Néolithique précéramique A

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Néolithique précéramique A
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Un des piliers du site de Göbekli Tepe

Définition
Autres noms
  • Pre-Pottery Neolithic A (en anglais)
  • PPNA
Auteur Kathleen Kenyon
Caractéristiques
Répartition géographique Proche-Orient
Chronologie 10 040-8940 av. J.-C.

Le Néolithique précéramique A ou PPNA est une des phases du Néolithique du Proche-Orient établie en fonction de la stratigraphie du site de Jéricho par Kathleen Kenyon. Elle s'étend sur plus d'un millénaire entre la fin du XIe millénaire et le début du IXe millénaire av. J.-C. Elle ne constitue pas une culture homogène mais une phase caractérisée par une sédentarisation accrue des communautés humaines et les prémices du développement de l'agriculture et de l'élevage.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le PPNA se développe entre 10 040 et 8940 av. J.-C.[1].

Si on considère l'ensemble des aspects caractérisant les communautés humaines de cette période, il n'y a pas de véritable rupture avec la période précédente, le Natoufien. D'ailleurs, le Khiamien a longtemps été considéré comme une phase de transition entre les deux périodes et ce n'est que récemment qu'il a été intégré au PPNA.

La transition entre le PPNA et le PPNB est, quant à elle, encore très mal cernée[2]. De très nombreux sites continuent d'être occupés, comme Jerf El Ahmar où une phase de transition a été identifiée[3]. En outre, même après 8700 av. J.-C., on observe une persistance de certains aspects PPNA dans le sud du Levant (outillage, architecture...)[4].

Occupation du territoire et habitat[modifier | modifier le code]

Extension[modifier | modifier le code]

Le noyau géographique du PPNA se situe au Levant et s'étend sans doute jusqu'à Chypre[5]. Toutefois son extension précise est délicate à définir car elle dépend des critères choisis (architecture, pratiques funéraires, outillage en roche taillée, etc.).

Le PPNA ne constitue pas un ensemble homogène[6]. Des variantes régionales ont été définies en fonction de différences dans l'architecture ou les types d'objets découverts (pointes de flèche par exemple)[4] :

Le PPNA s'étend donc sur des régions et dans des environnement variés durant une phase correspondant au Dryas récent, marquée par un brutal refroidissement et une aridification du climat.

Les villages et l'architecture[modifier | modifier le code]

vestiges d'un bâtiment circulaire à Gesher (en) (Israël)

Les villages du PPNA témoignent d'une sédentarisation forte des communautés dans la continuité du Natoufien. À la différence de la période précédente, les sites sont beaucoup plus grands et des structures communautaires apparaissent (lieux de réunion, structures de stockage collectif).

Par contre, le plan des maisons n'évolue pas. On retrouve encore à cette période des maisons circulaires. À Körtik Tepe dans le sud de la Turquie, elles mesurent entre 2,3 et 3,8 m de diamètre, le sol est constitué de terre durcie[7], les murs sont peu épais et sont en pierre[8]. Certaines maisons sont isolées les unes des autres, d'autres sont accolées[8]. Ces maisons sont semi-enterrées, beaucoup moins toutefois que dans la période précédente au moins dans les sites du Mureybétien. Cette évolution serait liée à une meilleure maîtrise des techniques de construction des murs et une utilisation de la balle des céréales comme dégraissant dans ces derniers[4].

La tour de Jéricho

Des structures de stockage sont présentes dans quasiment tous les sites. Certains villages se caractérisent par des structures monumentales. C'est à cette période que sont attribuées une muraille et la tour de Jéricho qui mesurait environ 8 mètres de haut[9]. La phase la plus ancienne du site de Göbekli Tepe est aussi attribuée au PPNA ou au tout début du PPNB. Elle se caractérise par des structures circulaires de 10 à 15 mètres de diamètre, constituées de un ou plus rarement deux cercles concentriques de piliers en pierre en forme de T et de deux piliers plus grands au centre[10]. La nature de ces structures et du site en général est encore discutée (sanctuaire et/ou village)[10].

La fin du PPNA et la transition vers le PPNB correspond au passage à des maisons rectangulaires pas ou très peu enterrées et au développement de bâtiments collectifs polyvalents totalement enterrés qui, eux, restent circulaires. À Tell Abr 3, le bâtiment communautaire mesure de 10 à 12 mètres de diamètre, est enterré sur 1,55 m et est ceinturé par une banquette, confirmant son utilisation comme lieu de réunion[11]. À Mureybet et à Jerf el Ahmar, les villages semblent organisés autour d'un telle structure[4].

Domestication des plantes et des animaux[modifier | modifier le code]

Jusque vers 9500 av. J.-C., la population vit exclusivement de la chasse, de la cueillette de ressources sauvages et, dans certaines régions, de la pêche[8]. Dès lors, les premières expérimentations dans la domestication des plantes et des animaux commencent à se développer dans plusieurs régions, notamment dans le corridor levantin (en) pour la culture des céréales[12]. Plusieurs espèces de plantes sont cultivées, mais leur morphologie demeure identique à celle des plantes sauvages dont la cueillette demeure importante[4]. L'hypothèse du développement des prémices de l'agriculture se base sur plusieurs éléments, très perceptibles notamment à Jerf El Ahmar[13],[14] :

  • les outils de récolte (les faucilles par exemple) évoluent,
  • des structures de stockage supposant des récoltes relativement importantes apparaissent,
  • en lien avec ces structures de stockage, des rongeurs commensaux sont identifiés,
  • la balle des céréales est massivement utilisée dans l'architecture de terre, ce qui suppose une nouvelle fois des récoltes importantes.

Cette intensification dans l'exploitation des céréales s'explique vraisemblablement par leur culture à proximité du site. La domestication du porc semble également initiée dès cette période en Anatolie[15].

Productions matérielles[modifier | modifier le code]

pointes de flèche en silex du site de Gesher (en) (Israël)

Les roches utilisées dans l'outillage taillé témoignent de la présence de réseaux d'échange importants. L'obsidienne du Göllüdağ en Cappadoce circule jusque dans le Levant dès le début du PPNA[16]. Le silex est exploité dans plusieurs régions, par exemple à Tell 'Abr 3. Dans ce site, la variété grossière du silex local est utilisée pour la réalisation d'herminettes et de haches, celui à grain fin pour le reste de l'outillage[11]. Silex et obsidienne sont débités sous la forme de lames. En Anatolie, les tailleurs ne maîtrisaient pas la technique de la pression[17]. Dès la fin du PPNA, une nouvelle méthode de taille apparaît : le débitage naviforme[4]. Elle permettait d'obtenir des lames naturellement appointies.

Les pointes de différentes dimensions constituaient une part importante de l'outillage[18],[19],[11]. Plusieurs types de pointes de flèche apparaissent rapidement. À Tell 'Abr 3, on trouve des pointes de type El Khiam, des pointes à encoche et pédoncule de type pointe de Hélouan, des pointes à encoches distales, des pointes à pédoncule du type pointe de Mureybet ou encore des pointes de Jerf El Ahmar. Dans le même site, on trouve des perçoirs et des mèches utilisées pour percer différents matériaux, des lames retouchées ou non, certaines avec des traces indiquant leur utilisation probable comme faucille[11].

Beaucoup de ces outils en roche taillée étaient emmanchés, comme l'indiquent des manches taillés dans du calcaire et des manches en bois de cervidé. La pierre servait également de matériau pour la réalisation de polissoirs, de redresseurs de fût de flèche, de bâtons polis, de matériel de mouture, ou encore de vases en pierre[11]. Ces derniers sont particulièrement abondants et d'une très grande qualité technique dans les sépultures de Körtik Tepe. Ils se caractérisent notamment par un décor d'une très grande finesse. Enfin, la pierre était employée pour la réalisation de haches polies, présentes dans l'outillage depuis le Mureybétien[4], et aussi de perles et autres éléments de parure.

L'os et le bois de cervidé étaient employés pour la réalisation d'une grande variété d'outils, mais aussi pour des éléments de parure et pour des éléments décoratifs. Dans le site de Körtik Tepe, de nombreuses plaquettes en os (mais aussi en pierre) couvertes de très riches décors d'animaux et de motifs géométriques ont été exhumées[8].

D'autres ressources étaient exploitées, par exemple l'ocre à Ayia Varvara à Chypre. De nombreuses meules pour traiter le minerai ont été découvertes dans le même site[20].

Il existe enfin d'autres techniques et d'autres activités dont on n'a que des traces indirectes. C'est le cas du tissage : on trouve à Körtik Tepe des éléments prouvant la maîtrise de cette technique dès cette période[8]. C'est le cas également des différentes techniques de navigation. L'occupation de Chypre dès cette période démontre la présence d'embarcations pouvant franchir sans difficulté les dizaines de kilomètres séparant l'île du continent.

Pratiques funéraires et rituelles[modifier | modifier le code]

Reconstitution de neuf crânes humains découverts sous le sol d'une maison à Jéricho (Israël)

L'inhumation des défunts sous le sol des maisons est une pratique particulièrement répandue. À Jéricho, 279 sépultures de ce type ont été exhumées par Kenyon. Le crâne des défunts était souvent prélevé[21], pratique déjà attestée au Natoufien mais plus fréquente au PPNA[4].

Dans le site de Körtik Tepe, se sont 743 sépultures qui ont été fouillées. Elles contenaient plus de 800 squelettes. Les tombes étaient au cœur du village, sous les maisons ou dans les espaces entre les maisons. La moitié des crânes portent des traces de découpe témoignant du décharnement volontaire de la tête des inhumés peu de temps après la mort. Les défunts étaient déposés dans les sépultures puis parfois recouverts de plâtre. On a également découvert plusieurs os humains peints[7]. De nombreuses tombes contenaient des objets. Sur l'ensemble du site, ont été recueillis, entre autres, des milliers de perles en pierre, en coquillage et en os, des outils en silex et obsidienne, du matériel de mouture, des bols en pierre, des amulettes.

Outre les pratiques funéraires, le PPNA se caractérise par la présence de structures ou d'éléments mis en relations avec des pratiques rituelles. C'est le cas, par exemple, de la présence de bucranes dans plusieurs sites, par exemple à Telle 'Abr 3[11]. À Göbekli Tepe, c'est l'ensemble du site qui est parfois considéré comme un sanctuaire.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

L'organisation sociale des communautés du PPNA demeure méconnue. Ces dernières étaient au moins en partie sédentaires et vivaient au moins durant une partie de l'année au même endroit. La réalisation de différentes productions techniques, parfois de très grande qualité, et les preuves d'échanges à longue distance (circulation de l'obsidienne notamment) démontrent l'existence d'une différentiation sociale : des individus, voire des groupes entiers, étaient spécialisés au moins à temps partiel dans la réalisation de certains éléments ou l'exploitation de certaines ressources qu'ils échangeaient avec d'autres groupes.

Plusieurs structures monumentales, par exemple à Jéricho et à Göbekli Tepe, témoignent de travaux collectifs d'une ampleur importante et témoignent donc d'une organisation sociale permettant la mobilisation de groupes importants d'individus. Toutefois, rien n'indique dans les vestiges archéologiques une hiérarchisation importante de la société. Si les tombes de Körtik Tepe témoignent d'une grande richesse[8], les objets découverts sont de même nature que dans les sites contemporains[7] et dans l'ensemble des sépultures il est impossible de distinguer un groupe qui se détache par sa richesse, et donc par son pouvoir supposé.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Wright K. I., 2014, Domestication and inequality? Households, corporate groups and food processing tools at Neolithic Çatalhöyük, Journal of Anthropological Archaeology, vol. 33, p. 5
  2. Finlayson B., 2004, Island colonization, insularity or mainstream ?, in Peltenburg E., Wasse A. (Eds), Neolithic Revolution, New perspectives on southwest Asia in light of recent discoveries on Cyprus, Papers from a conference, Drousha Village (Cyprus), 20th to 23rd September 2001, Oxbow books, Oxford p. 15-22
  3. Stordeur D., Abbès F., 2002, Du PPNA au PPNB : mise en lumière d’une phase de transition à Jerf el Ahmar (Syrie), Bulletin de la Société préhistorique française, tome 99, n. 3, p. 563-595
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Helmer D., Gourichon L., Stordeur D., 2004, À l'aube de la domestication animale. Imaginaire et symbolisme animal dans les premières sociétés néolithiques du nord du Proche-Orient, Anthropozoologica, vol. 39 n. 1, p. 143-163
  5. Knapp A. B., 2010, Cyprus’s Earliest Prehistory : Seafarers, Foragers and Settlers, Journal of World Prehistory, vol. 23, p. 79-120
  6. Perlès C., 2015, Neolithic Anatolia as seen from the West, in Özdoğan M., Başgelen N., Kuniholm P. (Eds), The Neolithic in Turkey 6. 10 500-5200 BC. Environment, settlement, Flora, Fauna, dating, symbols of belief, with views from North, South, East and West, Arkeoloji ve Sanat, Yayınları, Istanbul
  7. a, b et c Selim Erdal Y., 2015, Bone or Flesh: Defleshing and Post-Depositional Treatments at Körtik Tepe (Southeastern Anatolia, PPNA Period), European Journal of Archaeology, vol. 18 n°1, p. 4-32
  8. a, b, c, d, e et f Özkaya V., Coşkun A., 2009, Körtik Tepe, a new Pre-Pottery Neolithic A site in south-eastern Anatolia, Antiquity Project Gallery, vol. 83 n. 320
  9. Liran R., Barkai R., 2011, Casting a shadow on Neolithic Jericho, Antiquity Project Gallery
  10. a et b Banning E. B., 2011, So Fair a House: Göbekli Tepe and the Identification of Temples in the Pre-Pottery Neolithic of the Near East, Current Anthropology, vol. 52 n. 5, p. 619-660
  11. a, b, c, d, e et f Yartah T., 2004, Tell 'Abr 3, un village du Néolithique précéramique (PPNA) sur le Moyen Euphrate. Première approche, Paléorient, vol. 30 n. 2, p. 141-158
  12. Colledge S., Conolly J., Shennan S., 2004, Archaeobotanical Evidence for the Spread of Farming in the Eastern Mediterranean, Current Anthropology, vol. 45, supplement, p. 35-58
  13. Stordeur D., Willcox G., 2009, Indices de culture et d’utilisation des céréales à Jerf el Ahmar, in De Méditerranée et d’ailleurs... Mélanges offerts à Jean Guilaine, Archives d’Écologie Préhistorique, Toulouse, p. 693-710
  14. Willcox G., 2014, Les premiers indices de la culture des céréales au Proche-Orient, in Manen C., Perrin T., Guilaine J. (eds), La transition néolithique en Méditerranée. Actes du colloque Transitions en Méditerranée, ou comment des chasseurs devinrent agriculteurs, Toulouse, 14-15 avril 2011, Éditions Errance, Arles, p. 47-58
  15. Sampson A., 2014, The Mesolithic of the Aegean Basin, in Manen C., Perrin T., Guilaine J. (eds), La transition néolithique en Méditerranée. Actes du colloque Transitions en Méditerranée, ou comment des chasseurs devinrent agriculteurs, Toulouse, 14-15 avril 2011, Éditions Errance, Arles, p. 189-207
  16. Thalmann J.-P., 2006, Obsidian at Tell Arqa, North Lebanon – A Stop-Over Point on a Trade Route?, Baghdader Mitteilungen, vol. 37, p. 575-592
  17. Binder D., 2007, PPN Pressure Technology : Views from Anatolia, in Astruc L., Binder D., Briois F. (dir.), Systèmes techniques et communautés du Néolithique précéramique au Proche-Orient, Actes du 5e colloque international, Fréjus, 2004, Éditions APDCA, Antibes, p. 235-243
  18. Binder D., 2002, Stones making sense : what obsidian could tell about the origins of the Central Anatolian Neolithic, in Gerard F., Thissen L. (Eds.), The Neolithic of Central Anatolia. Internal developments and external relations during the 9th-6th millenia cal BC, Proceedings of the International Canew Table Ronde, Istanbul, 23-24 novembre 2001, Yayinlari, Istanbul, p. 79-90
  19. Miyake Y., Maeda O., Tanno K., Hongo H., Gündem C. Y., 2012, New excavations at Hasankeyf Höyük: A 10th millennium cal. BC site on the Upper Tigris, Southeast Anatolia, Neo-Lithics, vol. 1 n. 12, p. 3–7
  20. Ayia Varvara-Asprokremnos: University of Cyprus, Cornell University and Trent University
  21. Mithen S., 2006), After the ice: a global human history, 20,000–5,000 BC, Harvard University Press. Cambridge, p. 60