Implant mammaire
Un implant mammaire est une prothèse utilisée en chirurgie plastique pour augmenter le volume d'un sein ou pour reconstruire un sein (par exemple après une mastectomie).
Sommaire |
Histoire [modifier]
Depuis la fin du XIXe siècle, les implants mammaires sont posés au cours d'interventions chirurgicales afin d'augmenter la taille (volume), modifier la forme (contour) ou améliorer la sensation (tact) de la poitrine d'une femme. la première pose étant attestée au moins depuis 1865[1].
En 1895, le chirurgien Vincenz Czerny publie la première description de la pose d'un implant mammaire qu'il avait effectué, en déplaçant un lipome bénin lombaire pour "éviter l'asymétrie" après avoir éliminé une tumeur du sein chez la patiente. Cette technique est vite abandonnée car l'autotransplant graisseux est source de complications fréquentes[2]. En 1889, le chirurgien autrichien Robert Gersuny (en) expérimente une augmentation mammaire avec des injections de paraffine, ce qui entraîne des réactions d'inflammation désastreuses. Dès la première moitié du XXe siècle, les médecins emploient des implants mammaires en injectant directement différents corps étrangers naturels non encapsulés (paraffine le plus fréquemment, huile végétale, silicones liquides qui en diffusant dans les tissus provoquent des inflammations responsables de fibrose, nécrose, nodules pouvant se fistuliser à la peau) puis à partir des années 1950 des corps synthétiques sous forme de prothèses « ouvertes » (ivoire, billes de verre, caoutchouc broyé, cartilage de bœuf, laine et tergal, Etheron (polyester), Ivalon (alcool polyvinylique) possédant une structure d’une éponge, gutta-percha) toujours sources d'inflammations ou de prothèses « fermées » (polystan, dérivé du polyéthylène, sous forme de bandelettes enfermées dans une enveloppe en 1959), technique abandonnée car l'extraction est difficile[3]. La première utilisation probable de la silicone se fait au Japon et date du début de l'après-Seconde Guerre mondiale : les prostituées japonaises se seraient directement injecté de la silicone liquide industrielle dans les seins afin de plaire aux GI américains, la technique devenant populaire et se diffusant aux États-Unis[4].
Des plasticiens de Houston, Thomas Cronin (qui a l’idée d’un sac en silicone en voyant en salle d’opération une poche de sang) et Frank Gerow, développent la première prothèse mammaire en silicone encapsulé avec la collaboration de la Dow Corning Corporation en 1961. La première pose de ce type d'implant remonte à 1962 et connaît un grand succès, le gel de silicone résistant au choc et donnant au sein une consistance naturelle. L'implant est alors constitué par une enveloppe de silicone remplie d'un gel épais et visqueux de silicone. En 1965, la société française Laboratoires Arion développe et fabrique, grâce au chirurgien français Henri Arion, le premier implant gonflable constitué d'une poche en élastomère de silicone remplie, après l'introduction du ballon dans la poitrine, de sérum physiologique[5].
En 1992, des femmes américaines portent plainte par rapport à des fuites suite à des ruptures d'implants en silicone, les considérant responsables de leurs cancers, lupus. La FDA décide d'interdire ces prothèses le temps de réaliser une étude épidémiologique (mesure d'interdiction en France en 1995 puis réintroduction en 2001 suite à l'étude négative de la FDA), elles sont remplacées par la prothèse de sérum physiologique d'Henri Arion qui ont l'avantage de provoquer peu de réactions inflammatoires (coques dues à la rétractation), transparentes aux rayons X donc facilement surveillables et inoffensives en cas de rupture, leur inconvénient étant une consistance moins naturelle (présence de plis) et une durée de vie limitée (en moyenne 7 à 8 ans contre 12 à 15 ans pour ceux en silicone), aussi différents produits de remplissage tels que le gel de soja et l'hydrogel sont testés et utilisés[6]
Depuis lors, les spécialistes ont cherché à parfaire ces implants en augmentant leur durée de vie, en améliorant la sensation qu'ils engendrent et en stimulant moins le tissu fibreux au niveau des capsules. Les capsules tendent à rendre l'implant mammaire plus dur, à le tordre et le rendre moins naturel ; ceci peut provoquer des douleurs.
Les bactéries, la silicone qui s'effrite et le temps sont les facteurs principaux de formation de capsules. Les implants remplis de solution physiologique peuvent également former des capsules. Les taux de formation des capsules a diminué avec les derniers implants. Ces derniers sont texturisés, leurs coquilles sont plus épaisses et fuient moins, et leur gel a davantage de « cohésion ».
-
Vue en coupe d'un sein avec implant mammaire rétro-pectoral
Composition [modifier]
Il existe différents types d'implants mammaires, selon leur composition :
- enveloppe en silicone remplie de solution physiologique ;
- enveloppe en silicone remplie de gel ;
- volume de polypropylène. Permettant des volumes extrêmes et développés par le docteur Gerald W. Johnson, ils sont utilisés dans l'industrie pornographique.
Voies d'abord des augmentations mammaires [modifier]
La voie d'abord est l'incision que va utiliser le chirurgien esthétique pour insérer l'implant. En France, trois incisions sont utilisées pour la mise en place des prothèses[7] :
- la voie d'abord périaréolaire qui laisse une cicatrice autour de l'aréole ;
- la voie sous mammaire qui laisse un cicatrice dans le sillon sous mammaire ;
- la voie axillaire qui laisse une cicatrice dans l'aisselle et aucune cicatrice sur le sein.
Forme des implants mammaires [modifier]
De nos jours, il existe différentes formes d'implants mammaires à discuter à partir des éléments de l'anatomie initiale du sein et de la forme de la poitrine désirée[8] :
- les implants ronds avec des niveaux de remplissage différents (profil bas, moyen ou haut), placés en position rétro-glandulaire ou rétro-musculaire et qui remplissent plus le décolleté dans les volumes importants ou profil haut ;
- les implants anatomiques ou profilés, dits en goutte d’eau, placés partiellement derrière le muscle et utilisés initialement en reconstruction mammaire, trouvent une indication en esthétique pour limiter le bombé du sein dans les volumes importants ou quand la poitrine s'est modifiée suite à une grossesse ou un allaitement ;
- les implants asymétriques qui ont une forme adaptée pour chaque côté, sont placés en position rétro-glandulaire et qui sont dessinés en fonction de la forme du thorax.
Risque et controverse [modifier]
Aux États-Unis, l'utilisation d'implants remplis de gel de silicone a été restreinte en 1992 par la Food and Drug Administration (FDA) à cause d'un souci croissant sur l'impact de tels implants sur la santé. Plus d'un million de femmes portaient des implants à l'heure de l'interdiction, et le litige en résultant mena les fabricants à s'accorder sur une indemnisation de 4,25 milliards de dollars américains. La question sur l'importance du risque lié à ces implants a été débattue au sein de la communauté scientifique.
On a largement discuté des risques sanitaires liés aux implants mammaires depuis l'an 2000. Comme pour toute chirurgie la pose de prothèses mammaires comporte des risques : l'asymétrie, la rupture, l'explosion, l'infection ou le durcissement des implants, compensés par la satisfaction des patientes.
Par ailleurs, il semblerait qu'il n'y ait pas de contre-indication quant à l'allaitement pour une femme portant des implants. Une femme qui n'a pas à l'origine beaucoup de glandes mammaires et qui se fait poser des prothèses aura le plus souvent moins de lait qu'une femme avec une poitrine naturelle. La position rétro pectoral de l'implant a l'avantage de ne pas gêner la formation de lait par les canaux galactophoriques du sein.
Le sein est généralement une zone érogène, il n'y aurait pas de différence significative dans la sensibilité de l'aréole et du téton après la pose des implants.
Le 22 décembre 2000, l'Afssaps décide de suspendre la mise sur le marché et l’utilisation des prothèses mammaires internes pour la grande majorité des fabricants de prothèses.
Le 31 juillet 2001, l'Afssaps lève cette interdiction pour la grande majorité des entreprises concernées incluant les laboratoires Laboratoires Arion, Sebbin, Eurosilicone et PIP
Selon l'Association des chirurgiens-plasticiens américains, l'augmentation du volume des seins est l'opération de chirurgie esthétique la plus pratiquée sur les femmes aux États-Unis. En 2002, 236 888 femmes ont subi cette opération, toujours aux États-Unis. Selon le National Institute for Women, une femme opérée sur quatre doit refaire de la chirurgie dans les cinq ans pour corriger des problèmes au niveau des implants.
Suite aux impacts sur la santé, les implants mammaires ont soulevé une polémique de société. Certaines femmes voient dans cette pratique une manière de contrôler leur corps selon leur volonté, d'autres la voient comme un assujettissement volontaire du corps aux désirs sexuels masculins et comme un pas en arrière pour l'émancipation des femmes.
En 2005, les implants mammaires en gel de silicone ont été réintroduits aux États-Unis (alors qu'ils n'avaient pas disparu ailleurs) après avoir été à tort incriminés dans l'apparition de maladies rhumatismales. La FDA a de nouveau autorisé leur production.
En 2011, le scandale des prothèses PIP révèle le risque potentiel d'implants de mauvaise qualité, avec plusieurs décès attribués à la fraude organisée par le directeur de l'entreprise, Jean-Claude Mas.
Malgré cette polémique, les implants mammaires semblent de plus en plus tolérés et répandus dans la plupart des pays occidentaux.
Voir aussi [modifier]
La prothèse mammaire externe en gel de silicone suite à un cancer du sein, s'adapte à des lingeries adaptées et des maillots de bain, avant une opération de chirurgie plastique mammaire (implant mammaire).
Notes et références [modifier]
- Julien Glicenstein, « Histoire de l’augmentation mammaire », Annales de Chirurgie Plastique Esthétique, vol. 38, 1993, p. 647-55
- (de) Vincenz Czerny, « Plastischer Ersatz der Brusthus durch ein Lipoma », Zentralblatt fur Chirurgie, vol. 27, 1895, p. 72
- Nathalie Bricout, « Implants mammaires et silicones », Mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie, vol. 9, no 1, 2010, p. 36-42 [texte intégral]
- (en)Breast Implants Timeline
- (en) W Grant Stevens, Elliot M. Hirsch, David A. Stoker et Robert Cohen, « In Vitro Deflation of Prefilled Saline Breast Implants », Plastic and Reconstructive Surgery, vol. 118, no 2, 2006, p. 347-349 [lien DOI]
- « Implants mammaires : toute une histoire », émission Le Magazine de la Santé sur France 5, 4 septembre 2012
- (en) S. David, T. Balaguer, P. Baqué, F. De Peretti, M. Valla, E. Lebreton, B. Chignon-Sicard « The anatomy of the pectoral nerves and its significance in breast augmentation, axillary dissection and pectoral muscle flaps » Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery 2012 Sep;65(9):1193-8. (DOI:10.1016/j.bjps.2012.03.032) PMID 22534124
- Les implants mammaires