Thomas Drake

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Thomas Drake
T.Drake.jpg
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Thomas Andrews Drake, né le en Louisiane aux États-Unis, est un ancien militaire américain décoré, un vétéran de l'US Navy, un ancien cadre supérieur de la National Security Agency (NSA) et un lanceur d'alerte. Après avoir dénoncé la corruption et la gestion déficiente du Trailblazer Project, un projet de la NSA, il est accusé par le gouvernement fédéral américain d'avoir attenté à la sécurité nationale selon l'Espionage Act of 1917, ce qui aurait pu lui valoir 35 ans de prison. Il a finalement été condamné pour un délit mineur, mais a perdu son emploi à la NSA et toute chance d'occuper un emploi dans son champ d'expertise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le père de Thomas est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, alors que sa mère a été l'une des secrétaires de l'écrivain Pearl Buck. Thomas entre dans l'U.S. Air Force en 1979, où il devient un spécialiste de l'écoute électronique embarquée (Airborne Voice Processing), car il maîtrise l'allemand. Il participe également à des missions de surveillance électronique (ELINT)[1]. C'est dans le cadre de ces missions qu'il est amené à observer les télécommunications de la RDA, État qu'il compare aux États-Unis à cause de plusieurs décisions touchant la vie privée des citoyens américains depuis les attentats du 11 septembre 2001[2]. Il quitte l'Air Force en 1989. Il a aussi travaillé pour l'U.S. Navy, où il a analysé des informations pour le compte du National Military Joint Intelligence Center[3]. Selon The Washington Post, il aurait aussi travaillé pour la CIA[4]. En 1989, en tant que contractuel pour la NSA, il analyse des logiciels[5],[4]. Pour les programmes JACKPOT et LIBRARIAN, il mène des tests de qualité sur les logiciels utilisés. En parallèle, il poursuit des études universitaires[6],[7].

En 2000, la société Costal Research & Technology Inc. (CRTI), filiale de Computer Systems Management, Inc. (CSMI), l'embauche comme spécialiste en qualité logicielle et consultant en TIC[8],[9]. À la fin de 2001, la NSA l'embauche à temps plein et l'assigne au Signals Intelligence Directorate à Fort Meade au Maryland. Il commence à travailler le 11 septembre 2001, le jour des attentats sur le sol américain[10],[11],[12]. En 2002, il est nommé directeur d'une section logicielle qui fait partie du Cryptologic Systems and Professional Health Office. En 2003, il est nommé manager du Directorate of Engineering de la NSA. Il détient alors une habilitation Top Secret[10]. Pendant l'enquête du Congrès américain sur les attentats du 11 septembre, il témoigne des manquements de la NSA[4]. En 2006, il est assigné à la National Defense University (en) (NDU)[4], où il est nommé à la chaire NSA et professeur adjoint en sciences du comportement de l'Industrial College of the Armed Forces (en) (ICAF)[10]. Drake est obligé de démissionner de la NDU lorsque son habilitation est suspendue en 2007 ; il démissionne de la NSA l'année suivante[13],[10],[14]. Il est embauché par l'université Strayer mais doit quitter lorsqu'il est poursuivi par le gouvernement américain en 2010[14].

En avril 2010, le gouvernement américain accuse Drake de négligence dans la manipulation de documents classés secrets. C'est l'un des rares employés du gouvernement américain à être accusé selon les termes de l'Espionage Act of 1917. Les défendeurs de Drake avancent plutôt qu'il a été persécuté pour avoir dénoncé la corruption et la gestion déficiente du Trailblazer Project[5],[13],[15],[16],[10],[17]. Ensuite, il trouve un emploi dans un magasin de la société Apple[4],[14]. Il fonde à cette époque la société de consultants Knowpari Systems[18].

Le 9 juin 2011, l'ensemble des 10 charges portés à son encontre sont abandonnées. Drake avait rejeté plusieurs propositions de peines négociées parce qu'il refusait « d'avoir une peine négociée avec la vérité »[trad 1]. Il a plus tard plaidé coupable pour le seul délit d'avoir excédé l'autorisation d'utiliser un ordinateur[19]. Jesselyn Radack, qui l'a défendu, a qualifié ce geste de « désobéissance civile »[20].

En 2011, il reçoit le prix Ridenhour de la vérité[21] et est co-récipiendaire du Sam Adams Award for Integrity in Intelligence (SAAII). Lorsqu'il a reçu le SAAII, il a dit (rappelant le discours de 1857 prononcé par Frederick Douglass, ancien esclave devenu éditeur) :

Le pouvoir et ceux qui contrôlent ne concèdent rien ... sans demander en retour. Ils ne l'ont jamais fait et ne le feront jamais ... chacun d'entre nous doit continuer de demander, de combattre, de clamer, de cultiver, de poursuivre le combat, de s'exprimer haut, de s'exprimer clairement, jusqu'à ce que justice soit faite parce que sans justice, il ne peut y avoir de paix[trad 2],[2].

Dénonciation du Trailblazer Project et réponse du gouvernement[modifier | modifier le code]

Dans les murs de la NSA[modifier | modifier le code]

Description de cette image, également commentée ci-après

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la NSA souhaite de nouveaux outils pour recueillir des informations des systèmes de communications numériques, comme Internet. Drake a participé aux débats de la NSA sur deux de ces outils : le Trailblazer Project et le ThinThread project[17],[14]. Il faisait partie d'un groupe, minoritaire, qui préférait le ThinThread project[14] parce que, en théorie, il protégeait le vie privée des citoyens américains même s'il recueillait des informations utiles[4]. Le Trailblazer Project exigeait des milliards pour sa mise au point, dépassant de beaucoup les coûts du ThinThread project. À l'usure, Drake « a perdu ses illusions, [tout en] s'indignant »[trad 3] des problèmes qu'il observait à l'agence[4]. Vers l'année 2000, le grand patron de la NSA, le général Michael Hayden, a préféré Trailblazer, annulant dans la foulée ThinThread. Le programme Trailblazer a pris de l'ampleur, faisant appel aux services d'IBM, SAIC, Boeing, CSC et d'autres sociétés américaines[22].

Drake a utilisé les moyens légaux prescrits pour les employés fédéraux qui croient que des activités illégales se déroulent dans leur département[14]. Selon les termes des lois accordant protection aux lanceurs d'alerte, telle que l’Intelligence Community Whistleblower Protection Act, Drake s'est plaint à l'interne auprès des autorités désignées : à ses supérieures, au NSA Inspector General, au Defense Department Inspector General et aux deux comités du Congrès des États-Unis chargés de la surveillance des agences de renseignements[23]. Il a aussi régulièrement échangé avec Diane Roark (les deux s'étaient rencontrés une première fois en 2000[4]), salariée du parti républicain auprès de l'United States House Permanent Select Committee on Intelligence[14] (dont la tâche principale est de surveiller les activités des agences de renseignement américaines qui font officiellement partie de l’Intelligence Community[24]). Roark est l'« expert du personnel » pour le budget de la NSA[17].

En septembre 2001, Roark et trois anciens cadres de la NSA, William Binney, J. Kirk Wiebe[25] et Ed Loomis[26] ont rempli un rapport à l'intention du General inspector du Dod dénonçant des problèmes à la NSA, notamment le Trailblazer Project[4]. Drake était la source majeure des informations du rapport (il a d'ailleurs tuyauté le DoD pendant l'enquête de ce dernier sur ces problèmes)[4]. Roark a tenté d'informer Porter Goss, alors président de l'United States House Permanent Select Committee on Intelligence[16], tenté d'échanger avec William Rehnquist, le juge en chef des États-Unis[4], et tenté d'approcher David Addington, son ancien collègue républicain dans les années 1980 puis conseiller judiciaire du vice-président Dick Cheney à cette époque[12]. Un article du Washington Post a plus tard révélé qu'Addington avait rédigé, sur un appareil à l'épreuve de TEMPEST, des documents de nature technique et légale pour encadrer un programme illégal de surveillance de masse autorisé pendant l'ère de George W. Bush[27],[28],[29]. Aucun des trois hommes n'a répondu à ses requêtes.

En 2003, l'Inspector General (IG) de la NSA[4] déclare que le Trailblazer Project est un échec coûteux[30]. Il a coûté à ce moment plus de 1 milliard de dollars[17],[23],[31],[32]. En 2004, l'IG du DoD produit un rapport final sur les enquêtes lancées à la suite des accusations de Roark et d'autres personnes. Pour l'essentiel, le rapport rapporte les mêmes problèmes. Le rapport mentionne que la NSA a été interdite pendant une certaine période de mettre en branle des projets excédant un certain montant de crainte que ce ne soit de l'argent perdu. Au moment de la production du rapport, le DoD n'envisage pas de le rendre public[26].

Dans un article du New Yorker paru en 2011, la journaliste Jane Mayer (en) écrit que Drake pensait que la NSA était plus criminelle que l'ancien président américain Richard Nixon. Drake a parcouru les lois sur la divulgation d'informations et a conclu que s'il révélait à un journaliste des informations classées unclassified[trad 4], le pire qu'il aurait à subir serait d'être renvoyé[12].

En novembre 2005, Drake contacte Siobhan Gorman du journal The Baltimore Sun, lui envoyant des courriels sur Hushmail (en) et échangeant sur plusieurs sujets[17],[14]. Il déclare qu'il a pris beaucoup de précautions pour ne pas révéler des informations sensibles ou classifiées (c'est l'une des règles de base qu'il s'est donnée avant d'échanger avec la journaliste). Ces échanges se sont déroulés en 2005 et 2006[33]. Gorman a alors écrit plusieurs articles sur les pertes, fraudes et abus de la NSA, mentionnant aussi le Trailblazer Project. Elle a reçu un prix de la Society of Professional Journalists pour une série d'articles démontrant les méfaits du gouvernement américain[17]. Le juge Richard Bennett, de la cour fédérale de district du Maryland, a plus tard écrit « qu'il n'y a aucune preuve que le Journaliste A a rédigé des articles en s'appuyant sur des informations prétendûment classifiées découvertes dans la maison de M. Drake »[trad 5],[34].

En juillet 2007, des agents armés du FBI ont fait des descentes dans les résidences de Roark, Binney et Wiebe, qui se s'étaient plaints en 2002 auprès de l'IG du DoD[26]. Binney a déclaré que des agents ont menacé d'une arme sa femme et lui-même. Ça lui a rappelé l'Union soviétique[12]. Aucun des trois n'a été accusé. En novembre 2007, des agents du FBI ont fait une descente dans la maison de Drake. Ses ordinateurs, des documents et des livres ont été saisis. Il n'a jamais été accusé d'avoir transmis des informations sensibles à qui que ce soit ; il a été accusé d'avoir « retenu »[trad 6] des informations[note 1],[11]. Le FBI a demandé à Roark de témoigner contre Drake, mais elle a refusé[12]. Le journaliste Gorman n'a pas été contacté par FBI[4],[14].

Dans un premier temps, Drake a collaboré à l'enquête, déclarant au FBI les prétendues activités illégales de la NSA[12]. Le procureur Steven Tyrrell a rédigé une « ébauche de mise en accusation »[trad 7] contre Drake. Elle comprenait entre autres une accusation « d'avoir révélé des informations classifiées à un journaliste dans le but de conspirer »[trad 8]. Roark, Binney, Wiebe et Loomis (l'un des plaignants auprès de l'IG du DoD en 2002) auraient également été listés comme « co-conspirateurs non-accusés »[trad 9],[26]. En 2009, le procureur William Welch II s'est penché sur le dossier[4],[12] et a modifié la mise en accusation. Des accusations ont été supprimées ainsi que le nom des co-conspirateurs. Les accusations restantes ne visaient plus que Drake[26].

Les procureurs voulaient que Drake plaide coupable mais il a refusé. Il se croyait innocent des accusations[4]. Le gouvernement recherchait sa collaboration dans les accusations contre les autres lanceurs d'alerte ; il a également refusé[12]. Il s'est expliqué lorsqu'il a reçu le prix Ridenhour :

« J'ai fait ce que j'ai fait parce que je crois sincèrement que mon devoir est envers le peuple américain [...] Je savais que nous ne devions pas espionner les Américains et que nous devons rendre des comptes lorsque nous dépensons l'argent des contribuables américains.[trad 10],[21] »

Accusation[modifier | modifier le code]

En avril 2010, Drake est accusé par un grand jury de Baltimore, au Maryland, de[5],[13],[15],[10] :

L'inculpation comprend plusieurs autres allégations ; la plupart ne sont pas directement liées aux accusations contre lui. Le document ne l'accuse pas explicitement d'avoir révélé, sans autorisation, des informations classifiées ; il n'a pas aussi été accusé selon la clause 18 U.S.C. § 798 (qui porte sur le SIGINT)[35]. L'inculpation détaille ses échanges avec Roark et Gorman, mais ne l'accuse pas explicitement pour ces communications[10]. Les noms de Gorman et Roark n'apparaissent pas dans le document, mais des journalistes ont confirmé ces noms[5],[17]. L'avocat de Roark a soutenu que l'inculpation comprend une « caractérisation erronée des faits » sur la relation de Roark et Drake[17]. Plus tard, Roark plaidera en faveur de Drake et des autres lanceurs d'alerte du Trailblazer Project[12].

Les accusations de « rétention volontaire » portaient sur cinq documents découverts dans la résidence de Drake et prétendûment « liés à la défense nationale »[trad 14]. Les cinq documents était appelé « What a Success »[36], « the Regular Meetings », « Volume is our Friend », « Trial and Testing » et « Collections Sites »[37]. What a Success sera déclassifié quelques mois après que Drake soit inculpé. Selon une plainte officielle déposée par J. William Leonard, ancien directeur de l'Information Security Oversight Office, il n'aurait jamais dû être classifié[38]. Regular Meetings était marqué « UNCLASSIFIED » et publié sur NSANet (un intranet de la NSA), mais la poursuite a argué que le défendeur aurait dû savoir que le document était classifié. Plus tard, la défense de Drake a argué que les trois derniers documents se trouvaient parmi des milliers de documents qui n'étaient pas classifiés et son avocat a plaidé que Drake avait apporté de façon accidentelle, et non pas volontaire, les cinq documents à la maison[39].

L'accusation d'obstruction visait la suppressions alléguée de documents par Drake alors qu'il savait que le FBI enquêtait sur des fuites dans les médias et que le FBI envisageait de rechercher les sources du journaliste Siobhan Gorman[10]. L'accusation de fausse déclaration était incluse parce que Drake avait dans un premier temps répondu aux questions du FBI sans la présence de son avocat. L'une des fausses déclarations portait sur l'une de ses déclarations alléguées qu'il aurait emporté chez lui certains documents. Une autre fausse déclaration avançait qu'il avait volontairement omis de dire qu'il avait transmis des documents classifiés à Gorman[15],[12]. La défense de Drake a souligné que même l'expert du gouvernement a déclaré que Drake n'avait pas détruit quelque preuve que ce soit. Elle a aussi précisé que Drake agissait prudemment et n'a jamais transmis d'information classifiée à Gorman ; plusieurs des documents en question ont été « rétroactivement classifiés[trad 15] » une fois que le FBI les a saisis chez lui[12],[40].

Les bureaux fédéraux qui participent à la mise en accusation sont la Public Integrity Section du DoJ, la Criminal Division du DoJ, la National Security Division du DoJ, le FBI et l'Office of Security & Counterintelligence de la NSA[15]. Drake est représenté par James Wyda et Deborah Boardman, deux public defenders (des avocats assignés par le gouvernement fédéral lorsqu'une personne ne peut couvrir les frais juridiques)[16],[41]. Drake, en tant que client du Government Accountability Project (en) (GAP), un organisme de défense des lanceurs d'alerte, est conseillé par Jesselyn Radack. L'écrivain James Bamford, spécialiste de la NSA, agit à titre de consultant auprès des défendeurs[42],[43].

Le procureur du gouvernement, William Welch II, accusé d'outrage au tribunal et démis de ses fonctions dans le dossier de Ted Stevens, sert dans un premier temps de conseiller senior en litiges (Senior Litigation Counsel)[44],[45]. John P. Pearson, de la Public Integrity Section du DoJ, officie en tant qu'avocat de procès (Trial Attorney) du gouvernement, alors que Lanny A. Breuer est chargé de la supervision de la poursuite[12]. Le juge fédéral Richard D. Bennett supervise les audiences et est responsable du dossier. Il fixe le procès à juin 2011[46],[47].

La poursuite judiciaire contre Drake a été couverte par The Washington Post, The New York Times, Agence France-Press, Newsweek, Wired, The Washingtonian.com, Secrecy News de la Federation of American Scientists, Politico et d'autres périodiques[note 5]. Jesselyn Radack, en tant que représentante du GAP, a aussi présenté des aspects de cette affaire[48].

Le gouvernement fédéral américain a déclaré que la poursuite contre Thomas Drake ne visait pas à interdire aux fonctionnaires de rapporter des problèmes. Un porte-parole du DoJ a déclaré : « Les lanceurs d'alerte sont essentiels dans de nombreuses, nombreuses enquêtes des départaments. Nous n'usons pas de représailles contre eux, nous les soutenons. [...] Cette poursuite a été lancée sur le fond, et rien d'autre. »[trad 16],[49].

Poursuite judiciaire[modifier | modifier le code]

Au printemps 2011, des observateurs ont rapporté que les représentants du gouvernement ont agi pour restreindre l'accès public au procès, lequel est habituellement autorisé aux États-Unis. Ils ont agi selon les termes de la Classified Information Procedures Act (CIPA) qui vise à réduire la diffusion d'informations classifiées pendant les procès publics. Les procureurs ont aussi demandé l'application de la règle du témoin silencieux (les témoins doivent substituer certains termes par d'autres lorsqu'il s'agit de sujets sensibles). Le gouvernement fédéral américain n'utilise qu'occasionnellement cette règle ; sa légalité a été contestée en regard des cinquième et sixième amendements de la Constitution des États-Unis[50]. Le gouvernement a aussi déposé une pétition pour restreindre les contre-interrogatoires des témoins[51] dans le but d'empêcher les jurés de parcourir les articles du journaliste Siobhan Gorman, parus dans le journal Baltimore Sun, sur la NSA et le Trailblazer Project[52] et dans le but d'empêcher la défense d'argumenter ou d'introduire des preuves sur la dénonciation par les lanceurs d'alerte et sur l'excès de classification[53]. Par ailleurs, la poursuite a transmis à la cour des pièces à conviction sous scellés, pièces que la défense avaient déjà déposés[47],[54]. La poursuite a argué que la CIPA s'appliquait aussi aux documents qui n'étaient pas classifiés et a demandé à la cour de n'utiliser que des documents caviardés[55].

Selon le gouvernement fédéral américain, les articles du journaliste Siobhan Gorman parus dans le journal The Baltimore Sun portaient préjudice. « Le seul objectif de l'admission de ces articles de journaux était d'amener la NSA en cour. »[trad 17]. Les procureurs ont aussi déclaré que la poursuite n'avait aucune obligation légale, selon l'Espionage Act of 1917[note 6], de démontrer que l'intention de Drake était d'attenter à la sécurité nationale. En ce qui a trait à l'excès de classification invoquée par la défense, le gouvernement a répliqué que cette revendication rendrait confus le jury et n'était donc pas pertinente en ce qui concerne les accusations[56]. Le gouvernement a aussi argué que n'importe quel débat lors du procès sur la définition du concept légal de l'action d'alerter ne serait probablement qu'un échange sans intérêt vis-à-vis les accusations.

Au début juillet, peu de temps après la diffusion d'un épisode de 60 Minutes — le 22 mai 2011 — sur Thomas Drake, le gouvernement abandonne toutes les charges contre Drake et renonce à demander une peine de prison en contre-partie d'un aveu de culpabilité pour abus d'utilisation des systèmes informatiques de la NSA, crime couvert par la Computer Fraud and Abuse Act (en). Drake est condamné à un an de probation et du travail communautaire.

Lorsqu'il prononce la sentence, le juge Richard D. Bennett déclare que le gouvernement a été « déraisonnable »[trad 18] d'accuser une personne de crimes graves pouvant lui valoir 35 ans de prison, car la poursuite a abandonné toutes les charges importantes à la veille du procès[57]. Le juge a aussi rejeté la demande d'une grosse amende, faisant observer que Drake est financièrement dévasté à la suite de la perte de son fonds de pension et de son salaire annuel de 150 000 $US.

Après 2012[modifier | modifier le code]

Drake apparaît dans un épisode du Daily Show, le 6 août 2012, pour échanger sur ses épreuves[58]. En septembre, il envoie un message audio pour signifier son appui au CryptoParty[59]. Le 15 mars 2013, il prononce un discours devant le National Press Club sur la communauté du renseignement américaine et son attitude envers les lanceurs d'alerte[60].

Le lanceur d'alerte Edward Snowden suit l'exemple de Drake lorsqu'il fuite des informations sur les programmes de surveillance de la NSA[61]. Snowden a préféré dénoncer les programmes de surveillance de façon publique plutôt qu'en passant par les canaux prévus par la loi à cause des représailles que Drake et d'autres lanceurs d'alerte ont subi. Son geste inspire John Crane, adjoint de l'Inspector General du département de la Défense des États-Unis (DoD IG) chargé d'accompagner les lanceurs d'alerte, à devenir lanceur d'alerte lorsqu'il observe que le DoD IG a transmis illégalement l'identité de Drake au Département de la Justice des États-Unis (DoJ)[62].

Drake a commencé à militer contre la surveillance massive de l'État (surveillance state), prononçant régulièrement des conférences et se prêtant aussi à des entrevues[63]. L'un des thèmes récurrents, surnommé « privacy exercise », commence ainsi : « Mettez votre existence complète dans une boîte — vos documents, vos comptes de banque, vos mots de pase, tout —, et donnez-la à un étranger — un compatriote américain — pour qu'il la garde en sécurité. Le feriez-vous ? »[trad 19] Il affirme que personne n'a encore répondu oui[64].

Lors d'une entrevue en septembre 2013, Drake est encore revenu sur les problèmes de la NSA, déclarant qu'ils sont chroniques et systémiques ; pour lui, il faut la démanteler puis la reconstruire complètement[65]. Le 3 juillet 2014, Drake et William Binney, ancien directeur technique de la NSA, ont témoigné devant le comité parlementaire allemand qui enquête sur les écoutes électroniques de la NSA visant les hommes et femmes politiques allemands. Il a décrit les liens étroits de la NSA et du BND, un service secret allemand[66],[67]. Le 10 novembre 2015, il est apparu sur un panel commandé par le PEN American Center (en) ; le thème portait sur les « sources secrètes »[68].

Dans toute l'histoire des États-Unis, seules quatre personnes ont jamais été poursuivies par le gouvernement fédéral américain pour rétention volontaire d'information sur la Défense nationale[trad 20],[note 7]. La plupart des poursuites portent sur la « transmission »[trad 21] de documents classifiés à des tierces parties, ce dont Drake n'a jamais été accusé. Cette clause à l'Espionage Act of 1917 a été ajoutée en 1950 à l'époque du maccarthysme, en tant que partie du McCarran Internal Security Act (en)[23]. Anthony Russo (en) et Daniel Ellsberg sont les premiers à être accusés de rétention volontaire dans le cadre de l'affaires des Pentagon Papers, qu'Ellsberg avait transmis au New York Times, affaire qui a mené à une poursuite judiciaire en 1971 qui a fait date aux États-Unis : New York Times Co. v. United States (en). Au terme de ce procès, la cour a entre autres reconnu le droit des médias de publier des informations sensibles. Les accusations contre Russo et Ellsberg ont été rejetées en 1972 à cause de l'inconduite du gouvernement fédéral. La seconde poursuite commence en 1985 contre Samuel Loring Morison, un analyste de l'US Navy qui a vendu des photos satellitaires à Jane's Defense Weekly ; il recevra la grâce présidentielle. La troisième poursuite, lancée en 2005, a visé deux employés du lobby pro-Israël American Israel Public Affairs Committee et un employé du département de la Défense (DoD) : United States v. Franklin, Rosen, and Weissman. Seul l'employé du DoD a été condamné[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. plea bargain with the truth
  2. Power and those in control concede nothing ... without a demand. They never have and they never will. ...each and every one of us must keep demanding, must keep fighting, must keep thundering, must keep plowing, must keep on keeping things struggling, must speak out and must speak up until justice is served because where there is no justice there can be no peace.
  3. disillusioned, then indignant
  4. Aux États-Unis, le niveau unclassified n'est pas officiellement un classement, même s'il est reconnu dans certains cadres de classification. Il est appliqué à des documents gouvernementaux qui n'ont pas besoin d'être classifiés ou qui ont été déclassifiés. Il s'applique le plus souvent à des documents de conséquence faible, ce qui explique le peu d'intérêt de les protéger.
  5. there is no evidence that Reporter A relied upon any allegedly classified information found in Mr. Drake's house in her articles
  6. retaining
  7. draft indictment
  8. disclosing classified information to a newspaper reporter and for conspiracy
  9. unindicted co-conspirators
  10. I did what I did because I am rooted in the faith that my duty was to the American people ... I knew that you did not spy on Americans and that we were accountable for spending American taxpayer monies wisely.
  11. Willful Retention of National Defense Information
  12. Obstructing justice
  13. Making a False Statement
  14. related to the national defense
  15. retroactively classified
  16. Whistle-blowers are the key to many, many department investigations—we don't retaliate against them, we encourage them. [...] This indictment was brought on the merits, and nothing else.
  17. The only purpose for the admission of these newspaper articles is to put NSA on trial.
  18. unconscionable
  19. Put your entire life in a box, your documents, bank accounts, your passwords, everything—and give it to a complete stranger—a fellow American for safekeeping. Would you do it?
  20. Willful Retention of National Defense Information
  21. delivery

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette accusation est portée en vertu du U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. § 793(e) », sur Cornell University Law School,
  2. Cette accusation est portée en vertu du U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. § 793(e) », sur Cornell University Law School, . (L'article 793(e) est une modification de l'Espionage Act of 1917 apportée par la McCarran Internal Security Act de 1950.)
  3. Cette accusation est portée en vertu du U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. 1519 », sur Cornell University Law School,
  4. Cette accusation est portée en vertu du U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. 1001(a) », sur Cornell University Law School,
  5. COnsulter les autres références de cet article.
  6. Plus précisément : U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. § 793(e) », sur Cornell University Law School, . (L'article 793(e) est une modification de l'Espionage Act of 1917 apportée par la McCarran Internal Security Act de 1950.)
  7. Cette accusation est portée en vertu du U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 37, § 793(e). Consulter (en) « 18 U.S.C. § 793(e) », sur Cornell University Law School, . (L'article 793(e) est une modification de l'Espionage Act of 1917 apportée par la McCarran Internal Security Act de 1950.)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Tricia Bishop, « NSA employee accused of leaking information sentenced to probation », The Baltimore Sun,‎ (lire en ligne)
  2. a et b (en) Thomas Drake. (). Whistle Blower Threatened with 35 Years in Prison, Warns of Developing Tyranny [Flash]. Washington, D.C. : Sam Adams Associates for Integrity in Intelligence.
  3. (en) « USA v. Thomas A. Drake: Selected Case Files », Federation of American Scientists, (consulter Exhibit E, un fichier PDF)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (en) Ellen Nakashima, Greg Miller et Julie Tate, « Former NSA executive Thomas A. Drake may pay high price for media leak », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  5. a, b, c, d et e (en) Scott Shane, « Former N.S.A. Official Is Charged in Leaks Case », New York Times,‎ (lire en ligne)
  6. (en) « USA v. Thomas A. Drake: Selected Case Files », Federation of American Scientists, (consulter Exhibit F, un fichier PDF)
  7. (en) « 11th International Software Quality Week, (QW'98), Speaker Biographies », Software Research, Inc (soft.com),
  8. (en) « Testing Software Based Systems: The Final Frontier » [PDF], Software Tech News, DoD, (consulté le 9 août 2010)
  9. (en) « Mr. Thomas A. Drake », zoominfo, (consulté le 9 août 2010)
  10. a, b, c, d, e, f, g et h "United States v Thomas A Drake. Criminal Indictment of Thomas A Drake", filed April 14, 2010, US District Court, District of Maryland, Northern Division. This is a PDF of the criminal indictment itself, provided via jdsupra.com, in an upload from Justia.com. Retrieved 2010 April 17
  11. a et b (en) « USA v. Thomas A. Drake: Selected Case Files », fas.org, (consulté le 13 mars 2011) (consulter Government's Motion to Preclude Evidence of "Whistleblowing, un fichier PDF)
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Jane Mayer, « The Secret Sharer », The New Yorker,‎ (lire en ligne)
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