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La Métamorphose

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La Métamorphose
Image illustrative de l'article La Métamorphose
Couverture de la première édition de La Métamorphose
Dessin d'Ottomar Starke

Auteur Franz Kafka
Genre Nouvelle fantastique
Version originale
Titre original Die Verwandlung
Éditeur original Kurt Wolff Verlag
Langue originale Allemand
Pays d'origine Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Lieu de parution original Leipzig
Date de parution originale 1915
Version française
Traducteur Alexandre Vialatte
Lieu de parution Paris
Éditeur Gallimard
Date de parution 1938

La Métamorphose (Die Verwandlung) est une nouvelle écrite par Franz Kafka en 1912 et publiée en 1915. Il s'agit d'une de ses œuvres les plus célèbres avec Le Procès. La nouvelle décrit la métamorphose et les mésaventures de Gregor Samsa, un vendeur qui se réveille un matin transformé en un « monstrueux insecte ».

Publication

Le texte a d'abord été publié en octobre 1915 à Leipzig dans le numéro d'octobre de la revue Die Weißen Blätter (de) dirigée par René Schickele. En décembre 1915, la première édition a été publiée sous forme de livre dans la collection Der jüngste Tag, chez Kurt Wolff Verlag, Leipzig (la couverture originale indique « 1916 »).

Résumé

Première partie

Un matin, Gregor Samsa, jeune commis voyageur, tente de se lever pour aller au travail, mais il se rend compte que, durant la nuit, il s'est métamorphosé en « un monstrueux insecte[N 1] ». Terriblement en retard (il est 6 heures 45, alors qu’il se lève normalement à 4 heures et part au train de 5 heures), il tente cependant de commencer les activités d'une journée normale, mais, couché sur le dos, ne parvient pas à sortir de son lit.

Sa famille (sa mère, son père et sa jeune sœur Grete) vient s’enquérir de son état. Gregor qui a verrouillé les trois portes d’accès à sa chambre tente de les rassurer. Aucun ne remarque la singularité de sa voix[1]

Le fondé de pouvoir de son employeur arrive alors pour s'enquérir de la raison du retard insolite de Gregor. Après de longs et pénibles efforts, Gregor, dont la voix indistincte, « une voix de bête », commence à le trahir, réussit à ouvrir sa porte et à passer la tête dans l'entrebâillement. Le fondé de pouvoir, qui s'impatientait de ne pas recevoir d'explications et avait commencé à l’accabler de reproches quant à son manque de rendement, s'enfuit, saisi d'horreur. La famille de Gregor reste interdite, la mère s’évanouit. Nul ne comprend que Gregor, malgré son apparence, comprend et pense encore comme un humain. Fou de rage, le père s’empare de la canne qu’a oubliée le fondé de pouvoir et chasse violemment Gregor dans sa chambre.

Deuxième partie

Sa famille l'enferme, de peur qu'on ne sache qu'ils hébergent un tel monstre dans leur logis. Son père le prend en haine. Sa mère voudrait encore en avoir pitié mais s'évanouit lorsqu'elle le voit. Surmontant son dégoût, sa sœur Grete vient le nourrir chaque jour et nettoyer sa chambre. Gregor se cache alors pour qu'elle ne puisse le voir, pour ne pas la faire souffrir. Mais il aurait souhaité au contraire se montrer pour recevoir un peu d'amour. Un soir, Gregor sort de sa chambre, son père fou de rage essaye de le tuer mais n'y arrive pas et le blesse seulement.

Troisième partie

Personne ne vient le soigner et sa blessure s'infecte. Comme Gregor ne peut plus travailler pour subvenir aux besoins de la famille, une partie de l'appartement est louée à trois locataires. En dépit de son invalidité, sa famille a fini par le tolérer. Un soir cependant, Gregor sort de sa chambre, attiré par la musique que sa sœur joue au violon ; malheureusement, les locataires le voient et décident de s'en aller aussitôt et sans payer. Face à cette situation sans avenir, la sœur en larmes propose de se débarrasser de l'insecte. Tous sont d'accord, car ils pensent avoir fait tout ce qu'ils pouvaient. Mais Gregor, désespéré, qui ne se nourrit plus depuis quelques jours, est retrouvé mort desséché un matin par la femme de ménage. À peine attristée, surtout soulagée, la famille se réjouit de pouvoir prendre un nouveau départ, et sort enfin de l'appartement pour une promenade en banlieue. Les parents remarquent que Grete s'est épanouie et qu’il est temps de la marier.

Thèmes et réalisme kafkaïen

Sous des apparences fantastiques, La Métamorphose n'est en fait qu'une allégorie que le lecteur peut interpréter comme il veut. Elle a ainsi suscité à l'infini des interprétations : sociologiques, métaphysiques, psychanalytiques. Tout peut y être trouvé : handicap, perte du langage et de l'identité, solitude, routine, rivalité père-fils, désirs incestueux, incommunicabilité, culpabilité voire prémonition par Kafka de sa propre mort et du génocide du peuple juif (qui eut lieu 30 années après la publication de la nouvelle). Quoi que l'on en retienne, tout s'inscrit dans la vision kafkaïenne de la vie.[interprétation personnelle]

Toutefois, personne ne s'interroge sur le pourquoi scientifique de la métamorphose. Elle est, tout simplement, comme une fatalité qui peut vous tomber dessus à tout moment. On ne peut rien y changer et il faut vivre avec ou mourir. Et en effet, les personnages ne s'étonnent pas de l'état de Gregor. Il les dégoûte mais ils l'acceptent. L'intrusion de l'élément surnaturel dans le quotidien est vécue comme quelque chose de naturel. De là né un certain décalage, non dépourvu d'humour propre à Kafka.[interprétation personnelle]

Une fois l'élément fantastique, inhérent dans l'histoire de départ, étant évacué, on tombe dans un réalisme de l'absurde, autrement dit ce que l'on désigne fréquemment sous l'adjectif « kafkaïen ».[interprétation personnelle]

Analyse

Claude David relève que La Métamorphose a donné lieu à une multitude d'interprétations et signale que Stanley Corngold (The Commentator's Despair en 1973) , par exemple, en dénombre déjà cent vingt-huit[2], un recensement qu'il estime probablement incomplet.

Les plus évidentes évoquent le traitement social d'individus différents. D'autres abordent la solitude et le désespoir qu'engendre une mise à l'écart.

Ce texte est l'aboutissement d'une réflexion entamée dans la Lettre au père, réquisitoire adressé à son géniteur à propos de leur relation paradoxale, qui mêlait mépris et admiration, bons et mauvais sentiments, répulsion et attirance. En hypothèse l'auteur s'apparenterait donc à Gregor, en conflit permanent avec son père du fait de leurs différences.[interprétation personnelle]

La métamorphose principale décrite dans ce récit n'est pas tant celle de Gregor. Sa transformation en insecte est réalisée dès les premières lignes de l'histoire, sans être expliquée. À l'inverse, elle entraine la métamorphose du reste de la famille Samsa, au fur et à mesure de la dégradation de la condition de Gregor. Ainsi, le père, à l'origine faible et somnolent, devient vigoureux, tandis que la sœur, affectueuse et casanière, se prend ensuite en main et précipite finalement le rejet de Gregor.[interprétation personnelle]

La lecture de Nabokov

Le professeur Vladimir Nabokov[N 2] donne une lecture très personnelle de La Métamorphose[3]. Pour Nabokov, Kafka est le plus grand écrivain allemand de l'époque. « Comparé à lui, des poètes tels que Rilke ou des romanciers tels que Thomas Mann font figure de nains, ou de saints de plâtre[4]. ». Nabokov considère d'ailleurs La Métamorphose comme « sa plus grande nouvelle ».

Dans son analyse, Nabokov commence par récuser catégoriquement la vision de Max Brod, « selon lequel la seule catégorie que l’on puisse appliquer à l’intelligence des textes de Kafka est celle de la sainteté, non celle de la littérature[5]. » Il récuse également, et encore plus violemment, le point de vue « freudien », basé sur les relations complexes de Kafka avec son père et son sentiment de culpabilité :

« La punaise disent-ils, est apte à représenter son sentiment d’être une quantité négligeable aux yeux de son père. Notre sujet peut bien avoir quelque chose avec les hannetons, il n’en a aucun avec ces âneries, et je rejette totalement cette absurdité. Kafka lui-même était extrêmement critique à l'égard des idées freudiennes Il considérait la psychanalyse comme (je cite) « erreur sans recours », et il considérait les théories de Freud comme des illustrations très approximatives, très grossières, qui ne rendaient pas justice aux détails, ni, ce qui est pire encore, à l'essence du sujet. Cela me semble une raison supplémentaire pour éliminer l'approche freudienne et se concentrer, plutôt, sur la puissance de l'art. »

— Vladimir Nabokov, Littératures I[5].

Il voit Gustave Flaubert comme le véritable modèle de Kafka[6]. Dans le résumé qu'il donne de la nouvelle, Nabokov décrit les parent de de Gregor Samsa, comme des petits bourgeois de Prague, des « des philistins flaubertiens, des gens de goûts vulgaires et qui ne s’intéressent qu’au côté matériel de la vie[6]. » Pour Nabokov, « La famille Samsa autour de l’insecte fantastique n’est rien d’autre que la médiocrité entourant le génie[7]. »

Nabokov présente ensuite une analyse détaillée de la structure de la nouvelle, qu’il voit divisée en trois parties : la première de sept scènes (ou segments), le deuxième et la troisième de 10 scènes chacune.

Première partie

À son réveil, Grégor est seul. Dans sa chambre, la métamorphose à déjà eu lieu, mais il conserve encore des préoccupations humaines, en particulier celle du temps. Il est en retard et craint l'impact négatif de ce retard sur son emploi.

Les trois membres de la famille Samsa frappent aux trois portes verrouillées de sa chambre. « Les familiers de Gregor sont ses parasites, qui l'exploitant, le grignotent de l'intérieur. Ils sont en quelque sorte les sarcoptes du scarabée : c'est le désir pathétique de trouver quelque protection contre la trahison, la cruauté et la crasse qui a suscité la constitution de sa carapace, de sa cuirasse de scarabée, qui, à première vue, semble dure et sûre, mais se révélera, par la suite, aussi vulnérable que l'ont été sa pauvre chair et son pauvre esprit humain[8]. »

Notes et références

Notes

  1. Le texte allemand dit simplement « Ungeziefer », « vermine », qui est d'ailleurs le terme qu'a choisi Alexandre Vialatte dans sa traduction de la nouvelle. Claude David lui traduit par cancrelat.
  2. L’écrivain américain d’origine russe transcrivit les cours qu’il donnait au Wellesley College et à l'université Cornell au début des années 1950. Les cours consacrés aux littératures anglaise, française et allemande firent l’objet du premier tome de l’ouvrage intitulé ‘’Littératures’’ ; le second tome est consacré à la littérature russe.

Références

  1. Kafka 2015, p. 30.
  2. Claude David 1980, p. 899.
  3. Vladimir Nabokov 2010, p. 333.
  4. Nabokov 2010, p. 338.
  5. a et b Nabokov 2010, p. 339.
  6. a et b Nabokov 2010, p. 340.
  7. Nabokov 2010, p. 345.
  8. Nabokov 2010, p. 345

Éditions en français

  • (fr+de) Franz Kafka (trad. de l'allemand par Claude David, préf. Claude David), La Métamorphose [« Die Verwandlung »], Paris, Gallimard, coll. « Folio-bilingue » (no 14),‎ 1991, 208 p. (ISBN 9782070383597)
  • Franz Kafka (trad. de l'allemand par Claude David, préf. Claude David), La Métamorphose, Paris, Gallimard, coll. « Folio Classique » (no 5882),‎ 2015, 130 p. (ISBN 978-2070462872)
  • Franz Kafka (trad. de l'allemand par Claude David, Marthe Robert et Alexandre Vialatte), Œuvres complètes, t. II : Récits et fragments naratifs, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 2005 (1re éd. 1980), 1326 p. (ISBN 978-2070109708), « La Métamorphose »

Voir aussi

Bibliographie

  • Vladimir Nabokov (trad. de l'anglais par Hélène Pasquier, préf. John Updike et Fredson Bowers), Littératures I, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2010 (ISBN 978-2221113271), « Franz Kafka : La Métamorphose »

Liens externes

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