Italo Calvino

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Italo Calvino

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Activités Romancier
Naissance 15 octobre 1923
Santiago de Las Vegas, Cuba
Décès 19 septembre 1985 (à 61 ans)
Sienne, Italie
Langue d'écriture Italien
Mouvement Néoréalisme
Genres Roman, nouvelle

Italo Calvino est un écrivain italien et un philosophe du XXe siècle, né à Santiago de Las Vegas (Cuba) le 15 octobre 1923 et mort à Sienne (Italie) le 19 septembre 1985.

Calvino est à la fois un théoricien de la littérature, un écrivain réaliste, mais aussi et surtout — pour le grand public — un fabuliste plein d'humour : sa production très riche fait de lui l'un des plus grands écrivains italiens de la période moderne.

D'abord attiré par la veine néoréaliste de l'après-guerre italienne, Calvino s'oriente ensuite vers la littérature populaire, en particulier vers l'univers de la fable, et devient membre de l'Oulipo[1]. Dans la trilogie Nos ancêtres qui comprend Le Vicomte pourfendu (1952), Le Baron perché (1957) et Le Chevalier inexistant (1959), il exploite la veine fantastique en mêlant le cadre de la fable et l'allégorique. Il en ressort une morale qui est d’abord une invitation à la nuance, avec même un certain pessimisme dans le dernier roman. Le romancier continue d'ailleurs à traiter dans ses œuvres de la réalité quotidienne comme dans Marcovaldo, roman en deux parties paru en 1958 et 1963.

Parallèlement à l'écriture littéraire, Italo Calvino a collaboré à divers scénarios pour le cinéma.

Biographie[modifier | modifier le code]

Italo Calvino naît à Cuba où son père Mario (1875-1951), d'origine ligurienne, travaille comme agronome, et sa mère Eva Mameli (it) (1886-1978), native de Sardaigne, est biologiste. En 1925, la famille rentre en Italie alors mussolinienne où le jeune Italo grandit (à San Remo) et reçoit une éducation laïque et antifasciste.

Lorsque la guerre éclate, il interrompt ses études d'agronomie ; en 1943, il rejoint les partisans des brigades Garibaldi. En 1945, il se retrouve à Turin où il collabore avec plusieurs journaux, s'inscrit au parti communiste et entreprend des études de lettres qu'il conclut brillamment par un mémoire de littérature anglaise sur Joseph Conrad. À cette période, il fait la connaissance de Cesare Pavese qui l'encourage à écrire.

En 1947, il publie son premier roman, Le Sentier des nids d'araignées, qui évoque son expérience de résistant. L'œuvre rencontre un certain succès. En 1949 paraît Le Corbeau vient le dernier. Ces deux œuvres naissent dans l'atmosphère néoréaliste mais sont empreintes, la première surtout, d'un style qui se rapproche de la fable. En 1952, sur les conseils de son éditeur, il abandonne sa manière néo-réaliste et se laisse aller à ses penchants pour le conte fantastique, à travers Le Vicomte pourfendu qui formera, avec Le Baron perché et Le Chevalier inexistant, la célèbre trilogie Nos ancêtres, vision allégorique de la condition humaine moderne. Entre 1950 et 1956, il entreprend la compilation et la traduction des Contes populaires italiens à partir de contes folkloriques du XIXe siècle.

Après l'invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques en 1956, Calvino se détourne du parti communiste et, progressivement, de l'engagement politique.

Au début des années 1960, dans deux articles, « La mer de l'objectivité » et « Le défi au labyrinthe », il réfléchit à la situation littéraire internationale et tente de définir sa propre poétique dans un monde de plus en plus complexe et indéchiffrable.

Il publie en 1963 La Journée d'un scrutateur. En 1967[2], il s'installe à Paris où il entre en contact avec les membres de l'Oulipo, dont il devient formellement l'un des membres en 1972. Il rencontre Roland Barthes, Georges Perec, Claude Lévi-Strauss qui ont une certaine influence sur ses écrits[2]. Il rencontre aussi de nombreux universitaires de La Sorbonne et de l'université d'Urbino[2]. Il commence ainsi à se plonger dans les classiques : Honoré de Balzac, Ludovico Ariosto, Dante, Cervantes, Shakespeare, Giacomo Leopardi[2].

Parallèlement, son intérêt pour les sciences naturelles et la sociologie ne cesse de croître. Celles-ci influeront sur son œuvre : Cosmicomics (1965) est un recueil de contes fantastico-scientifiques, qui illustrent une fois de plus son goût pour le fantastique.

En 1964, Calvino se marie et sa fille naît l'année suivante.

Le Château des destins croisés (1969), Les Villes invisibles (1972), Si par une nuit d'hiver un voyageur (1979) appartiennent au « système combinatoire des récits et des destins humains », système à l'aide duquel Calvino — en s'appuyant sur un certain nombre d'éléments (les figures du tarot dans Le Château des destins croisés) — prétendait construire ces récits. Ce « systématisme » traduit l'influence de l'Oulipo et le goût de ses membres pour toutes les formes d'écriture à contraintes[3].

Il meurt en 1985 d'une hémorragie cérébrale, alors qu'il préparait pour l'université de Harvard les Leçons américaines, qui paraissent après sa mort.

L'esthétique de Calvino[modifier | modifier le code]

De Calvino, Roland Barthes disait  :

« Dans l’art de Calvino et dans ce qui transparaît de l’homme en ce qu’il écrit, il y a – employons le mot ancien, c’est un mot du dix-huitième siècle – une sensibilité. On pourrait dire aussi une humanité, je dirais presque une bonté, si le mot n’était pas trop lourd à porter : c’est-à-dire qu’il y a, à tout instant, dans les notations, une ironie qui n’est jamais blessante, jamais agressive, une distance, un sourire, une sympathie. »

L'expérience néo-réaliste[modifier | modifier le code]

Le néoréalisme fut, davantage qu'une école, une façon de ressentir les choses partagée par les jeunes écrivains de l'après-guerre, qui se sentaient dépositaires d'une réalité sociale nouvelle.

Calvino, faisant référence à cette période, déclare qu'après la guerre il avait tenté – sans obtenir de résultat probant – de raconter, à la première personne, son expérience de résistant. C'est seulement après qu'il a adopté un point de vue extérieur, et donc un certain détachement, que son travail lui a donné entière satisfaction. C'est ainsi qu'il conçut Le Sentier des nids d'araignées. En adoptant le point de vue de Pin, le jeune narrateur, il confère un caractère fabuleux, fantastique au récit. Par ce moyen détourné, l'écrivain parvient à parer la réalité des attributs du rêve sans pour autant lui faire perdre sa consistance, tandis que la dimension mythico-fabuleuse évite au récit les lourdeurs de ce qui aurait pu être une œuvre emphatique sur la Résistance.

Ainsi Calvino amorce-t-il un procédé qui lui deviendra propre : alléger la narration afin de rendre l'œuvre – selon le niveau d'interprétation adopté – accessible à tous, y compris aux lecteurs non avertis. Ce choix, motivé au départ par des raisons idéologiques faciles à comprendre, permettra par la suite à Calvino de multiplier les niveaux de lecture de ses œuvres. Même dans Le Corbeau vient le dernier, tout en adhérant à l'esthétique néo-réaliste, Calvino ne peut s'empêcher d'y conserver la veine fabuleuse bien qu'abandonnant cette fois le point de vue de l'enfant.

La période fantastique[modifier | modifier le code]

Calvino a toujours été attiré par la littérature populaire, l'univers de la fable, en particulier. Dans Le Vicomte pourfendu, il exploite la veine fantastique : le cadre est celui de la fable tandis que la narration se fait sur deux niveaux : le plus immédiatement perceptible, le récit fabuleux, mais aussi le niveau allégorique et symbolique qui est très riche, il reprend ainsi le genre du conte philosophique (il développe notamment les thèmes du contraste entre réalité et illusion, idéologie et éthique, etc.). Mais la morale du roman est d’abord une invitation à la nuance, puisqu'il apparaît que la vérité absolue est une chimère.

Les deux autres romans de la trilogie Nos ancêtres obéissent au même principe de fonctionnement. Le héros du Baron perché est un alter ego de Calvino, désormais débarrassé de ses anciennes conceptions et qui ne voit plus la littérature comme porteuse d'un message politique. Le Chevalier inexistant, dernier de la trilogie, est un roman plus sombre, en revanche.

À côté de cette production « fabuleuse », Calvino continue à traiter dans ses œuvres de la réalité quotidienne. À ce cycle appartient Marcovaldo, roman en deux parties. La première (1958) se rapporte davantage à la manière de la fable tandis que la seconde (1963) aborde des thèmes urbains sur un ton qui confine à l’absurde. La même année que ce dernier, paraît La Journée d’un scrutateur dans lequel Calvino raconte la journée électorale d’un militant communiste, scrutateur dans un asile faisant office de bureau de vote, qui est profondément troublé par son contact imprévu avec un monde parfaitement irrationnel.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Littérature et philosophie[modifier | modifier le code]

  • Le Sentier des nids d'araignées (Il Sentiero dei nidi di ragno) (1947)
  • Le Corbeau vient le dernier (Ultimo viene il corvo) (1949)
  • Le Vicomte pourfendu (Il visconte dimezzato) (1952) - (ISBN 2-253-02985-8)
  • Contes italiens (Fiabe italiane) (1956)
  • Le Baron perché (Il barone rampante) (1957) - (ISBN 2-02-055147-0)
  • Le Chevalier inexistant (Il cavaliere inesistente) (1959) - (ISBN 2-02-049046-3)
  • Marcovaldo ou les Saisons à la ville (Marcovaldo ovvero le Stagioni in città) (1963)
  • La Journée d'un scrutateur (La giornata di uno scrutatore) (1963) Prix Veillon
  • La Spéculation immobilière (La speculazione edilizia) (1963)
  • Aventures (Gli amori difficili) (1964)
  • Cosmicomics (Le cosmicomiche) (1965)
  • Temps zéro (Ti con zero) (1968)
  • Les Villes invisibles (Le città invisibili) (1972)
  • Le Château des destins croisés (Il castello dei destini incrociati) (1973)
  • Si par une nuit d'hiver un voyageur (Se una notte d'inverno un viaggiatore) (1979) - (ISBN 2-02-025157-4)
  • Palomar (1983)
  • La Machine littérature (1984)
  • Collection de sable (Collezione di sabbia) (1984)
  • Leçons américaines (Lezioni americane. Sei proposte per il prossimo millennio) (1988)
  • Sous le soleil jaguar (Sotto il sole giaguaro) (1988)
  • La route de San Giovanni (La strada di san Giovanni) (1990)
  • Forêt-Racine Labyrinthe (Seghers) illustré par Bruno Mallart (1991)
  • Pourquoi lire les classiques (Perché leggere i classici) (1991) - (ISBN 2-02-025910-9)
  • Ermite à Paris (Eremita a Parigi) (1994)

Filmographie (scénariste)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En 1967, Calvino « traduit Les Fleurs bleues de Raymond Queneau qu’il fréquente à Paris et qui lui présente d’autres membres de l’Oulipo. » Manganaro, Jean-Paul (2000). Italo Calvino. Paris : Seuil, 7.
  2. a, b, c et d Martin Mac Laughlin : « Italo Calvino », Edinburgh University Press, Édimbourg, 1998, p. 15 (ISBN 0748609178[à vérifier : ISBN invalide])
  3. Sergio Cappello, Les années parisiennes d'Italo Calvino (1964-1980) : Sous le signe de Raymond Queneau, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Jalons »,‎ 2007, 363 p. (ISBN 978-2-84050-525-9)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Biblio-filmographie sur Calvino[modifier | modifier le code]

Italo Calvino lors d'une entrevue à la télévision italienne dans l'émission littéraire Uomini e Libri, en 1958.

Publication[modifier | modifier le code]

  • Philippe Daros, Italo Calvino, Paris, Hachette (coll. « Portraits littéraires »), 1994
  • La plume et le crayon, Aix-en-Provence, 2011. Actes du Colloque sur Italo Calvino de Centre d'études romanes de l'Université de Provence

Films[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]