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Industrie du sexe

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Prostituée allemande.

L'industrie du sexe recouvre l'ensemble du commerce et des moyens mis en place pour vendre des produits et des services à caractère sexuel.

Le terme industrie est cependant peu adapté car il recouvre ici autant des travailleurs du sexe opérant individuellement que des petits établissements, ou des structures d'entreprises multinationales dont certaines sont cotées en bourse[1]. Au total, on estime que le chiffre d'affaires de l'industrie du sexe approcherait les 50 milliards d'euros par an.[réf. nécessaire]

Sont notamment classés sous ce vocable :

L'expression industrie du sexe peut donc recouvrir, selon les pays et les législations, un ensemble d'activités très diverses, dont certaines sont parfaitement licites et d'autres illégales, voire en lien avec le crime organisé et l'évasion fiscale[2].

Tourisme sexuel international

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La prostitution est à 80 % exercée par des femmes[3] même s'il existe une prostitution masculine. Les études sur la prostitution montrent que « l'immense majorité des clients de la prostitution sont des hommes »[4],[5].

Certaines personnes, hommes ou femmes voyagent loin de chez eux dans le but de rencontrer des prostituées locales, ce qui est communément appelé tourisme sexuel, et qui peut avoir des effets socio-économiques et traumatiques importants dans les pays et régions de destination[6],[7]. Le tourisme sexuel masculin peut avoir pour effet d’augmenter l’offre structurée de services sexuels dans les pays d'accueil, alors que le tourisme sexuel féminin a tendance à ne pas utiliser des installations spécifiquement dédiées à cet effet puisqu'il est quasiment inexistant. Comme d’autres formes de tourisme, le tourisme sexuel peut avoir un impact significatif sur des économies locales, en particulier dans des centres urbains populaires et dont la misère ou la détresse sont facilement exploitables[8] et les lieux ayant acquis une réputation de destinations de tourisme sexuel[9]. Le tourisme sexuel peut être accru par de lois anti-prostitution et des lois de protection de l'enfance, différentiées selon les pays et créer souvent des problèmes sociaux dans le pays d'accueil.

Actuellement, le trafic d'êtres humains en Asie par le crime organisé est décrit comme le plus grand esclavage sexuel de l'histoire[10], et exploite principalement des femmes et des enfants.

Les victimes de l'industrie du sexe sont contraints à la prostitution par les structures sociales et les agents individuels. La pauvreté, les problèmes sociaux, la corruption et la criminalité contribuent à la prolifération de la prostitution des enfants.

Les adolescents ouvrent parfois de comptes de caming à l'aide d’une fausse identité et s’improvisent acteurs ou actrices porno. Certaines camgirls ou camboys sont des enfants manifestement exploités[11]. Les plateformes de caming comme OnlyFans, Mym ou Chaturbate participent à « la banalisation de la sexualité marchande » et jouent un rôle central dans le proxénétisme des mineurs qui a explosé sir le web ces dernières années[12]. Les proxénètes utilisent les réseaux sociaux pour repérer des enfants[12],[13]. Ces plateformes sont devenus des espaces de recrutement, aussi bien pour les producteurs de films pornographiques que pour les proxénètes.

En 2010, les revenus annuels de la prostitution sont estimés à plus de 187 milliards de dollars[14]. Selon certains ouvrages, le phénomène compterait pour 2 à 14% du PIB des pays d’Asie du Sud-Est concernés. Le développement a été largement amplifié par la présences dans ces pays de bases militaires étrangères, notamment américaines[15].

En France, Gabriel Matzneff[16] et Frédéric Miterrand[17] ont l'un comme l'autre publiés des autobiographies faisant l'apologie du tourisme sexuel pédophile.

Pornographie

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La pornographie est la représentation explicite de sujets sexuels explicites à des fins d'excitation sexuelle et de gratification érotique[18],[19]. Un mannequin pornographique pose pour des photos pornographiques. Un acteur de film pornographique ou une star du porno joue dans des films pornographiques. Dans ce type de films (à la différence des films érotiques), les actes sexuels ne sont pas simulés. Les violences physiques, sexuelles ou verbales (90% des films porno contiennent de la violence[20]) sont réelles[21]. Dans les cas où les compétences dramatiques sont limitées, l'interprète d'un rôle dans un film pornographique peut être appelé "modèle pornographique". La pornographie peut être mise à la disposition du consommateur sur différents supports: livres, magazines, cartes postales, photographies, sculptures, dessins, peintures, animations, enregistrements sonores, films, vidéos ou jeux[22],[23]. Toutefois, lorsque des actes sexuels sont accomplis devant un public, il ne s'agit pas, par définition, de pornographie, car le terme s'applique à la représentation de l'acte, et non à l'acte lui-même. Ainsi, les images telles que les sex-shows et les strip-teases ne sont pas considérées comme de la pornographie.

Les premiers ordinateurs domestiques pouvant être connectés à un réseau ont permis l'émergence de services en ligne pour adultes à la fin des années 1980 et au début des années 1990[24],[25]. L'adoption généralisée du World Wide Web est rapidement devenue le "dot-com boom", alimenté en partie par une augmentation mondiale incroyable de la demande et de la consommation de pornographie et d'érotisme. Vers 2009, les revenus de l'industrie pornographique américaine, de l'ordre de 10 à 15 milliards de dollars par an, étaient supérieurs aux revenus combinés du sport professionnel et de la musique en direct, et égalaient ou dépassaient à peu près les recettes du box-office d'Hollywood[26].

L'impact social de la pornographie est varié. De nombreuses études[27],[28], dont une méta-analyse de 2015 montrent que la consommation de pornographie est en corrélation avec les viols et agression sexuelle[29],[30].

Les débats portent aujourd’hui sur de nombreux aspects, les conditions de production : le sort des actrices (contraintes économiques, emprise, reproduction traumatique, droit à l’oubli)[31],[32], l’exploitation d’enfants[33],[34], les algorithmes de diffusion[35] ; sur les répercussions socio-psychologiques : sur la santé des personnes directement impliquées (trois fois plus d’overdoses, de depressions, et de violences conjugales)[36], sur les consommateurs (addictions, escalade de la violence, stéréotypes sexistes, revenge porn…) ; et sur l’ensemble de la société : données personnelles[37],[38], sexualisation des médias[39], augmentation des agressions[40], flux économiques opaques[41], liens avec le crime organisé[42],[43], pornographie deepfake[44] et pédopornographie générée par IA[45].

Une étude britannique menée après quinze ans de suivi dans l’industrie du sexe montre une prévalence très élevée d’infections sexuellement transmissibles (IST) parmi les participantes : 64 % avaient eu une chlamydia, 57 % une gonorrhée, 49 % une trichomonase, 40 % un herpès génital, 31 % des condylomes, et 8 % une syphilis. Au total, 93 % des femmes avaient contracté au moins une IST au cours de leur vie. D’autres problèmes de santé étaient fréquents : troubles psychiques (40 %) et addictions (64 %)[46].

Selon une étude menée en Californie en 2011[47], les actrices de l'industrie pornographi que ont une santé mentale nettement dégradée en comparaison avec les femmes qui ne sont pas actrices porno selon l'étude. Selon les données de l'étude , les actrices de films pour adultes ont connu des parcours marqués par une plus forte exposition aux violences et à la précarité que les autres femmes interrogées. Dans l’enfance, 37 % d’entre elles déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés, contre 13 % dans le reste de l’échantillon. À l’âge adulte, cette proportion atteint 27 %, contre 9 % chez les autres répondantes. 34 % des actrices rapportent avoir subi des violences domestiques, contre 6 % pour la moyenne. Sur le plan socio-économique et psychologique, 50 % des actrices déclarent avoir vécu dans la pauvreté au cours des douze derniers mois, contre 36 % des autres femmes, et 33 % présentent des signes de dépression selon l'étude, contre 13 % des répondantes extérieures à cette industrie.

Les personnes ayant une consommation auto-déclaré problématique de pornographie expliquent que c'est un moyen d'éviter de ressentir certaines émotions, ce que les psychologues appellent "une stratégie d'évitement"[48]. Les stratégies d'évitement font partie des symptômes connus de traumas sexuels non résolus, comme une exposition trop jeune à la pornographie[49]. Certains psychologues suggèrent que tout symptôme sexuel inadapté représente une manifestation d'un trouble sous-jacent, comme des abus sexuels dans l’enfance[50],[51],[52]. Les comportements sexuels compulsifs sont souvent associés à d'autre troubles tel que la dépression ou l'anxiété[53].

L'activité cérébrale liée à la consommation de pornographie est les même que pour la dépendance aux jeux de hasard ou d'argent[54]. Certaines études montrent une plus forte prévalence des dysfonctions érectile avant 40 ans chez les consommateurs de pornographie[55].

Références

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  1. L'industrie du sexe cotée en bourse.
  2. Laurence Cohen et al, « Rapport du Sénat n°900 sur l’industrie de la pornographie », sur gouvernement, (consulté en )
  3. 40 à 42 millions de personnes se prostituent dans le monde, Le Figaro, 16 janvier 2012
  4. Female Prostitution, Customers, and Violence, MARTIN A. MONTO, University of Portland, 17/11/2015, p. 165
  5. Qui sont les clients ?, Fondation Jean-et-Jeanne-Scelles
  6. (en) Martin Oppermann, « Sex tourism », Annals of Tourism Research, vol. 26, no 2,‎ , p. 251–266 (ISSN 0160-7383, DOI 10.1016/S0160-7383(98)00081-4, lire en ligne, consulté le )
  7. Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Malakoff, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7).
  8. (en) Sylvia Walby and Karen A. Shire, « Trafficking Chains: Modern Slavery in Society », sur Oxford Academic, (consulté en )
  9. Alyson Hillis, Conan Leavey, Stephanie Kewley et Marie Claire Van Hout, « Sex tourism in an era of globalisation, harm reduction and disease migration: a new conceptual model », Tourism Review, vol. 77, no 2,‎ , p. 592–606 (ISSN 1660-5373, DOI 10.1108/TR-04-2021-0184, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Trafic des prostituées en Asie.. BBC News. Consulté le 30 octobre 2010.
  11. (en) Rianna Croxford et Noel Titheradge, « The children selling explicit videos on OnlyFans », sur BBC News, .
  12. a et b Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, « Pornocriminalité : mettons fin à l'impunité de l'industrie pornographique ! », sur haut-conseil-egalite.gouv.fr, (consulté le ).
  13. Emma Ferrand, « Sur Onlyfans, les jeunes peuvent être facilement repérés par des proxénètes », Le Figaro Étudiant, (consulté le ).
  14. (en) revenus annuels de la prostitution. 30 octobre 2010.
  15. Richard Poulin, « « Le système de la prostitution militaire en Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines », Bulletin d’histoire politique, vol. 15, no 1, 2006, p. 81-92 »
  16. Gabriel Matzneff, Les moins de seize ans, Julliard, Hachette, 1994, 2000, 102 p. (ISBN 9782260012337)
  17. Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie, Pocket, , 370 p. (ISBN 2266157175)
  18. (en) « pornography », sur dictionary.lawyerment.com (consulté le )
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  55. (en) Andrew P. Doan et al, « Is Internet Pornography Causing Sexual Dysfunctions? », sur Pubmed, (consulté en )

Bibliographie

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  • (en) Karen Beeks, Delila Amir, Trafficking and the Global Sex Industry, Lexington Books, , 239 p.
  • Mathieu Trachman, Le travail pornographique. Enquête sur la production de fantasmes, La Découverte, , 300 p.