Représentation du Christ en croix

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Christus triumphans, crucifix de l'école ombrienne, XIIe siècle
Christus patiens, icône de l'école de Novgorod avec une deuxième traverse sur la croix représentant le suppedaneum.
Christus dolens, crucifix de Cimabue
Exemple de scène complémentaire latérale en tabellone des extrémités de la croix.
Soppedaneo de l'embase.
Crucifix chantourné de Segna di Bonaventura, musée des beaux arts Pouchkine de Moscou.
Bas de la croix :
Stylisation du Golgotha avec crâne d'Adam
Cartel de la signature du peintre.

La représentation du Christ en croix concerne l'iconographie christologique de la représentation de Christ seul sur la croix ; on parle alors de « Crucifix peint » ou de « Croix peinte » (croce dipinta e sagomata soit « croix peinte et chantournée »). La représentation du Christ en croix a été également traduite sur des supports comme la sculpture, la photographie, le cinéma ou la vidéo.

À l'origine, cette représentation s'est opérée par des peintures sur des crucifix peints, pour la période byzantine, à tabelloni[1] et a obéi, suivant les époques, à plusieurs conventions (détails de la face, de la posture du corps du Christ) selon l'intention de représenter :

  • Le Christ comme personnalité divine en Christ triomphant (Christus triumphans), durant tout le Moyen Âge,
  • Le Christ mort (Christus patiens, résigné), de la peinture byzantine dite « manière grecque » (Χριστος πασχον),
  • Le Christ humanisé donc souffrant dans le supplice (Christus dolens), initié par les primitifs italiens à la pré-Renaissance.

Distinguo[modifier | modifier le code]

La scène complète peinte sur un tableau unique avec ses attributs : présence de Marie, de Jean, de Marie-Madeleine, des larrons, des soldats, du mont Golgotha... est appelée une crucifixion.

Typologie des croix peintes[modifier | modifier le code]

Suivant E. G. Garrison[2] elle peut être distinguée en cinq sortes, suivant la forme, l'iconographie, l'influence du peintre ou du courant artistique :

  1. La croix simple, issue des plus anciennes pectorales et processionnelles
  2. La croix avec tabellone central (panneau des flancs du Christ) portant les personnages de la Crucifixion, l'Ascension en haut (Ombrie).
  3. La croix avec tabellone central de la Crucifixion, avec bas en forme de calice (Lucques).
  4. La croix avec tabellone central sans les figures en pied de la Crucifixion (Pise).
  5. La croix avec tabellone central décoré de motifs géométriques,
    et tabelloni[3] aux extrémités de la potence, avec figures de Marie et de Jean (Giunta Pisano, Assise).

En général (les artistes usant d'un modèle ou d'un autre) les scènes figurées, quand elles existent, sont disposées :

  • deux le long des flancs du Christ semblables parties visibles d'un panneau unique (le tabellone) derrière le corps du Christ.
  • deux aux extrémités latérales du patibulum horizontal.
  • une au sommet, en cimaise au-dessus du titulus avec son inscription INRI limitée ou détaillée.
  • cette dernière est parfois surmontée en clipeus d'une représentation supplémentaire (ronde).
  • celle du bas, le soppedaneo, représentant symboliquement l'embase de la croix fiché dans le sol du Golgotha ; les représentations plus tardives représenteront le sol plus figurativement par des rochers, la symbolique se trouvant dans la figuration du crâne d'Adam (source originelle du « vrai » bois de la croix[4].

On verra des cartels de la signature du peintre sur certains panneaux du bas de la croix.

Typologie des postures du Christ sur les crucifix peints[modifier | modifier le code]

Christus triumphans, Christ triomphant[modifier | modifier le code]

Christ vivant détaché des souffrances de la Croix (art paléochrétien et préroman) :

  • Tête relevée (quelquefois tournée vers le ciel),
  • yeux ouverts,
  • corps droit,
  • du sang peut s'écouler des plaies.

Ces représentations sont parfois appelées Croix glorieuses, comme celles du plat de reliure en ivoire de Narbonne, dans le trésor de la cathédrale Saint-Just ou du Musée de Cluny.

Sur la porte en bois de l'Église Sainte-Sabine de Rome (Ve siècle), la crucifixion à l'angle supérieur gauche, serait l'exemple le plus ancien d'une telle représentation[5]. Devant une muraille rappelant Jérusalem, un Christ athlétique, vêtu du subligaculum, est entouré des deux larrons au visage imberbe. « Les croix sont étrangement absentes. Le visage du Christ est de type syro-palestinien, barbu, entouré d'une longue chevelure. Les bras ont la position de l'orant… Les paumes des mains tournées vers le spectateur font voir la tête arrondie des clous... Les pieds des trois crucifiés reposent sur l'encadrement du bas et ne sont pas cloués[6] »

À partir du VIe siècle, la croix est régulièrement associée aux représentations du Christ[7].

Dans la Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, primitivement dédiée à Saint-Genès, une peinture, probablement d'origine orientale, montre un christ imberbe, ceint seulement du subligaculum, pagne d'athlète typique de l'Antiquité romaine. Cette figure du crucifié quasi nu, de type hellénistique, va disparaitre au cours du VIe siècle. Grégoire de Tours raconte en 593 dans son De Gloria Martyrium que le Christ apparut en songe par trois fois à un prêtre nommé Basil, pour en dénoncer la nudité et le menacer de mort s'il ne la couvrait pas.

Dans les représentations postérieures, le Christ est presque toujours vêtu du colombium, tunique sans manches qui disparaît ensuite au profit du perizonium[8].


L'art chrétien en occident jusqu'au début du XIIIe siècle manifeste sa préférence pour cette formule, et le Crucifié vivant continue d'être attesté jusqu'au XVIe siècle[9].

Exemples typiques 

Christus patiens, Christ résigné[modifier | modifier le code]

Christ mort (kénose) de la représentation orientale (byzantine) montrant les déformations dues aux sévices infligés :

  • Face tournée, émaciée saisie par la mort dans une pose sereine,
  • yeux fermés du masque mortuaire,
  • affaissement du corps,
  • plaies saignantes (mains, pieds et flanc).
Exemples typiques

Christus dolens, Christ souffrant[modifier | modifier le code]

Suivant les préceptes franciscains de l'humanisation des personnages divins de la Passion :

  • La tête baissée sur l'épaule
  • les yeux fermés soit absents, soit énucléés (orbites vides),
  • marques de douleur sur le visage,
  • la bouche est incurvée vers le bas,
  • les plaies sont saignantes (mains, pieds et flanc droit)
  • Le corps tordu déhanché, arqué dans un spasme de douleur, subissant son poids terrestre,
  • schématisation des muscles et des côtes.
Exemples typiques

Croce sagomata e dipinta[modifier | modifier le code]

Pour exprimer plus de plasticité (et plus économique que la sculpture[13]), en Italie, la fin de la peinture byzantine, avec ses crucifix à tabellone, s'opère d'abord par des Croce sagomata et dipinta, des crucifix sans relief, silhouettés, chantournés et peints, comme ceux exécutés par Lorenzo Monaco, pour l'hôpital Santa Maria Nuova de Florence (conservés aujourd'hui à la Galleria dell'Accademia de Florence)[14].

Quelques artistes ayant usé de ces iconographies et désignations[modifier | modifier le code]

Maître de Benediktbeurer, Crucifixion

Certains maîtres anonymes ont reçu leur nom de convention d'abord par une croix peinte qui ne disposait pas d'une autre attribution :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Scènes complémentaires ajoutées aux extrémités de la croix
  2. E. G. Garrison... ref en bibliographie
  3. Bien que le tabellone (terme italien pour « panneau ») soit initialement au sens strict le panneau central autour du corps du Christ dans le cas des croix peintes, on utilise également le terme pour les scènes peintes aux extrémités de la croix.
  4. La Légende dorée de Jacques de Voragine
  5. (en) Mary Joan Winn Leith, Allyson Everingham Sheckler, « The Crucifixion Conundrum and the Santa Sabina Doors », Harvard Theological Review, vol. 103, no 1,‎ , p. 67–88 (DOI 10.1017/S0017816009990319).
  6. Jacques de Landsberg, L'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance du Livre, , p. 51.
  7. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Cunningham 2005
  8. François Boespflug, La Crucifixion dans l’art : Un sujet planétaire, Bayard Editions, , 559 p. (ISBN 978-2-227-49502-9), p. 74
  9. François Boespflug, La Crucifixion dans l’art : Un sujet planétaire, Bayard Editions, , 559 p. (ISBN 978-2-227-49502-9), p. 68
  10. Catalogue des manuscrits enluminés
  11. Cloisters, New York
  12. auteur inconnu
  13. Web Gallery Of Art notice sur le « Cut-out Crucifix » de Lorenzo Monaco
  14. Notice de l'encyclopédie de bseditions
  15. National Gallery of Vivtoria

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Leclerq, « Croix et Crucifix » in Dictionnaire d’Archéologie Chrétienne et de Liturgie. 3 (1914) 3045-3131.
  • Pierre Mornand, Le Visage Du Christ. Duccio. Giotto. Torriti. Cimabue. Bellini. Antonello De Messine. Masaccio. Fra Angelico. Memling. Van Der Goes. Van Der Weyden. Metsys. Van Orley. De Gand. Francke. Grunewald. Cranach Le Vieux. Morales. Botticelli. Rubens. Bibliothèque des Arts, 1942
  • Jacques de Landsberg, Didier Martens, L'Art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Publié par Renaissance Du Livre, 2001 (ISBN 2804604985 et 9782804604981)
  • Gilles Chazal, La Représentation du visage du Christ. Des origines à Rouault. conférence, 2003
  • L. Ouspensky, Théologie de l’icône dans l’Église orthodoxe, Cerf, 1982
  • E. B. Garrison, Studies in the History of Mediaeval Italian Painting, 1953-1962, L'Impronta (ASIN B006QOH17Y)
  • François Boespflug, La Crucifixion dans l’art : Un sujet planétaire, Bayard Editions, , 559 p. (ISBN 978-2-227-49502-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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