Affaire Didier Gentil

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Affaire Gentil
Fait reproché Enlèvement de mineur de moins quinze ans
Viol d'une mineure de moins de quinze ans
Homicide
Chefs d'accusation Viol d'une mineure de moins de quinze ans
Assassinat
Pays Drapeau de la France France
Ville La Motte-du-Caire
Nature de l'arme Arme de jet
Type d'arme Pierre
Date
Nombre de victimes 1 : Céline Jourdan
Jugement
Statut Affaire jugée : Didier Gentil condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'un période de sûreté de 28 ans
Richard Roman acquitté ; libéré le  ; indemnisé à hauteur de 100 000 francs le
Tribunal Cour d'assises de l'Isère
Formation Cour d'appel de Grenoble
Date du jugement

L'affaire Didier Gentil, appelée pendant un temps affaire Richard Roman, est une affaire criminelle française qui s'est déroulée à La Motte-du-Caire, dans les Alpes-de-Haute-Provence, en .

Biographies[modifier | modifier le code]

Didier Gentil[modifier | modifier le code]

Didier Gentil est né le à Arnay-le-Duc, en Côte-d'Or. Il a deux frères. Son père est balayeur aux chantiers navals de La Ciotat, et sa mère femme de ménage dans un hôpital de Marseille. Après le divorce de ses parents en , l'enfant vit avec ses frères chez sa mère, à Marseille, avant d'être confié à la DDASS par ordonnance du juge des enfants. Il est placé successivement dans au moins une dizaine de foyers jusqu'à sa majorité. Il est vite remarqué pour son inadaptation à la vie communautaire et à l'effort scolaire. Il commet des vols et des fugues répétées. Pratiquement illettré, il est surnommé « le Tatoué ». À vingt-cinq ans, il arrive à La Motte-du-Caire, où il est hébergé par Richard Roman, qui l'emploie comme ouvrier agricole saisonnier.

Richard Roman[modifier | modifier le code]

Richard Roman
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 48 ans)
AnnecyVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Joseph RomanVoir et modifier les données sur Wikidata

Richard Roman est né le à Ambilly en Haute-Savoie. Il est décédé en 2008 d’une surdose de médicaments. Fils d'un militaire de carrière et d'une infirmière, c'est le benjamin de la fratrie. Son frère aîné est le philosophe Joël Roman. Son autre frère, Thibaud, est technicien vétérinaire et chercheur en biologie moléculaire. Richard est titulaire d'un diplôme d'ingénieur agronome de l'Institut supérieur agricole de Beauvais. En 1984, grâce à un prêt consenti par sa mère, Richard, néorural, quitte Paris et achète la Bergerie des plaines, une maison en ruines à cinq kilomètres de La Motte-du-Caire. Doté d'une forte sensibilité écologique, il s'installe comme éleveur en montagne. Vivant en hiver sous un tipi qui se dresse devant sa maison, il reçoit chez lui des marginaux. Son mode de vie original lui vaut d'être surnommé « l'Indien » par les habitants du village.

Les faits[modifier | modifier le code]

Le mardi , Gilbert Jourdan, qui tient le café-restaurant de la Poste, au centre de La Motte-du-Caire, sort vers 20 heures pour demander à sa fille Céline, qui joue à l'extérieur, de rentrer. Celle-ci, âgée de sept ans, vit en temps ordinaire avec sa mère Joëlle Maurel à Sanary-sur-mer, mais se trouve depuis quinze jours en vacances avec son frère chez leur père (les parents ont en effet divorcé). Or Céline demeure introuvable. Après de vaines recherches, Gilbert Jourdan alerte la gendarmerie vers 21 heures. La fillette est retrouvée le lendemain sans vie à 14 h 40, dans un taillis, à quelques centaines de mètres de La Motte-du-Caire. Dévêtue à mi-corps, elle n'a plus ni chaussures ni sous-vêtements. Il apparaît qu'elle a subi des violences sexuelles et été torturée avant d'avoir la tête écrasée avec une pierre[1].

Didier Gentil et Richard Roman sont rapidement suspectés du fait qu'un témoin affirme avoir vu Gentil tenir la main de la fillette le soir de sa disparition et s'éloigner avec elle vers le chemin menant au camping, et que, d'autre part, Roman héberge Gentil chez lui.

Le soir du , Richard Roman est passé au café de la Poste pour acheter des cigarettes, a bu une bière et est allé se coucher dans sa bergerie[2].

Les deux suspects sont mis en garde à vue. Après une perquisition dans la bergerie, où l'on découvre du haschich, le procureur Paul Weisbuch ouvre une information pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Le , interrogé à propos des traces de sang qu'on a retrouvées sur ses sous-vêtements[3], Gentil confesse le viol de l'enfant au brigadier Jean-Jacques Ramette, chef de la gendarmerie locale, mais désigne Roman comme le meurtrier. Ce dernier avoue le meurtre le après une nuit de garde à vue mais se rétracte dix-huit heures plus tard devant le juge d'instruction de Digne Marc Magnon, invoquant les « pressions » insupportables des gendarmes qui l'ont interrogé. De son côté, Didier Gentil persiste à l'accuser. Le , Marc Magnon inculpe les deux hommes « d'assassinat, séquestration, viol aggravé avec tortures et actes de barbarie »[4].

Le , une tentative de reconstitution des faits en l'absence des inculpés provoque une émeute dans les rues de La Motte-du-Caire en raison de l'émotion extrême suscitée par l'affaire. L'agression dont sont alors victimes les avocats de Gentil et Roman de la part du père et des oncles de Céline contraint le juge d'instruction à interrompre la reconstitution et soulève l'indignation du Syndicat de la magistrature, du Syndicat des avocats de France et du garde des Sceaux[5].

En , le journaliste Lionel Duroy publie une longue contre-enquête dans L'Événement du jeudi. Il dénonce le caractère chaotique de l'instruction, dû notamment au fait que cinq juges se sont succédé en deux ans, souligne que la seule preuve scientifique valable accable Didier Gentil (le prélèvement anal et vaginal de la fillette révélant uniquement l'ADN de son sperme) et soutient la thèse de l'innocence de Roman[6]. Il rappelle également la suspicion collective des habitants du village et des gendarmes qui a pesé d'emblée sur Roman, le marginal, l'homosexuel, le déviant sexuel[7].

Le , le juge d'instruction Yves Bonnet, qui a repris le dossier et constaté que Roman n'a pas eu le temps de participer au crime, compte tenu des déclarations de plusieurs témoins horaires, informe officiellement Joëlle Maurel et Gilbert Jourdan qu'il vient de rendre une ordonnance de non-lieu en sa faveur, alors que l'opinion publique semble à l'époque majoritairement persuadée de sa culpabilité[8]. Les avocats de la famille font appel. Roman quitte la prison des Baumettes après vingt-sept mois de détention provisoire, mais c'est désormais un homme traqué[9] par des membres de la famille de Céline qui ont juré sa mort. Le , la chambre d'accusation de la cour d'Aix-en-Provence ordonne un supplément d'information et annule le non-lieu. Le premier président de la cour d'appel de Toulouse, Jean-Claude Carrié, reprend l'instruction, signe l'acte renvoyant Roman devant la cour d'assises et le place à nouveau en détention le « pour la cessation du trouble à l'ordre public que sa libération a causé ainsi que pour sa propre protection »[10].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès s'ouvre le devant la cour d'assises de l'Isère. La défense de Richard Roman est assurée par Henri Leclerc[11], Alain Molla et Muriel Brouquet-Canale, et celle de Didier Gentil par François Saint-Pierre et Henri Juramy. Raoul Légier est l'avocat de Joëlle Maurel. L'avocat général est Michel Legrand.

Lors des audiences, un témoin horaire[Quoi ?], Christian Célérier, rapporte que les gendarmes l'ont contraint à modifier son témoignage pour ne pas « aider un salaud »[12] et à dire avoir vu Roman descendre au village non pas vers 21 heures 30 mais une heure plus tôt. Michel Legrand pousse Didier Gentil dans ses retranchements et le ce dernier, après s'être confié à François Saint-Pierre, revient sur ses déclarations, assume seul le crime et demande pardon à Richard Roman, dont le procureur de la République demande alors l'acquittement. Le , Gentil est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de vingt-huit ans, et Roman acquitté après plusieurs années de détention provisoire[13]. Trois semaines de procès et de tensions ont donc abouti à l'incarcération de Gentil, condamné à perpétuité, et à l'acquittement de Roman, qui est libéré le [14].

Mise en cause de Didier Gentil dans une autre affaire[modifier | modifier le code]

L'enquête sur le meurtre survenu dans un gymnase de Périgueux, le , de Laurent Bureau, un appelé du contingent âgé de dix-neuf ans, permet d'établir la présence sur les lieux de Didier Gentil et de Francis Heaulme.

Les intéressés sont mis en examen, puis jugés par la cour d'assises de Périgueux. L'enquête n'ayant pas permis de déterminer lequel des deux a tué le jeune homme, ils seront acquittés le .

Suite et conséquences pour Richard Roman[modifier | modifier le code]

Richard Roman, libéré, reçoit 100 000 francs d'indemnisations de la Commission nationale de réparation de la détention provisoire[15]. Il effectue plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. Le reste du temps, il erre dans les rues d'Annecy, où il « vivote » et est bien connu des services sociaux et de police. Alors qu'il est devenu toxicomane et complètement marginal, plusieurs fois menacé de mort, les médicaments et les drogues qu'il consomme ont fini par endommager gravement son état de santé[16].

Il est retrouvé mort à son domicile le . L'autopsie ordonnée par le parquet d'Annecy permet d'établir que le décès est dû à l'absorption d'un mélange de médicaments et de stupéfiants. L'enquête écartera l'hypothèse d'un suicide, formulée par certains journaux,[17] pour conclure à une mort accidentelle « sans qu'on puisse parler d'overdose »[18],[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Lulu.com, , p. 70.
  2. Henri Leclerc, Un combat pour la justice, La Découverte, , p. 221.
  3. Dominique Conil, Notre justice, Flammarion, , p. 169.
  4. Michel Pascal, op. cit., p. 71.
  5. Michel Pascal, op. cit., p. 71-72.
  6. Dominique Conil, op. cit., p. 191.
  7. Dominique Conil, op. cit., p. 222.
  8. Michel Pascal, op. cit., p. 72.
  9. La veille de Noël 1991, il est agressé et affirme avoir reconnu le père de Céline, mais sa plainte contre X est classée, comme le signale Henri Leclerc, op. cit., p. 223.
  10. Dominique Conil, op. cit., p. 227.
  11. Dominique Simonnot, « Henri Leclerc : 50 ans de plaidories] », sur Libération, .
  12. Renaud Leblond, « L'instruction en procès », sur L'Express, .
  13. Michel Pascal, op. cit., p. 74.
  14. Dominique Conil, « La liberté retrouvée de Richard Roman : les premières heures de liberté de Richard Roman », sur Libération, .
  15. Jérôme Cordelier, « Le prix de l'innocence », sur Le Point, .
  16. « Richard Roman est mort à Annecy », L'Essor savoyard, 23 juin 2011.
  17. « Affaire Céline Jourdan : Roman se suicide », Le Figaro, 10 juillet 2008.
  18. « Accusé puis innocenté, Richard Roman est mort », La Provence, 11 juillet 2008.
  19. Christian Sauvage, « Mort de Richard Roman, innocent d'un meurtre qu'il avait "avoué" », Le Nouvel Observateur, 12 juillet 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les publications figurant ci-après sont mentionnées dans l'ordre chronologique de leur parution.

  • Comité de soutien à Richard Roman, Richard Roman : un innocent aux assises, Marseille, Comité de soutien à Richard Roman, 1992, 30 p.
  • François Nemours, L'affaire Céline Jourdan, Paris, Fleuve noir, 1992 160 p. (ISBN 2-265-04856-9).
  • Philippe Boudin & Sylvie Turillon, L'affaire de la petite Céline, Monaco, Éd. du Rocher, 1993, 376 p. (ISBN 2-268-01519-X).
  • Jacques Zimmer, L'affaire Roman, Paris, J'ai lu, 1994, 253 p. (ISBN 2-277-07080-7).
  • Dominique Conil, Notre justice, Paris, Flammarion, 1995, 381 p. (ISBN 2-08-066922-2).
  • Gilbert Jourdan & Robert Daranc, L'affaire Céline : une justice sous hypnose médiatique, préface de Gilbert Collard, Mallemoisson, Éd. de Haute-Provence, 1995, 244 p. (ISBN 978-2-84184-003-8) [les auteurs ont permis de télécharger le PDF de ce livre à l'adresse http://celinejourdan1.free.fr/].
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles : 1969-2009, [s.l.], Lulu.com, , 207 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2, présentation en ligne) [consacre un chapitre à l'affaire Céline Jourdan].
  • Michel Legrand, Les secrets d'un juge, Paris, Fayard, , 302 p. (ISBN 978-2-213-67888-7, présentation en ligne).

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Émission radiophonique[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]