Charte du Manden

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La Charte du Mandén, proclamée à Kouroukan Fouga *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Pays * Mali Mali
Région * Afrique
Liste Liste représentative
Fiche 00290
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO

La charte du Manden ou charte du Mandé[1], charte de Kouroukan Fouga , ou encore, en langue malinké, Manden Kalikan, est un texte oral, contemporain du règne du premier souverain Soundiata Keita qui vécut de 1190 à 1255. Il aurait été solennellement proclamée le jour de l'intronisation de Soundiata Keïta comme empereur du Mali à la fin de l'année 1236. Il n'en existerait pas de trace écrite antérieure aux années 1960. La Charte qui est décrite ci-dessous provient des travaux de Wa Kamissoko, menés dans les années 1970.

Au même titre que la Magna Carta éditée en 1215 en Angleterre, ce texte est considéré comme l'une des plus anciennes références concernant les Droits fondamentaux. Pour cette raison, il est inscrit depuis 2009 par l'UNESCO au patrimoine immatériel de l'Humanité. Cette reconnaissance confirme la valeur juridique et la portée universelle de la Charte du Mandé.

Origine[modifier | modifier le code]

Œuvre de lettrés, ce texte en forme de serment nous est connu sous forme de deux versions, l'une datée de 1222 et comportant sept chapitres, l'autre datée 1236 et comportant quarante-quatre articles. Ces deux versions ont été retranscrites à partir de travaux conduits depuis les années 1960 auprès des dépositaires de la mémoire africaine appartenant en particulier à la confrérie des chasseurs.

Contenu de la Charte[modifier | modifier le code]

Après un préambule « à l'adresse des douze parties du Monde et au nom du Mandé tout entier » avec une vocation universelle, la charte mentionne sept paroles, qui sont autant d'entêtes d'articles de la charte :

  • le droit à la vie, les principes d'égalité et de non-discrimination sont déclarés : « Une vie n'est pas plus ancienne ni plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une autre vie n'est pas supérieure à une autre vie »
  • « Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable
  • « Le tort demande réparation »
  • « Pratique l'entraide »
  • « Veille sur la patrie »
  • « La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose.»
  • « La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre; personne ne sera non plus battu au Mandé, a fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave
  • Le principe moderne de liberté est ainsi énoncé : « Chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa Patrie. »

On trouve donc dans cette charte le respect de la vie humaine, la liberté individuelle, la justice et l'équité, la solidarité. En prenant le parti de lutter contre ce qui lui apparait comme la racine des conflits, l'esclavage, elle identifie la violence des situations comme précédant la violence de la guerre. L'esclavage était devenu courant en Afrique de l'Ouest. Selon les transcripteurs de la charte du Manden l'abolition de l'esclavage fut une œuvre maîtresse de Soundiata Keïta et de l'Empire du Mali.

Patrimoine culturel national[modifier | modifier le code]

Le , le gouvernement malien a adopté en Conseil des ministres un projet de décret portant classement dans le patrimoine culturel national de la Charte du Manden[2].

Controverse sur cette charte[modifier | modifier le code]

Le contenu exact de cette charte est contesté, notamment par les universitaires Jean-Louis Amselle et Francis Simonis, parce qu'il n'y a pas de traces écrites de cette déclaration. On a pu dire à propos de l'épopée de Soundiata :

« Le schéma idéologique mis en place répond à la situation dominante de ceux qui l'ont construit et vise à consolider celle-ci. Ce modèle qui donne de l'organisation sociale une image simplifiée répartit les hommes en trois catégories : les hôôrôn (hommes libres) spécialistes du pouvoir, de la guerre et de la production, les nyamakala (gens dits de caste inférieure) à qui la société délègue le soin de la sauvegarde et de l'enseignement de l'histoire, et les jôn (esclaves) aux rôles multiples. […] Le schéma que nous évoquons ici reflète avant toutes les structures globales d'une société guerrière et dissimule les tensions entre les trois catégories sociales, sous couvert d'un échange équilibré de services mutuels. De plus, il justifie, par l'accomplissement de ces services, les inégalités de fait, l'oisiveté et l'opulence des tenants du pouvoir et des nyamakala leurs alliés, les obligations de labeur qui pèsent sur les jôn et l'exploitation dont ces derniers sont l'objet. Enfin ce reflet idéologique rassure dans la mesure où il vise à stabiliser les structures dont il montre l'image dans l'intérêt des élites qui occupent leur sommet. Cette idéologie de la société, qui est en effet résolument conservatrice, conçoit les divisions dont elle décrit l'ajustement comme des «ordres», c'est-à-dire des groupes considérés comme immuables, délimités par des frontières difficiles à franchir[3]. »

L'état de la société décrit dans la Geste de Sundjata contredit fortement le texte de la charte. À cet égard, la charte de Kurukanfuga, parfois assimilée à celle de Manden, et qui daterait de 1236, telle que retranscrite par le CELTHO, (Center of Linguistic and Historical Studies by the Oral tradition) en 1998 ne mentionne pas l'abolition de l'esclavage mais seulement dans son article 20 l'obligation pour les maîtres de se comporter humainement[4]. La charte du Manden fait l'objet d'un intérêt marqué en Afrique de l'Ouest et en particulier au Mali[5]. Son ancienneté prétendue en fait un argument localement fort pour lutter contre l'esclavage[6]. D'un point de vue historique elle soulève de nombreuses questions, à commencer par celle de la fiabilité des sources orales, de leur reconstruction et de leur réinterprétation durant l'histoire[7].

Il convient toutefois de relativiser ces controverses, car la spécificité de la tradition orale en Afrique, les conditions de sa transmission et de sa fiabilité doivent être évaluées selon un mode opératoire spécifique à l'historiographie africaine. Elle ne peut être dévaluée par rapport au mode écrit de l'information historique si répandu dans l'Histoire moderne ou contemporaine de l'Europe de l'Ouest.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, traduction Youssouf Tata et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Albin Michel 2003
  2. « Communiqué du Conseil des ministres du mercredi 16 mars 2011 »,‎ 16 mars 2011
  3. Seydou Camara, « La tradition orale en question », Cahiers d'études africaines, n°144, 1996, p. 785. [lire en ligne]
  4. [1] et [2]
  5. maliweb.net :: Charte du Manden ou de Kurukanfuga : Le ministère de la Culture ouvre le débat
  6. PDF/Full%20English%20Slavery%20in%20Niger.pdf
  7. Voir ainsi à propos de l'épopée de Soundiata, Seydou Camara, "La tradition orale en question", Cahiers d'études africaines, 144, 1996, p. 775 : "Au fur et à mesure que le texte était véhiculé par les nyamakala, il se transformait selon les intérêts de chacun".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • CELTHO (collectif), La Charte de Kurukan Fuga. Aux sources d'une pensée politique en Afrique, Paris, L’Harmattan / Conakry (Guinée), Société africaine d’édition et de communication, 2008.
  • Youssouf Tata Cissé, Wa Kamissoko, La grande geste du Mali - Des origines a la fondation de l'empire- Karthala - Hommes et Sociétés - Civilisation
  • Youssouf Tata Cissé, Wa Kamissoko, Soundjata, la gloire du mali - Karthala - Hommes et Sociétés - Histoire
  • Aboubacar Fofana; La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, calligraphies de Aboubacar Fofana, traduction de Youssouf Tata Cissé, Les Carnets du calligraphe, éditions Albin Michel, 2003. (ISBN 222613736X)
  • Éric Jolly, « L’épopée en contexte Variantes et usages politiques de deux récits épiques (Mali/Guinée) », dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/4, p. 885-912.
  • Djibril Tamsir Niane, « Recherches sur l'Empire du Mali au Moyen Âge », article dans Recherches africaines, n°1, janvier 1959 p. 6-56. [lire en ligne] (Sur Guinee.net.) (L'article ne mentionne pas que la tradition ait transmis de façon précise les principes fondateurs de l'empire mandingue.
  • Francis Simonis L'âme de l'Afrique - Epopée, contes et légendes Le Point Références, Novembre-décembre 2012, pages 70 et 71.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]