In medias res

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

In medias res (du latin signifiant littéralement « au milieu des choses ») est un procédé littéraire qui consiste à placer le lecteur, ou le spectateur, sans beaucoup de préalables au milieu de l'action, les événements qui précèdent n'étant relatés qu'après-coup[1].

Les personnages, le cadre et le conflit sont présentés de diverses façons, par exemple au moyen d'une série de retours en arrière ou bien par des personnages se racontant entre eux des événements passés. Cette technique est déjà utilisée par Homère dans L'Iliade, au VIIIe siècle av. J.-C.. Au théâtre, elle permet au spectateur d'entrer dans l'histoire d'une façon plus vivante qu'avec une ou plusieurs scènes d'exposition, particulièrement quand le sujet s'avère long à expliquer, et les personnages nombreux.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

L'expression est empruntée à Horace, dans son Art poétique (148). L'épopée a recours couramment au procédé, dans un but rhétorique[1].

L'antonyme de l'expression latine : ab ovo[1].

In medias res remarquables[modifier | modifier le code]

Cette technique est utilisée dans un très grand nombre d'œuvres, mais on peut en donner quelques exemples :

  • Les œuvres constituant le genre narratif appelé le roman grec, comme les Éthiopiques d'Héliodore (IVe siècle de notre ère).
  • L'Énéide de Virgile (le premier chapitre nous emmène directement sur le bateau d'Énée, en pleine tempête, après sa fuite de Troie, et c'est seulement par la suite qu'il racontera les détails de cette fuite).
  • L'acte 1 scène 1 de la pièce de théâtre de Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard (1730).
  • Manon Lescaut de l'abbé Prévost (1731) La première rencontre à Pacy-sur-Eure entre Renoncour et Desgrieux, avant la déportation de Manon en Louisiane.
  • Le Colonel Chabert de Balzac (1844).
  • La Curée d'Émile Zola, deuxième roman du cycle des Rougon-Macquart (1872), commence par « Au retour » mais nous ne savons pas d'où puisque l'aller n'est pas raconté.
  • Une Vie de Guy de Maupassant (1883) commence par « Jeanne ayant fini ses malles, s'approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas ». On ne sait pas qui est Jeanne, ni où elle est, ni où elle part.
  • Bel-Ami de Guy de Maupassant (1885) commence par « Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant ». On ne sait pas qui est Georges Duroy, ni le restaurant dans lequel il a mangé, ni dans quelle ville il se trouve.
  • La Métamorphose de Kafka (1915), qui commence par « Grégoire Samsa s'éveilla un matin, dans son lit, au sortir d'un rêve agité, transformé en une véritable vermine ».
  • Le Nain de Marcel Aymé (1934) qui commence par "Dans sa trente cinquième année, le nain du cirque Barnaboum se mit à grandir"
  • La Condition humaine d'André Malraux (1933), qui commence par « Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? »
  • L'Étranger d'Albert Camus (1942), qui commence par « aujourd'hui maman est morte. »
  • L'Ignorance (2000) de Milan Kundera commence par un dialogue : « Qu'est ce que tu fais encore ici ? »
  • Les Fourberies de Scapin de Molière qui commence par un dialogue : « Ah! Fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux! Dures extrémités où je me vois réduit! Tu viens, Silvestre, d'apprendre au port que mon
  • Lorenzaccio (1834) de Musset qui commence par : « Qu'elle se fasse attendre encore un quart d'heure, et je m'en vais. Il fait un froid de tous les diables.-Patience, Altesse, patience. »
  • Tartuffe (1664) de Molière: Acte 1 scène 1: la pièce s'ouvre en plein milieu d'une dispute.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Dictionnaire des termes littéraires, 2005, Entrée « In medias res », p. 253.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman, et alii, Dictionnaire des termes littéraires, Hendrik, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2745313256) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article