Marc'h (roi)

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Le roi Marc'h est à la fois un personnage de la mythologie celtique et de la légende arthurienne. Il est présent dans les traditions, bretonne et cornique. Son nom (Marc’h signifie « cheval » en breton) et ses attributs (des oreilles du même animal) lui confèrent un rôle psychopompe[1], à l'instar d’Épona chez les Gaulois, puis les Gallo-romains. Les oreilles du roi Marc'h, souvent assimilées à une marque honteuse dans les plus anciennes interprétations, sont plus probablement une marque de royauté légitimant la fonction du souverain.

Dans la tradition bretonne[modifier | modifier le code]

Dans la tradition bretonne, Marc'h est un roi légendaire d'Armorique dont l'originalité est d'avoir des oreilles de cheval. Par ailleurs un de ses homonymes qui règne sur la Cornouaille est l'un des protagonistes de la légende de Tristan et Iseut, ancrée dans la réalité historique bretonne et celtique, entre les îles Britanniques et la Bretagne armoricaine.

L'historien Léon Fleuriot, spécialiste de cette époque, l'assimile à Komonor (Cunomorus), roi historique de Cornouailles britannique au VIe siècle, régnant à la fois sur les deux Domnonées : la Domnonée armoricaine et la Domnonée (Cornouailles-Devon) de l'île de Bretagne. Ainsi dans son ouvrage : « Les Origines de la Bretagne » (page 189), il écrit : « Il (Comonor) est présenté souvent comme un vassal de Childebert, un "praefectus", dit la Chronique de saint Brieuc : "Comorus tyrannus, praefectus Francorum regis". Comonor paraît avoir été un Britto-Romain. La Vie de saint Paul l’appelle le "roi Marc" ou le "princeps Marc" ou de son nom complet "Marcus Quonomorius". »

L'écrivain Jean Markale, a repris cette assimilation au roi Cumunorus[2].

Le barbier du roi[modifier | modifier le code]

En Bretagne, sur la commune cornouaillaise de Douarnenez, aux Plomarc’h (« paroisse de Marc'h » - ploe signifie paroisse en breton) recèle des fondations dont on dit qu'elles sont celles du palais du roi Marc'h. La légende affirme que ce roi était affublé d'oreilles de cheval, dissimulées sous un bonnet et que la divulgation du secret entraînait inévitablement la mort. À partir de là, il existe plusieurs versions : selon l'une d'elles, le roi Marc’h tuait systématiquement tous les barbiers qui le servaient et connaissaient son secret. On dit aussi qu'un de ces barbiers se confia à la terre, un roseau poussa à cet endroit qui fut coupé par un sonneur pour en faire un biniou. Quand il se mit à jouer, l'instrument chanta « Le roi Marc'h a des oreilles de cheval ». Et selon le poème tardif de Béroul, trouvère normand du XIIe siècle, c'est le nain astrologue du roi qui dévoila le secret et fut tué par le roi.

L’attribut physique des oreilles de cheval peut évoquer le roi Midas de la mythologie grecque, mais l’analogie s’arrête là.

Peut-être a-t-on affaire là à quelque chose d'un fond indo-européen très ancien ayant trait à la domestication et par là même peut-être à la divinisation du cheval, "la plus belle conquête de l'homme" ? Le postulat de l'ouvrage de Gaël Milin, Le roi Marc aux oreilles de cheval[3], serait d'y voir une marque souveraine.

Morvarc’h[modifier | modifier le code]

Un conte, collecté par Yann ar Floc'h, présente une version différente de la légende. Il est roi de Poulmarc’h et possède un cheval fantastique, qui peut traverser la mer et galope aussi vite que le vent. L’animal est surnommé « Morvac'h », ce qui signifie « cheval de la mer » en breton. Un jour, alors qu’il chasse, son chemin croise celui d’une biche. Il a beau forcer son cheval, il ne parvient pas à la rattraper ( voir le "mabinogi de Pwyll" où la cavalière que personne ne peut rattraper est Riannon-Rigantona, la Grande Reine autre forme d'Epona la Femme-Jument, déesse majeure des Celtes). Ce n’est qu’acculée au bord de la falaise, près de l’endroit où la ville d’Ys a été engloutie, qu’il peut lui faire face. Le roi Marc’h arme son arc et lui décoche une flèche, mais par un sortilège, le trait fait demi-tour et vient tuer directement son précieux cheval. Mu par la fureur, il sort son poignard, mais la biche a disparu, à la place se trouve une superbe jeune fille. C’est Ahès, la fille de Gradlon. Pour se venger de la poursuite, elle affuble le roi d’oreilles semblables à celles de son cheval, puis s’enfonce dans la mer.

Dans « La Légende de la ville d’Ys », Morvac'h est le nom du cheval de la reine du nord, Malgven, épouse du roi Gradlon et mère de Dahud[4].

Tristan et Iseut[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tristan et Iseut.

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Marc'h est le roi de Cornouailles en Bretagne armoricaine, sa sœur Bleunwenn (Blanche-Fleur) a épousé Rivalen, le roi de Loonois, une contrée au sud de l'Écosse. Rivalen meurt à la guerre et son épouse expire alors qu'elle met un enfant au monde : Tristan. L'enfant est recueilli par son oncle le roi Marc'h qui l'élève. Bien des années plus tard, au cours d'une expédition guerrière en Irlande Tristan est blessé en tuant le géant Morholt, frère du roi de l'île. Iseut la fille du roi sait comment soigner la blessure empoisonnée de Tristan. Une fois remis, il rentre en Bretagne.

Marc'h veut faire de Tristan son successeur, mais les nobles de Cornouailles s'y opposent et le roi doit se marier. Le seul parti intéressant est Iseut. Tristan part en ambassade et demande la main d'Iseut pour son oncle, au roi d'Irlande qui s'empresse d'accepter. Avant de partir, la reine confie à la servante Brangaine qui est du voyage, un philtre d'amour destiné à sa fille et au roi Marc'h  ; ce philtre rend éternellement amoureux ceux qui le boivent. Pendant le voyage Tristan et Iseut boivent le philtre par erreur et deviennent très épris l'un de l'autre. En dépit de leur amour, Iseut épouse Marc'h, mais c'est la servante Brangaine qui prend place dans la couche du roi, la nuit des noces.

Les amants finissent par partir, mais après une longue fuite ils sont retrouvés par le roi, alors qu'ils dorment dans la forêt. Marc'h remplace l'épée de Tristan qui est placée entre eux par la sienne – élégante façon de leur dire qu'il les épargne. Les amants se séparent et Tristan quitte la Cornouailles.

Des années plus tard, alors qu'ils se sont retrouvés avant de mourir, Marc'h interviendra pour qu'ils soient inhumés l'un près de l'autre. Le roi de Cornouailles apparaît également dans le récit Le Chevalier aux Deux Épées, où il inhume Launceor, le fils du roi d'Irlande.

Dans la tradition cornique[modifier | modifier le code]

King Mark of Cornwall, de Howard Pyle (1905).

La légende des Cornouailles est en tous points similaires à la légende armoricaine. On le nomme en anglais Mark of Cornwall (en latin Marcus, en cornique Margh, en gallois March) et c'est un roi légendaire des de Cornwall, connu par une inscription du VIe siècle. Il est mentionné sous le nom de Cunomorus avec son « fils » Drustan[5]. C'est l'oncle de Tristan et le mari de Iseult, qui ont une relation coupable.

La légende[modifier | modifier le code]

Mark envoie Tristan comme ambassadeur chercher sa promise, la princesse Iseult en Irlande. Tristan et Iseult tombent amoureux et grâce à un philtre magique , entament une relation charnelle passionnée qui n’a pas son pareil dans la littérature médiévale.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celte (page 208), Yann Brekilien, La Mythologie celtique (pages 62, 346, 349 et suivantes), voir références bibliographiques ci-dessous.
  2. Jean Markale, Guide de la Bretagne mystérieuse (pages 270 à 272), éditions Tchou, Paris, 1989.
  3. Gaël Milin, Le roi Marc aux oreilles de cheval, volume 197 de Publications romanes et françaises, Librairie Droz, 1991, (ISBN 9782600028868)
  4. Charles Guyot, La Légende de la ville d’Ys, Coop Breizh, Spézet, 1998, (ISBN 2-84346-101-4).
  5. Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, page 567.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.
  • Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Bibliothèque historique Payot, Paris 1989, (ISBN 2-228-12711-6).

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