Politique étrangère du Troisième Reich avec le Moyen-Orient

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Soldats bosniaques de la 13e division de montagne de la Waffen SS Handschar lisant un pamphlet autorisé par le mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, intitulé « Islam et Judaïsme ». Les membres de cette division portaient des insignes distinctifs (armes à lame courbée et des croix gammées) sur leurs uniformes.

Cet article traite de la politique étrangère de l’Allemagne avec le Moyen-Orient (et par extension le monde arabo-musulman[1]) entre 1933 et 1945. Les relations entre nazis et nationalistes arabes englobent le mépris, l'opposition, la propagande et dans certains cas la collaboration. Les relations de coopération ont été fondées sur des hostilités partagées à l'égard d'ennemis communs, tels que les impérialismes britannique et français, le colonialisme et le sionisme.

Théories raciales nazies sur les Arabes[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler et Mohammed Amin al-Husseini lors d'un entretien en décembre 1941.
Mohammed Amin al-Husseini lors d'une rencontre avec Heinrich Himmler en 1943.

Malgré la coopération et l'association de certains Arabes avec les nazis, Adolf Hitler les considérait comme une race inférieure. Les Arabes reçurent en Allemagne un traitement discriminatoire lié aux théories raciales nazies[2],[3]. L'historien Bernard Lewis explique que les Arabes étaient rabaissés par l'idéologie nazie au même rang que les Juifs dans la classification du Troisième Reich, et des allusions à leur infériorité seront faites de temps à autre, telles les insultes que Hitler a dites dans un discours d'août 1939 sur les peuples du Moyen-Orient en décrivant les non-Européens comme des « demi-singes[4] ».

Ayant des objections racistes vis-à-vis des Arabes[réf. nécessaire], Hitler ne serra pas la main de Mohammed Amin al-Husseini (Mufti) lors d'une réunion en 1941 et ne but pas de café avec lui[5]. Il boira cependant une limonade avec le mufti[6]. Pourtant des images de la télévision allemande de l'époque les montrent très nettement en train de le faire après que le Mufti eut fait le salut fasciste ; il y est décrit comme un nationaliste arabe acharné et un fervant partisan des théories nazies[réf. nécessaire].

L'ambassadeur d'Allemagne en Irak, Fritz Grobba, participe à entretenir un sentiment anti-britannique et anti-juif dans la population irakienne.

Point de vue des Arabes envers les nazis[modifier | modifier le code]

Selon Gilbert Achcar, universitaire libanais, la perception du nazisme qu'avaient les Arabes n'était pas unifiée[7]. Hitler et l'idéologie fasciste ont soulevé la controverse dans le monde arabe, tout comme en Europe, avec ses partisans et ses adversaires. Adolf Hitler a été néanmoins célébré dans de grandes parties du monde arabe, et certains journaux sont même allés jusqu'à le comparer au Prophète. Rommel, commandant de la Deutsches Afrikakorps, était presque aussi populaire que Hitler. Dans les pays arabes, le cri « Heil Rommel » constituait une salutation courante. Beaucoup d'Arabes pensaient en effet que les Allemands viendraient les libérer des puissances coloniales française et britannique. Après la défaite de la France en 1940, les Arabes chantaient contre les Français et les Britanniques dans les rues de Damas : « Plus de Monsieur, plus de Mister, Allah dans les cieux et Hitler sur terre[5] » Dans des magasins des villes de Syrie, on pouvait lire en arabe sur des affiches : « Aux cieux, Dieu est votre maître, sur terre, Hitler l'est. »

Coopération entre l'Allemagne et le monde arabo-musulman[modifier | modifier le code]

Relations avec la Turquie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Pacte d'amitié turco-allemand.
Signature du Pacte d’amitié turco-allemand le 18 juin 1941 à Ankara.

Le , dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, l’ambassadeur d’Allemagne en Turquie, Franz von Papen, et le ministre des Affaires étrangères de Turquie, Şükrü Saracoğlu, signent un pacte d'amitié à Ankara[8],[9]. Entré en vigueur le même jour, il durera quatre ans. Toutefois, la Turquie n'adhérera jamais à l'idéologie nazie, proclamant sa neutralité vis-à-vis de l'Axe et des Alliés.

Une analyse suggère par ailleurs que Hitler voulait voir entrer la Turquie dans l’Axe (celle-ci avait fait partie intégrante des Empires centraux et combattu aux côtés des Allemands lors de la Première Guerre mondiale). Le pacte devait durer dix ans, mais il est dissous le , après la chute du Troisième Reich, lorsque la Turquie rejoint l’Organisation des Nations unies[10].

Un plan d'invasion sera toutefois élaboré et programmé pour la fin 1942 : l'opération Gertrude.

Relations avec l'Irak[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Royaume d'Irak et Guerre anglo-irakienne.
Cocarde de la force aérienne irakienne de 1941 à 2004 reprenant les couleurs du panarabisme, dont les avions de la (Fliegerführer Irak (en)) étaient ornés.

Un coup d’État militaire lancé le par Rachid Ali al-Gillani renverse le régime pro-britannique en Irak. Les quatre généraux putschistes collaborent étroitement avec les services de renseignements nazis et acceptent l’aide militaire de l’Allemagne. Hitler demande à la Turquie la permission de passer par le territoire turc afin de fournir une aide militaire à l’Irak, mais celle-ci demande en contrepartie quelques rectifications de sa frontière avec l'Irak, acceptées par le Troisième Reich.

Le Farhoud, équivalent des pogroms d'Europe centrale et orientale mené par les pro-nazis arabes qui fit 140 morts et plus de 700 blessés juifs, fut ainsi influencé par la politique étrangère nazie[11].

Les forces britanniques attaqueront l’Irak à partir du 18 avril et restaureront le régime de l’émir Abdelilah ben Ali el-Hachemi, régent du roi Fayçal II d’Irak, alors âgé de quatre ans, le 3 juin. Le 6 mai, le colonel Werner Junck de la Luftwaffe avait reçu l'ordre de déployer une petite force en Irak (Fliegerführer Irak (en)), où ses bombardiers devaient opérer à partir de Mossoul. Les Britanniques avaient été rapidement mis au courant de ces plans grâce aux transmissions diplomatiques italiennes interceptées. Entre le 10 et 15 mai, ces aéronefs étaient arrivés à Mossoul par les bases aériennes françaises de Vichy, en Syrie, et avaient alors commencé des attaques aériennes régulières contre les forces britanniques.

Relations avec l'Iran[modifier | modifier le code]

Sous le régime de Reza Pahlavi, l'Iran cherche à se rapprocher du Troisième Reich. À la suite de l'invasion allemande de l'URSS en 1941, le Royaume-Uni et l'URSS deviennent alliés. Reza Pahlavi, bien que prônant une coopération avec l'Allemagne, souhaitait à ce que le pays restât neutre. Les Britanniques craignaient que la raffinerie d'Abadan, détenue par l'Anglo-Iranian Oil Company, ne tombe entre les mains des Allemands. Or cette raffinerie, qui a produit huit millions de tonnes de pétrole en 1940, représentait une part cruciale de l'effort de guerre des Alliés. En août 1941, l'Iran se voit ainsi envahi par l'Armée rouge et les Britanniques. Le pays sera occupé jusqu'en 1946.

Balkans/Europe de l'Est[modifier | modifier le code]

Le mufti Mohammed Amin al-Husseini aurait aidé à recruter des unités SS dans les Balkans[12]. Trois divisions musulmanes de Waffen SS furent formées durant la Seconde Guerre mondiale, surnommées les « guerriers saints », principalement composées de Bosniaques et d'Albanais, qui combattirent lors de la campagne de Yougoslavie entre 1941 et 1945 contre les partisans yougoslaves[13].

La Shoah en Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

L'Algérien Saïd Mohammedi (gauche) servit dans la SS durant la Seconde Guerre mondiale avant de rejoindre le FLN au début de la guerre d'Algérie en 1954.

Le , quinze fonctionnaires de haut rang du Parti nazi (NSDAP) se réunissent dans une villa de Wannsee, faubourg de Berlin, afin de coordonner l'exécution de la « solution finale » de la question juive (Endlösung), particulièrement en ce qui concerne les colonies françaises d'outre-mer : le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.

La Schutzstaffel (SS) crée une unité spéciale pour l'Afrique du Nord, dirigée par le SS Obersturmbannführer, Walter Rauff, et établit un camp de travail en Tunisie dans lequel 2 500 Juifs tunisiens périssent. Des Arabes tunisiens auraient également été impliqués dans des exécutions de Juifs en Afrique du Nord en 1942[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Arab Nationalists, Nazi-Germany and the Holocaust: an unlucky contemporaneity, consulté le 7 mai 2012
  2. (en) The Mufti of Jerusalem: Al-Hajj Amin Al-Husayni and the Palestinian National Movement Philip Mattar, Columbia University Press, 1 juin 1992 - 191 pages (ISBN 9780231064637)
  3. (en) The Beast Reawakens, Martin A. Lee, Routledge, 12 oct. 1999 - 560 pages (ISBN 9780415925464)
  4. (en) Righteous Victims: A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999, Benny Morris, Knopf, 1999 - 751 pages (ISBN 9780679744757)
  5. a et b (en) New Research Taints Image of Desert Fox Rommel, Spiegel Online, 23 mai 2007
  6. (en) [1] Jerusalem: The Biography Par Simon Sebag Montefiore
  7. « Sait-on qu’un Palestinien a créé un musée de l’Holocauste ? », Libération, 27 mars 2010
  8. (de) Tageseinträge für 30. 1941, chroniknet, consulté le 6 février 2012.
  9. (en) Nazi-Turkey Pact Reported Ready To Sign, Middlesboro Daily News, 18 juin 1941.
  10. (tr) İkinci Dünya Savaşı’nda Türk Dış Politikası, ASOS Index, 2010.
  11. (en) Saving the Jews: Franklin D. Roosevelt And the Holocaust, Robert N. Rosen, Thunder's Mouth Press, 24 mars 2006 - 654 pages (ISBN 9781560257783)
  12. (en) Anthony De Luca, Der Grossmufti in Berlin: the politics of collaboration. International Journal of Middle East Studies 10: 125–138
  13. (en) Cairo to Damascus, John Roy Carlson, Lightning Source Incorporated, 30 nov. 2008 - 524 pages, (ISBN 9781443728782)
  14. (en) The Holocaust: Reexamining The Wannsee Conference, Himmler's Appointments Book, and Tunisian Jews, consulté le 7 mai 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]