Godred Crovan

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Godred Crovan
(ga) Gofraid mac meic Arailt
Portrait de Godred Crovan à la Tynwald House.
Portrait de Godred Crovan à la Tynwald House.
Fonctions
Roi de Man et des Îles
10791095
Successeur Lagman (1095-1099)
Biographie
Date de naissance n. c.
Lieu de naissance Islay (Écosse) (?)
Date de décès 1095
Lieu de décès Islay (Écosse)
Enfant(s) Lagman, Olaf.

Godred Crovan (v.irl. Gofraid mac meic Arailt, Gofraid Méranech) (mort en 1095) régna sur Dublin, l'île de Man et les Hébrides dans la seconde partie du XIe siècle. Son épithète « Crovan » vient de l'irlandais crobh bhan (« main blanche »)[1]. Ce surnom semble venir de ce qu'il enfilait des gants blancs lorsqu'il partait en guerre[2]. Dans le folklore mannois, il est connu comme le roi Orry (King Orry).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Orry Lane, à Peel. Les toponymes liés au roi Godred Crovan sont encore nombreux sur l'île.

Les origines de Godred sont obscures. On estime qu'il vivait probablement sur l'île écossaise d'Islay mais pourrait avoir passé l'essentiel de sa jeunesse sur l'île de Man[2].

Sa mort est évoquée dans les Annales de Tigernach et les Annales d'Ulster, où il est appelé Goffraigh Meranach ri Gall[3] ou Goffraidh rex Normannorum[4]. C'est la raison pour laquelle, on suppose que Godred était lié à la dynastie scandinave des rois de Dublin, fils, ou neveu, du roi Imar mac Arailt (ou Ivar Haraldsson) qui gouverna Dublin de 1038 à 1046, et qui était lui-même le neveu de Sigtrygg Silkeskjegg Olavsson.

Les Chroniques de Man en revanche font de Godred le fils de Harald le Noir (Harald d'Islande)[5] et signalent qu'il était parmi les survivants de la défaite de Harald III à la bataille de Stamford Bridge, le 25 septembre 1066, et qu'il se réfugia chez son parent Godred Sigtryggsson, alors roi de l'île de Man. Des sources irlandaises indiquent que Godred Sigtryggsson était alors le vassal du roi irlandais de Dublin, Murchad, fils de Diarmait mac Mail na mBo de la dynastie des Uí Cheinnselaigh. Godred et Murchad moururent tous deux en 1070, et le trône de l'île de Man passa au fils de Godred, Fingal Godfredson.

La conquête du pouvoir[modifier | modifier le code]

Suite à la défaite de Stamford Bridge, Godred fut contraint de fuir l'Angleterre et débarqua sur l'île de Man où il entreprit de se créer un réseau solide qui lui permettrait d'expulser Fingal de l'île. mais son ambition ne se limitait pas à la conquête de Man. Il s'empara de Dublin (qui était le siège d'une principauté viking depuis deux siècles) et d'une grande partie du Leinster. Il s'attaqua ensuite aux Écossais, dirigés par Malcolm III, surnommé Malcolm Canmore.

Bataille du Scacafell[modifier | modifier le code]

Le site présumé de la bataille de Skyhill (Scacafell), près de Milntown, dans la paroisse de Lezayre.
"En l'an 1056 [1079], Godred Crovan rassembla plusieurs vaisseaux et vint à Man ; il livra bataille aux habitants mais fut vaincu et contraint de fuir. A nouveau il rassembla une armée et une flotte, vint à Man, affronta les Manxois et fut vaincu. Une troisième fois, il rassembla de nombreux hommes, vint de nuit au port appelé Ramsey, et cacha trois cents hommes dans un bois, sur la pente d'une colline du nom de Scacafell. A l'aube, les hommes de Man s'assemblèrent en ordre de bataille, et, dans une ruée puissante, affrontèrent Godred. Lors de l'assaut, les trois cents hommes cachés surgirent sur le côté des Manxois, les jetant dans la confusion et provoquant leur fuite."
Chroniques de Man, 1079, trad. Wikipedia.

Selon les Chroniques de Man, en 1079, Godred envahit à trois reprises l'île de Man. En 1087, selon les Annales d'Ulster, les "petits-fils de Ragnall" furent tués lors d'une expédition sur l'île de Man. Selon les Chroniques de Man et les sources irlandaises le confirment, Godred prit ensuite Dublin, en 1091[6]. En 1094, Godred fut expulsé de Dublin par Muircheartach Ua Briain. Il mourut l'année suivante, "de la peste" selon les Annales des quatre maîtres, sur Islay[7]. La tradition situe de manière erronée son tombeau sur l'île de Man.

Godred laissa au moins trois fils : Lagmann, Harald qui perdit la vue du fait de Lagmann en 1099 et n'apparaît dès lors plus dans les annales et Olaf. Le roi de Norvège Magnus Berføtt expulsa Lagman de Man et régna jusqu'en 1103 sur l'île par l'intermédiaire de son fils Sigurd.

Les descendants d'Olaf Ier de Man régnèrent ensuite sur les îles jusqu'à l'avènement de Somerled et de ses fils, et dominèrent l'île jusqu'à la fin du royaume, en 1265 et son annexion par Alexandre III d'Écosse. Seulement dix années plus tard, en 1275, Godfred Magnuson de Man, fils du dernier roi de Man, tenta de reprendre le pouvoir sur l'île.

Héritage[modifier | modifier le code]

Sa tombe[modifier | modifier le code]

Tombe du roi Orry.

La tombe dite du roi Orry (King Orry's Grave) se situe sur la côte est de l'île, au lieu-dit Minorca, une colline au-dessus de Laxey. Elle consiste en un cairn de 12 mètres de long sur 4 mètres de large constitué de pierres colorées. Cette tombe est pourtant très antérieure à l'époque du roi Crovan. On l'estime à la période du Néolithique (4 000 ans av. J.-C.)[8] et serait l'œuvre de populations de fermiers venus peupler l'île de Man depuis la Cumbrie.

Le site a été excavé en 1953-1954. Outre les structures mises au jour, on a retrouvé dans le premier compartiment des tessons d'un bol daté du Néolithique. Des traces d'inhumation ont aussi été mises en évidence[9].

Article détaillé : Préhistoire de l'île de Man.

« La grande route du roi Orry »[modifier | modifier le code]

Godred Crovan jouit d'une grande popularité sur l'île de Man. Il incarne aux yeux de beaucoup le héros celte qui chasse l'envahisseur viking de Man. Selon la tradition, lorsque Crovan débarqua sur l'île en 1079, on lui demanda d'où il venait. Montrant la voie lactée de son doigt, il dit : « Voici la route qui mène à mon pays ». C'est pour cette raison que, en mannois, le mot qui désigne la Voie lactée est raad mooar ree Gorree, c'est-à-dire, littéralement « la grande route du roi Orry »[10].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'historien mannois Langebek voit dans le nom Crovan l'origine de plusieurs noms irlandais : « Ad haec cognomen Crovan idiotismum Hiberniae prodere videtur ; ibi enim homines cognominatos Conellan, Callean, Brogan, &c, invenimus », cité in The History of Ireland; Commencing with Its Earliest Period, to the Great Expedition Against Scotland in 1545, Thomas Moore, 1883.
  2. a et b (en) R. H. Kinvig, M. A., A History of the Isle of Man, University Press of Liverpool, Eaton Press Ltd, Liverpool, 1950, p. 51.
  3. Annales d'Ulster U1095.11
  4. Annales de Tigernach T1095.6
  5. Jean Renaud considère que le mot "Ysland" qui se trouve dans le texte est peut être une erreur de scribe et qu'il faut lire ""Islay"" où le roi fut d'ailleurs inhumé
  6. Annales de Tigernach: AT 1091.5.Donc sans doute après la mort de Donnchad mac Domnall Remuir, roi de Leinster et des "Étrangers" tué par Conchobor ua Conchobuir Failge en 1089 selon le Chronicon Scotorum CS 1089
  7. History of the Western Highlands and Isles of Scotland, Donald Gregory, 1836, p. 5, 6.
  8. Voir aussi (en) IOM Guide King Orry's Grave.
  9. (en) Prehistoric Sites in the Isle of Man, Manx National Heritage, Douglas, éd. rév. 2005, p. 22.
  10. King Orry's road, isle-of-man.com.

Références[modifier | modifier le code]

  • Jean Renaud, Les Vikings et les Celtes Ouest France Université Rennes (1992) (ISBN 2737309018).
  • (en) An Account of the Past and Present State of the Isle of Man, George Woods, 1811.
  • (en) The History of the Western Highlands and Isles of Scotland, from A.D. 1493 to A.D. 1625, Donald Gregory, 1836.
  • (en) The History of Ireland; Commencing with Its Earliest Period, to the Great Expedition Against Scotland in 1545, Thomas Moore, 1883.
  • (en) From King Orry to Queen Victoria. A Short and Concise History of the Isle of Man, Edward Callow, 1899.
  • (en) Mike Ashley, The Mammoth Book of British Kings & Queens (England, Scotland and Wales), Robinson (Londres 1998) (ISBN 1841190969) « Godred Crovan (White Hands) » p. 425-426.

Voir aussi[modifier | modifier le code]