Première Période intermédiaire égyptienne

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La Première Période intermédiaire est une séquence historique de l'Égypte antique marquée par de nombreuses difficultés socio-politiques. Cette période de déliquescence du pouvoir pharaonique, à cheval sur les XXIIe siècle et XXIe siècle avant notre ère, s'étend sur environ cent-cinquante ans entre la fin de l'Ancien Empire égyptien et le début du Moyen Empire égyptien. Elle comprend les obscures VIIe et VIIIe dynasties, sans doute des descendants du roi Pépi II, les IXe et Xe dynasties dites dynasties Hérakléopolitaines, ainsi qu'une partie de la XIe dynastie originaire de Thèbes. On dispose de très peu de monuments de cette période, surtout du début de cette ère.

La Première Période intermédiaire est un temps chaotique où le territoire égyptien se voit partagé en deux zones d'influences. Le Nord en proie à des infiltrations de bédouins originaires du Proche-Orient est plus ou moins bien contrôlé depuis Hérakléopolis une ville de la Moyenne-Égypte. Au Sud, l'autorité appartient aux nomarques de Thèbes qui se sont autoproclamés rois. Ces derniers parvinrent à s'imposer militairement aux termes de nombreux combats et échaufourrées entrainant la réunification de l'Égypte sous le pouvoir du thébain Mentouhotep II.

Chute de l'Ancien Empire[modifier | modifier le code]

Les causes qui ont provoqué la chute de l'Ancien Empire égyptien sont nombreuses, mais certaines restent encore purement hypothétiques. L'une des raisons souvent évoquée est le très long règne de Pépi II (peut-être 94 années), le dernier grand pharaon de la VIe dynastie. Comme il régna depuis son enfance jusqu'à un âge très avancé, il laissa derrière lui une très nombreuse descendance. Ses héritiers, fils et petits-fils, se disputant entre eux le pouvoir, la succession au trône devint problématique, voire chaotique. Le pouvoir monarchique se serait alors désintégré à cause de la mésentente au sein de la famille royale.

Un autre problème majeur fut la montée en puissance des nomarques provinciaux. À la fin de l'Ancien Empire, la fonction de nomarque devint héréditaire. Le pays se morcela alors en plusieurs zones d'influence de type féodal, chaque dynastie provinciale accroissant localement son pouvoir au détriment du pouvoir pharaonique. Les nomarques se seraient jalousés entre eux, entraînant des conflits entre provinces voisines. La troisième raison de la dissolution de la royauté centralisée tient peut-être aussi à une succession de faibles niveaux d'inondation du Nil, liés à un climat devenu plus sec et plus aride. La baisse des rendements agricoles aurait abouti à une période de famine endémique, puis à des troubles sociaux.

Les VIIe et VIIIe dynasties memphites[modifier | modifier le code]

Les VIIe et VIIIe dynasties sont très souvent négligées car les souverains de cette période sont très peu connus. Manéthon, un prêtre et un historien de l'époque ptolémaïque, décrit la VIIe dynastie comme une succession de 70 rois en 70 jours. Il s'agit bien sûr d'une exagération pour décrire la désorganisation de la royauté et la gravité de la situation de ce temps. L'existence de la VIIIe dynastie est plus certaine et compte entre dix-sept et vingt-cinq rois très peu documentés. Il s'agit, peut-être, de descendants de la VIe dynastie. Ils ont la prétention de gouverner tout le pays depuis Memphis mais dans les faits leur influence ne doit certainement pas dépasser les murs de leur ville. Peu de choses sont connues sur ces deux dynasties car les preuves textuelles ou architecturales manquent pour décrire cette période. Cependant, quelques objets ont été trouvés, comme des scarabées qui ont été attribués au roi Néferkarê II de la VIIe dynastie. Le roi Ouadjkarê a laissé un décret d'exemption fiscale et le roi Qakarê Ibi de la VIIIe dynastie s'est fait inhumer dans une petite pyramide à Saqqarah. Cette construction, aujourd'hui très ravagée, devait à peine dépasser les vingt mètres de haut. La chambre funéraire est aussi la dernière à bénéficier de la magie des Textes des Pyramides.

Les rois hérakléopolitains[modifier | modifier le code]

Carte des nomes de l'Égypte ancienne

Après les règnes obscurs des rois des VIIe et VIIIe dynasties, un groupe de dirigeants issu d'Hérakléopolis en Moyenne-Égypte parvient à s'imposer dans le Nord du pays durant quelques 120 années. Les IXe et Xe dynasties sont regroupées sous l'appellation de « dynasties hérakléopolitaines » car il est souvent difficile d'attribuer avec certitude les rois à une dynastie ou à l'autre. Ces rois sont soupçonnés d'être les descendants d'envahisseurs libyens qui sont venus en Égypte à partir de l'ouest à travers la région du Fayoum. Ils avaient comme capitale la ville d'Hérakléopolis (ou Héracléopolis) située au sud du Fayoum et métropole du 20e nome de Haute-Égypte. La première lignée a sans doute été fondée par le roi Khéty Ier Méribrê. Manéthon l'appelle Achtoes et en fait un tyran dévoré par un crocodile. Il est possible que cette lignée ait réussi à controler tout le pays durant un court laps de temps. Les deux autres rois que l'on peut rattacher à cette dynastie sont Mérikarê Ier et Khéty II. Tous tentent de regrouper sous leur sceptre l'ensemble des provinces du pays. Dans cette tâche difficile, ils sont soutenus par les princes d'Assiout (13e nome de Haute-Égypte) et d'Hermopolis (15e nome de Haute-Égypte). Ils tentent aussi de chasser les nomades venu du Proche-Orient hors du delta du Nil. La Xe dynastie, toujours située à Hérakléopolis n'est que le prolongement de la précédente. Elle aurait eu comme premier roi Khéty V. Les autres souverains clairement identifiés sont Khéty VI, Khéty VII et Mérikarê II.

Les rois thébains[modifier | modifier le code]

Au moment où fut fondée dans le Nord la IXe dynastie, une autre lignée, la XIe dynastie émergeait dans le Sud autour de Thèbes en Haute-Égypte, avec Montouhotep l'Ancien comme ancêtre fondateur. Pendant plus de cent ans, les dynasties hérakléopolitaines s'opposèrent à celle du Sud, chacune progressant ou régressant selon le jeu des alliances avec les nomarques de Moyenne-Égypte.

Le roi hérakléopolitain Néferkarê VII, pour détruire ses rivaux thébains, tente de les prendre en tenaille. Pour ce faire, il s'allie avec l'un des personnages les plus importants de ce temps, le nomarque Ânkhtyfy de Hiérakonpolis (3e nome de Haute-Égypte). Ânkhtyfy ne s'attaque pas directement à Thèbes mais choisit de porter ses coups contre un de ses alliés, le nomarque Khoui d'Edfou (2e nome de Haute-Égypte). Les opérations ayant réussi, Ânkhtyfy s'attribue le territoire du vaincu. Après cela, Ânkhtyfy s'allie avec le nomarque d'Éléphantine (1er nome de Haute-Égypte) pour attaquer directement les Thébains et leurs alliés de Coptos (5e nome de Haute-Égypte). Ânkhtyfy connait quelques succès, mais son offensive sera finalement suspendue, le pays étant paralysé par la famine.

La rivalité entre les deux pouvoirs se manifeste lors de nombreuses échauffourées, surtout au nord de la ville d'Abydos. Trois nomarques thébains autoproclamés rois, tous appelés Antef, entrent en lutte avec les souverains d'Hérakléopolis. Antef Ier Sehertaouy, « le Pacificateur des deux terres », a des prétentions sur tout le pays mais son influence se limite à Thèbes. Son frère, Antef II Ouahânkh, « Fort dans la vie », règne près de cinquante ans. Le nordiste Khéty III lutte contre lui pour s'emparer d'Abydos, la prestigieuse citée du dieu Osiris. Mais après avoir à nouveau perdu cette ville, Khéty III conclut une trêve avec Antef II pour se consacrer à la mise en valeur de ses terres et pour réguler les afflux de nomades dans le delta.

Après la mort du nomarque Ânkhtyfy, Antef II réussit à prendre le contrôle des territoires situés autour de la première cataracte du Nil. Il parvient aussi à repousser sa frontière du nord jusqu'à Antaeopolis après s'être emparé de la ville d'Abydos. Son fils Antef III Nakhtnebtepnéfer, « Champion parfait et fort », ne règne que neuf années mais réussit à repousser sa frontière jusqu'à Assiout. Ces trois Antef se feront tous enterrer à Dra Abou el-Naga, sur la rive gauche de Thèbes.

Le règne de Montouhotep II, « Montou est satisfait », est marqué par la guerre, surtout dans sa première partie. On peut se faire une idée de l'armée égyptienne de ce temps grâce au matériel funéraire du général Mésehti. Il se fit enterrer à Assiout avec deux ensembles de soldats de bois en modèle réduit. L'un des groupes représente des lanciers égyptiens, l'autre des archers nubiens. En l'an 14 de son règne, Montouhotep II doit mater une révolte à Abydos. Débute alors une série de combats qui aboutissent en l'an 39 au contrôle de l'Égypte toute entière. Le pays unifié, Montouhotep II change son Nom d'Horus et se proclame « l'Unificateur des deux terres » (vers 2030 avant notre ère). Cette date marque les débuts du Moyen Empire égyptien.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]