Trésor de Saint-Denis

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La Messe de Saint Gilles, tableau vers 1500, montrant une partie disparue du trésor (la croix de saint-Éloi, le retable en or), National Gallery de Londres.

Le Trésor de la basilique de Saint-Denis était constitué d'un grand nombre de pièces d'orfèvrerie, culturelles ou historiques, rassemblées au cours de la longue histoire de la basilique. Ce trésor avait une importance particulière car il a été pendant la période de l'Ancien Régime le lieu de conservation des insignes royaux de la monarchie française. Dispersés ou détruits en grande partie à la Révolution française, certains de ses éléments préservés sont aujourd'hui conservés au musée du Louvre ou au département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France.

Historique[modifier | modifier le code]

Patène de serpentine antique, monture époque Charles-le-Chauve, (Louvre)
Élément de l'escrain de Charlemagne, intaille antique en Aigue-marine représentant Julia Titi.

L'abbaye de Saint-Denis, dont la fondation remonte au origines du christianisme en France, n'a pas cessé de prendre de l'importance et, de par son statut particulier d'abbaye royale et de nécropole des rois de France, devint l'une des plus riches du monde chrétien.

Dès les temps carolingiens, les monarques lui firent d'importants dons en manuscrits précieux ou en pièces d'orfèvreries prestigieuses. L’abbaye de Saint-Denis, du fait de ses liens étroits avec le pouvoir, occupe une place à part dans l’histoire des trésors carolingiens. L’abbaye conserve un très grand nombre d’objets luxueux et de manuscrits enluminés : la riche splendeur de leurs ornements d’or, d’argent et de pierreries cherche à signifier, dans leur matérialité même (car les reliures d’orfèvrerie sont pareilles à des châsses conservant les mystères divins), l’ineffable sainteté des lieux qu’ils célèbrent, et la puissance tutélaire d’une fondation mythique veillant, depuis ses origines, sur le peuple franc. C’est avant tout à la générosité de Charles II le Chauve que sont dus les fabuleux objets d’orfèvrerie qui scellèrent l’insigne renommée du Trésor : la grande croix d’or et la table d’or de l’autel majeur, l’ "escrain" dit de Charlemagne, la Coupe des Ptolémées et la patène de serpentine aux poissons d’or qui lui était associée, pour n’en citer que les plus illustres. L’empereur légua aussi au monastère royal, en 877, certains manuscrits de sa bibliothèque. On peut compter parmi eux le chef d’œuvre de l’école franco-insulaire, une grande Bible peinte à Saint-Amand vers 875, et peut-être aussi un livre d’Evangiles entièrement écrit sur parchemin pourpré hérité de son grand-père qui compte, avec sa reliure d’ivoire, parmi les chefs-d'œuvre de l’école du Palais de Charlemagne.

Cette constitution d'un trésor considérable atteint son apogée sous la direction de l'abbé Suger au XIIe siècle. Parallèlement au trésor liturgique, y étaient aussi conservés les regalia, objets utilisés pour le sacre des rois (ils devaient être amené à Reims lors du sacre d'un roi), ou emblèmes sacrés du royaume, comme l'oriflamme.

Le trésor, malgré des vols ou des pillages, notamment pendant les invasions normandes, comptait en 1634, lors du grand inventaire, 445 objets ou groupe d'objets[1]. Le trésor est alors célèbre dans toute l'Europe. Il fait l'objet de visites et des livrets d'explications sont publiés. À cette époque, il est présenté dans sept grandes armoires de bois.

Malheureusement, la période révolutionnaire causa la disparition d'un grand nombre d'objets, certains fondus pour frapper monnaie, d'autres vendus. Il s'agissait de faire disparaître les insignes de l'Ancien Régime. Seule une centaine de pièces a été préservée en 1791 au profit du cabinet des médailles de la bibliothèque nationale et en 1793 pour enrichir les collections du Louvre.

Pendant le Premier Empire et la Restauration, une tentative de reconstituer le trésor fut faite, notamment par le rachat de pièces historiques, en particulier six calices et cinq patènes de la fin du XVIe siècle et du début du suivant, mais six de ces objets disparurent lors du cambriolage de 1882[2].

Pièces remarquables[modifier | modifier le code]

Nous connaissons l'inventaire du trésor avant la Révolution mais de nombreuses pièces de grande valeur ont aujourd'hui disparu, en particulier presque tous les bijoux royaux et les couronnes de sacre comme celles de Henri IV ou de Louis XII. De nombreuses châsses en métaux précieux ont aussi été perdues.

Objets détruits[modifier | modifier le code]

Parmi les objets détruits, on peut citer les couronnes et sceptres du trésor.

La couronne dite de saint Louis[modifier | modifier le code]

La sainte couronne, dite "couronne de saint Louis", d'après un dessin du XVIIe - XVIIIe siècle de la collection Gaignières

Il existait à la fin du XIIIe siècle dans le trésor de Saint-Denis une couronne d'or fleurdelisée et gemmée qui était déjà réparée : sur au moins la moitié de sa circonférence, elle était doublée intérieurement d'une plaque métallique[3].

Cette couronne royale était dite abriter une épine de la couronne de Jésus-Christ et constituait avec le saint clou une des pièces principales du trésor de l'église. L'épine était placée sous un énorme cabochon qu'on nommait rubis, mais qui était un rubis balai ou spinelle de 278 carats métriques. D'après Suger, cette épine était un don de Louis VI à l'église de Saint-Denis lui venant de sa grand-mère Anne de Kiev. L'émeraude au centre de la fleur de lis centrale est de nos jours au Muséum national d'histoire naturelle à Paris[4].

Au Moyen Age, on appelait cette couronne reliquaire sainte couronne ou couronne d'épines puis on prit l'habitude de l'appeler couronne de saint Louis[4]. Elle servit pour le sacre de Jean II et celui d’Anne de Bretagne[5].

Cette couronne était portée en procession quand on célébrait l'obit ou la messe solennelle d'un roi. Déposée à l'autel des Saint Martyrs en compagnie d'autres reliques (saint clou, bras de saint Siméon), la couronne fut ensuite déposée sous l'Ancien régime dans une armoire du trésor[5]. Cette couronne fut représentée sur deux tableaux : "La messe de saint Gilles" et "La Vierge de la famille de Vic".

Les couronnes du sacre dites de Charlemagne[modifier | modifier le code]

Le 14 août 1193, le roi Philippe Auguste épouse en seconde noce Ingeburge de Danemark. Le lendemain, elle est sacrée ; pour l'occasion le roi porte couronne. En 1223, le roi lègue par un testament (conservé à l'abbaye) sa couronne ainsi que celle de la reine au trésor de Saint-Denis. Peu après Louis VIII et Blanche de Castille sont couronnés à Reims avec ces deux couronnes. Le roi ne respecte pas les volontés de son père et décide, moyennant une importante somme d'argent donnée aux moines, de récupérer les deux couronnes. En 1226, Louis IX monte sur le trône. En 1261, ce dernier décide de rendre définitivement à l'abbaye de Saint-Denis les deux couronnes indiquant par un texte qu'elles furent faites pour le sacre des rois et des reines et que les jours de fête solennelle elles soient suspendues par des chaînettes au-dessus de l'autel matutinal[6]. C'est ainsi que ces deux couronnes du roi et de la reine furent intégrées au trésor de l'église.

L'inventaire du trésor de 1534 donne une description précise de la couronne du roi : elle était d'or massif et pesait avec l'ensemble des pierres du bonnet et des chaines d'argent près de quatre kilogrammes. Cette couronne possédait une coiffe intérieure de forme conique et qui était surmontée par un rubis de 200 carats. C'est le roi Jean II qui fit réaliser cette coiffe de couleur cramoisie. En 1547, Henri II fit refaire un nouveau bonnet doublé de satin. En 1590, le duc de Mayenne s'empare de la couronne et la fond pour en tirer de l'argent et financer la Ligue catholique.

Par la suite, c'est la couronne de reine qui était quasiment identique qui servit pour les sacres. Ces deux couronnes furent appelées successivement[7] "couronne de Charlemagne".

La couronne d'Henri IV[modifier | modifier le code]

Cette couronne réalisée pour le sacre d'Henri IV à Chartres était à 12 demi-arches ornées de feuilles, 6 avec fleurs de lys, 6 avec feuille de persil ; 6 émaux rouges et 6 émaux bleus, imitant rubis et saphirs, étaient séparés par des boules d'émail blanc imitant des perles[8].

Les sceptres[modifier | modifier le code]

La Madone de Vic. Le roi à droite serait Charlemagne, il porte le sceptre de Charles V, la couronne de saint Louis, l'épée Joyeuse, la grande agrafe et les éperons d'or. Tableau de Frans Pourbus le Jeune, chapelle de Vierge de l'église Saint-Nicolas-des-Champs, Paris.

Parmi les regalia détruits ou disparus, on peut citer plusieurs sceptres royaux dont :

Ainsi que le Fermail de la Chappe ou grande agrafe (c'était un losange d'or environné de perles, avec une fleur de lys fleurdelisée d'or, enrichi de rubis balais, utilisé pour retenir le manteau du sacre[9]), tel qu'on peut le voir sur le tableau La Madone de Vic.

Objets encore existants[modifier | modifier le code]

Souvent constitués de parties antiques réutilisées, d'éléments de différentes époques assemblés, restaurés et modifiés au cours du temps, la classification proposée ici des objets encore existants est purement indicative.

  • Autres objets :
    • Le fermail de saint Louis agrafe assez semblable au fermail du sacre disparu, conservé au musée du Louvre.

Galerie[modifier | modifier le code]

Quelques éléments encore existants du trésor.

Autres trésors liturgiques médiévaux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Danielle Gaborit-Chopin, notice mise à disposition du public au musée du Louvre.
  2. Reconstituer le trésor de Saint-Denis ? Les acquisitions d'orfèvrerie ancienne (XVIe et XVIIe siècles) sous la monarchie de juillet CNRS : numérisation du Bulletin de la Société française d'archéologie, Paris, (1834).
  3. Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 291.
  4. a et b Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 292.
  5. a et b Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 293.
  6. Charte de mai 1261 faite à La Neuville-en-Hez, Archives nationales, K31, n° 16, plusieurs éditions dont une du XVIIIe siècle (avec des inexactitudes de transcription) accessible sur google books : Traité historique et chronologique du sacre et couronnement des rois..., p. 209.
  7. Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 294.
  8. Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 303.
  9. Pinoteau p303. Il fut vendu en 1798.
  10. British Museum [1]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dom Michel Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys en France - Chapitre III - Description du Trésor des Saintes Reliques, p. 536-545, Chez Frédéric Léonard, Paris, 1706 (lire en ligne)
  • Pierre Martin, Le Trésor de l’Abbaye Royale de S. Denis en France, Qui comprend les Corps saints et autres Reliques précieuses qui se voyent tant dans l’Église, que dans la salle du Trésor. À Paris, De l’Imprimerie de J. Chardon. 1752. - [lire en ligne]
  • Blaise de Montesquiou-Ferenzac, Le trésor de Saint-Denis, Documents divers, avec la collaboration de Danielle Gaborit-Chopin. Paris, Picard, 1977. In -4°, XVI-599 pages et Blaise de Montesquiou-Ferenzac et Danielle Gaborit-Chopin. Le trésor de Saint-Denis. Planches et notices. Paris, Picard, 1977. In-4°, XII-171 pages, 114 planches - [lire en ligne]
  • Gaborit-Chopin, D. « Le trésor aux XIIe et XIIIe siècle », dans Les Dossiers d'archéologie, mars 2001, no 261.
  • Gaborit-Chopin, Danielle « Le trésor au temps de Suger », dans Les Dossiers d'archéologie, mars 1991, no 158.
  • Laffitte, M.-P. « Les plus beaux manuscrits à peintures du trésor de Saint-Denis », dans Les Dossiers d'archéologie, mars 2001, no 261.
  • Laffitte, Marie-Pierre « Les plus beaux manuscrits à peintures du trésor de Saint-Denis », dans Les Dossiers d'archéologie, mars 1991, no 158.
  • Vallet, Françoise « L'étude des pièces d'orfèvrerie rehaussées de grenats », dans Les Dossiers d'archéologie, octobre 2004, no 297.
  • Collectif, Le trésor de Saint-Denis, catalogue de l'exposition au musée du Louvre du 12 mars au 17 juin 1991, Réunion des musées nationaux, 380 pages. - (ISBN 2711823504)
  • Brigitte Lainé, Michèle Bimbenet-Privat, Reconstituer le trésor de Saint-Denis ? Les acquisitions d'orfèvrerie ancienne (XVIe et XVIIe siècles) sous la Monarchie de Juillet, p. 195-207, Société française d'archéologie, Bulletin monumental, 2007, no 165-2 ( Lire en ligne )

Liens externes[modifier | modifier le code]