Uhuru Kenyatta

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Uhuru Kenyatta
Illustration.
Uhuru Kenyatta en 2014.
Fonctions
Président de la République du Kenya

(9 ans, 5 mois et 4 jours)
Élection 4 mars 2013
Réélection 26 octobre 2017
Vice-président William Ruto
Prédécesseur Mwai Kibaki
Successeur William Ruto
Vice-Premier ministre du Kenya

(4 ans, 11 mois et 23 jours)
Président Mwai Kibaki
Premier ministre Raila Odinga
Prédécesseur Poste créé
(Accord national de réconciliation)
Successeur Poste supprimé
(Constitution de 2010)
Biographie
Nom de naissance Uhuru Muigai Kenyatta
Date de naissance (60 ans)
Lieu de naissance Nairobi (Colonie et protectorat du Kenya)
Nationalité Kényan
Parti politique TNA puis Jubilee
Père Jomo Kenyatta
Conjoint Margaret Wanjiru Gakuo
(depuis 1989)
Enfants Jomo Kenyatta
Ngina Kenyatta
Jaba Kenyatta
Diplômé de Amherst College
Religion Christianisme catholique
Résidence Palais d'État (Nairobi)

Uhuru Kenyatta
Présidents de la République du Kenya

Uhuru Kenyatta, né le à Nairobi, est un homme d'État kényan, président de la République depuis le . Il est cité en 2021 dans le scandale des Pandora Papers parmi les chefs d'État utilisant des comptes offshore secrets.

Biographie[modifier | modifier le code]

Appartenant à l'ethnie kikuyu, il est le fils de Jomo Kenyatta, premier président de la République entre 1964 et 1978. Uhuru Kenyatta a 16 ans lorsque son père décède. Il suit des études en sciences politiques à Amherst College[1],[2].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Élu membre du Parlement en 2001, il est nommé peu après ministre des Collectivités locales. En , candidat de la KANU à l'élection présidentielle, il est battu par Mwai Kibaki et devient alors le chef de l'opposition. En , il soutient cependant la réélection du président Kibaki et retrouve alors son poste au gouvernement. En , il devient vice-Premier ministre dans le gouvernement de coalition dirigé par Raila Odinga, chargé du Commerce puis, en 2009, des Finances. En 2012, la Cour pénale internationale le met en examen pour crimes contre l'humanité, commis lors des violences postélectorales ayant suivi la présidentielle de 2007. Il démissionne alors de ses fonctions ministérielles tout en demeurant vice-Premier ministre.

Présidence de la République[modifier | modifier le code]

Premier mandat (2013-2017)[modifier | modifier le code]

Opposé à Raila Odinga au premier tour de l'élection présidentielle le , il est déclaré vainqueur avec 50,07 % des voix[3]. Il prête serment et entre en fonction le suivant[4].

Le , il se rend à la convocation de la Cour pénale internationale (CPI), pour une audience sur un éventuel nouveau report de son procès pour crimes contre l'humanité, devenant le premier chef d'État en exercice à comparaître devant la CPI[5].

Cependant, la Cour pénale internationale a annoncé vendredi l'abandon des charges contre le président du Kenya. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a expliqué dans un document officiel ne pas avoir assez de preuves « pour prouver, au-delà de tout doute raisonnable, la responsabilité criminelle de M. Kenyatta ». Cette annonce n'exclut pas pour autant « la possibilité de retenir de nouvelles charges contre M. Kenyatta », a-t-elle précisé. Uhuru Kenyatta s'est réjoui de l'abandon des charges, estimant que la CPI lui avait ainsi « donné raison ». La CPI a néanmoins dénoncé une « série d'obstacles majeurs » à l'enquête, notamment de « vastes initiatives concertées pour harceler, intimider et menacer » les témoins[6].

Plusieurs rencontres diplomatiques (avec l'Italien Matteo Renzi ou l'Américain Barack Obama) montrent par la suite qu'il opère un retour en grâce sur la scène internationale, même si des critiques ont été émises sur la tolérance de l'Occident avec les droits de l'homme concernant le Kenya pour faire des affaires. Le mandat d'Uhuru Kenyatta est par ailleurs marqué, après des débuts dessinant une image plus moderne et transparente de la présidence, par des scandales de corruption et une croissance économique moins élevée que prévu[7].

La tolérance envers la diversité sexuelle en Afrique est souvent perçue comme un concept que les Occidentaux voudraient imposer à l'Afrique, comme en témoigne par exemple la réaction de Uhuru Kenyatta au discours de Barack Obama faisant la promotion de la tolérance envers les minorités sexuelles lors d'une allocution à Nairobi en 2015. « Il est très difficile pour nous d’imposer aux gens ce qu’ils n’acceptent pas eux-mêmes », a répondu Kenyatta[8].

Deuxième mandat (depuis 2017)[modifier | modifier le code]

Lors de l'élection présidentielle d'août 2017, il est de nouveau opposé à Raila Odinga. Le , Uhuru Kenyatta remporte les élections avec un écart de 1,4 million de voix. La Cour suprême du Kenya est saisie par Raila Odinga concernant les résultats de cette élection le . Elle déclare les résultats de celle-ci invalide par 5 voix sur 7 car elle « n'a pas été conduite en accord avec la Constitution » le .

Une nouvelle élection doit avoir lieu 60 jours au maximum après la décision[9]. Elle est initialement fixée au [10] puis reportée au [11]. Critiquant la date du scrutin, qu'il juge unilatérale, Odinga exige, pour y participer, l'audit du système électronique, la démission de la Commission électorale, la possibilité pour d'autres candidats de participer au scrutin[12] comme le garantit la Constitution[13]. Le , sept membres de la commission électorale, dont le président de l'institution et le responsable informatique sont écartés, la nomination d'une nouvelle équipe les remplaçant dans leurs attributions, sans qu'ils ne soient officiellement renvoyés[14]. Le , alors qu'une loi stipulant que le retrait d'un candidat de la présidentielle impliquait automatiquement la victoire du candidat encore en lice est en préparation, et qu'une partie des membres de l'opposition aient fait défection en faveur de Kenyatta et que d'autres se soient contentés d'exercer leurs nouveaux mandats de parlementaires, Raila Odinga annonce retirer sa candidature et réclame un nouveau scrutin[15],[16]. Cependant, il poursuit ses meetings et ne fait pas de démarche officielle pour retirer sa candidature[17]. Le , le Parlement vote la loi en question[18]. Le jour même, tous les candidats du scrutin d'août 2017 sont autorisés à participer à la nouvelle élection[19]. La Cour suprême a estimé dans un précédent jugement qu'un tel retrait provoquait l'annulation du scrutin avec un nouvel appel à candidature pour une nouvelle élection[20]. Kenyatta fait également appel de la réintégration des autres candidats[21]. Le , une membre de la commission électorale démissionne[22].

Le , il est officiellement annoncé qu'Uhuru Kenyatta a été réélu président de la République lors de l'élection du 26 octobre précédent[23].

Le , la Cour suprême rejette à l'unanimité les recours contre le scrutin[24]. Le président Uhuru Kenyatta prête serment le [25].

Le , Odinga se proclame « président du peuple »[26], puis le gouvernement met fin à la diffusion de trois chaînes ayant diffusé la cérémonie et fait arrêter un député de la NASA (National Super Alliance, une alliance des partis de l'opposition dont fait partie l'ODM) ayant participé à la cérémonie[27].

En , Uhuru Kenyatta annonce la création d'une agence nationale unique dédiée au développement. Cette décision fait suite à un rapport produit en 2013 qui pointait du doigt les déficiences de l'administration et les besoins d'efficacité[28]. Par ailleurs, les autorités expulsent également l'opposant Miguna Miguna vers le Canada, prétextant qu'il aurait renoncé à sa nationalité kenyane, ce que l'intéressé dément, tandis que la justice demande au gouvernement d'autoriser les chaînes à réémettre provisoirement[29].

Le , Kenyatta et Odinga signent un accord de réconciliation[30].

Son gouvernement et celui de Donald Trump ont entamé des discussions en vue de la signature d'un accord de libre-échange[31].

Le 13 mai 2021, le projet de réforme constitutionnelle de Uhuru Kenyatta est jugé illégal par la Haute Cour[32].

Le 20 août 2021, La Cour d'appel du Kenya a confirmé l'illégalité du processus de révision constitutionnelle lancé par le président Uhuru Kenyatta mettant fin définitivement à ce projet de révision constitutionnelle[33].

En 2021, la sécheresse fait à nouveau des ravages. Selon l’ONU, plus de 465 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition. L’insécurité alimentaire touche plus de 2,5 millions de personnes dans le pays. Uhuru Kenyatta évoque une « catastrophe nationale ». Il est cependant critiqué pour la lenteur de la réponse humanitaire et le manque de planification[34].

Le bidonville de Mukuru Kwa Njenga à Nairobi est rasé en octobre 2021 pour permettre l’élargissement d’une route, laissant 40 000 personnes sans-abris du jour au lendemain, sans proposition de relogement[35].

Controverses[modifier | modifier le code]

Évasion fiscale / Pandora Papers[modifier | modifier le code]

En octobre 2021, son nom est cité par le Consortium international des journalistes d'investigation dans l'affaire des Pandora Papers, parmi les plus de 330 politiciens et hauts fonctionnaires actuels et anciens utilisant des comptes cachés dans des paradis fiscaux[36].

Lui-même et six membres de sa famille, dont sa mère, un frère et deux sœurs, disposent d’au moins 30 millions de dollars sur plusieurs sociétés offshore. Il est également propriétaire d’une 'fondation' secrète au Panama, détenant plus de 30 millions de dollars[37].

Un hasard du calendrier fait qu'il devait rencontrer le président américain Joe Biden le jeudi 14 octobre 2021 sur le thème de « la nécessité d'apporter transparence et responsabilité aux systèmes financiers nationaux et internationaux ». Selon Associated Press« les révélations des Pandora Papers devraient être évoquées lors de la réunion du bureau ovale »[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « March 21, 2013 | '85 Alumnus Named President of Kenya | Amherst College », sur www.amherst.edu (consulté le ).
  2. By Faith Karimi CNN, « President-elect Uhuru Kenyatta of Kenya a man of complexities », sur CNN (consulté le ).
  3. « Présidentielle kényane : Uhuru Kenyatta officiellement proclamé vainqueur », France 24, 9 mars 2013.
  4. « Kenya : Uhuru Kenyatta, président et inculpé de crimes contre l'humanité », Le Figaro, 9 avril 2013.
  5. (fr) Antoine Boyet, « Kenya : Uhuru Kenyatta va devenir le premier président à comparaître devant la CPI », Ijsberg Magazine, 6 octobre 2014.
  6. « Au Kenya, assassinat d'un témoin-clé du procès du vice-président à la CPI », lemonde.fr, 6 janvier 2015.
  7. Bruno Meyerfeld, « Uhuru Kenyatta, le retour en grâce d’un paria », lemonde.fr, 4 avril 2016.
  8. (en-GB) David Smith, « Barack Obama tells African states to abandon anti-gay discrimination », The Observer,‎ (ISSN 0029-7712, lire en ligne, consulté le ).
  9. « Coup de tonnerre au Kenya avec l'annulation de la présidentielle », sur Le Point, (consulté le ).
  10. « Kenya : une nouvelle élection présidentielle programmée pour le 17 octobre », sur lexpress.fr (consulté le ).
  11. « Kenya : l’élection présidentielle reportée au 26 octobre - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  12. « Au Kenya, Raila Odinga pose ses conditions pour participer à la nouvelle présidentielle », sur Le Monde, (consulté le ).
  13. « Presidential rerun: You can also contest — lawyers », sur Daily Nation (consulté le ).
  14. « Kenya : très critiquée, la commission électorale nomme une nouvelle équipe - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  15. Home, « Kenya : l'opposant Raila Odinga renonce à la présidentielle », sur Le Figaro (consulté le ).
  16. « Au Kenya : l’opposant Raila Odinga annonce son retrait de la présidentielle du 26 octobre », sur Le Monde, (consulté le ).
  17. « Présidentielle kényane : la crise politique s’enkyste et la tension monte », sur Le Monde, (consulté le ).
  18. « Le Parlement kényan facilite la réélection de Kenyatta et ajoute à la confusion - France 24 », sur France 24 (consulté le ).
  19. « Kenya : la présidentielle aura bien lieu le 26 octobre - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  20. « Kenya : pourquoi le retrait de Raïla Odinga ne règle rien », sur Le Point Afrique (consulté le ).
  21. « Présidentielle au Kenya : après le retrait d’Odinga, Kenyatta poursuit son offensive juridique », sur Le Monde, (consulté le ).
  22. « Au Kenya, un membre de la Commission électorale démissionne à huit jours du scrutin », sur Le Monde, (consulté le ).
  23. « Kenya : Odinga promet de poursuivre le combat pour une élection transparente », sur Orange Actualités (consulté le ).
  24. « Kenya : la Cour suprême valide la réélection d'Uhuru Kenyatta - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  25. « Kenya : Uhuru Kenyatta investi président, l'opposant Odinga promet sa propre cérémonie - France 24 », sur France 24 (consulté le ).
  26. « Kenya : à quoi joue l'opposant Raila Odinga ? », sur Le Point Afrique, LePointAfrique (consulté le ).
  27. « Kenya : contre-attaque du gouvernement après la prestation de serment d’Odinga - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  28. « Kenya : création d'une agence nationale unique dédiée au développement », RFI, 13 février 2018.
  29. « Kenya : la Haute Cour voit rouge sur l'expulsion d'un opposant au Canada », sur Le Point Afrique (consulté le ).
  30. « Kenyatta et Odinga se réconcilient pour faire sortir le Kenya de la crise - RFI », sur RFI Afrique (consulté le ).
  31. « Joe Biden reçoit Uhuru Kenyatta, premier chef d’Etat africain à la Maison Blanche », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  32. « Kenya: le processus de révision constitutionnelle lancé par le président jugé illégal par la Haute Cour », sur le360afrique, (consulté le ).
  33. (en) Radio France International, « Kenya: la justice déclare le processus de révision constitutionnelle illégal », sur RFI, (consulté le ).
  34. « Dans le nord du Kenya, la sécheresse affame les hommes et les bêtes », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  35. « Kenya : à Nairobi, 40 000 personnes à la rue après leur expulsion brutale d’un bidonville », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne)
  36. « Pandora Papers: le président kényan, épinglé avec 42 autres politiques africains », sur RFI, (consulté le ).
  37. « Tony Blair, Shakira, DSK, le roi de Jordanie Abdallah II… Qui est impliqué dans les « Pandora Papers » ? », sur L'Obs, .
  38. (en-US) « Political and business links to Pandora Papers roil parliaments, anti-corruption and tax authorities as global fallout swells - ICIJ » (consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]