Cairn

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Un cairn balisant le passage le long d'un glacier

Un cairn (ou montjoie)[1] est un amas artificiel de pierres placés à dessein pour marquer un lieu particulier. On les trouve la plupart du temps sur les reliefs, les tourbières ou au sommet des montagnes. Ce terme est souvent utilisé en référence à l'Écosse, mais peut aussi être utilisé dans d’autres lieux.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Ils remplissent plusieurs fonctions :

  • baliser un sentier traversant un sol rocailleux ou aride, ou traversant un glacier ;
  • repérer le sommet d’une montagne ;
  • marquer un site funéraire ou célébrer les morts ;
  • baliser la présence d'une grotte, certains de ses accès ou passages intérieurs.

En outre, les cairns furent utilisés pour commémorer toutes sortes d'événements : un site de batailles, un endroit où un chariot fut renversé, etc.

Ils peuvent varier de simples amas branlants à de savantes prouesses de construction.

Fonction des cairns du néolithique moyen[modifier | modifier le code]

Pierre-Roland Giot a notamment dirigé les fouilles des cairns de Barnenez et de l'île Guennoc (vers 4600 avant J.-C., pour leurs dolmens les plus anciens[2]) et de celui de l'île Carn (vers 4200[3]). Selon lui, des entreprises si ambitieuses montrent que des sociétés d'humains ont alors conscience de ce qu'elles sont, qu'elles prennent suffisamment confiance en elles pour dépasser les préoccupations du quotidien[4]. Giot estime que la construction de monuments « démesurés et prestigieux » est sûrement liée à une « signification symbolique » envers le monde des morts et celui des vivants, à la signification du site choisi, à celle des objets qu'on y dépose, à celle des êtres invisibles censés le peupler… Il précise cependant qu'il serait bien vain, à partir des maigres indices matériels dont nous disposons, de tenter d'imaginer « la complication infinie » des « systèmes idéologiques entiers » dont faisaient partie l'édification et l'utilisation de ces monuments[4].

P.R. Giot n'est pas loin de penser que cette signification symbolique passe avant l'aspect fonctionnel de « sépultures » auquel nous sommes tentés de les réduire[4]. Et il tient pour certain qu'imiter une habitation (avec une entrée et une salle), imiter le corps féminin (avec la porte de la naissance), imiter une caverne (féminisée, dans bien des cultures) étaient des expressions d'ordre « rituel » ou « religieux » auxquelles étaient liées des cérémonies publiques ou secrètes. Cette signification symbolique serait aussi « celle de la puissance, du pouvoir social (divinisé), de la cohésion sociale ou de la hiérarchie » : le cairn pourrait être la maison des ancêtres mythiques, le « lieu de passage ou de séjour obligé » d'individus ayant une position focale dans le corps social[5]. Giot se plaît donc à voir, dans les cairns du néolithique moyen, tout à la fois des églises, des antres de pythies, des cimetières, des reliquaires, des monuments aux morts, des mairies, des palais, des tribunaux, des lieux de supplice, des écoles, des marchés, des terrains de jeu et des théâtres[5]

Histoire[modifier | modifier le code]

Le mot vient de l'écossais càrn qui a un sens beaucoup plus large : il peut désigner plusieurs types de collines ainsi que des amoncellements naturels de pierres. Évidemment, à cause de la simplicité du concept, les cairns sont présents partout dans le monde dans les régions alpines et montagneuses. On peut aussi les trouver dans les déserts et les toundras.

Un cairn marquant le sommet d'une montagne
Cairn recouvrant un dolmen : la Table des Marchand (Morbihan)

Ces traditions actuelles dérivent de la coutume, remontant au moins au Néolithique moyen, de construire les sépultures à l'intérieur de cairns. Ils étaient situés de manière proéminente, souvent sur les hauteurs du village des défunts. On en trouve encore, et ils sont souvent plus grands que les cairns modernes d'Écosse. On pense que ces pierres étaient placées là pour plusieurs raisons, comme par exemple dissuader les pilleurs de tombes ou les charognards. Une théorie plus sinistre prétend qu'ils empêchaient les morts de renaître. Il est intéressant de remarquer que, encore de nos jours chez les Juifs, la tradition veut qu'on dépose des petits cailloux sur la tombe que l'on visite. Il est possible que cela ait une origine similaire. Les stûpas d'Inde ou du Tibet ont probablement été érigés pour les mêmes raisons, bien que, désormais, ils contiennent généralement les cendres de saints bouddhistes ou de lamas.

En Écosse, il est de coutume de transporter une pierre jusqu'en haut de la colline pour la déposer sur un cairn. Ainsi, les cairns deviendraient de plus en plus grands. Un ancien dicton écossais dit « Cuiridh mi clach air do chàrn », c'est-à-dire « Je déposerai une pierre sur ton cairn ».

En Bretagne, le cairn est un monument en pierre recouvrant des sépultures comme le grand cairn de Barnenez dans le Finistère, construit entre 4 500 et 3 900 ans avant J.-C., mesurant 75 mètres de long sur 28 de large et qui abrite onze chambres funéraires.

En Afrique du Nord, ils sont parfois appelés kerkour, et ils sont également fréquents en Corse.

Dans les îles Féroé, qui sont exposées à de fréquents brouillards et à de fortes précipitations, et qui ont quelques-unes des plus hautes falaises du monde, les cairns sont souvent utilisés comme moyen de repérage au milieu des collines ou sur terrain accidenté. De plus, autrefois, la plupart des déplacements autour des îles se faisant par la mer plutôt que par la terre, les reliefs se retrouvaient souvent abandonnés.

Un groupement de cairns en Corse

Dans les régions montagneuses d'Amérique du Nord, les cairns sont souvent utilisés pour baliser les sentiers de randonnées ou les pistes de cross-country au-delà de la limite forestière. La plupart sont petits, 30 centimètres ou moins, mais certains sont construits plus haut pour pouvoir dépasser de la neige. La tradition veut que chacun, arrivé au niveau d’un cairn, ajoute une pierre, entretenant ainsi l'ouvrage et combattant les effets destructeurs des intempéries hivernales. Souvent, la coutume est d'en ajouter seulement au-dessus, et d'utiliser une pierre plus petite que la précédente, formant alors un assemblage instable de petits galets.

Le cairn en tant que personnage[modifier | modifier le code]

Signalétique interdisant la construction de cairns en Islande

Bien que la pratique ne soit pas répandue en français, les cairns sont souvent désignés par leurs attributs anthropomorphiques. En allemand et en néerlandais, les cairns sont appelés respectivement Steinmann et Steenman, qui signifient littéralement « homme de pierre » ; en piémontais, ils sont appelés omèt « petit homme ». Une forme d'inukshuk inuit évoque aussi une silhouette humaine, et est appelée un inunnguat (« imitation d’une personne »).

Concernant les religions de l'Antiquité, et particulièrement le Panthéon grec, ces pratiques seraient à l'origine du culte d'Hermès, divinité du voyage, du commerce, de l'échange, des bergers. L'habitude d'ériger des monticules de pierre à destination des voyageurs dans un objectif de repérage d'un itinéraire aurait amené à créer des cultes héroïques locaux pouvant être amené à se diffuser. En grec, ces monceaux de pierre sont des Hermios.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Petit Larousse : n.f. Anc. Monceau de pierres pour marquer les chemins ou pour rappeler un événement important
  2. Jean L'Helgouac'h, in Pierre-Roland Giot, Jean L'Helgouac'h, Jean-Laurent Monnier, Préhistoire de la Bretagne, Ouest-France, 1979, p. 161.
  3. Jean L'Helgouac'h, op. cit., p. 169.
  4. a, b et c Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, Université de Rennes I, 1987, t. I, p. 195.
  5. a et b Pierre-Roland Giot, op. cit., t. I, p. 196.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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