Histoire de la folie à l'âge classique

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Folie et déraison. Histoire de la folie à l'âge classique est la thèse majeure du doctorat d'État et le premier ouvrage important de Michel Foucault, qui y étudie les développements de l'idée de folie à travers l'Histoire. C'est la deuxième édition, révisée, de 1972, qui abandonne le titre principal au profit du seul sous-titre.

Écriture[modifier | modifier le code]

Foucault a écrit en 1954 un premier ouvrage avec une thématique proche, Maladie mentale et psychologie. Histoire de la folie a été rédigé essentiellement à Uppsala en Suède, ville où Michel Foucault avait un poste d'enseignant de français depuis 1955. Il avait accès à la bibliothèque Carolina Rediviva où il a puisé l'essentiel de sa documentation[1] . Le directeur pressenti était Stirn Lindroth, professeur d'histoire des idées et des sciences de l'université de la même ville mais celui-ci rejeta le travail présenté. L'ouvrage est achevé à Cracovie et c'est finalement Georges Canguilhem et Daniel Lagache qui acceptent d'en être les rapporteurs.

Idées principales[modifier | modifier le code]

Une exclusion en remplace une autre[modifier | modifier le code]

Foucault commence par une analyse au Moyen Âge, notant notamment comment les lépreux furent parqués hors de la société des vivants. Il y eut, peut-être jusqu'à 19 000 léproseries à travers la chrétienté, cette précision se basant sur Matthieu Paris. Cette question amène à se demander que deviendront les léproseries, une fois la lèpre disparue : « (…) ces structures resteront. Dans les mêmes lieux souvent les jeux de l'exclusion se retrouveront, étrangement semblables deux ou trois siècles plus tard ».

À partir de là il trace une histoire de l'idée de maladie mentale au XVe siècle, et de l'intérêt accru pour l'emprisonnement au XVIIe siècle en France. Un repère est donné : c'est la fondation par un décret, en 1656, d'un « hôpital général », qui servira de lieu d'internement pour des fous, mais aussi des pauvres, des criminels. Le lieu sera à la fois vecteur de répression et de charité. Toutes ces « confusions » posent donc question.

L'internement des fous, hérétiques, criminels et libertins[modifier | modifier le code]

Bientôt cependant (Première partie, chapitre III) des précisions sont données. Il y eut bien des lieux réservés aux seuls fous : l'Hôtel-Dieu accueillera seulement des aliénés, Bethlem à Londres n'accueillera que des « lunatiques », bien que par ailleurs les « fous », les « furieux » soient mélangés, confondus avec d'autres internés, jusqu'en prison[2].

Il s'agit alors de questionner la différence entre ces deux lieux. Quand, seuls des fous sont internés, il s'agit bien d'une volonté médicale, ce qui n'est pas le cas ailleurs. De plus, Foucault suggère que la confusion que nous percevons dans l'internement est une vision qui n'est pas « juste », puisqu'elle porte sur l'âge classique un regard actuel, et qu'il s'agit donc bien plus de comprendre, non une erreur de l'âge classique, mais bien une « expérience homogène » de l'exclusion, des « signes positifs », une « conscience positive ».

Allant plus loin, Foucault remarque que les asiles réservés aux fous ne sont pas nouveaux à l'âge classique. La nouveauté qu'apporte cette période, ce sont bien les lieux qui mélangent fous et autres, charité et répression. En effet, Foucault précise l'existence d'hôpitaux réservés aux fous : à Fez au VIIe siècle, à Bagdad au XIIe siècle, puis au Caire au siècle suivant…

Maladie de l'âme[modifier | modifier le code]

Enfin, la folie aurait été reconnue comme une maladie de l'âme, puis avec Freud, comme une maladie mentale.

Foucault accorde une grande attention à la façon dont le statut de fou passa de celui d'un être occupant une place acceptée, sinon reconnue, dans l'ordre social, à celui d'un exclu, enfermé et confiné entre quatre murs.

Foucault étudie les différentes manières et tentatives de traitement des fous, et plus particulièrement les travaux de Philippe Pinel et Samuel Tuke. Foucault présente clairement les traitements appliqués par ces deux hommes comme non moins autoritaires que ceux de leurs prédécesseurs. Ainsi l'asile et les méthodes de Tuke n'auraient principalement consisté qu'en la punition des individus reconnus comme fous jusqu'à ce qu'ils apprennent à agir normalement, les forçant effectivement à se comporter à la manière d'êtres parfaitement soumis et conformes aux règles admises. De façon similaire, le traitement des fous par Pinel semble n'avoir été qu'une version étendue de la thérapie par aversion, y incluant des traitements tels que la douche glacée et l'utilisation des camisoles de force. Pour Foucault, ce type de traitements ne revient qu'à brutaliser le patient à répétition jusqu'à ce que celui-ci intègre la structure du jugement et de la punition.

Plan[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

Chapitre I - Stultiferas navis
Chapitre II - Le grand renfermement
Chapitre III - Le monde correctionnaire
Chapitre IV - Expériences de la folie
Chapitre V - Les insensés

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Introduction
Chapitre I - Le fou au jardin des espèces
Chapitre II - La transcendance du délire
Chapitre III - Figures de la folie
Chapitre IV - Médecins et malades

Troisième partie[modifier | modifier le code]

Introduction
Chapitre I - La grande peur
Chapitre II - Le nouveau partage
Chapitre III - Du bon usage de la liberté
Chapitre IV - Naissance de l'asile
Chapitre V - Le cercle anthropologique

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rodinesco E, Michel Foucault : lectures de l'histoire de la folie dans Philosophes dans la tourmente, 2005, éditions Fayard
  2. ce qui semble demeurer le cas aujourd'hui et ne constitue pas une particularité de l'époque étudiée

Liens[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]