Çatal Höyük

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Çatal Höyük
Figurine dite de la « Dame aux fauves ».
Figurine dite de la « Dame aux fauves ».
Localisation
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Province Konya
Protection Patrimoine mondial Patrimoine mondial (2012)
Coordonnées 37° 40′ 00″ nord, 32° 49′ 40″ est
Altitude 1 015 m

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
Çatal Höyük
Çatal Höyük
Histoire
Époque Early Central Anatolia II, III et IV
7560-4340 av. J.-C.
Internet
Site web http://www.catalhoyuk.com/

Çatal Höyük est un site archéologique de Turquie. Situé en Anatolie centrale, dans la plaine de Konya, sur les bords de la rivière Çarşamba, c'est l'un des plus grands sites du Néolithique du Proche-Orient. Fondé vers le milieu du VIIIe millénaire av. J.-C., il atteint son extension maximale entre le milieu du VIIe et le début du VIe millénaire av. J.-C. et couvre une superficie d'environ 13 ha. Sa population est alors estimée à plusieurs milliers de personnes.


Historique des fouilles[modifier | modifier le code]

L'historique des fouilles se résume à quatre grandes périodes[1].

Première période, 1951 : la découverte[modifier | modifier le code]

En 1951, une équipe d'archéologue, composée de David French, Alan Hall and James Mellaart, invente le site de Çatal Höyük. Avec l'aide de sa femme Arlette, James Mellaart commence à programmer la campagne de fouilles qui ne commencera que dix ans plus tard.

Deuxième période, 1961-1965 : les premières fouilles[modifier | modifier le code]

La fouille commence en 1961 sous la direction de James Mellaart. Ce dernier cherche à démontrer la présence de villages néolithiques sédentaires en dehors du croissant fertile[2]. Cette année-là, 40 maisons, de la céramique et des murs peints ainsi que de nombreuses figurines furent découverts en seulement 39 jours de fouilles. À partir de cette date et jusqu’en 1965, l’équipe poursuivra les travaux chaque été.

Troisième période, 1966-1992 : suspension des fouilles[modifier | modifier le code]

Après la dernière année de fouilles de Mellaart en 1965, le site fut laissé en sommeil pendant une trentaine d'années.

Quatrième période, 1993 à aujourd'hui : la reprise des fouilles[modifier | modifier le code]

L'étude du site est reprise en 1993 par Ian Hodder, un étudiant de James Mellaart à l'Université de Londres. À la fin des années 90, Jonathan Last et Catriona Gibson initient également un programme de recherche. En 2006, deux nouvelles équipes conduites respectivement par Peter Biehl et Burçin Erdoğu sont ouvertes sur le West Mound. Exposées à des conditions climatiques rigoureuses, deux abris sont construits au-dessus des zones de fouilles afin de les protéger ; la zone Sud construite entre 2002-2003 et la zone Nord construite entre 2007 et 2008.

Chronologie[modifier | modifier le code]

De très nombreuses datations carbone 14 permettent de préciser la chronologie de l'occupation du site. Le tell Est est occupé à partir de 7560 av. J.-C. jusque vers 6000 av. J.-C. Le tell Ouest est occupé au moins à partir de 6000 av. J.-C. jusque vers 4340 av. J.-C.[3]

L'occupation du site couvre donc la fin de la phase II, la phase III et la phase IV de l'Early Central Anatolia, c'est-à-dire la chronologie adoptée pour décrire la fin de la Préhistoire en Anatolie centrale.


Topographie[modifier | modifier le code]

Le toponyme Çatal Höyük (prononcer Tcha-tal Hoeu-yuk) signifie « colline de la fourche(tte) » en turc. Le site est localisé sur une colline partagée en deux par le bras d'une rivière.

À l'extérieur, la ville présente un mur sans ouverture, protecteur contre les inondations et les ennemis potentiels. Contrairement à ce qui est observé sur le site de Jéricho, entouré d'une enceinte haute de 4 m, les murs des maisons situées en bordure de la ville sont aveugles et tiennent lieu de rempart.

À l'intérieur, des groupes de maisons rectangulaires sont disposés selon un plan en forme de nid d'abeille, chaque bloc d'habitation étant séparé des autres par des cours aux formes irrégulières.

En l'absence de textes spécifiques, on ne peut que constater l'existence de traits caractéristiques principaux :

  • société inégalitaire avec des sépultures riches et pauvres ;
  • économie fondée essentiellement sur l'agriculture et l'élevage ;
  • pratique d'un commerce à longue distance ;
  • présence d'armes, d'enceintes et de systèmes défensifs.

Les habitations d'une ville sans rue[modifier | modifier le code]

Une habitation typique restaurée

Les maisons sont réalisées en briques crues, recouvertes d'une épaisse couche de plâtre. Elles sont adossées les unes aux autres, couvertes de toits en terrasse et communiquent entre elles par des cours intérieures.

Du fait de l'absence de rue, les habitations sont seulement accessibles par une ouverture pratiquée dans le toit et des échelles de bois aboutissant au « coin cuisine ». Elles comprennent généralement une pièce commune de 20 à 25 m2 et des pièces annexes. La pièce principale dispose de bancs et de plates-formes pour s'asseoir et dormir, d'un foyer rectangulaire surélevé et d'un four à pain voûté.

Sanctuaires et rites funéraires[modifier | modifier le code]

Les nombreux sanctuaires différent des maisons par leur décoration de peintures murales, de reliefs modelés, de crânes d'animaux et de figurines. Les corps des morts sont déposés sous les plates-formes de repos dans les sanctuaires et dans les maisons, et s'entassent au cours des ans et des générations, ce qui laisse supposer un culte des ancêtres très élaboré. Avant d'être ensevelis, accompagnés d'objets précieux, les corps des morts sont confiés aux vautours et aux insectes nécrophages.

Les peintures murales suggèrent un culte de la fertilité, avec les déesses souvent enceintes ou parturientes (femme accouchant), accompagnées de léopards et de taureaux symbolisant les dieux. Les reliefs peuvent aussi représenter des seins de femmes. Les murs de certaines maisons sont recouverts de peinture avec des scènes de chasse, des taureaux, des cerfs, des béliers, des vautours et des hommes sans tête, parfois des motifs géométriques ; sur les parois sont modelés en relief des personnages féminins ou des animaux et sur les murets délimitant les banquettes, des bucranes en argile pourvus de vraies cornes.

Ressources et activités de base[modifier | modifier le code]

Dans la campagne environnante, on cultive le blé, l'orge, les petits pois, les pois chiches, les lentilles, les vesces ; on y cueille les pommes, les pistaches, les baies, les amandes et les glands. La pêche et la chasse (cerf, sanglier, onagre) sont également pratiquées. Alors que la région permet une agriculture sèche, on constate une manipulation d’eau sans doute nécessaire à la culture du lin ou à l’obtention d’un meilleur rendement pour les céréales. Enfin, le site est l'un des premiers du Néolithique, avec celui de Çayönü, où l'on a retrouvé des preuves de pratique de l'apiculture, tant au niveau graphique (une représentation d'une ruche) que sur le plan archéologique (des traces de cire d'abeille, mélangées à de la graisse animale, dans de la poterie, laissant penser à l'usage du miel pour l'alimentation) [4].

Les artisans maîtrisent la fonte du cuivre (plus ancienne attestation de la métallurgie au Proche-Orient) et sont spécialisés dans de nombreuses productions : pointes de flèche, fers de lance, poignards d'obsidienne et de silex, masses d'armes en pierre, figurines de pierre et d'argile cuite, textiles, vaisselle de bois et de céramique, bijoux (perles et pendentifs de cuivre).

Approvisionnement et commerce[modifier | modifier le code]

Par sa situation au centre d'une plaine alluviale, grenier de l'Anatolie, la cité dispose naturellement de peu de ressources propres : produits alimentaires, roseaux, argile, eau. Le reste doit être amené de l'extérieur. Loin d'être isolée et de vivre en autarcie, la cité est en relation avec d'autres villes mises au jour en Turquie, Syrie, Iraq et Iran. Elle est un centre d'échanges de nombreuses marchandises locales ou exotiques : produits alimentaires, peaux, étoffes, vases en pierre, bois de charpente, obsidienne essentiellement du Göllüdağ (en) et du Nenezi Dağ[5], silex, cuivre, coquillages des rives de la Méditerranée, voire les produits issus d'une métallurgie primitive (perles et épingles de plomb et de cuivre).

Situation sanitaire et espérance de vie[modifier | modifier le code]

Les maladies les plus courantes dont souffrait la population sont l'anémie, l'arthrite et la malaria endémique liée aux marais proches. L'âge moyen de décès est de 34 ans pour les hommes et de 29 ans pour les femmes, mais certains individus atteignent la soixantaine.[réf. nécessaire]

Site archéologique classé[modifier | modifier le code]

Ce site archéologique du Néolithique est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2012[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Çatalhöyük Research Project, « History of the Excavations » (consulté le 26 novembre 2016)
  2. Hodder I., 2007, Çatalhöyük in the Context of the Middle Eastern Neolithic, Annual Revue of Anthropology, vol. 36, pp. 105-120
  3. Wright K.I., 2014, Domestication and inequality? Households, corporate groups and processing tools at Neolithic Çatalhöyük, Journal of Anthropological Archaeology, vol. 33, p. 1-33
  4. Roffet-Salque et al., "Widespread exploitation of the honeybee by early Neolithic farmers", Nature, vol. 527, n°7577, pp.226-230, doi:10.1038/nature15757. Voir aussi recension par Stokstad E (2015) Humans have been using bees for at least 9000 years, Plants & Animals ; 11 November 2015
  5. Carter T., Milić M., 2013, The consumption of obsidian at Neolithic Çatal Höyük: A long-term perspective, in Borrell F., Ibanez J. J., Molist M. (Eds), Stone tools in transition: From hunter-gatherers to farming societies in the Near East, Universitat Autonoma de Barcelona. Servei de Publicacions, Bellaterra (Barcelona), p. 495-508
  6. « Site néolithique de Çatal Höyük », sur UNESCO (consulté le 26 novembre 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Une bibliographie scientifique importante est accessible sur le site du Research Project.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • (en) Douglass Bailey, Prehistoric Figurines: Representation and Corporeality in the Neolithic, Routledge, (ISBN 0-415-33151-X)
  • (en) Michael Balter, The Goddess and the Bull: Çatalhöyük: An Archaeological Journey to the Dawn of Civilization, Free Press, (ISBN 0-7432-4360-9)
  • (en) Sadrettin Dural, The Goddess and the Bull: Çatalhöyük: An Archaeological Journey to the Dawn of Civilization, Free Press, (ISBN 0-7432-4360-9)
  • (en) Mallett, « The Goddess from Anatolia: An Updated View of the Catak Huyuk Controversy », Oriental Rug Review, vol. XIII, no 2,‎ (lire en ligne).
  • (en) James Mellaart, Çatal Hüyük: A Neolithic Town in Anatolia, Thames & Hudson, (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article James Mellaart, Ḉatal Höyük, une ville à l'âge de la Pierre polie, Sélection du Reader's Digest,
  • (en) Ian Hodder, On the Surface: Çatalhöyük 1993–95, McDonald Institute for Archaeological Research and British Institute of Archaeology at Ankara, (ISBN 0-9519420-3-4)
  • (en) Ian A. Todd, Çatal Hüyük in Perspective, Cummings Pub. Co., (ISBN 0-8465-1958-5)

Rapports de fouilles[modifier | modifier le code]

  • Mellaart, J. (1962) 'Çatal Hüyük excavations 1961', Archäologischer Anzeiger, pp. 1–11.
  • Mellaart, J. (1962) 'Excavations at Çatal Hüyük, first preliminary report, 1961', Anatolian Studies, 12, pp. 41-65.
  • Mellaart, J. (1963) 'Excavations at Çatal Hüyük, second preliminary report, 1962', Anatolian Studies, 13, pp. 43-103
  • Mellaart, J. (1964) 'Excavations at Çatal Hüyük, third preliminary report, 1963', Anatolian Studies, 14, pp. 39-119.
  • Mellaart, J. (1966) 'Excavations at Çatal Hüyük, fourth preliminary report, 1965', Anatolian Studies, 16, pp. 15-191.

Les rapports de fouilles à partir de 1993 sont accessibles à la rubrique reports du Çatalhöyük Research Project