XKeyscore

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XKeyscore est un programme de surveillance de masse créé par la NSA et opéré conjointement avec les services de renseignements britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais[réf. nécessaire][1]. Il permettrait une « collecte quasi-systématique des activités de tout utilisateur sur Internet »[1], grâce à plus de 700 serveurs localisés dans plusieurs dizaines de pays[2],[3],[4].

Logo du programme XKeyscore de la NSA, issu du dossier de présentation du 25 février 2008

Présentation[modifier | modifier le code]

Historique des révélations[modifier | modifier le code]

Le fonctionnement et les capacités du programme XKeyscore ont été révélées successivement en juillet 2013 par les journaux The Sydney Morning Herald[5], Der Spiegel[6],[7], O Globo[8], et The Guardian[1], sur la base des informations communiquées par le lanceur d'alerte Edward Snowden.

Selon le journal O Globo, XKeyscore détecte la nationalité des utilisateurs en analysant la langue utilisée dans les courriels interceptés, et affirme que cette technique a été utilisée pour l'Amérique latine, spécialement en Colombie, en Équateur, au Venezuela et au Mexique[9],[4]. Selon Der Spiegel, XKeyscore a également la possibilité d'importer rétroactivement plusieurs jours de métadonnées échangées, ainsi que le contenu de communications. L'article dresse une liste des termes utilisés dans un moteur de recherche comme un exemple des possibilités d'interception de XKeyscore[10].

Le 31 juillet 2013, le journaliste Glenn Greenwald publie dans le journal The Guardian un article détaillant les fonctionnalités du programme, ainsi qu'un dossier de présentation (32 planches) de la NSA du programme Xkeyscore daté du 25 février 2008[1].

Un programme international[modifier | modifier le code]

Pays participant au traité UKUSA à titre de partenaires principaux (la carte n'inclut pas les pays tiers)
Drapeau de l'Australie Australie
Drapeau du Canada Canada
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande

Plusieurs pays participent au programme XKeyscore, dont les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande[5],[11].

Selon les documents publiés par le journal Der Spiegel et obtenus par Snowden, les agences de renseignements allemandes BND (renseignement étranger) et BfV (renseignement intérieur) ont eu accès à XKeyscore et l'ont utilisé. Dans ces documents, l'agence BND fut décrite par la NSA comme le partenaire le plus prolifique en recherche d'information[10].

En février 2008, selon the Guardian, plus de 700 serveurs XKeyscore étaient déployés dans plus de 150 sites au sein de dizaines de pays, incluant la majeure partie des pays européens, la Chine, l'Inde, le Brésil et la Russie[1].

En Australie, le programme est centré sur quatre bases : Pine Gap près d'Alice Springs, Shoal Bay près de Darwin, ADSCS à Geraldton, HMAS Harman (en) à l'extérieur de Canberra. En Nouvelle-Zélande, un site se trouve au GCSB Waihopai[2].

De nombreuses entreprises privées, principalement américaines, comme L-3 Communications[12], Tasc, Cytech Services, SAIC, Raytheon ou BAE Systems contribuent au développement du programme[7].

Une surveillance de masse des activités des internautes[modifier | modifier le code]

Le programme XKeyscore permet une collecte quasi-systématique des activités de tout utilisateur sur Internet (notamment en interceptant le protocole HTTP) :

  • Les courriels (adresse émettrice, adresses destinataires, date et heure, objet, contenu et pièces jointes)[1].
  • Les activités sur les réseaux sociaux. Avec l'aide d'un outil complémentaire appelé DNI Presenter, les analystes de la NSA sont en mesure de lire les messages privés échangés sur les réseaux sociaux, comme Facebook, par un internaute donné, à partir d'un simple nom d'utilisateur[13].
  • L'historique de navigation d'un utilisateur, des sites visités ou recherches effectuées sur les moteurs de recherche comme Google.
  • Et, d'une manière générale, tout formulaire rempli par l'internaute (contenu, identifiant — et vraisemblabement les mots de passe —)[1].

La NSA est ainsi capable d'intercepter l'ensemble des informations d'une session de navigation sur Internet (adresse Internet des sites visités, paramètres, cookie)[1]. L'agence est également capable d'obtenir les adresses IP de toute personne qui visite un site défini par l'analyste[13].

Les analystes de la NSA peuvent intercepter en temps réel les informations, sauf si la communication est réalisée dans un « tunnel chiffré » (VPN). Dans ce cas, le déchiffrement se fait a posteriori[1] (l'impact du recours à des connexions sécurisées de type SSL n'est pas évoqué).

Cette surveillance de masse est dans le périmètre de Boundless Informant.

Durée d'enregistrement et de consultation des données[modifier | modifier le code]

L'article détaillé publié dans The Guardian, sur la base des informations datant de 2008, affirme que XKeyscore collecte simultanément tellement de données qu'elles ne peuvent être enregistrées que pour une courte période. Le contenu reste sur le système pour seulement 3 à 5 jours, pendant que les métadonnées restent enregistrées durant 30 jours[1]. Le même article indique, sur certains sites, « les quantités de données que nous recevons par jour (+ de 20 téraoctets) peuvent seulement être enregistrées pour 24 heures au plus »[1]. Les données identifiées comme intéressantes sont ensuite stockées pour une durée de 5 ans[1].

Glenn Greenwald précise que les bases de données de la NSA ont collecté au fil des années des communications permettent aux analystes de rechercher et d'écouter « les appels ou les courriels de tout ce que la NSA a sauvegardé, ou regarder les historiques de navigation ou les termes que vous avez utilisé lors de recherches Google, et ça les alerte pour toute activité qu'une personne connectée avec telle adresse courriel ou telle adresse IP fait dans le futur »[14].

Des recherches effectuées sans autorisation préalable[modifier | modifier le code]

Selon Glenn Greenwald du journal The Guardian, même les analyses de bas niveau sont autorisées par la NSA, ce qui permet de chercher et d'écouter des communications d'Américains et autres sans l'approbation ou la supervision de la cour. Greenwald a déclaré que les analyses de bas niveau peuvent, à l'aide d'un système comme X-Keyscore, « lire n'importe quel courriel désiré, écouter n'importe quel appel téléphonique, historique de navigation Web, documents Word. Et tout cela est fait sans demander à une cour, sans demander l'approbation d'un superviseur pour cette part d'analyse »[14].

Les diapositives publiées dans le journal The Guardian en 2013 prétendent que X-Keyscore a joué un rôle dans la capture de 300 terroristes depuis 2008[15]. Ces affirmations n'ont cependant pas encore été confirmées, les diapositives ne citant pas les instances d'intervention en terrorisme.

Analyse du code source de XKeyscore[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet 2014, le site web tagesschau.de (de) indique qu'après analyse du code source de XKeyscore par Lena Kampf, Jacob Appelbaum et John Goetz, il apparait que la NSA considère comme « extrémiste » potentiel toute personne (exceptées les personnes américaines, britanniques, canadiennes, australiennes et néo-zélandaises) qui s'est intéressée au réseau tor ou à la distribution linux Tails, même sans les avoir installés. Ainsi le site officiel de tor est observé ainsi que les serveurs racines de Tor et les connexions vers bridges.torproject.org. Par ailleurs, XKeyscore semble capable de lire l'ensemble du contenu des emails envoyés à bridges@torproject.org et pas uniquement les métadonnées.

L'analyse du code source aurait également révélé que toutes les données relatives à un des pays des Five Eyes sont traitées de manière différentes de celles provenant d'autres pays[16],[17].

Supports de présentation du programme[modifier | modifier le code]

Réactions[modifier | modifier le code]

Réponse de la NSA[modifier | modifier le code]

Dans un communiqué de presse du 30 juillet 2013, la NSA confirmait l'existence du programme[18] et indiquait que « Les affirmations selon lesquelles la collecte d'informations par la NSA est arbitraire et sans contrainte est fausse. Les activités de l'Agence sont déployées contre, et seulement contre, les cibles légitimes et étrangères […] afin de protéger notre nation et ses intérêts. Les allégations d'un accès large, sans contrôle des analystes aux données de la NSA sont tout simplement fausses. L'accès à Xkeyscore est limité aux personnels qui en ont besoin dans le cadre de leurs tâches. […] Il existe de nombreux contrôles techniques, manuels et hiérarchiques pour éviter les abus. »[19]

Mise en place de solutions de chiffrement[modifier | modifier le code]

Suite aux révélations du Guardian, Jimmy Wales, le cofondateur de Wikipédia, a annoncé que l'encyclopédie collaborative mettrait en place un renforcement de sa sécurité. Il a ainsi indiqué sur son compte Twitter : « Le fait que la NSA surveille ce que VOUS lisez sur Wikipedia me pousse à vouloir accélérer le passage au SSL »[20]. La fondation Wikimedia a annoncé que la solution de sécurité HTTPS sera activée par défaut pour l'ensemble de ses utilisateurs authentifiés, à partir du 21 août 2013[21].

Le 30 juillet 2013, Facebook a annoncé la généralisation de la connexion en HTTPS de ses utilisateurs[20].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Programmes de surveillance de la NSA :

Autres :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Glenn Greenwald, « XKeyscore: NSA tool collects 'nearly everything a user does on the internet », The Guardian,‎ 31 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013).
  2. a et b Snowden reveals Australia's links to US spy web, Sydney Morning Herald, 8 Jul 2013.
  3. EUA expandem o aparato de vigilância continuamente, O Globo, 6 juillet 2013.
  4. a et b No alvo dos EUA, Infographic, O Globo.
  5. a et b (en) Philip Dorling, « Snowden reveals Australia's links to US spy web », The Sydney Morning Herald,‎ 8 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013).
  6. (de) « Schnüffelsoftware XKeyscore: Deutsche Geheimdienste setzen US-Spähprogramm ein », Der Spiegel,‎ 20 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013).
  7. a et b (de) Christian Stöcker et Ole Reißmann, « System XKeyscore: US-Privatfirmen suchen Überwachungsfachleute », Der Spiegel,‎ 22 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013)
  8. (pt) « Mapa mostra volume de rastreamento do governo americano », O Globo,‎ 21 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013).
  9. Espionagem dos EUA se espalhou pela América Latina, O Globo, 9 juillet 2013.
  10. a et b 'Prolific Partner': German Intelligence Used NSA Spy Program, Der Spiegel
  11. (en) Chris Barton, « Can NZ say no to the US? », The New Zealand Herald,‎ 6 août 2013 (consulté le 12 août 2013)
  12. L-3 Communications - Offre d'emploi d'ingénieur XKEYSCORE - Juillet 2013
  13. a et b Martin Untersinger, « L'outil qui permet à la NSA d'examiner "quasiment tout ce que fait un individu sur Internet" », le Monde,‎ 31 juillet 2013 (consulté le 31 juillet 2013).
  14. a et b Kari Rea, « Glenn Greenwald: Low-Level NSA Analysts Have ‘Powerful and Invasive’ Search Tool », ABC News,‎ 28 juillet 2013 (lire en ligne)
  15. « XKeyscore presentation from 2008 – read in full », The Guardian,‎ 31 juillet 2013 (lire en ligne)
  16. (de) « Von der NSA als Extremist gebrandmarkt », sur tagesschau.de,‎ 3 juillet 2014 (consulté le 3 juillet 2014)
  17. « NSA : la surveillance du réseau Tor plus serrée que prévue », sur nextinpact.com,‎ 3 juillet 2014 (consulté le 3 juillet 2014)
  18. NSA, « Press Statement on 30 July 2013 », US National Security Agency,‎ 30 juillet 2013 (consulté le 4 août 2013).
  19. Martin Untersinger, « Surveillance du Net : la NSA se justifie, les spécialistes s'interrogent », le Monde,‎ 3 août 2013 (consulté le 4 août 2013).
  20. a et b Martin Untersinger, « Surveillance du Net : la NSA se justifie, les spécialistes s'interrogent », Le Monde,‎ 3 août 2013 (consulté le 4 août 2013)
  21. (en) Kit Eaton, « After NSA's XKeyscore, Wikipedia Switches To Secure HTTPS », Fast Company,‎ 2 août 2013 (consulté le 4 août 2013).

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