Jomo Kenyatta

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Jomo Kenyatta
Jomo Kenyatta en 1978.
Jomo Kenyatta en 1978.
Fonctions
Président de la République du Kenya

(13 ans, 8 mois et 10 jours)
Vice-président Oginga Odinga
Joseph Murumbi
Daniel arap Moi
Prédécesseur Poste créé
Successeur Daniel arap Moi
Premier ministre du Kenya

(1 an, 6 mois et 11 jours)
Monarque Élisabeth II
Gouverneur Malcolm MacDonald
Prédécesseur Poste créé
Successeur Poste aboli
Raila Odinga (indirectement)
Biographie
Nom de naissance Kamau wa Ngengi
Date de naissance
Lieu de naissance Ichaweri, Gatundu, Afrique orientale britannique
Date de décès (à 83 ans)
Lieu de décès Mombasa, Kenya
Nationalité kényane
Parti politique KANU
Enfants 8 dont Uhuru Kenyatta[1]
Profession Journaliste, homme politique

Jomo Kenyatta
Premiers ministres du Kenya
Présidents de la République du Kenya

Kamau wa Ngengi baptisé John Peter Kamau avant d'être appelé Johnstone Kamau et d'être connu à partir de 1938 sous le nom de Jomo Kenyatta, né le à Gatundu et mort le à Mombasa, est un homme d'État kényan d’origine kikuyu. Premier ministre de 1963 à 1964 puis président de la République de 1964 à 1978, il est considéré comme le père de la nation kényane.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jomo Kenyatta, Apa Pant et Achieng' Oneko (entre 1948 et 1952).

Kamau wa Ngengi est né dans une famille kikuyu dans le village de Ngenda, Gatundu, dans la colonie britannique d'Afrique orientale (le Kenya). Après la mort de ses parents, il est élevé par son oncle et son grand-père, et éduqué par les missionnaires chrétiens de l'église d'Écosse qui le convertissent au christianisme en 1914 et le baptisent John Peter Kamau, nom qu'il modifiera plus tard en Johnstone Kamau.

Il s'installe alors à Nairobi puis travaille comme clerc à Narok durant la Première Guerre mondiale. En 1920, il épouse Grace Wahu et travaille pour le service des eaux de la ville de Nairobi. En novembre 1920 naît son fils Peter Muigai.

Militant indépendantiste et voyages en Europe[modifier | modifier le code]

En 1924, Johnstone Kamau commence une carrière politique en rejoignant l'association centrale des Kikuyu (KCA) puis en 1928 commence une carrière d'éditorialiste au quotidien Muigwithania. En 1929, le KCA l'envoie à Londres pour défendre les intérêts fonciers des Kikuyu. Il est reçu par l'Union des étudiants d'Afrique de l'Ouest, association inspirée par Marcus Garvey, qui lui offre l'hospitalité. Il est accompagné par Isher Dass, militant anticolonialiste d'origine indienne, qui le met en contact avec la Ligue contre l’impérialisme et le Parti communiste de Grande-Bretagne. Ses articles sur les révoltes noires sont publiés par la revue communiste Sunday Worker[2].

En 1932 et 1933, aidé financièrement par George Padmore, un riche militant communiste et panafricain de Trinidad, il quitte la Grande-Bretagne pour s'installer à Moscou où il étudie l'économie à l'école du Komintern. Quand Padmore est exclu de l'internationale communiste pour « tendance à l'unité de race contre l'unité de classe » et quitte l'URSS, Kenyatta choisit d'interrompre ses études et de revenir à Londres[2]. Il marque dès lors ses distances avec le mouvement communiste, dont il semble ne s’être rapproché qu'en raison d'un rejet commun du colonialisme, principalement en raison de l'attitude hostile de Padmore et des camarades communistes de ce dernier envers certaines pratiques tribales (une campagne contre l'excision des filles dans les colonies avait été initiée au début des années 1930).

En 1934, il poursuit ses études à l'université de Londres et étudie l'anthropologie sociale à la London School of Economics. Il continue durant toute cette période de défendre les intérêts fonciers des Kikuyu. Il publie sa thèse en 1938 intitulé Au pied du mont Kenya sous son nouveau pseudonyme, Jomo Kenyatta. Durant la Seconde Guerre mondiale, il travaille dans une ferme du Sussex pour éviter la conscription et l'enrôlement dans l'armée britannique.

Retour au Kenya et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Il épouse en secondes noces une Britannique qui lui donne un fils, Peter Magana en 1943. En 1946, il quitte son épouse et revient au Kenya où il devient le secrétaire général de la Kenya African National Union qui militait pour l’indépendance du Kenya. Le mouvement indépendantiste est alors secoué par des aspirations contradictoires, entre propriétaires terriens kényans qui revendiquaient le droit d'acheter des terres, paysans pauvres qui luttaient pour une réforme agraire et travailleurs urbains qui s'organisaient dans les premiers syndicats africains. Considéré par les Kényans comme leur ambassadeur à l'étranger, Kenyatta avait de plus l'avantage, en raison de son exil à Londres, de ne pas avoir eu à se positionner en faveur des propriétaires ou des pauvres et apparaissait de fait comme une figure consensuelle[2].

En 1952, l’administration coloniale instaure l'état d'urgence et il est incarcéré avec son collègue Daniel arap Moi, tous deux accusés, faussement, de soutenir la révolte des Mau Mau. En prison, Kenyatta promet à Moi que s’il devenait un jour président, Moi serait son successeur[3].

Président du Kenya[modifier | modifier le code]

Heinrich Lübke (président de la RFA entre 1959 et 1969) et Jomo Kenyatta.

Ils sont libérés en 1961, alors que l'indépendance du Kenya se profilait, car les autorités britanniques espéraient s’appuyer sur des personnalités modérées afin de préserver leur influence sur leurs anciennes colonies. Peter Anyang' Nyong'o explique que « quand, en 1954, le gouvernement colonial et le colonat européen reconnurent qu'il fallait mettre fin à l'apartheid au Kenya pour parvenir à un règlement politique de la crise, il était clair que, parmi les Africains, il y avait suffisamment de partisans d'une alliance de classe avec les colons, prêts à partager le pouvoir politique contre les Mau Mau et les autres "nationalistes extrémistes" »[2].

Kenyatta est élu Premier ministre du Kenya le 1er juin 1963 dont il proclame l'indépendance le 12 décembre suivant. Un an plus tard, le , il devient le premier président de la République et le demeure jusqu’à sa mort en 1978. Il met aussitôt fins aux espoirs des indépendantistes radicaux de redistribution des terres : les terres sont rachetés aux colons qui veulent partir et revendus aux kényans qui en ont les moyens, les capitaux britanniques sont épargnés et les investissements étrangers encouragés. Le choix d'une économie de marché renforce une classe de capitalistes locaux au détriment des anciens rebelles, au sujet desquels Kenyatta déclare : « nous ne laisseront pas des gangsters diriger le Kenya, les Mau Mau étaient une maladie qui a été éradiquée et qu'il nous faut oublier à jamais ». Témoin de cette orientation, le journal conservateur britannique The Economist lui consacre en 1965 un article élogieux intitulé « Notre homme au Kenya »[2].

Sur le plan politique, Kenyatta instaure un régime à parti unique fondé sur la doctrine Haraambee (« Agir ensemble » en swahili). Le président pratique une politique autoritaire et clientéliste pour assurer l'unité nationale. Pourtant, selon l'historien britannique John Lonsdale, Kenyatta perpétue l'héritage colonial qui « institue un État et non une nation ». Son pouvoir repose sur « un féodalisme ethnique [...] avec son contrat inégal de vassalité garanti par un discours normatif de l'ethnicité morale »[2].

À sa mort, il laisse un pays en paix mais au futur incertain en raison des rivalités ethniques et des inégalités. À l'internationale, son image auprès des nationalistes africains s'est fortement effritée, passant de celle du père de l'indépendance du Kenya à une image de despote corrompu et complice des anciennes puissances coloniales[4].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Son nom signifie javelot flamboyant du Kenya.
  • Ce nom a été traduit et repris par un grand chanteur de reggae jamaïcain, Burning Spear.
  • Une de ses citations est restée célèbre : « Quand les missionnaires sont venus, nous avions la terre et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier avec nos yeux fermés. Quand nous les avons ouverts, ils avaient nos terres et nous avions leur Bible »[5].
  • Il est l'oncle de Ngethe Njoroge, le premier représentant du Kenya aux Nations unies. Kenyatta est aussi le grand-oncle de Tom Morello, le guitariste du célèbre groupe américain Rage Against the Machine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Président de la République depuis 2013.
  2. a, b, c, d, e et f Saïd Bouamama, Figure de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, La Découverte,
  3. John Lonsdale, « Les procès de Jomo Kenyatta. Destruction et construction d'un nationalisme africain. », Politix, Volume 17,no 66, 2004, p. 164.
  4. « La mort du «Mzee» », sur Afrique-Asie (France),
  5. Jomo Kenyatta, cité dans L'intelligent du 19 septembre 2005. Citation reprise dans Jean-Paul Gouteux, Apologie du blasphème, éd. Syllepse, 2006, p. 65.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lilyan Kesteloot, « Jomo Kenyatta », dans Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 235-241.

Liens externes[modifier | modifier le code]