La Tentation de saint Antoine (Bosch, Lisbonne)

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La Tentation de saint Antoine
Image illustrative de l'article La Tentation de saint Antoine (Bosch, Lisbonne)
Le panneau central du triptyque
Date v. 1501
Type Huile sur panneau
Technique Peinture
Dimensions (H × L) 131,5 cm × 226 cm
Localisation Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne (Portugal)

La Tentation de saint Antoine, ou Triptyque de la Tentation de saint Antoine, est un triptyque du peintre des Pays-Bas bourguignons Jérôme Bosch, actuellement exposé au Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne (Portugal). C'est une huile sur panneau dont le panneau central mesure 131,5 × 119 cm et les panneaux latéraux chacun 131,5 × 53 cm.

Le thème : saint Antoine[modifier | modifier le code]

Vers la fin du Moyen Âge, alors que les guerres et les maladies font des ravages, apparaît le culte florissant des saints et de leurs reliques. Saint Antoine, souvent représenté en vieillard barbu, était particulièrement vénéré et protégeait de l’ergotisme. L’ergot est un champignon parasite du seigle (dont la farine sert à la fabrication du pain) qui provoque une gangrène douloureuse (appelée « feu de Saint-Antoine »), des hallucinations, voire des psychoses perçues à l’époque comme des manifestations diaboliques. Saint Antoine était aussi le saint protecteur des animaux d’élevage et particulièrement du porc. Dans ce tableau, on peut repérer des références à La Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe siècle) qui racontait les tentations du saint dans le désert d’Égypte.

Ce tableau, en parfaite conformité avec le christianisme, joue sur l’allégorie religieuse, les symboles mystiques, voire ésotériques ou astrologiques de son époque et sur les illustrations d’expression populaire locale qui sont difficilement compréhensibles pour un public d’aujourd’hui.

Description[modifier | modifier le code]

La Tentation de saint Antoine
Gauche : The Flight and Failure of St Anthony
Panneau central : La Tentation de saint Antoine
Droite : Saint Antoine en méditation

Panneau de gauche[modifier | modifier le code]

Saint Antoine rossé par des diables (Détail)

Dans la partie supérieure, saint Antoine est rossé par des diables, le regard se pose sur le sol avec une nouvelle représentation du saint, très affaibli par sa chute et secouru par deux moines et un laïque dont les traits représentés avec une grande précision seraient, selon certaines hypothèses, ceux du peintre. La terre ou échoue le saint est un lieu couvert d'étranges constructions et peuplé d'habitants inimaginables.

Détail

Le mal y est partout. L'homme-maison n'est pas sans évoquer un bordel ainsi que très probablement la sodomie. L'architecture animale sauterelle-poisson dévorant un autre poisson incarne un monde en conflit total et permanent capable d'engendrer des dignitaires ecclésiastiques également monstrueux. Même les lieux apparemment calmes, la mer, la plage, et les paysages champêtres sont hantés de présences inquiétantes, discrètes pour certaines (le naufrage) plus évidentes pour d'autres comme le gigantesque corps blessé de l'homme-maison.

Sous le niveau de la terre, le registre inférieur de l'eau gelée donne sur une ouverture qui semble communiquer avec un espace infernal.

Panneau central : La Tentation de saint Antoine[modifier | modifier le code]

Le saint se trouve pratiquement au centre géométrique du tableau : point de convergence ou de répulsion de divers groupes de cortèges de créatures monstrueuses. Discrète sinon dissimulée dans une architecture en ruines, une double représentation de jésus indique le vrai chemin dans un monde confus. Les plans supérieurs sont constitués, à gauche, par la peinture d'un village en flammes, tandis qu'à droite, deux navires ailés peuplent de leur élégance le jour radieux.

Le saint est encerclé mais il regarde le spectateur. Il ne voit pas, ne veut pas voir les êtres impossibles qui le défient ; sans doute sa main désigne-t-elle la double présence de Jésus-Christ, image de la foi authentique. La table derrière le saint semble être un lieu de culte. Une procession de monstres se dirige vers le saint, le premier groupe est constitué de deux musiciens alors que le second représente une parodie de justice avec la grande roue du bailli exhibant le membre tronçonné d'un condamné.

Au-dessus du village en flamme, volent des créatures malignes. Plus bas, un pont, une rivière, une femme lavant du linge, instantanés d'une réalité veille de 500 ans.

Le mal qui envahit tout n'épargne pas même l'édifice hanté qui abrite le Christ et son effigie. La partie supérieure du monument est peuplée d'être maléfiques. La tour de la Foi ancienne jouxte le palais du Péché. Sur la tour, des images d'idolâtrie avoisinent celles de la loi de Dieu et de la terre promise où coulent le lait et le miel, symbolisée par une grappe de raisin géante.

Le palais du Péché est une construction en forme de fruit auquel on accède par un pont couvert. Il est traversé par une étrange procession animale. Lieu de goinfrerie et de luxure, une étrange horloge et le niveau des eaux indiquent peut-être l'intensité du péché.

Les vaisseaux aquatiques et souterrains sont le pendant dans l'élément liquide des diaboliques transports aériens. Ces habitants des eaux troublent ou des égouts accompagnent les officiants d'une messe noire. À l'arrière plan, le personnage qui porte un bébé emmailloté est sans doute encore une parodie de l'histoire sainte : celle de la fuite en Égypte.

Un fruit écarlate et d'aspect très appétissant s'avère pourri et sert d'abri à des êtres inqualifiables. Au second plan, un personnage énigmatique en haut de forme exhibe un membre tronçonné. Par transparence, on distingue les deux cercles du zodiaque

Panneau de droite : Saint Antoine en méditation[modifier | modifier le code]

Le ciel, comme toujours, est peuplé de créatures monstrueuses ou négatives. Ici une variante particulière de sorcières se rendant à quelque étrange cérémonie. Une ville et son fossé avec des collines au second plan. Les fossés sont peuplés d'êtres bizarres des rats géants, un dragon.

Contrairement au panneau central, le saint apparaît ici distrait de son étude et ne nous regarde pas. Il ne regarde pas non plus la femme nue, qui incarne probablement la tentation de la chair, à demi cachée dans les branches de l'un des innombrables arbres secs qui peuplent l'univers de Bosch. La boisson est directement liée à la luxure. En marge un individu sans bras à l'intérieur d'une sorte de trotteur est l'image du désarroi sans nom.

Le registre inférieur du tableau est celui de la gloutonnerie depuis la table habitée, soutenue et assiégée par des personnages inquiétants jusqu'au ventre transpercé.

Revers du triptyque[modifier | modifier le code]

Triptyque de La Tentation de saint Antoine refermé
Gauche : L'Arrestation
Droite : Le Christ portant la Croix

Autres versions et copies[modifier | modifier le code]

Une copie, réalisée par un élève de Bosch, est exposée au musée des beaux-arts du Canada à Ottawa et, une autre version se trouve au musée du Prado à Madrid. Une troisième œuvre, considérée un temps comme un original, qui a été étudiée par l'historien d'art de l'université de Pennsylvanie, Larry Silver, est en réalité une copie réalisée au XVIe siècle ; elle est actuellement détenue par la Barnes Foundation, près de Philadelphie, en Pennsylvanie[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jason Edward Kaufman, Over-20 Old Masters Downgraded in Scholarly Investigation, in Arts Newspaper, 14 octobre 2005.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Luis Porfirio, La Tentation de saint Antoine, éditions Adam Birio, 1989
  • Roger van Schoute, Monique Verboomen, Jérôme Bosch, Renaissance du Livre, 2003, p. 91 et suiv. - 234 pages Lire en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]