Périzonium

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Ostension du périzonium[1] dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle.

Le périzonium ou perizonium[2] [peʁizɔnjɔm] (du grec: περίζωμα, autour de la ceinture), est un pagne qui servait de caleçon durant l'Antiquité. Ses plus anciennes attestations remontent à la civilisation minoenne dans l'île de Crète[3].

Appelé aussi Saint Pagne ou pagne de pureté, il désigne avec cette dénomination le morceau d’étoffe qui aurait servi à cacher la nudité de Jésus de Nazareth en croix.

Historicité du périzonium au cours de la crucifixion[modifier | modifier le code]

Avec son Crucifix de Santo Spirito, Michel-Ange est un des rares artistes à représenter Jésus nu sur la croix.

Il est probable que lors de la crucifixion, les bourreaux romains aient retiré le michrasim, le caleçon en toile de Jésus, mais il est moins vraisemblable qu'ils l'aient recouvert de ce pagne afin de respecter la pudeur juive (humiliation supplémentaire de la part des Romains, la dénudation est complète comme pour la flagellation[4]).

L'évangile de Nicodème composé au IVe siècle évoque cet attribut : « Jésus sortit du prétoire accompagné des deux larrons. Lorsqu'ils furent sur place, on le dépouilla de ses vêtements, on le ceignit d'un linge et on lui posa une couronne d'épines sur la tête[5] ». La représentation du périzonium par les artistes n'apparaît qu'à partir du VIIIe siècle[6].

Relique[modifier | modifier le code]

Selon le récit légendaire de retour de Jérusalem de Charlemagne appelé Descriptio[7], il est raconté que le roi de Constantinople lui aurait offert des reliques de la Passion (Saint-Suaire, un clou et un morceau de bois de la Vraie Croix, la Sainte Lance et le périzonium) et d’autres reliques d’importance (langes de Jésus, chemise de la Vierge). La relique du périzonium est toujours conservée dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, les autres ayant été transférées en 876 par Charles II le Chauve à l'abbaye royale de Saint-Denis et l'église Saint-Corneille de Compiègne.

Iconographie[modifier | modifier le code]

La forme du périzonium est importante pour dater la représentation du Christ et permet aussi de symboliser certaines idées à son sujet (ceinture, longueur, etc.).

Dans la Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, primitivement dédiée à Saint-Genès, une peinture, probablement d'origine orientale, montre un christ imberbe, ceint seulement du subligaculum, pagne d'athlète typique de l'Antiquité romaine, alors que la tradition romaine était de crucifier les individus nus[8]. Cette figure du crucifié quasi nu, de type hellénistique, va disparaitre au cours du VIe siècle. Grégoire de Tours raconte en 593 dans son De Gloria Martyrium que le Christ apparut en songe par trois fois à un prêtre nommé Basil, pour en dénoncer la nudité et le menacer de mort s'il ne la couvrait pas. Dans les représentations postérieures, il est revêtu le plus souvent d'un colobium (tunique longue)[9].

Au cours du Moyen Âge, il y eut débat car l'Évangile selon Jean dit que les soldats romains se partagent la tunique du Christ (Jean, 19, 23-24). Les artistes à partir du VIIIe siècle délaissent progressivement le colobium au profit du périzonium qui s'impose vers le XIe siècle, créant différents styles de drapés[10]. Vers la fin du XIIIe siècle, Giotto peint un périzonium transparent qui montre un Jésus sans attribut sexuel, par référence à saint Augustin qui dénie à Jésus Christ la potentia generandi (« puissance sexuelle »), puis au XIVe siècle, le périzonium redevient « opaque et décent »[11]. Il existe néanmoins à la Renaissance des scènes de passion où le Christ apparait nu notamment à l'occasion de sculptures sur bois attribuées à Michel Ange.

Représentations dans les arts[modifier | modifier le code]

Dans l'iconographie chrétienne, le perizonium n'est visible que sur certaines scènes : celles de la Crucifixion et la Déposition de la Croix (voire la Pietà) :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En l'occurrence une pièce de tissu informe maintenue par plusieurs sangles. Source : Joseph Bédier, Les légendes épiques. Recherches sur la formation des chansons de geste, Éditions Honoré Champion, , p. 128.
  2. Notice du Louvre
  3. (it) Giorgio Pallante, Creta e Micene, G. De Vecchi, , p. 152.
  4. Charles Perrot, Jésus, Presses Universitaires de France, , p. 87.
  5. Évangile de Nicodème 10:1
  6. Paul Thoby, Le crucifix des origines au Concile de Trente : étude iconographique, Bellanger, , p. 6.
  7. Robert Folz, Le souvenir et la légende de Charlemagne, Éditions Slatkine, (lire en ligne), p. 179-181
  8. François Bœspflug, Le Dieu des peintres et des sculpteurs : L'Invisible incarné, Éditions Hazan, , p. 138
  9. François Bœspflug, La Crucifixion dans l’art : Un sujet planétaire, Montrouge, Groupe Bayard, , 559 p. (ISBN 978-2-227-49502-9), p. 74
  10. Paul Thoby, Le crucifix des origines au Concile de Trente : étude iconographique, Bellanger, , p. 11.
  11. Jean Wirth, L'image à l'époque romane, Éditions du Cerf, , p. 364

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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