Philosophie allemande

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La philosophie allemande regroupe principalement des courants philosophiques et des penseurs de l'aire germanophone.

De nombreux philosophes allemands de grand renom, comme Leibniz, Kant ou Husserl, ont contribué à façonner l'histoire intellectuelle de l'Europe à travers les siècles et ont été à l’origine de mouvements aussi importants que l’idéalisme allemand, le marxisme ou la phénoménologie.

Avant les Lumières[modifier | modifier le code]

Début du XVIIe siècle, la persistance de l'aristotélisme[modifier | modifier le code]

A de rares exceptions, la philosophie allemande du XVIIe siècle reste marquée par une érudition académique étouffante et un éclectisme stérile, reprenant l'héritage de l'humanisme et de la scholastique sans les renouveler. Dominée en grande partie par l'aristotélisme, elle se trouve cependant stimulée par les rivalités entre les écoles, les princes et les confessions religieuses[1].

Parmi les philosophes calvinistes, Rudolf Goclenius l'Ancien connaît un succès notable avec ses écrits logiques, entérine l'emploi du mot psychologie comme nom de discipline pour l'étude de l'esprit et rétablit l'étude de la métaphysique, bannie des disciplines scolaires par Melanchthon et Ramus. Dans son ouvrage Metaphysica systema methodicum, paru en 1604, Clemens Timpler en apporte une compréhension originale en élargissant son objet à la totalité de ce qui est intelligible sans recourir à la notion de matière, mais se trouve supplanté par des approches plus conservatrices. Symptomatique de cette tendance à concevoir la systématisation philosophique comme un résumé articulé de savoirs préexistants, Keckermann exerce une influence significative sur ses contemporains en classant et éclaircissant des doctrines d'Aristote, entre autres. J.H. Alsted élabore lui une théorie générale de la science et de la méthode, cherchant à articuler et diviser la totalité des connaissances, selon une démarche encyclopédique. La pensée réformée perd de son rayonnement après la guerre de Trente ans, en grande partie sous la percée du cartésianisme[1].

Imprégnée d'aristotélisme classique, la métaphysique luthérienne commence à prendre son autonomie par l'oeuvre de Cornelius Martini, professeur à Helmstedt, réintroduisant la métaphysique dans l'enseignement universitaire à l'image de Goclenius l'ancien. Les luthériens s'interrogent sur les délimitations de la discipline et la place de la théologie naturelle à l'intérieur de celle-ci, Jakob Thomasius affirmant par exemple dans son Erotemata metaphysica de 1672 que les deux se recoupent[1].

A Altdorf, une école fondée par Philipp Scherbe s'efforce de retrouver l'authenticité de la pensée aristotélicienne par-delà les interpolations des scholastiques et des ramistes. Christian Dreier, en n'accordant du crédit qu'aux textes grecs, adopte ainsi une position radicale pour l'époque[1].

Avec l'influence de l’averroïsme et du galénisme, les philosophes chrétiens et mosaïques accordent une importance croissante à l'observation de la nature au détriment de la démarche artistotélicienne. L'atomisme perce ainsi avec les ouvrages de Daniel Sennert, défendant les innovations en médecine et en physique, et la théorie corpusculaire de Joachim Jungius, hostile au rôle prépondérant de la métaphysique dans les sciences d'alors. Cependant, la pensée d'Aristote domine dans les universités durant tout le siècle, à l'encontre par exemple de la diffusion du cartésianisme. Erhard Weigel, maître de Leibniz, tente une approche mathématisée de l'éthique, celle-ci étant largement liée la théologie. [1].

Émile Bréhier considère qu'avec Jacob Boehme, dont il est difficile de « faire abstraction pour comprendre Leibniz », on se trouve plongé « dans un univers de pensée bien différent de celui de Descartes et de Malebranche »[2]


Frühaufklärung[modifier | modifier le code]

La philosophie allemande prend son essor avec la Frühaufklärung (terme allemand signifiant « aube des Lumières », ou plus littéralement traduit: « Aufklärung précoce »), allant de 1680 à 1730, dans lequel on trouve notamment Gottfried Wilhelm Leibniz, Christian Thomasius, ou Christian Wolff.

Leibniz, né à Leipzig et mort à Hanovre, est classé comme philosophe allemand, bien que l'essentiel de son œuvre soit écrite en latin. Le premier philosophe à faire ses discours et à écrire ses textes en allemand est Christian Thomasius, à partir de 1687. Par la suite cependant, Christian Wolff et son disciple Alexander Gottlieb Baumgarten continuent à écrire en latin ; c'est seulement avec Emmanuel Kant que l'allemand s'imposera définitivement comme langue philosophique.

Christian Wolff[modifier | modifier le code]

Christian Wolff commence à enseigner au début du 18ème siècle. Il s'inscrit dans la filiation cartésienne, et entre en contact avec Leibniz, qui lui fait obtenir une chaire à l'Université de la Halle en 1706. Sa philosophie est très proche de celle de Leibniz et consiste en un rationalisme systématique. Il a eu une grande influence sur l'enseignement philosophique du 18ème siècle ; c'est lui qui est la grande référence philosophique lorsque Emmanuel Kant entre dans cette matière.

Aufklärung[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aufklärung.

En reprenant une observation de Ludwig Feuerbach dans l'un de ses premiers ouvrages, Yvon Belaval relève que « partie, ou plutôt, chassée d'Italie, la philosophie était passée en Angleterre, puis en France et en Hollande où régnait la plus grande liberté de pensée » — pays où « elle était devenue autonome », tandis qu'« en Allemagne, elle était demeurée liée au besoin religieux »[3]. Il confirme cette observation, en évoquant les écrits de Heinrich Heine sur l' Histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne (1834), et il ajoute qu'« à la “philosophie à l'intérieur des limites de la religion” de Jacob Boehm, Kant répondra par la Religion à l'intérieur des limites de la simple raison (1793) »[3].

« Sans la moindre contestation possible, le plus grand philosophe du XVIIIe siècle va être Immanuel Kant »[3], écrit plus loin Belaval.

Schelling, Introduction à l'Esquisse d'un système de la Naturphilosophie, 1799

Plusieurs philosophes allemands prennent part aux Lumières et sont réunis à partir de 1770 sous le terme d’Aufklärung, dont l’un des textes emblématiques est Qu’est-ce que les Lumières? de Kant.

L'idéalisme allemand[modifier | modifier le code]

Suite aux ouvrages métaphysiques de Kant se développe l’idéalisme allemand proprement dit, dans lequel on compte Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) et Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854). Arthur Schopenhauer, bien que non classé dans ce mouvement, se revendique également de l’héritage critique de Kant.

Dans une brève rétrospective sur les origines de l'idéalisme allemand contenue dans une section intitulée « Transition à l'Allemagne » de ses Leçons sur l'histoire de la philosophie, Hegel affirme que « Hume et Rousseau sont les deux points de départ de la philosophie allemande », rapporte Norbert Waszek dans le Dictionnaire du monde germanique[4].

Du XIXe au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Critiques de l'idéalisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Karl Marx et Friedrich Nietzsche.

Au cours du 19ème siècle, la pensée de Karl Marx opère une critique de l’idéalisme, tout en poursuivant les thèses de Hegel sur l’Histoire, mais en y ajoutant une forte dimension économique, qui donne naissance au marxisme. A la fin de ce siècle, c’est Friedrich Nietzsche qui s’oppose radicalement aux présupposés moraux et religieux de cet idéalisme.

La phénoménologie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Phénoménologie et Edmund Husserl.

Le 20ème siècle voit tout d’abord le développement de la phénoménologie, sous l’impulsion d’Edmund Husserl. Il s’agit d’une révision des principes de la métaphysique et de la connaissance. Martin Heidegger, élève d’Husserl, s’inspire de ce mouvement et s’en sépare en révisant les principes de l’être et du temps. Parmi les élèves de Martin Heidegger, on compte Hannah Arendt, Hans Jonas ou Hans-Georg Gadamer.

La philosophie analytique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Cercle de Vienne, Moritz Schlick et Rudolf Carnap.

La philosophie analytique naît autour du Cercle de Vienne, fondé par Moritz Schlick, qui est son « maître à penser »[5]. Ce Cercle se réunit de 1923 à 1936. Il s'inspire des œuvres de Gottlob Frege, représentant du logicisme, de Ernst Mach, Ludwig Wittgenstein (qui y participa) et Bertrand Russell. On réunit parfois ses travaux sous le nom de positivisme logique. Il s'agit pour ces membres de créer une philosophie basée sur la science et la logique, excluant toute métaphysique. Un de ses membres, Rudolf Carnap, s'oppose ainsi violemment à Martin Heidegger[6].

L’École de Francfort[modifier | modifier le code]

D’autres sont regroupés dans l’Ecole de Francfort, comme Max Horkheimer, Theodor W. Adorno, Walter Benjamin, Georg Lukács ou Jürgen Habermas.

Philosophes allemands célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Heinrich Schepers, « Le XVIIe siècle allemand », dans Yvon Belaval (dir.), Histoire de la philosophie, vol. 1, t. II, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais » (no 339), , p. 418-437
  2. Émile Bréhier, « La philosophie allemande avant Leibniz » dans Histoire de la philosophie II / XVIIe - XVIIIe siècles, Paris, Quadrige / PUF, 1993, p. 202-205.
  3. a b et c Yvon Belaval, « La révolution kantienne », dans Histoire de la philosophie 2 (sous la direction d'Y. Belaval dans l'Encyclopédie de la Pléiade),Volume II, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard nrf, 1973, p. 789-793.
  4. Norbert Waszek, « Philosophie anglaise et écossaise: sa réception allemande », dans Dictionnaire du monde germanique (dir. Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider), Paris, Bayard, 2007, p. 847-848.
  5. Jocelyn Benoist, « Vérification et application selon Schlick », dans Jacques Bouveresse et Pierre Wagner, Mathématiques et expérience : l'empirisme logique à l'épreuve (1918-1940), Odile Jacob, 2008, p.99
  6. James Conant, « Carnap et la construction logique du monde », (consulté le 18 juin 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Ayrault, La Genèse du romantisme allemand, Paris, Aubier Montaigne 1961-1976, 4 tomes :
    • Tome 1. I. Situation spirituelle de l'Allemagne dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle ;
    • Tome 2. II. Situation spirituelle de l'Allemagne dans la deuxième moitié du XVIII ;
    • Tome 3. I. 1797-1804 (Baader, Brentano, Hülsen, Novalis, Ritter, Schelling, Steffens, les Schlegel : August Wilhelm, Caroline, Dorothéa, Friedrich, Schleiermacher, Tieck, Wackenroder) ;
    • Tome 4. II. 1797-1804 (Baader, Brentano, Hülsen, Novalis, Ritter, Schelling, Steffens, les Schlegel : August Wilhelm, Caroline, Dorothéa, Friedrich, Schleiermacher, Tieck, Wackenroder).
  • Alain Boutot, La pensée allemande moderne, PUF, QSJ?, n° 2991 (ISBN 2 13 047112 9)
  • Lucien Calvié, Le Renard et les raisins. La Révolution française et les intellectuels allemands. 1789-1845, Paris, Études et Documentation Internationales(ÉDI),1989, (ISBN 2-85139-094-5)
  • Maurice Dupuy, La philosophie allemande, PUF, QSJ? n°1466, 1972 (ISBN 2 13 036614 7). Exposé chronologique du Moyen Age au XXe siècle.
  • Jacques Rivelaygue,
    • Leçons de métaphysique allemande, t. 1 : De Leibniz à Hegel, préface de Luc Ferry, Paris, Grasset, 1990, (Nouv. éd., Paris, Le Livre de Poche, coll. « Biblio Essais », 2002, no 4341).
    • Leçons de métaphysique allemande, t. 2 : Kant, Heidegger, Habermas, préface d’Alain Renaut, Paris, Grasset, 1992, (Nouv. éd., Paris, Le Livre de poche, coll. « Biblio Essais », 2002, no 4342).

Articles connexes[modifier | modifier le code]