Pierre Bucher

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Portrait du docteur Pierre Bucher

Pierre Bucher (Guebwiller, - Strasbourg, ) était un ardent défenseur de l'appartenance de l'Alsace à la France pendant la période allemande et fit partie du cercle de Saint-Léonard. Il fut d'après Jean Schlumberger, « l'âme de l'Alsace ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Pierre Bucher naît à Guebwiller dans le Haut-Rhin. Son père est comptable à l'usine Schlumberger. Sa mère Marie-Joséphine, née Vogelweith[1] meurt alors qu'il est encore très jeune. Sa sœur est Jeanne Bucher qui créera sa galerie à Paris.

Il effectue ses études supérieures à Guebwiller, puis à Strasbourg, où il étudie la médecine. C'est là qu'il entre en relation avec des artistes, en particulier Alfred Martzolff, Léon Hornecker, Paul Braunagel, Gustave Stoskopf, Joseph Sattler et surtout Charles Spindler. Ce groupe prendra par la suite le nom de Cercle de Saint-Léonard[2]. Pierre Bucher passe ensuite un an à Paris en 1896 et effectue des stages en Allemagne et en Suisse. Il effectue son « volontariat » dans l'armée allemande au milieu de ses études.

Il s'établit médecin à Strasbourg en 1897 et se spécialise dans les maladies nerveuses et infantiles. Il y épouse Amélie Haehl, originaire de la Robertsau.

Avant guerre[modifier | modifier le code]

Pierre Bucher s'intéresse aux mouvements artistiques alsaciens. En 1901, il prend la direction de la Revue alsacienne illustrée créée et détenue par Charles Spindler, qui a pour objectif de faire connaître la culture et les traditions alsaciennes en mettant en valeur leurs racines françaises. En 1912, avec le Dr. Ferdinand Dollinger, il ajoute à cette revue les Cahiers alsaciens, chroniques de la vie morale et économique de l'Alsace, plus opposés à la culture germanique.

Plaque commémorative au Musée alsacien

Avec les frères Dollinger, Ferdinand et Léon, il fonde le Musée alsacien de Strasbourg, et il s'implique dans de nombreuses associations[3] ou groupements alsaciens. Ainsi, sous son impulsion se créent en Alsace des Cercles des Annales, patronnés par des alsaciennes, notamment Mme Adolphe Brisson[4]. Ces cercles apportent des nouvelles de France à l'Alsace allemande. Il fait partie de la Société des Amis des Arts, qui organise notamment l'exposition française de 1907 où sont exposés, entre autres, Rodin, Besnard[Lequel ?] et Cottet[Lequel ?].

Les Allemands limitant le nombre de représentations théâtrales en français, il crée la Société Dramatique, dont Frédéric Eccard prend la présidence. Il organise également des conférences, et soutient les Cours Populaires de langue française avec ses collaboratrices Melles Riehl, Friedolsheim et Musculus, afin d'apprendre le français aux jeunes Alsaciens.

Il suit également les événements universitaires, et soutient la création du Cercle des Étudiants. Lorsque ce cercle est dissous en 1911 par les autorités universitaires allemandes, il protège les étudiants frappés, et soutient alors la création d'un Cercle d'anciens étudiants.

Soucieux de l'image de l'Alsace en France, il invite des écrivains français tels que René Bazin, André Hallays, Georges Delahache, Paul Acker ou Pierre de Guirielle, leur parle de l'Alsace et leur décrit l'état d'esprit des Alsaciens. Le héros de Au service de l'Allemagne de Maurice Barrès, le volontaire Ehrmann, aurait ainsi été inspiré par Pierre Bucher[5]. Il participe enfin aux efforts du Comité du Monument Français de 1870 à Wissembourg.

D'après ses contemporains, le fait qu'il n'ait pas été arrêté par les autorités allemandes malgré toutes ses initiatives visant à faire progresser les idées françaises en Alsace s'explique par sa discrétion, sa prudence, sa très bonne connaissance de l'Allemagne et de ses administrations, sa relation avec des artistes notoires de Paris, ainsi que par le fait qu'il soit continuellement resté dans la légalité.

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Le , il est prévenu de son arrestation imminente par la police allemande[6], s'enfuit en Suisse[7], puis s'engage dans l'armée française. Tous ses biens sont saisis par les allemands, et il est condamné à mort pour haute trahison et désertion. Les Allemands publient des lettres saisies dans sa maison, qui décrivent ses efforts pour défendre la cause française en Alsace, sous le nom Zehn Jahre Minenkrieg im Friden (Dix ans de guerre de mines pendant la paix). Sa femme, par hasard à Lyon avec leurs filles, y reste, et prend la direction de l'hôpital de l'Arbresle [8]

Il rejoint le corps médical, mais n'y reste pas, car l'armée souhaite utiliser sa grande connaissance de l'Alsace. Il est ainsi détaché à l'État Major du général Pau, commandant de l'armée d'Alsace. Après être arrivé à Mulhouse, puis Rouffach, il est détaché au service de renseignement de Belfort, au centre de Réchésy, au carrefour de l'Alsace sous contrôle français, de la Suisse et du territoire de Belfort. Il y est chargé d'obtenir des informations politiques et militaires sur l'Allemagne, ainsi que sur l'état d'esprit des allemands au jour le jour par le dépouillement quotidien de la presse allemande depuis les quotidiens nationaux jusqu'aux plus petites feuilles locales. C'est à la suite de son travail à Réchésy qu'il sera décoré officier de la Légion d'honneur[9].

Lorsque Clemenceau arrive à la présidence du Conseil et du ministère de la guerre (à voir), il délègue Pierre Bucher auprès de Paul Dutasta, ambassadeur de France en Suisse. Lorsque Strasbourg est prise par les troupes françaises, il est l'un des premiers de ses officiers à y entrer.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Refusant le poste de maire de Strasbourg[10], il est ensuite attaché au commissariat général de la République à Strasbourg. Il y sera le collaborateur de Maringer d'abord, et de Millerand ensuite.

Il quitte ce poste, en septembre 1920, pour se consacrer aux associations qu'il soutient, notamment la Société des Amis de l'Université, dont il est le secrétaire général, et dont il a obtenu que Raymond Poincaré soit le président[11]. Il soutient par ailleurs le Livre français, les Cours Populaires, le Bulletin de la Presse allemande[12], la Conférence au village, le Cercle des étudiants, la Marseillaise...

Tombe de Pierre Bucher et de sa famille au cimetière Nord de Strasbourg

Il inaugure l'Université française de Strasbourg le , et il est nommé commandeur de la Légion d'honneur[13]. Il crée l'Alsace française, reprenant le concept de la Revue alsacienne illustrée, dont le premier numéro paraît le premier janvier 1921, qu'il dirige jusqu'à sa mort.

Il meurt le , des suites de l'opération d'une ancienne blessure contractée durant guerre. La rue du Cercle, à Strasbourg, où se tenaient les locaux de l'Alsace française, sera rebaptisée « Rue Pierre-Bucher » en septembre 1921.

Pierre Bucher est inhumé au cimetière Nord de Strasbourg (Robertsau).

Publications[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. descendante de Walther von der Vogelweide
  2. Saint-Léonard est un lieu-dit au pied du Mont Sainte-Odile Où résidaient Charles Spindler et Anselme Laugel
  3. Arnaud Weber, L'art nouveau dans le Rhin Supérieur, Karlsruhe, Badisches Landesmuseum Karlsruhe, , 126 p., p. Le "Kunschthaafe" creuset de la culture alsacienne
  4. Mme Brisson était surnommée « cousine Yvonne »
  5. De nombreux journaux contemporains soutiennent cette hypothèse, et notamment Henri Albert dans le Journal des Débats du 17 février 1921
  6. D'après Albert Carré, dans le Gaulois du 17 février 1921, et des journalistes, notamment Charles le Goffic dans La Démocratie nouvelle le 19 février 1921, il est prévenu de son arrestation par un agent de la police secrète strasbourgeoise, agent dont il avait sauvé l'enfant atteint de diphtérie.
  7. D'après son ami Albert Carré, s'étant engagé à inciter les Alsaciens à venir s'engager en France au moment de la déclaration de guerre, il aurait fait demi-tour après avoir passé la frontière, pour revenir dans la vallée de Guebwiller pour accomplir sa promesse. Il aurait repassé la frontière le jour suivant.
  8. Cette information, à vérifier, est contenue dans une lettre de Pierre Bucher datée 18 février 1915
  9. Barrès, dans son discours à la mort de Pierre Bucher, affirme que les renseignements issus de Réchésy à propos des intentions de Ludendorff à la mi-juillet 1918, ont eu « une influence décisive sur la victoire française ». Néanmoins, dans une note datant de juin 1922, il précise que c'est l'ensemble des organisations commandées par le commandant Andlauer, chef des services de renseignement de Belfort et Réchésy, qui a permis d'obtenir ces renseignements, et pas seulement Pierre Bucher.
  10. Cette information, donnée par un journal de l'époque, est à vérifier
  11. Raymond Poincaré avait accepté la proposition de Pierre Bucher de présider la société à l'issue de son mandat de président de la République. Cette société avait pour but de créer des chaires et des laboratoires, mais aussi des prix et des bourses d'étude et de voyage.
  12. Ce Bulletin de la presse allemande dépouille la presse périodique allemande, la traduit, et en publie un condensé. D'après Pierre Bucher, il fallait « surveiller » l'Allemagne.
  13. Pierre Bucher a également été décoré de la croix de guerre et de 2 ordres serbes : il a reçu la plaque de grand-officier de l'Aigle blanc (des mains du prince Alexandre en 1920) et l'insigne de commandeur de Saint-Sava.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bucher, 1869-1921 : études, souvenirs, témoignages (publ. par les Amis du Dr Pierre Bucher), Plon, Paris, 1922 (5e éd.), 337 p. (articles nécrologiques publiés dans différents journaux et revues de février à novembre 1921)
  • Jean-Noël Grandhomme (dir.), « Le docteur Pierre Bucher », in Boches ou tricolores ? : les Alsaciens-Lorrains dans la Grande guerre, la Nuée bleue, Strasbourg, 2008, p. 203 et suiv. (ISBN 978-2-7165-0741-7)
  • (de) Gustav Hilger, Pierre Bucher : Der 'Apostel' französischer Propaganda im deutschen Elsaβ : Eine Lebensskizze nach französischen Quellen, Die Rheinbrücke, Freiburg in Breisgau, 1926, 79 p.
  • Geneviève Lehn, « Pierre Bucher », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, Strasbourg, vol. 5, p. 407
  • Gisèle Loth, Un rêve de France : Pierre Bucher, une passion française au cœur de l'Alsace allemande, 1869-1921, la Nuée bleue, Strasbourg, 2000, 350 p. (ISBN 2-7165-0527-6)
  • Édouard Schuré, L'Alsace Française, Librairie académique Perrin, 1916 (une partie de ce livre décrit des souvenirs d'enfance de Pierre Bucher)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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