Abdoul Kader Kane
| Abdoul Kader Kane | |
| Titre | |
|---|---|
| Almamy du Fouta-Toro | |
| – (31 ans) |
|
| Élection | 1776 |
| Prédécesseur | Sule Bubu Gaissiri (dynastie des Deniankés) |
| Successeur | Moukhtar Ibn Siré Koudeeja Talla |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Abdalkadir ibn Hamadi Torodo Kan |
| Date de naissance | Entre 1726 et 1728 |
| Lieu de naissance | Pafa Warma (Royaume du Saloum) |
| Date de décès | |
| Lieu de décès | Gouriki (Imamat de Fouta-Toro) |
| Nature du décès | Assassinat |
| Religion | Islam |
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Abdoul Kader Kane (ou Abdul Qadir Kan) est un chef religieux et militaire, le premier Almamy du Fouta-Toro, un ancien royaume de la vallée du fleuve Sénégal, qu'il dirigea de 1776 à sa mort en 1807.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines et formation
[modifier | modifier le code]Abdoul Kader Kane naquit à Pafa Warna, dans le Saloum, où son père était enseignant. Il était issu d'une lignée d'érudits islamiques ; son grand-père Lamin avait accompli le pèlerinage à La Mecque et son père Hamady avait étudié le Coran au Fouta-Djalon.
Il fit ses premières humanités au Boundou et en Mauritanie et poursuivit ses études supérieures dans le daara de Coki dans le Ndiambour auprès de Moktar Ndumbe Diop puis dans l'université de Pir Sagnokhor (aujourd'hui Pire Goureye) fondée par Khaly Amar Fall. Avant d'accéder au pouvoir politique, Kane était un cadi indépendant à Appe, dans le Boundou.
En 1776, aux côtés de Souleymane Baal lors de la révolution Torodo, Abdoul Kader Kane renverse la dynastie Denianké, créée par Koli Tenguella même si il ne participait pas initialement à la révolte.
Almamy du Fouta-Toro
[modifier | modifier le code]Abdoul Kader Kane était l'un des candidats au titre d'Almamy à la succession de Souleymane Baal, qui avait mené la révolte ayant renversé la classe dirigeante Denianké. Selon l'historien Rudolph T. Ware III (en), sa nomination intervint après le refus d'un autre religieux, et Kane hésita jusqu'à la mort de Souleymane au combat en 1776. Ware attribue cette hésitation à la « distance pieuse » que les religieux sénégambiens observaient traditionnellement vis-à-vis du pouvoir politique. Robinson cite une tradition qu'il qualifie de plus obscure, selon laquelle Abdoul Kader Kane aurait été élu après une période plus longue de confusion politique, et que les dirigeants torodbe hésitaient à élire un chef en tant qu'Almamy, ce qui aurait constitué une déclaration explicite de leur volonté d'établir un État islamique séparé.
Abdoul Kader Kane fut intronisé Almamy en 1776, à l'âge d'environ cinquante ans. Robinson décrit une « remarquable continuité avec les installations de Denianké et des similitudes avec les procédures adoptées dans l'État musulman du Fouta-Djalon » : Kane fut maintenu en isolement pendant une semaine, durant laquelle des sacrifices de bétail furent offerts en son nom. Un religieux, ancien conseiller du régime précédent, lui remit ensuite un turban symbolisant sa fonction. Au moins cinquante chefs lui prêtèrent serment de fidélité lors de cette cérémonie. Selon une source, celle-ci comprenait la récitation intégrale du Coran, des Ishriniyyat et des Dala'il al-Khayrat, Kane faisant promettre aux religieux qui les récitaient de le corriger s'ils constataient qu'il ne respectait pas les préceptes de chaque ouvrage. Ces informations proviennent d'un récit citant un document ancien aujourd'hui disparu.
Après son accession au pouvoir, Abdoul Kader Kane établit sa capitale à Thilogne. Son premier acte fut de vaincre les Maures Brakna. Le dernier Saltigi Denianké, Sule Bubu Gayssiri, résistait encore dans l'ouest du Fouta-Toro. Kane et les forces réformistes subirent plusieurs défaites en tentant de le soumettre, mais après sa mort accidentelle, ils acceptèrent d'accorder aux Denianké une certaine autonomie dans la région. En 1785, il se tourna vers le royaume du Djolof et vainquit le Bourba Mba Kompaas.
Dans The Walking Qur'an, Rudolph T. Ware explique en détails que l'objectif principal de Kane était de combattre l'esclavage dans le Fuuta Toro et ses environs. En 1786, désormais allié aux Brakna, il se dressa alors contre les Maures Trarza qu'il vainquit près de Dagana, tuant leur émir Ali Kouri, et dont il mit fin à leur pratique d'esclavage et d’extorsion au Fuuta. Kane consolida également le pouvoir clérical, plaçant l'administration territoriale de fidèles partisans qui établirent progressivement des fonctions héréditaires d'électeurs.
Les souverains des royaumes voisins Ceddo du Waalo et du Cayor avaient initialement accepté de suivre l'interprétation de l'islam proposée par Kane. En 1790, un nouveau damel-teigne, Amari Ngone Ndela, monta sur le trône de Cayor et revint sur sa décision. Un soulèvement de la classe locale des marabouts fut réprimé, et de nombreux rebelles furent réduits en esclavage. En 1796, Abdoul Kader, allié au royaume du Djolof, marcha à la tête de la plus grande armée jamais vue en Sénégambie pour venger la défaite et réaffirmer son influence au Cayor. En réponse, le damel empoisonna les puits de ses provinces orientales, de sorte que lorsque l'armée de Torodbe émergea du désert du Ferlo, elle n'y trouva ni eau ni nourriture. L'armée de l'Almamy fut mise en déroute lors de la bataille de Bounghoye qui s'en suivit, et Abdoul Kader lui-même fut capturé.
Il fut prisonnier au Cayor pendant trois mois durant lesquels son érudition et sainteté fascina le damel et son peuple. De retour au Fouta-Toro après sa libération par le damel-teigne Amari Fall, il fit face à plusieurs défis en provenance des princes Denianké du Fuuta qui, maintenant, ne voulaient plus reconnaître son autorité. Kane conduisit également de nombreuses expéditions militaires contre le Boundou (Ɓunndu), un royaume toucouleur, et contre les Maures Trarza, là où Souleymane Baal trouva la mort. Il a beaucoup contribué à l'installation du régime Torodo et il est connu pour ses réformes et la politique sociale et économique initiée par Souleymane Baal. Beaucoup le considèrent comme le premier Almamy du Fouta-Toro.
Abdoul Kader Kane connut également beaucoup de désaccords avec la ville de Saint-Louis, où résidaient de nombreux commerçants européens, car il voulait que celle-ci cesse la pratique de l'esclavage menant des raids répétés sur le Fouta-Toro entre 1804 et 1806. Il voulait aussi que les bateaux et leurs marchandises, ainsi que leurs produits traversant son État par le fleuve, en provenance de Saint-Louis, soient fouillés systématiquement.
Mort
[modifier | modifier le code]Il est assassiné le à la suite d'un complot contre lui, organisé par les Jagoordo. Les Jagoordo étaient les membres de l'assemblée qui élisaient l'Almamy. Après sa mort, les Torodo, divisés par leurs perpétuels désaccords, se scindent en cinq familles, parmi lesquelles sont élus les Almamy (Almaami). Le peuple ne vote plus, c'est le retour à la monarchie absolue du temps Denianke, malgré l'interdiction formelle de l'esclavage et du régime des castes qui continue de prospérer. Cela dura jusqu'en 1881, date à partir de laquelle les colons commencèrent à affluer dans le Fouta. Ils parviendront à s'emparer de l'État de manière progressive à la fin du XIXe siècle.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) James P. Johnson, The Almamate of Futa Toro, 1779-1836. A Political History, Madison, University of Wisconsin, 1974, 513 p. (thèse)
- (en) David Wallace Robinson Jr, « Abdul Qadir and Shaykh Umar: a continuing tradition of Islamic leadership in Futa Toro », The International Journal of African Historical Studies, vol. 6, n° 2, 1973, p. 286-303
- (en) Roy Dilley, Islamic and caste knowledge practices among Haalpulaar'en in Senegal: between mosque and termite mound, Edinburgh University Press for the International African Institute, Edimbourg, Londres, 2004, 270 p. (ISBN 978-0-7486-1990-0)
- (en) Nagendra Kr Singh, International encyclopaedia of islamic dynasties: a continuing series (vol. 7, Arab, Armenia), Anmol Publications Pvt. Ltd., New Delhi, 2000, p. 212 (ISBN 978-81-261-0403-1)
- Oumar Kane, La première hégémonie peule : le Fuuta Tooro de Koli Teŋella à Almaami Abdul, Karthala, Presses universitaires de Dakar, 2004, 672 p. (ISBN 978-2-84586-521-1)
- Rudolph T. Ware III, Le Coran ambulant : éducation islamique, savoir incarné et histoire en Afrique de l’Ouest, Chapel Hill : University of North Carolina Press, 2014 (ISBN 978-1-4696-1431-1)
- Institut Fondamental de l'Afrique Noire. Exposition Musée Historique de Gorée (août 2024).
- Clark, Andrew Francis; Philips, Lucie Colvin (1994). Historical Dictionary of Senegal (2e éd.). Londres : Scarecrow Press. pp. 177–179.
- Boulègue, Jean (1999). "Conflit politique et identité au Sénégal : la bataille de Bunxoy (c. 1796)". Histoire d'Afrique : les enjeux de mémoire (in French). Paris: Karthala. pp. 93–99. (ISBN 978-2-86537-904-0)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Baïla Wane, « Le Fuuta Tooro de ceerno Suleymaan Baal à la fin de l’Almamiyat (1770-1880 », Revue sénégalaise d'histoire, 1981, 2,1 38-50 histoire-ucad.org (Département d'Histoire de l'Université Cheikh Anta Diop)lien en japonais, archive introuvable