Chapelle Notre-Dame de Heigne

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Chapelle Notre-Dame de Heigne
Image illustrative de l'article Chapelle Notre-Dame de Heigne
Présentation
Culte Catholique romain
Type Chapelle
Rattachement Diocèse de Tournai
Début de la construction XIIe siècle
Style dominant Roman
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1941, no 52011-CLT-0012-01)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Département Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Commune Charleroi
Coordonnées 50° 26′ 46″ N 4° 24′ 22″ E / 50.446019, 4.40602250° 26′ 46″ Nord 4° 24′ 22″ Est / 50.446019, 4.406022  

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Chapelle Notre-Dame de Heigne

La chapelle Notre-Dame de Heigne est un édifice religieux classé de style roman, datant du XIIe siècle et situé à Jumet, section de la ville belge de Charleroi, dans la province de Hainaut. Attachée à l'ancien prieuré de Heigne relevant jadis de l'abbaye de Lobbes, elle est dénommée église de Heigne dans les textes anciens.

Généralités[modifier | modifier le code]

Cette chapelle nous apporte un témoignage du passé historique de Jumet Heigne et de la région tout entière. Elle est une œuvre d'art roman dont il ne reste que peu d'exemples dans la région de Charleroi. Le texte le plus ancien citant une église à Heigne date de 1201 et le cardinal de Vitry nous raconte dans la Vie de la bienheureuse Marie d'Oignies († 23 juin 1213) que la sainte se rendait presque chaque année en pèlerinage à Ste Marie de Heigne [1],[2].

La date de sa construction n'est pas connue avec précision, cependant le style que l'on trouve à l'intérieur peut faire penser au XIIe siècle. Heigne, à cette époque Hunia Castellum, est un lieu de pèlerinage relativement important. Une véritable vénération à la Vierge de Heigne, parfois appelée la Vierge aux cailloux, fait que, très tôt, un petit sanctuaire y est construit. La vénération de la Vierge prenant de d'ampleur, l'ancien sanctuaire devient trop petit. Ce sont probablement les moines de Lobbes qui construisent une église en remplacement de l'ancien sanctuaire, qui était vraisemblablement en bois[3].

En 1231, dans le cadre d'un essor religieux significatif, l'église de Heigne est séparée de l'église paroissiale et donnée à l'abbaye de Lobbes par Jean d'Eppes, prince-évêque de Liège. Thomas, abbé de Lobbes de 1228 à 1246, y place deux de ses religieux pour les servir[2],[4].

C'est à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle qu'un incendie ravage l'édifice qui doit être amputé de sa tour et de la moitié de sa nef. Les moines de Lobbes n'ayant guère les moyens, la reconstruction dure un temps considérable. Le fait que la vénération de Notre-Dame de Heigne tombe en désuétude ne va pas accélérer le travail. Le chœur est seulement reconstruit au XVIIe siècle.

La Révolution française, suivie de la fuite des moines, va mettre un terme à l'église de Heigne. Les moines cèdent l'église et le prieuré à la commune de Jumet, qui les vend au maître-verrier Antoine Houtart : l'église désaffectée devient un magasin de verre et une verrerie est construite derrière celle-ci.

Néanmoins, le culte reprend au début du XIXe siècle. Marie-Antoinette Houtart rend officiellement l'église au culte, mais celle-ci perd son titre d'église de Heigne pour devenir chapelle de Heigne, annexe de l'église de Jumet Chef-Lieu.

Le 24 février 1941, la chapelle Notre-Dame de Heigne obtient le statut de monument classé[3].

Témoins remarquables[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Édifice en moellons de grès et calcaire sous bâtière d'ardoises. Les fouilles et l'importante restauration menées en 1937-1938 par l'architecte Simon Brigode dégagent les témoins de la structure originale appartenant à la fin du XIIe siècle.

À l'origine, l'ensemble était composé d'une nef de six travées, avec alternance de piliers et de colonnes, flanquée de bas-côtés et suivie d'un chœur à chevet plat. Une tour de façade épaulée de deux tourelles d'escalier complétait l'édifice à l'ouest.

Au début du XIIIe siècle, l'église est agrandie : les bas-côtés sont prolongés vers l'est, englobant le chœur primitif dont les murs extérieurs sont percés. Un nouveau chœur probablement terminé en abside est également construit.

À l'extrême fin du XVIe siècle voire au tout début du XVIIe siècle, les bas-côtés sont supprimés, sauf au niveau du transept dont les bras sont dès lors affirmés, et l'église est réduite de la moitié de sa longueur. Un chœur à trois pans est élevé en 1618 par Dom Matthieu Behault, prieur de Heigne.

L'édifice actuel se présente donc comme une chapelle de dimensions réduites, nettement moins importante que le sanctuaire roman des XIIe et XIIIe siècles.

Façade élevée vers 1600 en moellons de grès, harpée aux angles et montée sur un haut soubassement chanfreiné. Porte du XIXe siècle à encadrement de calcaire mouluré, montants monolithes et linteau droit sous corniche, surmontée d'une fenêtre tardive dessinée en plein cintre. Clocheton frontal recouvert d'ardoises, de la fin du XIXe siècle.

Nef romane comptant trois travées et conservant, principalement sur la face nord, des traces d'arcades, d'arcs de décharge et de piliers rappelant l'existence des anciens bas-côtés. Reconstituées en 1938, trois petites fenêtres étroites en plein cintre s'insèrent dans le parement bouleversé.

Bras du transept alignant chacun deux fenêtres percées à la fin de XVIe siècle fortement restaurées : encadrement de calcaire creusé d'une gorge, arc brisé et montants à longues harpes. Au nord, sous la première baie, traces d'une porte basse murée. À l'opposé, une porte basse plus tardive, à encadrement de calcaire ourlé d'un double listel et linteau droit, et une niche en plein cintre réinsérée, portant autrefois le millésime 1571.

Bâti en 1618, chœur à trois pans épaulé de courts contreforts, aveugle dans l'axe et dans la travée droite. Fenêtres en tiers-point à double encadrement de moellons de grès et harpes calcaires. Modillons de pierre sous la corniche.

De part et d'autre, dans l'angle avec le transept, annexes basses sous bâtières indépendantes, construites à une époque indéterminée, mais probablement tardive (XIXe siècle ou XXe siècle ? ), celle du nord plus élevée et à angle biaisé. Chacune éclairée d'une fenêtre à arc brisé et montants chaînés de calcaire.

Intérieur restauré, affirmant les murs de moellons bruts et dégageant les trois arcades romanes de la nef, retombant alternativement sur pilier et colonne. Voûtes du XVIIIe siècle couvrant la nef et la croisée du transept ; celle de la nef séparée par un arc-doubleau, masquant partiellement les fenêtres d'étage romanes aujourd'hui murées. Chœur et bras du transept coiffés de fausses voûtes en lattis de la seconde moitié du XIXe siècle [5].

Statuaire[modifier | modifier le code]

La chapelle possède une statuette en laiton dite de la "Vierge aux cailloux", de 33 cm de hauteur, dont la réalisation est située vers 1510 (sur base de critères stylistiques), formellement très proche de la "Vierge à l'enfant" ornant le remarquable chandelier pascal[6] de l'abbaye de Rochefort [7].

La Vierge, debout, tient dans ses bras l'Enfant Jésus qui serre dans ses deux mains une pomme tandis que la Vierge elle-même tient un fruit semblable. Ces pommes ont sans doute été mal identifiées par les fidèles, d'où le nom de "Vierge aux cailloux"[8].

Travaux d'entretien et de restauration[modifier | modifier le code]

  • En 1859, restauration de l'église, entre autres la charpente et le clocheton, resté en place jusqu'en 1976. Le financement est assumé par Marie-Antoinette Houtart.
  • En 1891, lors de la rénovation du pavement de la chapelle, découverte de pierres tombales d'anciens prieurs de Heigne.
  • En 1907, remplacement du plâtre des murs et des voûtes.
  • En 1937, les murs sont décapés, les arcades et les colonnes sont remis à neuf par l'emploi de moellons ferrugineux et calcareux pour les murs, du grès rose pour les piliers, arcades, piedroits des fenêtres et du transept.
  • En 1976, remplacement du clocheton de 1859.

La chapelle de Notre-Dame de Heigne et la Madeleine[modifier | modifier le code]

La chapelle Notre-Dame de Heigne joue un rôle primordial dans le Tour de la Madeleine. En effet, c'est par la messe des pèlerins célébrée le dimanche matin que le tour commence, et c'est par un passage dans la chapelle qu'il se termine.

Le lendemain, lundi de Madeleine, c'est dans la chapelle qu'est célébrée la messe militaire et l'offrande de tous les groupes.

Enfin, c'est à la chapelle qu'a lieu la dernière vénération à la relique de Sainte Marie Madeleine le jeudi soir lors de la retraite aux flambeaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Brigode, Heigne-sous-Jumet. Histoire-Archéologie-Folklore, t. XLIII, Charleroi, D.R.A.P.C.,‎ 1938, p. 134-135
  2. a et b Christian Draguet, Le ballon de Fleurus : Itinéraire des aérostiers en juin 1794, Montigny-le-Tilleul, Éditions Scaillet,‎ 1994, 176 p., p. 155
  3. a et b « Chapelle Notre-Dame de HEIGNE - XIIème siècle » (consulté le 14 janvier 2011)
  4. Théophile Lejeune, L'ancienne abbaye de Lobbes, vol. Annales, t. II, Mons, Cercle archéologique de Mons,‎ 1859, 83 p., p. 65
  5. Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga,‎ 1994, 602 p., p. 132-134
  6. Conservé aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles. Inv. n°2953.
  7. Toussaint et Balace 2014, p. 232-233
  8. Brigode 1938, p. 8-9

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga,‎ 1994, 602 p. (ISBN 2-87009-588-0), p. 132-134
  • Simon Brigode, « Notes sur quelques sculptures anciennes conservées à Jumet », Bulletin de la Société royale d'archéologie et de paléontologie de Charleroi,‎ 1936, p. 6-10
  • Simon Brigode, Heigne-sous-Jumet. Histoire-Archéologie-Folklore, t. XLIII, Charleroi, D.R.A.P.C.,‎ 1938, 72 p.
  • Simon Brigode, « L'architecture religieuse dans le sud-ouest de la Belgique : Jumet - Ancienne église Notre-Dame de Heigne », Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, Bruxelles, Commission royale des Monuments et des Sites, vol. I,‎ 1949, p. 191-198 (lire en ligne [PDF])
  • Christian Draguet, Le ballon de Fleurus : Itinéraire des aérostiers en juin 1794, Montigny-le-Tilleul, Éditions Scaillet,‎ 1994, 176 p.
  • Théophile Lejeune, L'ancienne abbaye de Lobbes, vol. Annales, t. II, Mons, Cercle archéologique de Mons,‎ 1859, 83 p.
  • Jacques Toussaint et Sophie Balace, Curvata resurgo : Le chandelier pascal de l'abbaye de Rochefort, t. §10, Namur, Jacques Toussaint,‎ 2014, 344 p. (ISBN 978-2-87502-049-9), p. 231-233
  • Valérie Orban, Julien Maquet (dir.) et Fabrice Dor (photo), « L'église Notre-Dame de Heigne », dans Le patrimoine médiéval wallon, Namur, Institut du patrimoine wallon,‎ 2005, 632 p. (ISBN 2-9600421-2-3), p. 95-96