien du Proche-Orient dont affirment descendre les actuels maronites et qui habitaient les plateaux de l'Anatolie méridionale : Pamphylie, Isaurie, Cilicie, Syrie et l'actuel Liban.

Origines[modifier | modifier le code]

Les MardaÏtes se réclamaient du concile de Chalcédoine. Leur origine ethnique n'est pas connue avec certitude. Selon certains, il s'agirait de Persans zoroastriens qui se seraient convertis au christianisme, selon d'autres ils seraient d'ascendance arménienne, ou encore araméenne. Ils pourraient être issus de la tribu iranienne des Mardes originaire des bords de la Mer Caspienne, connue pour avoir entamé une longue migration vers l'Ouest au travers du plateau anatolien. Étant identifiés par la religion et non par une langue particulière, il est possible qu'ils aient été d'origines multiples, seule leur foi étant un facteur de rassemblement.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom de Mardaïtes leur a été donné par les Grecs (Μαρδαΐται dans les sources byzantines), qui les supposaient originaires du Mardistan (en), une région de population majoritairement arménienne située au nord-ouest du lac de Van.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après la conquête du Proche-Orient par le califat abbasside, les Mardaïtes des alentours du Mont-Liban créèrent des entités politiques mardaïtes ("Marada", en), et dirigèrent depuis leur capitale de Baskinta un territoire s'étendant du Nord-Ouest de la Syrie (les Monts Amanus) à la Galilée en Palestine septentrionale.

Les empereurs byzantins les utilisèrent comme mercenaires pour mener la guérilla dans les territoires dirigés par le califat. À certains moments, les Mardaïtes effectuèrent des raids jusqu'à des villes aussi importantes que Damas, imposant même à une reprise un tribut au calife omeyyade. Ils les ont aussi engagés comme marins, notamment dans la flotte des Cibyrrhéotes dont la base était à Attalée. Ils luttèrent alors contre les flottes provinciales des thèmes byzantins opposées à l’iconoclasme, dont les mardaïtes étaient partisans.

Après la bataille du Yarmouk, le calife Omar chargea Mouawiyah ibn Abou Soufyan, gouverneur de Syrie, de soumettre les Mardaïtes. Devenu lui-même calife, Mouawiyah négocie en 667 la paix avec l'empereur byzantin Constantin IV, en échange d'un tribut versé par ce dernier. Trente ans plus tard, sous Justinien II, 12 000 Mardaïtes de Syrie sont accueillis et établis en Isaurie, dans le cadre de ce traité de paix avec le califat. Il est possible que l'empereur Léon III appelé "l'Isaurien" descende de ces Mardaïtes.

Historiographie moderne[modifier | modifier le code]

Le fait que les Mardaïtes aient été utilisés comme mercenaires par l'empire byzantin pour lutter contre les armées musulmanes a été politiquement instrumentalisé dans le contexte libanais de 1975, et c'est alors que leur ascendance supposée a été mise en avant. Cependant la thèse de l'origine mardaïte des Maronites actuels est mise en doute dans les milieux scientifiques, qui considèrent généralement que les communautés confessionnelles et les groupes ethniques d'aujourd'hui ont des origines multiples, et ne descendent donc pas « en ligne directe » d'ancêtres uniques (voir à ce sujet Assyriens, Druzes). La revendication de cette ascendance, mise en avant pendant la guerre civile libanaise de 1975, qui vit la création par Soleimane Frangié d'une milice maronite intitulée "Brigade Marada", semble relever de la même volonté que celle qui anime les phénicianistes.

Cependant l'existence de principautés semi-autonomes mardaïtes pendant 6 siècles dans la région du Mont Liban, de l'invasion abbasside jusqu'à la fin des Croisades, est une réalité historique décrite par les anciens historiens grecs et arabes (bien que les sources soient peu nombreuses). La puissance de ces principautés fut peut-être exagérée par certains maronites dans un but idéologique, mais leur existence dément l'autre mythe historique : celui des "arabistes" qui affirment que toutes les populations du Liban, quelle que soit leur diversité, sont toutes d'origine sémitique.