Économie de fonctionnalité

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L’économie de fonctionnalité est une forme d’économie collaborative qui vise à substituer à la vente d’un bien la vente d’un service ou d’une solution intégrée remplissant les mêmes fonctions que le bien, voire des fonctions élargies, tout en consommant moins de ressources et d’énergie et en créant des externalités environnementales et sociales positives.

Sous certaines conditions, il s'agit donc d'une modalité d'échange revisitée permettant d'intégrer de manière bien plus satisfaisante les enjeux du développement durable à l'activité économique (production et consommation)

C’est la recherche normative de gains environnementaux et/ou sociaux qui distingue l’économie de la fonctionnalité de la servicisation (économie des services) classique[1].

Ainsi, le passage d’un modèle de vente de produits à un modèle de location est une forme de servicisation pouvant ne pas répondre aux caractéristiques de l’économie de la fonctionnalité (c’est d’ailleurs le plus souvent le cas).

Les trajectoires d'évolution vers l'économie de la fonctionnalité[modifier | modifier le code]

Elles semblent répondre à deux tendances ; le « modèle serviciel », et la « solution intégrée » ;

Stade 1 : Le modèle serviciel centré sur l’usage[modifier | modifier le code]

Il désigne le fait de ne plus vendre un bien, mais de le mettre à disposition de ses clients cibles moyennant facturation à l’usage. Ce passage au modèle de service permet d’envisager d’une nouvelle manière le cycle de vie de l’équipement, ainsi que les conditions d’accessibilité à son usage. Les gains environnementaux et sociaux liés à cette approche peuvent relever de deux dimensions : ils peuvent, d’une part, être liés à une organisation circulaire des flux de matières (passage à un modèle relevant de « l’économie circulaire »[2]), ce qui rend avantageux le recours à l’écoconception et à l’éco-efficience ; ils peuvent, d’autre part, conduire à améliorer l’usage et étendre les gains environnementaux aux gains sociaux tant internes qu’externes à l’entreprise.

Exemple 1 : la société Xerox a décidé depuis de nombreuses années déjà de ne plus vendre de photocopieurs mais de les mettre à disposition de leurs clients moyennant une facturation à l’usage. Restant propriétaire des appareils, ces derniers ont été reconçus sur le principe de la démontabilité - réparabilité - récupérabilité de telle sorte que les nouvelles générations de machines sont aujourd’hui composées de 70 à 90 % des composants des anciennes machines. Cela génère d’importants gains environnementaux traduits par d’importants gains financiers (un gain net de plus de $250 millions annuellement)[3].

Exemple 2 : en passant d’un modèle de vente de pneumatiques aux transporteurs routiers professionnels à un modèle de mise à disposition de pneumatiques facturés aux kilomètres parcourus par les camions, Michelin a multiplié par 2,5 la durée de vie des pneus tout en augmentant son chiffre d’affaires et ses bénéfices.

Stade 2 : Le modèle de solution intégrée[modifier | modifier le code]

Il désigne l’offre de solutions qui intègrent des produits et des services de telle manière que le nouveau périmètre d’activité soit en mesure de prendre en charge des externalités environnementales et sociales qui préalablement étaient subies de manière négatives par certaines catégories d’acteurs. C’est le changement de périmètre d’activités et d’acteurs engagés dans la réalisation de « la solution intégrée » qui permet de prendre en charge ces externalités négatives. La dynamique productive engagée a tendance à réduire les ressources matérielles mobilisées et à augmenter les ressources immatérielles. Cette approche de la dynamique économique change le rapport des entreprises aux territoires d’un côté, la dimension humaine du travail de l’autre, en renouvelant l’approche de la coopération. Ce stade 2 est plus prometteur dans sa capacité à prendre en charge des externalités environnementales ou sociales négatives. Cette seconde acception est celle privilégiée par le Club économie de la fonctionnalité et développement durable[4]. Ce club propose ainsi cette définition pour l'économie de la fonctionnalité : "L’économie de la fonctionnalité est la production d’une solution intégrée de produits et de services basée sur la vente d’une performance d’usage, prenant en charge des externalités environnementales et sociales. Elle s’appuie sur deux registres : la mobilisation de ressources immatérielles et les dynamiques de coopération. La solution proposée s’inscrit dans une sphère fonctionnelle et contribue à la faire progresser dans une logique de développement soutenable. La dynamique d’économie de la fonctionnalité pour se pérenniser a besoin que les dispositifs institutionnels d’évaluation, de professionnalisation et d’innovation évoluent. Elle s’appuie sur le patrimoine territorial et contribue à son développement. Elle réinterroge le périmètre d’acteurs et sa gouvernance."[5]

Exemple 1 : Pressentant une pression réglementaire croissante sur les solvants chlorés allant jusqu’à leur interdiction pure et simple compte tenu de leur dangerosité, Dow Chemicals a décidé d’innover en créant la filiale Safechem. En lieu et place de la vente de solvants chlorés, Safechem s’est spécialisé dans la mise à disposition d’une solution intégrée de dégraissage de pièces mécaniques, soit le résultat traditionnellement atteint par l’utilisation des solvants. Cette évolution majeure du business model a permis de passer d’une vente moyenne de 754 kg de solvants par client (avec des émissions s’élevant à 520 kg et des déchets à 233 Kg) à l’utilisation de 4 kg de solvants en moyenne par client (les émissions passant de ce fait à 1 Kg et les déchets à 3 Kg). Cela s’est accompagné de revenus en hausse et d’une meilleure marge financière.

Exemple 2 : Plutôt que de vendre des pesticides, la société Koppert vend une solution intégrée de protection dont la tarification repose sur la surface (en Ha) protégée. Ne liant plus leur revenu à un volume, elle a fortement innové sur les modes de protection doux, dont grâce aux auxiliaires (insectes prédateurs de parasites..). Elle a ainsi pu déployer et monétiser un « service agroécologique » plus durable et plus soutenable pour les cultures et les agriculteurs [6].

Une réponse aux enjeux du développement durable[modifier | modifier le code]

L'économie de la fonctionnalité est un des moyens de réconcilier l'économie et le développement durable, car :

  • Elle a un bénéfice environnemental, social et économique : moindre pollution et moindre consommation de ressources naturelles à service égal ou amélioré, prise en charge d'externalités environnementales ou sociales négatives, création d'externalités environnementales ou sociales positives, gains économiques, impact positif sur la relocalisation de l'emploi.
  • Elle découple - normativement - la génération de revenu de la consommation de ressources et d'énergie.
    Toutefois, si les possibilités de découplage sont réelles, il s'agit ici d'un découplage relatif et non absolu[7].
  • Elle met à mal le principe d'obsolescence programmée. Une économie et des business models d'entreprise fondés sur un volume de produits à vendre, à fortiori dans des économies saturées tirées par les marchés de remplacement, ne valorisent pas les produits qui durent longtemps. Dans un tel contexte, un produit doit durer suffisamment longtemps pour être compétitif face à ses concurrents, mais pas trop car il retarde le rachat de remplacement. Aucun incitant donc à faire durer les produits le plus longtemps possibles.

À l'inverse, par opposition aux principes qui prévalent dans un système consumériste, la vente d'un service sans transfert de propriété du bien rend cette fois vertueux la mise à disposition d'un produit durant longtemps. Lorsque Xerox met ses photocopieurs à disposition de ces clients, ils produisent un revenu tant qu'ils sont chez le client. L'intérêt économique vise cette fois à les faire durer le plus longtemps possible ; De la même manière, lorsque Safechem vend un service de dégraissage de pièces mécaniques, le solvant utilisé pour ces opérations devient un coût qu'il convient de minimiser. L'intérêt économique vise cette fois à limiter au maximum l'utilisation de cet intrant ;

  • c'est une démarche fréquemment intégrée dans les Agenda 21 promus depuis le Sommet de la Terre, mais encore difficile à mettre en œuvre à petite échelle ;
  • Le risque de pénurie d'énergie et de matières premières est désormais reconnu comme avéré, ainsi que d'inévitables augmentations de prix pour les années à venir, incitent les entreprises à en réduire la consommation. L’accroissement considérable des salaires asiatiques a aussi réduit l’attrait des ‘’délocalisations’’. Les entreprises ont tout intérêt à fabriquer des produits durables et évolutifs – assortis de services - dont elles proposeront l’usage au consommateur : la valeur ajoutée sera augmentée par la réduction de la part des ressources matérielles dans l’usage des produits.

Le modèle « économie de fonctionnalité » est maintenant suffisamment conceptualisé et expérimenté pour que les entreprises en deviennent des acteurs ; elles peuvent désormais concilier responsabilité écologique et rentabilité économique.

En France[modifier | modifier le code]

Dans ce pays, l'écofonctionnalité a été notamment promue par Nicolas Hulot dans son pacte écologique, ensuite retenue comme un des sujets du Grenelle de l'environnement à travers un atelier présidé par Dominique Bourg et Jean Martin Folz (chantier 31). Jean-Louis Borloo, le 8 octobre 2008 l'a retenue comme une des solutions préconisées par le Grenelle. Des cabinets conseils et bureaux d'études[8] et des collectivités se saisissent de ces nouveaux concepts, certains y voyant un moyen d'améliorer la compétitivité et les bénéfices des entreprises[9] et d'autres un moyen d'améliorer la soutenabilité des services (avec autolib' ou les vélos en libre service par exemple) ou les deux, avec en plus, la restauration du lien social en plus (ex AMAP[10]).

En 2009, une première action collective d'accompagnement de PME vers l'économie de la fonctionnalité est initiée par le Conseil Régional du Nord-Pas de Calais et animée par ATEMIS[11].

En 2013, des expériences d'accompagnement d'entreprises sont menées à titre expérimental dans trois régions françaises :

  • en Nord-Pas-de-Calais, le réseau Alliances et le Centre des Jeunes Dirigeants de Nord Pas de Calais se sont alliés pour la mise en place d'un dispositif sur l'économie de fonctionnalité auquel 20 entreprises ont participé [12]; La CCI Grand Lille met également en place un dispositif d'accompagnement de PME vers l'économie de la fonctionnalité (animation ATEMIS);
  • en Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Institut Inspire a testé une méthodologie qui s’appelle NOVUS, pour Nouvelles Opportunités Valorisant l’Usage et le Service[13];
  • en Rhône-Alpes, le CIRIDD a lancé le programme pilote " ReliEF " (" Rhône-Alpes : Expérimenter L'Innovation par l'Économie de Fonctionnalité ") avec le soutien de la Région Rhône-alpes. Il vise à accompagner cinq PME de Rhône-Alpes vers l'économie de fonctionnalité[14].

Innovation business model[modifier | modifier le code]

Au niveau de l'entreprise, le passage à l’économie de la fonctionnalité présuppose la mise en place d’un nouveau business model, c’est-à-dire d’une nouvelle architecture de création, de distribution et de capture de la valeur[15]. Cette innovation est donc une innovation stratégique importante nécessitant la pleine adhésion de la direction générale de l’entreprise.

Exemples d'application[modifier | modifier le code]

Par exemple, au lieu d'acheter une automobile, le consommateur achète le service consistant à être transporté, éventuellement dans les meilleures conditions, d'un point à un autre. Le nombre de véhicules, et les coûts (dont frais d'assurance) et pollutions directes ou indirectes peuvent ainsi être réduits et mieux partagés.

Des systèmes de type auto-partage sont conçus dans cet esprit, mais à des échelles ne permettant pas encore l'utilisation de véhicules plus écologiques.

En 2012, le modèle bénéficie d’un certain recul : de nombreux exemples (Michelin, Xerox, Dow Chemicals, Peugeot, Elis, Cofely, …) permettent de constater que les économies de ressources matérielles (énergie et matières premières) sont toujours, au moins, de l’ordre de 30 à 50 %.

Le modèle est d’ailleurs plus présent dans notre quotidien que supposé : dans les stations de lavage de voitures, le client paie l’usage d’une installation qui ne lui appartient pas. Il en est de même dans les laveries automatiques de linge et le téléphone, qu’il soit fixe ou mobile, fonctionne aussi sur ce modèle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

2000

2005

2010

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire un simple passage à une logique servicielle
  2. Voir La Fondation Ellen MacArthur pour de nombreuses ressources sur l'économie circulaire
  3. Voir Christophe Sempels et Marc Vandercammen, Oser le marketing durable, Pearson, 2009 (ISBN 978-2744073571) pour une présentation détaillée de ce cas d'école
  4. Présentation par son site Internet du Club économie de la fonctionnalité et développement durable, animé par ATEMIS, « laboratoire d’intervention et de recherche, crée en 2001, du rapprochement de chercheurs et de consultants », consulté 2013-05-19
  5. source club-economie-fonctionnalite.fr
  6. Voir Christophe Sempels et Jonas Hoffmann, Les business models du futur : créer de la valeur dans un monde aux ressources limitées, Pearson Education, Février 2012 (ISBN 978-2744076138) pour une présentation complète de ce cas
  7. Voir Tim Jackson, Prosperité sans croissance, De Boeck, 2010 (ISBN 978-2804132750) pour une excellente discussion sur ce point
  8. Periculum Minimum, l’économie de fonctionnalité , consulté 2013-06-13
  9. “Le but est d’atteindre ainsi une meilleure compétitivité et une augmentation des revenus des entreprises. » Walter Stahel (2006)
  10. Agora 21 Comprendre l'économie de fonctionnalité par l'exemple, consulté 2013-06-13
  11. Voir trois présentations d'entreprises et le référentiel réalisé à l'issue de cet accompagnement sur le site www.club-economie-fonctionnalite.fr
  12. le dispositif d'accompagnement du Réseau Alliances et du CJD Nord-Pas-de-Calais http://www.mediaterre.org/france/actu,20130103161645.html
  13. Lancement de la phase de test pour la méthode NOVUS http://www.inspire-institut.org/lancement-de-la-phase-de-test-pour-la-methode-novus.html
  14. Accompagner les entreprises vers l'économie de fonctionnalité en Rhône-Alpes http://www.agora21.org/transitions/articles/accompagner-les-entreprises-vers-leconomie-de-fonctionnalite-en-rhone-alpes.html
  15. Voir p.ex. Christophe Sempels et Jonas Hoffmann, Les business models du futur : créer de la valeur dans un monde aux ressources limitées, Pearson Education, Février 2012 (ISBN 978-2744076138)

Liens externes[modifier | modifier le code]